VISITE AU RAS DARGUÉ
tàf 1 âT.#| 1»ABSO, ABAI, WBRA-LIBANOt
Vendredû 3o rntfn 1 883.— Nous partons de Debra-Beran (la monugne lumière, ainsi nommée à cause d'un monastère célèbre). Notre direction est ouest. S. M. Ménélik II, avec qui je dois voyager, est partie avant le jour. Le capiuine Pino, qui éttit avec moi à Debra-Beran et qui se rend à Aman, chez Ras Gobana, m^a paiement devancé.
A 8 h. 35', nous traversons le Berressa, affluent de TAbal (Nil Bleu).
Nous trouvons au gué, dans un désordre pittoresque, la queue des équipages roy^nx, composés des porteuses d'hydromel et de bière, des marmitons et marmitonnes, et d^autres gens Cusant plus de bruit qu'ils nV>m dlmportance. ^ / ..
Nous sommes dans une vaste plaine mamelonnée, daiu laquelle se trouvent de nombreuses éminences, sur lesquelles sont placées les habita-» tions occupées par les grands de la cour lorsque le roi réûde lui-même à Debra-Beran.
A 9 hi ao', nous traversons Enkoulah Kousso. Nous avons sur notre gauche le manoir de S. E. THazage Ould Guiorguis, notre gracieux et sympathique hôte du 14 novembre dernier; sur notre droite nous avons la résidence de Ras Gobana, à la hauteur de laquelle f atteins le capitaine Pino. Nous chevauchons botte i botte pendant quelques minutes.'
A 9 h. 3&, étant arrivés au point où la route d'Aman hit bifurqition, nous nous arrêtons un moment pour causer. •
A 9 h. 40^ nous nous disons au revoir.
A 9 h. 55% nous traversons la rivière de Tchatcha, affluent de TAbal, profondément encaissé et dont les petits filets d*eau coulent sur des quartiers de roc.
A 10 heures, nous traversons de nouveau le Tcha-tcha^ dont le cours est très méandreux ; ensuite, trois ou quatre cents mètres plus bas, la rivière Galla Tcha-tcha, et nous entrons dans les ouina daga, r^on de petits plateaux qui sert d^intermédiaire entre les grands plateaux que nous venons de quitter et la régum de vallées tourmentées et rocheuses, qui portent en
Ethiopie le nom générique de ITiJHh Hop» prenons Gomme direction de noire nmte rcst-est-«iuL
Sar notre droite se troirpe Véffim w Udtët^ Eea de nombreux pSerinages, dédiée i ssint Cioom.
Noos entrons dans une plaine à grandes ondtdations. EUe est trêscol- ' tÎTée^ toutes ks éminences en souoooifpéespar des habitations.
Ali h. 4^, noos nous anCmos à une léndence de Ras Gobana, nommée Sokoro, mot ocomon qni est k som do chardon arborescent. Le roi s'y est arrêté.
Ato Sinki, Fan des hnianere de S. M. M énffik, me Io« avec le doc-^ teor Alfieri, médecin ordinnre do ni, dans de grandes maisons simées an pied de la batte où est bftde la tfûàrmr éa RniL
A une heure de rap?èsHnifi, noos sommes admis à la table du roi. Naturellement le d^efiner est maijgre^ Fanni phmeurs des bonnes choses ' que Ton nous sert à taÙe, fai omsM P é k sooirenir d*ezcellentes galettes fidtes arec de la farine de pob rtiirfcr» '
Mélée^aux pages, aux co ur ti sa ns et anx gentilshommes de senrioey se troure, tout k cùté de Falga rojal, one wilk toute édentée qtii cause fiunifièrement airec S. M. Ménélik IL LV nti c ii en de cette vieille parait amir pour le roi un intérêt tout panicoEer. Cette femme a été rune des citittniéres du roi et de son onde Ras Daigo^ pendant leur captiiâté chez fempereur Théodoros^.
