‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 43 sur 129 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Monterolondo. — La Restonica. — Erreur sur les qualités minérales de ses eaux. — Porphyre. — Vue. — Guides.

Le Monterotondo est assurément une des premières vues de l'Europe. Plus e'ievé que l'Apennin , il a de plus que le Mont-Blanc , la mer et le soleil d'Italie. Cette vue domine toute la Corse, à l'exception de la charmante Balagne que voile le mont Cinto, et l'œil découvre les côtes de France et d'Italie , depuis Nice jusqu'à Civita- Vecchia, les Alpes, les Apennins, ainsi que la Sardaigne, les îles de Capraïa, d'Elbe et de Montecristo. L'expédition demande deux jours; il faut aller coucher dans une bergerie de la montagne où restent les mulets, et le lendemain, à la pointe du jour, se hisser à pied au sommet afin d'y arriver avant que les vapeurs du matin n'obscurcissent l'horizon.

On longe les bords de la Restonica qui roule à travers les rochers et forme en quelques endroits de véritables cataractes. Les eaux de cette rivière

sont brillantes, fraîches, savoureuses, mais c'est à tort qu'on leur attribue des qualitës minérales attendu l'éclat et le poli des cercles de fer des seaux dans lesquels on la puise ; ce poli vient tout simplement du sable très-fin qui les récure. Sur la rive gauche de la Restonica , près de fours à chaux, on remarque un beau porphyre grisverdâtre à reflet améthyste.

Le lac qui porte le nom de la montagne , est une de ses curiosités 5 creux , limpide , traversé par le Vecchio, il est pendant huit mois de l'année enfoui sous la neige.

Mon guide au Monterotondo était un vieux berger armé de son fusil , portant sa pitance dans un sac de peau de muflon et suivi de deux chiens. Un de ses frères avait été général au service du royaume d'Italie ; il aurait probablement fait le même chemin que le général , s'il se fut comme lui engagé dans le Royal-corse , afin de soulager son père d'un de ses huit enfans, tant ce montagnard possédait de hardiesse , de sang-froid et même d'agilité pour ses soixante-quatre ans. Sous ce dernier point, les bergers corses sont fort supérieurs aux bergers des Alpes et aux guides patentés de Chamouny , . t Dans le repas que je fis

• ■ On ne se fait pas une idée » , a dit M. Gueymard , ingénieur en chef des mines , auteur d'un savant mémoire sur la Corse qu'il a

avec mon guide et mon petit cortège au milieu du lit pierreux de la Restonica , le berger but son grand verre de vin avec une sorte de solennité, alla soluté di tutti, et cette libation , dans laquelle on aurait pu comprendra les bêtes, était assez de circonstance parmi les rochers, les abîmes et les sentiers étroits et croulans que nous avions à parcourir.

Le Mont-Blanc, le Saint-Bernard, le Saint- Gothard, le Splungen, sont devenus agréables à voir : le Monterotondo est horriblement pénible , périlleux à visiter. Si jamais le Monterotondo est adjugé à des préposés portant médaille , il sera sans doute mieux entretenu et moins fatigant à gravir. Aujourd'hui, séjour des bergers pendant les trois mois de l'été, et refuge de bandits, il Ôst un de ces lieux que l'on peut être fier d'avoir parcourus , mais où certes on ne retourne point.

Le Monterotondo, ainsi que les autres montagnes de la Corse et de la Sardaigne, ne produit aucun animal féroce, ni ours, ni loups, mais seulement de vigoureux renards à la dent aiguë et un peu plus destructeurs que les nôtres.

Au moment où la Corse vaincue à Pontenuovo,

explorée en 1820 , < de l'agilité de ces montagnards ; si ceux des • Alpes avaient la même légèreté et le même courage, le Mont-Blanc - < serait connu depuis des siècles. •

allait être soumise , le Monterotondo devint Fasile de femmes, de vieillards, d'enfans, de'bris des familles patriotes de l'île 1 ; parmi cette troupe fugitive , en proie à tant de souffrances , se trouvait la mère de Jfapole'on qui le portait dans ses flancs et était presque à terme. Cette superbe montagne est comme la première patrie de Napoléon, et elle semble digne d'avoir enfante' un tel colosse de gloire.

' Le mot patriote n'eut point une création de la langue révolutionnaire comme on pourrait le croire ; il remoute au siècle de Louis XIV, et il est employé par Saint-Simon qui dit de Vaubao : « patriote comme il l'était , il avait été toute sa vie touché de la « misère du peuple. » Mém. t. v, 284.

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