‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 46 sur 129 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Forêt de Vizzavona. — Granit. — Bocognano. — Usage côrdial. — Scrupule d'un voleur de grand

chemin Ucctanî. — Pont. — Monte d'Oro. — Les

Baraques.

La route traverse, l'antique forêt de Vizzavona, jetée sur la haute chaîne de monts qui partage la Corse, plantée de hêtres et de majestueux pins laricio ; jadis rivale de la forêt d'Aytone , elle lui est maintenant inférieure depuis les coupes trop nombreuses qu'elle a subies.

Le torrent de la Cellula, entre la forêt de Vizr zavona et Bocognano , roule un joli granit grenat qu'il serait très-facile d'exploiter.

A la sortie des gorges sauvages de Vizzavona, Bocognano a quelques fabriques du grossier drap corse, ditPelone. L'aspect de ses rustiques maisons cause une. sorte de satisfaction que n'inspireraient pas de plus majestueux édifices , quand on songe à unusage.de ce bourg qui existe aussi dans quelques autres villages de l'île. Si un habitant bâtit une maison , les voisins , chaque dimanche , au sortir de la messe, s'empressent de lui, apporter une charge

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de pierres , corvée volontaire et mutuelle qui montre l'obligeance naturelle du paysan corse lorsqu'il n'est point passionné par la vendetta.

Bocognano me rappela le Irait caractéristique raconté dans les plais, mais vcridiques mémoires de Jaussin, pharmacien en chef de Farinée du marquis deMaillebois,en 1789, et qui s'intitulait alors, apothicaire major. Il avait logé trois semaines chez un prétendu bourgeois, ayant de bonnes manières et une maison de fort belle apparence , chez lequel il laissa avec confiance sa cassette, contenant pour 4)000 livres d'argenterie , de bijoux et d'argent, qui à son retour, lui fut restituée intacte. Ce Jidèle dépositaire n'était toutefois ainsi que ses deux frères , son oncle et un cousin, qu'un ladro publico. La bande assassina vers ce temps, plusieurs soldats, vivandiers et autres passans. Le chef arrêté et conduit à Ajaccio, fut interrpgé devant l'apothicaire major qui s'étonnant de ce qu'il ne l'avait ni volé ni assassiné, au lieu des pauvres hères qu'il avait dépouillés , reçut pour réponse : « Je m'en serais bien gardé , monsieur , c'eût été «violer les droits de l'hospitalité. » Jaussin eut la faiblesse de solliciter sa grâce, à condition de servir dans le Royal-Corse d'où il déserta. Un an après Jaussin retrouva son protégé à Bocognano; cet homme s'empressa de nouveau de l'escorter

GORTE. 451 une partie de la route, craiute d'accident : il était cependant revenu à son premier mëtier. Aujourd'hui cette sorte de voleurs n'existe plus en Corse, mais l'hospitalité' n'y est pas moins sacrée.

A quelques lieues de Bocognano h est Ucciani village de mille habitans. Le pont élégant, hardi, d'une seule arche , passe sur un torrent qui roule du Monte d'Oro , et se perd dans le golfe d'Ajaccîo. Le Monte d'Oro, la seconde montagne de la Corse , presque rival du Monterotondo auquel il n'est inférieur que de quelques mètres, s'étend majestueusement à l'horizon.

A (^mi-chemin d'Ajaccio , lèa quatre ou cinq cabarets dits les Baraques, buvette des travailleurs de la route ou station des soldats, forment un petit et grossier oasis au milieu du désert qui enveloppe le chef-lieu de la Corse.

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