En rentrant avec le doctenr, noos remaïqaons des rodies stntifiées en long et des chardons arborescents qoi ont donné leur nom au pays. Plosieurs doivent avmr une hauteur de six à irait mitres, des troncs de quinae
à vingt centimètres de diamètre des fcon et des fruits sont souvent plus gros que la tête d*un enfiint
' Samedi, 3i mors.— Noos panons à 6 h. 3o^. La route est ouest-ouesinoid« au milieu d^un plateau de tene noire^ Ubooré et cultivé en céréales.
blé principalement. Nous troomos dans kssiDoos des grêlons de la grosseur du poing tombés pendant k ooiL
A 7 heures, nous atténuons k fkason d'Aman. Une haie de mendiants accroupis des deux cMs de k jonaeciioTOqoant Dieu et les Saints,
sont un indice certain que k loi ne doitfloa toe Ken éloigné. En eflèt, à 8 heures, au moment oti noos pasaooa do flmexo d*Aman sur cdin de
Djiiou, nous rqoigoons k rai. Aprtsmmraskpied à terre avec le docteur
EXPLORATIONS tïïBtonmKma,
pour saluer le souverain, qui nous deinande gradensemeot des nouvelles de notre nuit, nous renfourcbons nos mules et nous nous mêlons aux oour-.tisans de resoorte.
Djirou est un plateau rocheux, excepdonnellement sonore, qui^àcause de la nature des pierres et des nombreuseï cavités du sous-sol, a un son métallique sous le sabot de nos mules.
A 9 heures, nous traversons le grand idllage de Ouardi. La population, en habitt de fSte, vient saluer le roi. Sur la droite d'Ouardi et dtns ks Kollah se trouveraient des ^sements de cuivre, qui auraient été visités par, ringénieur Cherini. ■ ■ r-.
Je ne suis point né pour être courtisan, déddément. Bien qu^à une place dlionneur dans Tescorte royale, cela ne me va pas; faime mieux mon indépendance. Je me retire discrètementjen arriére pour marcher loin des honneun et plus tranquille.
A 10 h. 1 5% nous tournons à Test-est-nord. Nous traversons le village de Karsa et nous côtoyons la lisière des Kollah Ouogddâ dont nous ne sommes séparés que par un préapice d*une grande profondeur.
A 10 h. 45', nous arrivons au village de Dabeub, résidence d^unparent du roi, chez qui S. M. nous emmène tous déjeuner. Devant le ma^ noir se trouvent des meules de paille qui disparaissent en un clin d^oeQ, an milieu des cris et des dameun de nos domestiques et des gens du roi, qui Témiettent botte à botte pour porter la pflture aux montures.
Nous sommes admis à la table du roi. Pendant le déjeuner, on raconte diven déuik sur les moeun des habitants des KbUah du voisinage. Bien qu^amaras (chrétieiu), ils ont les mœun les plus sauvages. Tous les same*. dis ils se rendent par petites bandes sur les bords d*un torrent nommé Misscnsah, qui coule au pied d^une de leun monugnes appelée Tcha-tdui. Là ils cherchent mutuellement i se surprendre, se dressent des guet-apens et des embûches, et ceux qui sont assez &vorisés du sort pour en tuer d*au« très se mettent dans les cheveux une plume blanche qulls remplaceront plus tard par un anneau de cuivre ou d*aigent porté au poignet droit. Ce qu^il y a de particulier, c^est que ces gens vivent en paix le reste de la semaine. *
A I heure, nous nous remettons en route i Tonest-ouest-nord. Nous traversons le grand village de Sata-aost, où se trouvent mêlés k des plantes grasses arborescentes de nombreux acacias.
A 3 h. So', nous arrivons au village de Djirou, où l'on s^arrête pour la nuit. Pendant la nuit il tombe une forte pluie mêlée de grêle.
EXPLORATIONS ÉTHIOnÊNUl
Dimanche^ i^ avril. — Repos suivant Tusage
en.
Lundi, 2 avril. — Nous nous mettons en route à Test-esi-nord, à trt* vers un plateau couvert de cultures.
A 6 heures, notre route éunt nord, nous avons sur notre droite k pla-^ teau^ur lequel nous nous trouvons, le Djour, qui finit brusquement à pic et est bordé de précipices béants dont la profondeur peut être évaluée à 8oo on I ooo inètres.
