CHAPITRE L
Hôtel de ville. — Théâtre. — Bibliothèque. — Enfans trouvés. — Confrérie de Saint-Erasme. — Tableaux. — Maison de M. Pozzo di Borgo. — Maison du cardinal Fesch.
Le nouvel hôtel de ville commencé en 1 827 et encore en construction, fiera un bel édifice, mais il semble trop grand, trop fastueux pour une île aussi pauvre que la Corse. L'éclairage et les soirées de M. le préfet seront chères dans ce splendide palais et rendront un homme riche nécessaire , ou entraîneront à une augmentation de traitement afin de soutenir une telle représentation. La dépense sera d'ailleurs utile à la ville ; et cette vue, si elle a existé, pourrait seule faire excuser le conseil des bâtimens civils d'avoir approuvé un devis aussi coûteux.
Le théâtre, autre vaste construction de la même époque que l'hôtel de ville, est aussi hors de proportion avec les ressources et les besoins dramatiques du pays.
La bibliothèque compte i^ooo volumes. Elle fut commencée sous le ministère de M. Lucien Bonaparte, auteur d'une bizarre, d'une épouvantable épopée en douze chants sur la Corse, la 1. 11
CiRff EIDE, sa seconde épopée, dont l'orthographe était Cyméide i. M. Lucien Bonaparte s'est montre' moins indiffèrent à sa patrie que Napoléon qui semblait avoir fait assez pour la Corse en prenant la peine d'y naître * . Cette bibliothèque est fort peu riche en ouvrages nationaux , qui cependant y seraient convenablement placés, et elle n'en possède même aucun sur Ajaccio.
Le bâtiment nouveau et bien entendu, destiné à devenir le dépôt des enfans trouvés et qui doit en recevoir jusqu'à cent cinquante , est un triste monument puisqu'il prouve que l'antique sévérité des mœurs corses, qui se soutient assez dans la classe aisée , s'altère chez le peuple. Le nombre, des enfans naturels s'est élevé pour l'année i834
i Voici le jugement qu'a porté de la Cirnéide au moment de sa publication, un critique ingénieux et instruit , M. Patin , professeur de poésie latine à la faculté des lettres de l'académie de Paris : • La con- « ception et le dessein de ce poème me paraissent généralement d'un
• ordre assez commun et surtout d'un bien faible intérêt Les
• strophes employées dans la Cyméide ne sont pas moins étrangères « au génie de la poésie italienne , dont elles semblent vouloir imiter € les octaves, qu'au génie de la poésie française.... Les défauts du « style de la Cyméide qui consistent généralement dans un sin- . gulier mélange de dureté , de prosaïsme , d'incorrection et de re- •t cherche , ne sont point assez compensés par le tour élégant et « poétique de quelques strophes... »
* Voyez ci-dessus chap. xxx. Les faits rapportés dans ce chapitre réfutent suffisamment quelques phrases sentimentales sur la Corse «uses danslabouche.de Napoléon par M. de Lascases. (T. 3, 405.)
AJÀCCIO. 463 à deux cent soixante-huit, moins du vingt quatrième des naissances, tandis qu'à Paris, la proportion monte à plus du tiers.
La confrérie de Saint-Erasme est l'église des marins qui lui abandonnent religieusement une petite part de leur salaire. Les confrères portent un habit noir ou blanc ; ils mettent le premier pour les œuvres de miséricorde telles que l'assistance et la sépulture des condamnés à mort ; ils revêtent alternativement les deux habits , le jeudi saint, et vont en procession prier au tombeau des diverses églises. Les tableaux envoyés de Rome par M. le cardinal Fesch à cette confrérie ne m'ont point paru dignes d'une telle origine.
Une maison particulière qui peut rivaliser de magnificence avec les bâtimens administratifs d'Àjaccio , est celle qu'habite M. F. Pozzo di Borgo, neveu de l'ambassadeur , et payeur du département. Cette grande construction, ornement de la ville, décorée du plus élégant mobilier, atteste à la fois l'amour du célèbre diplomate pour sa patrie et son inépuisable générosité comme chef de famille.
La maison de M. le cardinal Fesch, qu'il avait sous la restauration destinée aux Jésuites, et depuis à de vieux prêtres, est une grande construction à-pen-près abandonnée.
iCA LIVRE I. CHAP. LI.