CHAPITRE LXXXV
Bains de Pietrapola. — Promptes guérisons. —
Antiquités.
Les bains de Pietrapola, dans un site agreste au milieu de montagnes , manquent de maison. L'aspect est celui d'une sorte de camp d'invalides qui regagneraient leurs tentes en bonnet de nuit, nujambes et enveloppes , ruisselans de sueur , dans leurs manteaux ou dans une couverture , au risque de détruire par un coup d'air l'effet du bain. En attendant la maison dont ces eaux sont si dignes, il semble préférable d'emporter une baignoire et de la faire remplir dans sa tente , afin de se cou-* cher aussitôt et d'échapper ainsi au périlleux voyage de la source à la tente. Trois mares publiques d'inégale grandeur et trois baignoires particulières forment tout l'établissement de ces eaux prodigieuses qui rappellent les miracles de l'Évangile. Les eaux de Corse n'ont point les effets lents, incertains, problématiques de beaucoup d'eaux à la mode du continent; leur effet est prompt, immédiat, leur saison très-courte. On dirait que ces eaux participent du caractère puis-*
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sant et décisif des habitans. Le baron de G
hanovrien , beau-frère du consul anglais à Bastia , après avoir couru la plupart des eaux de l'Europe, avait été' en fort peu de temps guéri par celles de Pietrapola. J'ai pour ma part éprouvé une partie de leur vertu , car le bain de dix minutes que je pris dans la baignoire réservée du brave lieutenant Laurelli , commandant le détachement des voltigeurs corses eut un très-bon effet sur les petites infirmités inséparables d'un long voyage à cheval.
La chaleur des eaux de Pietrapola , égale à celle des eaux de Tunis, s'élève à la source à 4^ degrés. Dès le xvi. c siècle, on y recourait pour les maladies de nerfs et les maux de tête et d'oreilles. Aujourd'hui ces eaux sont de plus regardées comme très-salutaires dans les maladies chroniques, les paralysies, les rhumatismes et les maladies cutanées. Leur efficacité a été reconnue des médecins français et italiens qui ont pu les analyser, et l'illustre Vacca y a souvent renvoyé des Corses qui avaient cru devoir aller prendre les eaux de Toscane très-inférieures,
1 M. Laurelli , homme très-influent sur l'esprit des paysans du Tiuraorbo , fut quelque temps contumace , par suite d'une calomnieuse dénonciation ; il se constitua prisonnier en 1823, et obtint de M. de Montélégicr, un brevet d'officier, marque de confiance qu'il a depuis justifiée.
mais beaucoup mieux logées. La création d'un établissement aux frais de l'État finirait par devenir une mesure économique; on y enverrait sans rien payer les soldats malades y selon le plan de Volney 9 écrivain partial contre la Corse , mais que la vertu des eaux de Pietrapola a toutefois désarmé.
Quelques solides restes de constructions enfouies sont des débris de thermes romains. On a prétendu même que le nom de Pietrapola fut celui d'une matrone romaine qui était venue fonder là divers établissemens. Il parait que Pietrapola est le nom d'une petite ville antique et voisine f détruite par les invasions barbaresques.
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