A 6 h. 1 5', je descends de ma mule et, m^asseyant sur un quartier dé roche, je laisse passer le premier flot de la foule des courtisans qui descen» dent le lacet qui sert de chemin, se pressent i la suite du rcM qui, même, a mis pied à terre.'
Le pays qui se déroule à mes pieds est chaotique. L*aspect de la jnerre, avec ses formes colossales et fantastiques, fixe seul le r^ard.Tout ce qui se meut disparait et Tœil s*arréte sur les capricieux contours des pierres, qui rappellent les formes animales et vitales qu^il retrouve partout, même dans les nuages.
A 6 h. iof, prenant mon courage à deux mains, c^est bien le cas de le dire, je m'engage au milieu de Tétroit sentier oti se bousculent, dans un désordre, pittoresque peut-être, mais dangereux certainement pour un Européen chaussé, car il y a de nombreux passages de pierres glissantes. On est à chaque instant lâolemment poussé par des soldatt qui traînent leurs montures par le licol et bondissent comme des chamois, de roc en roc, sur les bas<6tés de la route. La frayeur naïve de mon petit cuinnier Mama vient fiûre diversion à tous ces ennuis.'
. A 6 h. 40^, notre direction est sud. Je remonte i mulet. Nous avons à droite une muraille de roches striées en long ; à gauche, Tabîme tajûssé de culmres au milieu desquelles serpente la rivière Djama, qui a, me ditHm» ses sources à Gouassa, près de MoufiuouA (où nous étions le 10 ocio-> bre i883, à 3 h. So' après midi). Les principaux afiBuenu du Djama sont la Béressa et le Tcha-tcha. La Djama fiiit sa jonction avec' TAbal au bas du mont Dam. La forme générale du pays est celle d^unè immense
A 7 h. 30^, tournant à Touest, nous sommes dans le lit d^un. torrent sans eau, encombré d^énormes quartiers de rocs. Nous le traveraoïu et nous passons dans une r^on sablonneuse qui doit être souvent inondée.
A 7 h. 45^ nous arrivons au lit de la Djama, large ici d'enwon
S78 EXPLORATIONS iTHIOHBNMKt .
soixante mètres ; 'les eaux, au gué où nous traversons la rivière, ont une hauteur moyenne de cinquante centimètres ; leur cours est torrentueux et leur couleur terreuse. * ^ '
Nous remontons le lit d\in torrent qui s^cst creusé dans le roc une rigole longue de deux cents mètres et laige de quinze. A la tête du torrent nous trouvons un peu d^eau et nous nous y arrêtons un quart d^heure. «
A 1 1 h. 1 5% nous arrivons au village d^Ahuli (en amarigna : le col, le défilé), oti nous trouvons Ras Dargué, venu pour recevoir son neveu le roi Ménélik. Aradi est un petit village situé entre les monts-forts de DaubAet Kollachei situés dans la province de Marabieti, qui dépend du gouverne» ment du Ras.
Vers une heure après midi, le roi nous fiiit appeler, le docteur et moi. Nous trouvons S. M. avec le Ras, son oncle, en petit comité seulement. Le roi me dit en riant, en me fiiisant présenter un paquet lié dans un mouchoir : « Voyons si vous connaissez ce qu^i! y a là-dedans? yen a-t-il dans votre ptys? ».
Je défais le mouchoir et suis heureusement surpris en voyant rouler sur le upis, qui me sert de si^, de belles pêches aux couleurs veloutées. J^en saisis une et f y mors avec une avidité qui nous bit tous rire. Elle éuit excellente. On m^apprend que ces fruits, ainsi que les raisins, ne sont plus aujourd'hui cultivés que par les moines, dans les jardins de leurs monastères. ^
Nous parlons ensuite des fruits de TEurope et de Tagriculture en général, à laquelle Ménélik II attache la plus grande importance et qu^il déve* loppe chaque jour de plus en plus dans ses États, cet intelligent souverain étant de ceux qui savent bien qu*agriculiure et pâturage sont les deux mamelles qui nourrissent les nations.
Sur les deux heures, nous sommes appelés, le docteur et moi, à l'honneur d'assister au fepas que le Ras offre au roi. A Tissue de ce repas, S. M. veut bien me recommander k son onde et lui dire qu^Elle désire que je visite en détail tous les monu-forts (ce qui est une très grande fiiveur), FAbal, Djarso et Debra Libanoa.
