‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 47 sur 129 · CHAPITRE XLVlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVlï

Ajaccio. — Golfe. — Sanguinaires. — Port. — Quai. — Môle. — Fontaine. — Statue de Napoléon.

Le golfe d'Ajaccio est un des plus magnifiques qui aient été créés par la nature. Afin de donner une idée de sa splendeur, il suffît de faire observer <ni'il rappelle presque pour le ciel , la lumière et la forme, la baie de Naples : il a sa côte de Portici, moins les palais ; les îles Sanguinaires , rapprochées de quelque peu , seraient Caprée ; et la montagne de Pozzo di Borgo , une des plus hautes de la Corse, est son Vésuve.

Le port excellent, abrité, pourrait devenir un des premiers arsenaux de l'Europe.

Ajaccio, qui selon le vieil historien de la Corse, Jean délia Grossa , tirerait son nom du vaillant Ajax, fut l'ancienne Urcinum, ainsi nommée des cruches (ureeus), qu'elle fabriquait pour mettre le meilleur vin : quelques ruines se voient encore

AJACCIO. *55 près de la rivière de Gravone. Ce chef-lieu de la Corse n'est aujourd'hui qu'un embryon de ville, jeté' dans un désert, avec de nombreuses promenades récentes, de grands bâtimens administratifs languissamment continués et point de rues, une garnison , des employés , et peu d'habitans. Malgré un certain faste extérieur, Ajaccio fait pour contenir quarante mille âmes ne prend point : il a une salle de spectacle et pas un charron.

Le quai et son solide mole pavé de granit, sont les seuls ouvrages en Corse dignes de Napoléon qui a couvert de magnifiques et utiles travaux des pays enlevés à la France , et n'a presque rien fait pour son île natale qui doit à jamais rester française.

La fontaine en marbre de la grande place, terminée en 1827 , malgré sa prétention à être un monument , parait d'un effet commun ; l'eau qui vient de cinq milles et qui aurait pu être excellente, est médiocre. On avait proposé de faire de cette fontaine le piédestal de la statue qui doit être érigée à Napoléon dans sa ville natale. Ce projet raisonnable faillit à recevoir une sorte d'exécution par une émeute bizarre, peu de temps avant mon premier voyage à Ajaccio. Une statue de Ganymède avait été donnée par la famille Bonaparte à M. Ramolino ; au moment où elle était embarquée pour

Bastia, le peuple s'attroupa et voulut la placer audessus de la fontaine : il avait pris l'aigle impur du Ganymède pour l'aigle glorieux de l'Empire*

D'après une détermination récente, la statue de Napoléon doit être élevée sur la place du Diamant ; ce ne sera point la belle, la poétique statue de marbre en costume impérial qui languit à Florence dans l'atelier de Bartolini, mais une copie en bronze de la monstrueuse statue de la Colonne, hideux monument qui reviendra plus cher que le chef-d'œuvre de l'artiste toscan offert par lui à la ville d'Ajaccio pour soixante mille francs.

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