‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 5 sur 129 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Cathédrale. — - Biguglia. — Fagabondi. — Tableau de M. Varèse. — Artistes Corses.

Ainsi que dans plusieurs villes d'Italie , la cathédrale , quoique ancienne et belle , n'est point la plus magnifique église de la ville, car elle est inférieure à Saint- Jean-Baptiste. Près du maîtreautel , deux niches sont ornées de sculptures en marbre blanc de très -bon goût, probablement du xvi. e siècle.

Le tombeau littéraire de Jérôme Biguglia, poëte , historien , théologien , jurisconsulte et podestat de la ville , mort en 1 669 , suffirait presque à illustrer la cathédrale. Quoique Dante, selon l'abbé Germanès, ait vanté « le goût délicat et le « penchant naturel des Corses pour la belle littéra- « ture , » les lettrés corses semblent arriver assez tard et en petit nombre, et l'académie du pays, fondée en i65o, et qu'avait présidée Biguglia, paraît avoir pris naturellement le titre dei Vagabondi.

Cette académie fut rétablie vers le milieu du

dernier siècle , par un gênerai français , le marquis de Cursay , rappelé trop tôt et dont le nom est resté vénéré en Corse. Jean- Jacques composa un petit et médiocre discours sur la question creuse proposée par la nouvelle académie dei V igabondi , « quelle est la vertu la plus néces- « saire aux héros, et quels sont les héros à qui « cette vertu a manqué ? » discours dont il a plusieurs fois parlé presque avec honte , qu'il ne jugea pas digne d'envoyer ni d'imprimer, mais qui , à travers sa déclamation, offre quelques traits d'une vraie beauté *. L'académie deiVagabondi, après avoir plusieurs fois vainement essayé de revivre, n'existe plus.

Un tableau de sainte Anne, est de M. Varèse, de Bastia, fils d'avoué, et avoué lui-même par le besoin et la société; mais né peintre, et qui, dans ses portraits , ainsi que j'ai pu en juger, est merveilleusement doué du talent de la ressemblance. Ce n'est que de nos jours que les Corses ont commencé à s'adonner aux arts. J'ai déjà nommé M. Pasqualini, de Rostino; M. Gheraldi, d'Ajaccio , est cité pour la bonne exécution et la

» Tel est le trait sur la mort de Socrate , placé depuis dans la profession de foi du vicaire savoyard : « Si Socrate était mort « dans son lit , on douterait peut-être aujourd'hui s'il Ait rien de f plus qu'un adroit sophiste. •

BASTIA. 13 fidélité de ses copies, et M. Fournier, son compatriote , établi à Florence , jouit d'une juste réputation pour l'élégance de ses vignettes. Cette tardive culture des arts en Corse ne peut être attribuée au défaut d'intelligence ou de génie, mais les arts réclament une certaine douceur de temps , une aisance , une facilité de mœurs dont l'île fut trop long-temps privée ; elle n'a jamais eu, elle n'a point encore d'industrie , et celle-ci , qui finit par tuer les arts , les a presque partout précédés.

Sainte-Croix . moderne et toute brillante de marbres et de dorures, paraît d'assez mauvais goût.

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