En sortant de table, nous allons avec le docteur visiter les environs. Je ramasse des cailloux etjquelqucs instants avant le coucher du soleil il se met à tomber une fone pluie qui dure une partie de la nuit; ...
Mardi 3 avril. ~ Désireux de prendre congé du roi avant son départ
ExpLOiu-noHs imionmiiBi
'pour AareillOi je suis debout à trois heures du matia, et à trois heures trois quarts je suis admis à présenter mes hommages au roi, qui part à quatre heures, accompagné du docteur k qui je fais aussi mes adieol.
Hier, le Ras m^a donné un haldtràba \Gt mot, qui a la significadon de patron, s^applique à un homme attaché au service perM>nncld^un grand, et que ce grand donne à un étranger pour raccompagner et le liure rtoonnaître comme son prot^éj.
A 6 h. So', nous nous mettons en route. Nous débutons par gravir une pente ardue, et à 7 h. 1 5', nous arrivons à un col par lequel nous pénétrons dans un autre cirque aux pentes abruptes et presque en mu« railles, où le sentier en lacet disparaît au milieu des herbes et des arbustes qui ttpissent les pentes. Une sorte de cap ou dMperon rocheux, dont les deux côtés sont taillés à pic^ nous fait arriver, par une pente raide, à la porte du mont-fort de KoUache. Pendant que Ton parlemente pour nous la faire ouvrir, j'examine le sol et je trouve plusieurs mollusques, tous malheureusement en très mauvais état. Xjêl porte du fort est établie dans un couloir creusé dans le roc, auquel on accède par une étroite languette de roche ; à gauche, le mont-fort est formé par des assises de pierres en forme de gradins taillées à pic. Une muraille en pierre sèche est construite devant la porte.
. La cassure des roches affecte la forme de la pointe de diamant. Nous traversons un couloir de roches et nous trouvons, sur une éminencc^ la maison du gouverneur de KoUache, où nous arrivons 8 h. So', etoù nous jnettons pied i terre.
Son Altesse Ras Daigué nous a devancé chez le gouverneur, et après lui avoir présenté mes hommages, je vais, accompagné d'un guide donné par le gouverneur, me promener pendant deux heures pour visiter le mont> fort, sur lequel se trouvent des habitations et des culmres. Kollache est de tous côté inaccessible, car dans les rares endroits où il ne Pétait pas naturellement, il Ta été rendu artificiellement. Sur ce mont, se trouve une quantité considérable de singes cynocéphales, à crinière de lion et de trèi grande taille. Uun se lève debout, à côté de moi, il peut avmr i"5o à i"6o de hauteur. A l'ouest de Kollache se trouve le pays de Médah.
Mercredi 4 avril. — A 6 h. i V, nous nous mettoiu en route an sud-est.
A 7 h. 1 5\ tournant au sud-sud-est, nous partons de Kollacbe.
A 8 heures, nous dirigeant au sud, nous sommes dans un col, entre
BZFLOBATIONS JCTHIOPUNNES
deux monts-forts : là se tient un marché hebdomadaire. Nous trs venons k col dans le sens de la longueur et nous nous mettons à gravir les pentes de Tautre mont-fort, celui de Kora (altière). Arrivé à mi-<6te, nous trouvons une première porte. On nous la refuse. Mon Balderaba discute avec les gardiens du fort et ceux-ci demandent des ordres k Tamô, oti le gouverneur de Kora s*est rendu pour saluer le Ras. Je relève, au nord-ouest, le mont Oromo, au sud-ouest, le mont-fort de Tamô, séparé à Touest par un opl sur lequel est bâtie une maison de Kora. Les gardienu nous crient que nous pouvons arriver et nous grimpons. Quel autre mot employer, en efiet. A partir du col, Kora est composé de deux cônes superposés Fun k raûtre, dont les parois sont en murailles que l'on ne peut guère escalader qn*ea s'aident des pieds et des mains.
