‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 30 sur 129 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

La Piana. — Scène d'élection. — Château de Gûmepro. — Fort de Foce d'Orto.

Je débarquai sur les rochers , au point dit Fiscaiola. La montée pour arriver à la Piana est horriblement escarpée.

La Piana, joli village de sept cents habitans, bien situe', moderne, tant la peur des barbaresques a long-lemps laissé cette côte de'serte, pourrait devenir commerçant avec un chemin jusqu'à Fiscaiola, chemin auquel la négligence corse a dédaigné de contribuer, maîgré quelques avances faites par l'administration.

L'élection d'un membre du conseil général du département, qui eut lieu a la Piana, les 9 et i o décembre i833, pourra faire juger de l'état et des moeurs politiques du pays. Les électeurs étaient fouillés par les gendarmes à la porte de l'église paroissiale, lieu de l'élection. Bientôt plus de deuxcents hommes armés en faveur des deux candidats qui se partageaient les, suffrages , environnèrent l'église; l'élection ne put y avoir lieu, a cause des menaces de ces cliens trop dévoués, et l'on fut obligé de se réunir la nuit dans une maison particulière , élection illicite qui a été ou qui a dû être annulée.

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Les environs de la Piana offrent deux ruines ou plutôt deux souvenirs , qui se rattachent aux anciens temps de l'histoire de l'île. Le château de Giunepro, voisin de la tour de Porto, aurait été bâti par Rollandino, neveu de l'incertain et romanesque Hugues Colonna , romain , peut-être nomme' par Charlemagne seigneur feudataire d'une partie de la Corse. Une trace plus glorieuse et moins incertaine, est celle de Jean Paul de Leca, le premier et l'un des plus infatigables chefs de cette insurrection perpe'tuelle de la Corse contre les Génois , qui dura plus t de quatre siècles et ne finit qu'à Paoli. Leca vieux, mais toujours ardent, s'était rendu à Rome , auprès de Léon X , dont il espérait des secours , et mourut loin de son pays , comme son dernier successeur. A Foce d'Orto, sont quelques restes du fort , où Leca et ses généreux complices enfermèrent leurs femmes et leurs richesses, afin d'être tout entiers à leur patrie. Le serment nocturne des trois libérateurs de la Suisse, dans la plaine solitaire de Rutli , a été peint et chanté par les premiers maîtres de l'art ; on ignore la scène du fort d'Orto, et elle ne dut être ni moins grande ni moins touchante. Le fort après une héroïque défense , fut pris : de ses trente-huit défenseurs, deux seuls échappèrent à la mort, les captives respectées furent rendues h leurs familles.

102 LIVRE I. CTIAP. XXXII.

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