CHAPITRE XVI
— M. H. Sébastiani. — Citni. — Église iamAjtfwrA*/. Granit bleu. — De la prétendue domination sarrasin e. — Vue.
De retour à Bastia, je repris mon voyage de Corse 1 d'après un excellent itinéraire, délibéré entre les hommes les plus instruits de la société , dont je n'oublierai jamais le zèle affectueux et l'encouragement; ils ne me dissimulèrent point que je devais m'attendre à quelque fatigue , mais ils ajoutaient , que l'île n'aurait été jamais vue si bien.
À Olmeta , j'eus l'honneur d'être reçu chez M. le général Horace Sébastiani , par un de ses amis , M. Casale , président de chambre à Bastia , corse éclairé , plein de cœur, né poète , et auteur trop modeste de divers sonnets et canzoni , restés manuscrits, qui révèlent une vraie inspiration. Cette petite maison au sein de la montagne , re-
trace avec simplicité le goût et les nobles habitudes du maître. Un quinconce d'ormes a été planté par lui auprès de la maison. Ces arbres rappelleront un jour à la Corse, la fortune et la gloire d'un de ses fils, et les plus grands souvenirs de notre histoire contemporaine : l'intrépide résolution du général sur les rives du Bosphore, ses exploits dans les champs de Grenade, et sa constance aux côtés de Napoléon, dans le désastre de Moscou.
Le petit village d'Olmeta , de cinq cents habitans , n'est indigne ni d'un tel hôte , ni de tels souvenirs : sa forte position la rendu célèbre dans les guerres de Corse, et il est la patrie d'Antoine François Cirni, historien, chevalier, qui après s'être bravement battu contre les Turcs , au siège de Malte, en écrivit la relation d'une manière vive, nette et précise. Cirni avait plus de conscience que notre élégant abbé de Vertot , si peu soucieux de se rectifier quand son siège était fait , cftr il voulut examiner, reconnaître de nouveau, les lieux et les héroïques remparts qu'il avait défendus, afin qu'il ne manquât rien à la vérité de son récit, imprimé à Rome, seulement deux années après l'événement. L'ouvrage de Cirni, qui porte le titre de Commentaires, traite encore dans sa première partie de l'histoire déplorable de nos guerres de
NEBBIO. 40 religion > au temps de Charles IX , et de la tenue du concile de Trente. Gomme les illustres lettrés du xvi. c siècle, Cirni parvint aux charges publiques et aux honneurs de sa patrie , et il fut en i583, orateur au conseil des douze nobles, au collège de Gênes.
L'Eglise Saint-Michel , un mille avant d'arriver à Murato , est une fort curieuse construction de pierres blanches et bleues; la pierre bleue, espèce de granit, lisse, polie, et dont la carrière existe encore dans le Nebbio , au camp dit de Saint-Nicolas , est travaillée en tasses , animaux , et autres jolis objets. La façade se compose d'un portique de deux colonnes, avec de grossières figures d'animaux ; deux étroites fenêtres latérales sont décorées en dessous cPornemens en losange. Celte église très-ancienne, a toutefois été donnée à tort pour une mosquée , car si les Sarrasins ont fait de fréquentes descentes et occupé plusieurs points sur la côte , leur domination en Corse semble très-contestable. Le titre de Sarrasins, trop prodigué, n'est d'ailleurs que le nom poétique accordé, pendant la seconde moitié de l'histoire moderne , aux barbaresques et à toutes les espèces de corsaires. L'église Saint -Michel, qui rappelle la construction en pierres blanches et noires des dômes de Pise et de Sienne , semble pouvoir
être attribuée raisonnablement à la domination pisane.
De cette église , on jouit d'une admirable vue de la vallée de Nebbio , de la mer et d'un triple rang de montagnes le'gères , azurées.