La porte franchie» nous avons k traverser une petite esplanade drcnlaire, couverte de gazon et d^oliviers, où se trouvent quelques maisons. Nous grimpons ensuite sur le deiuième cône» dont le sommet est occupé par un cimetière et une église dédiée k Marie. ^
Un vieux prêtre, k mine rébarbative, vient nous recevoir. Il mer^arde avec curiosité et dédain. C'est en grognant qu'il m'introduit dans son jardin ou mieux, son cimetière, qui est planté de magnifiques oliiâers, sous lesquels reposent de nombreuses génânations. Ce cimetière se trouvant sur un sommet lavé par les eaux pluviales voit» chaque année, une portion de. sa terre emportée. Un grand nombre de squelettes ont été ainsi mis k nu et leurs os gisent épars sur le sol.
Belle occasion pour me venger du vieux prêtre I Je fois demander en sa présence, au balderaba du Ras qtii m'accompagne, si nous sommes en pays chrétien. Demande qui amène naturellement un « pourquoi ? » dont le « parce que » est : qu'en pays chrétien pavais toujours vu les morts honorés. Le prêtre rougit sous sa peau noire et nous mène k l'^^isê dédiée k Marie. Le mur extérieur en est couvert de rayons comme un *"*c^** de nouveautés; daiu chaque rayon se trouve empaqueté, daiu une toile de coton, un squelette soigneusement édqueté : ce sont les corps des morts dont les parents n'ont point perdu le souvenir.
On nous foit voir ensuite les tombeaux d'Ato Oldou et d^Ato Djen» ancien chefii du MariavelL Le premier fit sa soumission k Aseft Ouesen et le second donna sa fille Bexftbeche, qui était son unique riage k Sahala Sdassié, grand père du roi actuel du Oioa.
EXPLORATIONS ilHIOKBNIfn
Du pts de la porte de T^gUsc Mariem, on a vue sur tout le Kollah de Mariavetti, qui est couvert de cultures et diiabiutiout.
A 1 1 heures, nous quittons Kora, et à i heure, nous dirigeant au sud-est, nous nous trouvons au milieu de la fourche dont les sommets sont représentés par Kora et Tâmo. Nous commençons à gravir la pente qui mène à Tâmo.
A I h. 3(/, nous pénétrons dans le fort par une échelle de picne. A droite se trouve l'élise de Saint-Georges. Il y a ensuite une étroite languette de rocher taillée à droite et à gauche, qull £sut traverser, puis on pénètre, par une porte, dans un couloir de cinq mètres de laigeur sur deux cents mètres de longueur.
A a heures, nous arrivons à la résidence du Ras, que nous trouvons occupé à faire piler des herbes pour empoisonner une rivière. où il veut aller pêcher.
Le mont-fort de Tâmo est très étendu. Il y a des villages, des cultures, des eaux vives. Cest un lieu de refuge incomparaUe oti une population peut trouver un abri des plus sûrs. Il y a aussi sur ce mont-fort un certain nombre d^églises, dont une dédiée à Abo^ est très vénérée. Ce nom d^Abo. est revenu trop souvent sous ma plume, ce saint occupe une place trop importante dans la vie religieuse des Éthiopiens acmels pour que je ne donne pas sur lui quelques détails empruntés à sa légende, telle qu'elle est connue au Choa.
Abo est né dans une ville du Nord, nommée Nehisai le jour de Noâ, k minuit, le même )oqr que le Sauveur du monde Notre Seigneur Jéstis- Christ Son père et sa mère appartenaient aux plus grandes ftmilles do pays des Francs. Le nom de son père était Semeon, celui de sa mère Ecclesia. En sortant de Putérus maternel il se jeta par terre, la baisa et dit: « Gloire k Dieu ! je suis sorti des ténèbres ! » Il reste un moment agenotiillé, en prière, est baptisé, se lève et part sans avoir même pris une fois le sein de sa mère,
Abo, en quittant la maison paternelle, se rendit k Jérusalem et de là en Édiiopie, où il se fit ermite, d'abord sur le mont Zequalâ et ensuite à Meder-Kbd, daiu lé pays des Gouragnés.
L^'empereur Lâlibelâ, fils de Femperenr Zta, diassé, par son frère Harebdei du trône d^Éthiopie, sYuit réfugié ki Jérusalem.
