‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 45 sur 129 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Fontaine Ottovo. — Poggio de Venaeo. — Bel Messer. — Fromages. — Lac délie sette Scudelle. — Pont de! Vecchio, — Fivario* — Inscription. — Pont. — Perello. — Trois souverains et une impératrice nés en Corse. — Pommes architectoniques.

L'abondante fontaine Ottovo qui tombe sur la route, est une création secourable d'une dame corse qui mérite la gratitude du voyageur.

On arrive à travers des bois de châtaigniers, des champs bien cultivés et arrosés par de frais ruisseaux au pittoresque village de Poggio de Venaeo, d'environ quatre cents habitans. Du haut de cette colline , l'horizon embrasse un amphithéâtre de montagnes verdoyantes et d'agréables vallées où roulent de jolies cascades. Venaco jadis illustre par le séjour du Bel Messer, est aujourd'hui réputé pour ses fromages , les plus excellens de l'île. - Le Bel Messer seigneur du x. e siècle, dut le surnom sous lequel il est resté célèbre aux grâces de sa personne ; juste , bon , accessible , il fut aimé du peuple comme Henri IV, et comme lui mourut assassiné. Mais sa veuve héroïque ne ressemblait

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point à la faible et artificieuse Marie de Médicis. A la tète des Corses , elle assie'gea et incendia le château de Tralavedo, repaire des meurtriers qui tous périrent. Telle fut la douleur de la Corse," à la nouvelle de la perte du Bel Messe r que le bruit se repandit et devint tradition , qu'une voix s'était fait entendre dans les airs, criant : «Bel Messer est « mort : malheureuse Corse , n'espère plus aucun « bien ! » Malgré l'espèce de superstition du voyageur pour les traces des grands hommes malheureux , il me fut impossible de reconnaître les restes du château du Bel Messer dans la vieille maison corse , encore debout , où je fus conduit.

Au fond d'une gorge que traverse le Vecchio, près d'un pont ruine dont il ne reste plus qu'une arche , on aperçoit le petit lac dit par les habilans délie sette sudelle (des sept écuelles) , et qui selon Filippini fut d'abord plus pathétiquement appelé de sette polit (des sept poulets), de la tradition qui rapporte que dans ce lac furent jetés, après avoir e'té massacrés , les sept jeunes enfans du Bel Messer, autre souvenir incertain de ses nobles infortunes.

Le pont del Vecchio d'une seule arche , terminé en 1827, est une construction solide, légère et hardie.

Vivario, pauvre, rustique, paisible, a huit cents habitans. Sur le seuil de l'église , une ancienne

CORTE. 147 pierre funéraire avecunécusson, et point de nom, porte ces mots en gros caractères : Malcdictus qui percussit clam proximum mum , et àicat omnis populus , amen. (Nuraer. cap. 27.) Celte heureuse application des paroles de l'Écriture , cet amthème mystérieux de la vendeita , parti de la tombe, ont été entendus, et depuis plus d'un siècle et demi, on ne cite aucun meurtre dans le pays*

Un romantique paysage de noirs rochers et de hauts pins encadre le pont en bois sur un torrent ; le pilier du milieu , unique , est un gros rocher.

Perello, hameau voisin de Vivario, est la patrie de Formose, pape du ix. e siècle, pieux, indulgent, lettré, dont le cadavre eut à subir un injuste procès, mais sa mémoire fut depuis canoniquement réhabilitée. La Corse a produit trois souverains qui contrastent entr'eux d'une manière étrange : un pontife à Rome, un dey d'Alger, le rénégat Lazare auxvi. e siècle, et Napoléon; sans compter cette belle Corse de la Balagne, qui prise par les Barbaresques , devint impératrice de Maroc au même temps où son glorieux compatriote était empereur des Français. Cette souveraine crut même devoir écrire à Napoléon en faveur d'un sien frère qui , malgré la double recommandation , ne put être employé : la rapidité d'une audience publique que

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sa vanité avait désirée, ayant suffi au mihistrè

pour lui prouver que ce protégé n'était bon à

rien.

Au milieu des ruines de la chapelle de Saint- Pierre, à Serragio, près de Vivario, est un ponjmier dont les fruits offrent les mêmes angles que l'église , pommes architectoniques que les enfans dérobent avant leur maturité, par dévotion, m'at-on dit , mais peut-être bien aussi par gourmandise.

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