CHAPITRE XLII
Église. — Caserne. — Citadelle. — Embrasure où fut attaché l'enfant de GafFori. — Abîme. — Évasions. — Cachots de Paoli. — Couvent de Saint- François. —Assemblée du vj mai 1793.
L'église rustique de Corte , est tout-à-fait indigne de cette imposante sous-préfecture. Elle offre toutefois un autel et deux tabernacles en bois , fort bien travaillés par un frère du couvent de Saint-François.
La caserne bâtie sous Louis XV, en pierres de taille , est une des belles de France. Faite pour douze cents hommes , elle n'en contient plus que la moitié, depuis l'amélioration du sort du soldat, et le lit séparé accordé à chacun.
La citadelle , ancien château élevé au commencement du xv. e siècle par le brillant et infortuné vice-roi de la Corse, Vinceatello d'Istria *, touche à la caserne. Depuis les progrès de l'artillerie , cette citadelle alors imprenable , ne tiendrait pas contre quelques pièces placées sur les hauteurs qui la dominent. Ces mêmes hauteurs cou-
» Voyez ci-après , chap. lxii , et c.
CORTE. 155 ronnées de forts feraient de Corte , une vraie et très- redoutable place de guerre. J'ai vu l'embrasure, au nord , où fut attaché l'enfant de GafTori, tradition authentique , monument du patriotisme corse, respecté au milieu des travaux successifs de la citadelle, qui certifie le fait contesté, sans de bonnes raisons , par le romanesque Germanès. A l'occident, est un abîme à pic au fond duquel gronde le Tavignano roche moins illustre, mais bien autrement escarpée que la roche Tarpéienne. C'est par cet effroyable abîme que se sont quelquefois sauvés des Corses détenus à la citadelle. Ils s'accrochaient d'abord à un rocher un peu au-dessous du parapet et glissaient ensuite audacieusement jusqu'en bas. La famille GafTori et ses adhérens au nombre de dix-sept , détenus au commencement de la Révolution , s'échappèrent de ce côté la nuit au moyen de cordes.
Une pareille évasion est assurément une des plus hardies dans l'histoire des prisonniers , et elle témoigne merveilleusement de l'intrépidité et de l'agilité corses. Ce point élevé a vu le suicide de plus d'un militaire , et quand je le visitai , un jeune sergent, de désespoir d'un passe-droit, s'y était précipité, il y avait peu de jours. On remarque à la citadelle , avec une douloureuse surprise , les prisons d'état où Paoli enfermait les chefs corses
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ses adversaires : le père du général républicain , Abatucci tué au pont d'Huningue , général luimôme , lettré et appartenant à une famille distinguée, y languit comme otage plusieurs années. Ces rigoureux cachots sonl indignes des idées libérales de Paoli , et de la civilisation de l'époque.
Le couvent de Saint-François, voisin de Corte, maintenant en ruines, était magnifique. Paoli y avait un grand logement. Pendant la guerre de l'indépendance , l'église servait de lieu d'assemblée aux états , et la chaire était la tribune. La place de ce couvent devint plus tard , comme le forum corse ; c'est-là que l'ardent Carlo Andréa (prénoms sous lequel M. Pozzo di Borgo était célèbre, et qu'il signait) grimpé sur un arbre, défendait Paoli , presque octogénaire , contre les calomnies démagogiques des clubs de Marseille et de Toulon qui accusaient ses sentimens français et républicains. Alors eut lieu le 27 mai 1793, l'assemblée nationale qui, malgré le débarquement h Bastia, des commissaires de la convention chargés d'emmener Paoli , lui confirma son titre de général, et a M. Pozzo, celui de procureur syndic, et dans un langage guère moins cynique que celui des clubs, déclara infâmes, Arena et les frères Bonaparte , leurs accusateurs.