En Pan i aoo du Christ, Abo va k Jérnsalem, en ramène Lâlibelâ et le réintègre sur le trftne d'Ethiopie. Cest à cette époque que les Amaras»
BXFljOILàTlONS flMIOriBIIKn
qui habitaient la Judée, ▼inrent en Ethiopie avec Abo et rempereor.' Ib sMublirent à Saint, dans le Oualô. Abo retourna dans son ermitage âe Zequalâ, qu*il ne quittait que pour aller à Meder-Kbd.
Toute la création était soumise à Abo, comme à Adam avant le péché* En voyage, ses monmres étaient un lion ou un léopard. Il conversait avec les oiseaux du cid, les plantes des forêts, les poissons, les animaux, les éléments, les anges et Dieu lui-même. Jamais il ne mangea et jamais il ne but II avait pour tout vêtement une ceinture faite en poil de crinière de lion. Sa barbe et ses cheveux lui couvraient tout lé corps. II faisait de nom* breux miracles, guérissait les malades et ressusdtait les morts. De son vivant, il était le patron d*un nombre considérable d^Éthiopiens, pour lesquels il ne cessait de prier et de fiiire pénitence.
Une des plus célèbres pénitences d^Abo est celle qu^il slmposa pour délivrer le Gddjam des boudd (gens possédés des esprits immondes) qoi rinfestaient. Abo se mit en prière la tête en bas et les pieds en haut; il resta dans cette position pendant sept années, implorant vainement le Seigneur. Il change alors de posmre, se tient debout, les bras en croix, en prière, -sans mouvement, pendant sept autres années. Dieu veut alors, éprouver la consunce de son serviteur et envoie un vautour qui lui arrache un oeiil Abo ne se plaint ni oie bouge. Dieu, vaincu par la résignation du pénitent, pardonne an Gôdjam qull délivre des bouda.
Cinq cents ans se sont écoulés depuis la naissance d^Abo, Dieu a dé> cidé sa mort, et comme il ne cache rien à son serviteur, il lui dit :
— Abo. il faut mourir.
Abo répond : .
— Seigneur, je n^ai rien fait de mal ; je ne suis pas resté un seul joiir chez ma mère ; je n^ai ni mangé ni bu ; je ne suis pas demeuré un seul instant sans vous servir ; je n^ai porté tort i aucune de vos créatures ; je n^ai commis aucun péché depuis mon baptême; je ne dois pas mourir.
— Jérémie est mort, Pierre est mort, Georges est mon : Tcn, Abo^ tu ne mourrais pas ?
— Seigneur, Jérémie a dit : c II ne £iut point que lliomine meure de fidm, il fiiut quil meure par la guerre. » Jean a mangé des sauterelles et du miel sauvage. Pierre vous a renié. Georges, ayant &im, prit un pain i une religietise et le mangea. Moi je n'ai rien fait de tout cda. Eux sont morts, c'est juSnice, ils avaient péché; mais moi, qu^ai-je fait ? Je ne dois fÊB mourir ; que la création me juge.
EXPLORATiOMS émonkinffn
Dieu qui ne refust jamais rien i Abo, consentit, et tonte la création douée de ide, les plantes, les animaux, les aiiges, sont mandés à Zequalâ pour jiiger Abo.
Les plantes disent : Abo est le seul homme qui ne nous ait Jamab touché, ni mangé nos firuits ; il ne doit pas mourir.
Les animaux : Abo est le seul homme, qui ne nous fit jamais aucun mal ; il ne doit pas mourir.
Les anges : Abo n^est-il point comme nous ? nous ne mourrons pas, il ne doit pas mourir.
Dieu . courroucé reprit : Je suis bien mort, moil il faut qu'Abo meure.
Vous, Seigneur, dit Abo, vous ai^ez assumé les péchés de tous les. hommes, vous êtes mort pour le salut du monde; mais moi, pour qui dois-}e mourir?
Dieu radouci par la réponse du saint, dit alors :
Abo tu mourras, mais à tous ceux pour qui tu as prié ; à tous ceux qui à cause de toi ont prié, jeûné, fisdt pénitence, donné Taumône aux pauvres et aux ^lises, toutes leurs fautes sont pardonnies, et non seulement à eux, mab aussi à leurs serviteurs, même à ceux qui coupaient leur bois et portaient leur eau, ainsi qu^à tous les hommes qui se sont assis dans leurs maisons, et à tous ceux qui, passant devant ces maisons, en ont aperçu la fumée, à tous je pardonne, promets le paradis, ainsi qu*à leun descendants jusqu^à la quinzième généradon.
