CHAPITRE LXXI
Ruines du château et fontaine de Rinuccio. — Fontaine Quieti. — La Monaco ia. — Partage des biens communaux. — Destruction des makis. —FigarL — Traces sarrasines. — Caldarello. — Pianattoli. — Pietra de Smdichi — Uomodi Cagna. —Cavalcade dans la met.
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Près Baricini , au-dessus d'un pic élevé , on aperçoit les ruines considérables d'un autre château de Rinuccio : afin d'échapper au poison de ses rivaux et de ses ennemis , sa fontaine particulière, dite fontana chiavata, était fermée à clef, elle est aujourd'hui publique et sur la route, niais l'eau s'est à-peu-près perdue.
Avant d'arriver à la Monaccia, je ne manquai point d'aller goûter l'eau fraîche de la fontaine Quieti, dans un bas- fond près d'un moulin.
La Monaccia , village nouveau , fait des progrès très-intéressans ; il est d'un bon exemple de l'utilité d'attirer dans la plaine les habitans des montagnes. Le partage des biens communaux , opéré il y a quelques années, produit d'excellens effets; il doit amener par le défrichement la destruction des makis et de la communauté des biens, sour-
SAKTÈNE. 227 ces diverses de malheurs et de misères pour la Corse ; les premiers qui recèlent les bandits, la dernière qui entretient la paresse et le vagabondage des habitans. Il a étë calcule' que les makis rédoits en potasse , ainsi qu'il a été déjà pratiqué sur plusieurs points , en donneraient au moins par an trente mille quintaux dont la valeur serait d'un million cinq cent mille francs. Cette somme est à-peu-près ce que Pile coûte à la France. Une industrie aussi facile rapporterait aux propriétaires des makis cinquante pour cent , et nous affranchirait du tribut que nous payons pour la potasse à la Toscane et à l'Amérique. Quant au mode de destruction des makis , par le feu , qu'un écrivain politique a sérieusement proposé , quoique en apparence fort expéditif , il ne serait ni sans inconvéniens, ni sans danger; la cendre des makis est une espèce d'engrais qui les fait promptement renaître , et comment livrer aux flammes les vingt et un vingt-septièmes de la Corse que couvrent ces makis ? Un aussi vaste ÉÉcendie parait plutôt tenir des ravages de la guerre ou rappeler les poétiques catastrophes de la fable, qu'être un sage moyen d'économie rurale.
On doit regretter qu'il n'y ait pas plus de régularité dans les nombreuses constructions de la Monaccia , village primitif où chacun , sans s'in-
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quiéter du voisin ou de l'administration, a bâti sa maison à l'exposition qui lui convenait , en se réservant du terrain pour sa vigne et son jardin. Ce désordre ne ressemble point toutefois à la sale confusion des vieilles cités, puisque chaque habitation a de l'espace, de l'air et de la vue.
Les*progrès de la Monaccia, la création de deux hameaux voisins , Caldarello et Pianattoli due aussi à la sage mesure du partage des biens communaux , pourront rendre de l'importance a l'excellent port de Figari où les Sarrasins avaient formé jadis quelques établissemens passagers. On y voit une tour du xm. e siècle dans laquelle un ancien tombeau fut trouvé il y a quelques années.
Les traces sarrasines sont assez sensibles sur cette côte , et l'abbé Germanès a cru les reconnaître jusque dans les physionomies des femmes.
Près du nouveau hameau de Caldarello , à côté de la route , on montre une grosse pierre dite pietra de 9 Sinàichi sur laquelle siégeaient ces Syndics lorsqu'ils venaient déK&ênes verbaliser sur la conduite des magistrats j belle institution , espèce de censure qui n'était malheureusement que consultative et ne changeait rien au fond de cette oppressive domination. Le Syndicat se composa d'abord de trois Génois et de six Corses, mais ces derniers finirent par être éliminés en i5i5,
SARTÈNE. 229 et remplacés par des créatures de la banque Saint- Georges, propriétaire de l'île.
Dans la plaine, on aperçoit au sommet de la haute montagne de Cagna, l'énorme rocher dit VUomo di Cagna , et qui a la forme d'un homme coiffé d'un chapeau, à -peu-près d'aussi bon goût que le Napoléon de la colonne. Ce singulier monument de la nature se découvre de fort loin et sert de guide aux pécheurs de corail qui cessent , dit-on, de pêcher dès qu'ils perdent de vue VUamio di Pietra.
En attendant l'éternelle route d'Ajaccio à Bonifacio , la mer barre deux fois le passage avant qu'on puisse arriver à cette dernière ville. Gomme le bord est escarpé , il faut s'avancer assez loin dans le golfe de Yentilegne pour trouver un passage moins profond ; on galope ainsi poétiquement, mais d'une manière fort incommode au milieu des flots.