Abo, ravi des promesses de Dieu, dit : Oui, oui. Seigneur, je meun I 11 ouvre la main gauche, présente le bout du pouce et rend l'âme.
Les anges qui ont assisté à la mon d'Abo prennent son corps, )e transportent à Jérusalem, oti ils Tenterrent dans le propre tombeau de Notre Seigneur Jésus-Christ, du Sauveur du monde.
Abo est actuellement le patron vénéré de toute TÉthiopie, où Ton chôme, en son honneur, le cinquième jour de chaque mois. De plus, il 7 a chaque année, au mois mégabit (man), une octave en son honnetir. Elle commence le 5 du mois. Les deux montagnes où résida Abo,. Zequala et Meder-Kbd, où se trouvent actuellement deux monastères célè-^ bres et de nombreux ermites vivant dans des grottes, sont le but de pèlerinages où Ton vient en foule de tous les pointt de PÉthiopie. Les pèlerins appartiennent à toutes les classes de la société : les rois et les empereurs font au moins une fois dans leur vie le pèlerinage d^Abo.
BXnjORATIOllS éTHionncKBt
Jeudi, S avril. ~ A 7 b. 3o<y nous nous mettons en route au sud-est par une brume tellement épaisse que Ton ne distingue pas les. objets k vingt pas.
A 8 b. o5' nous francbissons une première enceinte ; quatre cents mètres plus loin nous trouvons encore une muraille fermée par une porte;* nous nous trouvons ensuite sur une place nommée Lédata, oti se trouve un arbre solittire, de toute beauté, et T^ise de Mariera.
A 8 b. 3o, nous passons devant la porte de Zôma.
A 8 h. 45^ nous dirigeant au nord, nous sortons de Tâmo et nous nous engageons sur une étroite corniche uillée. La région est des plus délicieuses comme beauté et gracieuseté de paysage. La muraille de roches que nous avons à droite est ornée de plantes grimpantes et nous surplombons la belle vallée de Koffiina, oti des eaux vives coulent au milieu de belles cultures
On me parle d^un monastère très ancien qui serait sur les flancs de la montagne, et je retourne sur mes pas.
Avec une peine excessive nous escaladons un roc abrupte dont les pentes, ou mieux, les pans sont littéralement upissés de plantes et d^ar* bustes, au milieu desquels se trouvent aussi de grands arbres. Nous arrivons, non sans peine, à une petite esplanade complantée de beaux arbres, animée par des eaux vives et au bord desquelles se trouvent disséminées des cellules de moines et une chapelle dédiée à Marie.
Les moines ont abandonné leurs cellules pour s^installerdans la plaine, a utour de la belle ^lise d'Emmanuel, et nous ne trouvons id qu'une vieille diaconesse occupée à moudre la £irine destinée aux pains de la communion.
Nous remarquons, dans les flancs d^une roche surplombant relise, de nombreuses cavernes : ce sont probablement d'andennes habiutions de Troglodytes dans lesquelles, en cas de guerre, se retirent les habiunts des vall ée s.
Nous redescendons de Féglise de Mariera, et i midi nous soraraes dans la vallée de Koffana, au centre de laquelle est construite^ sur un tertre, la belle ^ise d^Eromanud; après un instant de repos sous les beaux arbres de réglise, nous noiu remettons en route.
A midi lo', nous traversons larivière de KoffaiM, qui a doonéson nom au pays, et k a heures, nous arrivons au village de Zomal où nous trouvons le Ras.
F€»bv4 é^iriL — U a pla «MKfa Mk et a UfmÊÊtcemfsmnétckatttLÊ^amwKaiemét, ■jb Dmgpé, q«i pont k ûc de Jtcf Mi
^:, oilequ^inâDe fils de SahahnSrliwtf U cm mi Tarn iSx5 de U c« donc acnKikacat JbE de daquoiD-faB ttîIk;.Sapeia a la coalcar de FainfaR^ aa haifce ci ite Cil beflcL Tome » prwnnne a fmd air, i de sm{«dié dtm k «Estt et k iptenieiit. Pai ▼« firé(|eeneaâ iqoor ao Choa d f ai appris à faner ci à k nnwrnr Daipié a afvcliii sa jernaieà laqnrnrilestoni^dqwiis les Gens iodisMlabks du miriiy iriigprBT EDe lei a qaaU€ cntint^ deux fik d deux filles; Pane dVOes Le Ras en on fin csoKor; Q a l icmcoup wm ci n me parie de Rodiccd*Heriooiirt, sur les feoooz défini il a soa c nbnrr, ainsi qne des antres Européens qui ont ▼!«£ les Éttts de pire» U me namte divuscs aneodotes de sa capniFiif ches TnéodoraSy
A cfiiédn Ras se uoureson aumônier^ cyifwfiisiiqnc k mînereliiiyifr» qm profile d*nn moment où k convcfSMon en ffnétak ponr me demander pouiqooi les Européens manynt du ^^m'W— '• A quoi je fcpnnds z ^* Paree qn us sont duéiiens»
Mon inttsragateor sourit en remoant k tCie»
— Mon pire, lui dis-je, n>si-fl pas dit dans les Saintes Écritnics qne saint Pierre eut une mion dans laqorik il loi fut ordonné de maiiger de tons les animanz de k terre et des eaux*
L*abbé changea k co n r e nation en me demandant k nombre des liiries' de notre mok»
Ainn se passe, en causant etderisant, œne journée du irendraB.
Samedi, 7 éonriL — A une heure^ nous nous mettoiu en route au snd-^ Sur notre gaudie nous avons k montagne et à droite des pkteanz cnhiTés qui s'étagent les uns au-dessus des autres; k culmre et k Wg/bMAon qiontanée nous indiquent que noiu sommes id dans k r^on de k Onlna digt.
iA
de k dwnnnritioo, les Ethiopiens ont ooaierv^ de lents odk de ifsbstenîr des visades que les Hébreux considénieBt
IXPUOBATIOICS <TMIOmEICI«
A a h* I S' nous tnvenoos le torrent de Dumou et nous entrons dans les KolUh d'EnaubarL
A a h. 45' nous nous arrêtons au Tillage de Gàran oti sont logés le Ras et sa suite.
% 8 avril. — A 6 h. 3o^, noos partons au sud-sud-oœstpour la pCche avec le Ras, sa suite et presque tout le village.
Nous atteignons un rocher en forme de promontoire» nous le descen^ dons et nous arrivons dans de petites vaUées inhabitées, an 9fA Uanchâtre, avec quelques pierres au milieu des terres. La v^étation spontanée est composée d^acadas et de buissons éfnneux. Les plantes cultivées sont le coton, la canne à sucre, les mib et piments.
A 8 h. I y, nous nous arrêtons au bord de la rivière Djama ou Addabai. Le lit occupé par cette rivière, à Tépoque des hautes eaux, doit avoir une largeur de 600 à 800 mètres et attdndre une très grande profondeur; actuellement, les eaux sont basses et le lit de la rivière occupé par les eaux varie de 60 à 100 mètres. Les eaux coulent sur un fond de cûlloux qui ont en moyenne la grosseur du poing.
Sur les rives de la rivière se trouvent des sycomores et des plantes à soie.
Nous trouvons le Ras assis sous un sycomore. 11 est occupé à dicter des lettres à ses secrétaires, tout en écoutant les rédamaflons que font à ses juges un homme et une femme contre un prêtre, au sujet de quelque lopin de terre. Lliomme est un lourdaud, le prêtre un beau parleur, qui cherche reffet, ce que voyant la femme, qui parait une fine luronne, écarte d*nn geste son mari et prend la parole en s^adressant directement an Ras. Elle se démêle si adroitement, répond avec tant d^à propos aux qnestionsdu tribunal, riposte SI habilement aux filandreuses défenses de son adversaire, qu'elle obtient, séance tenante, un jugement fevoreble. Le courrier expédié et les plaideun ouïs, le Ras se rend avec les juges à la pêche. Le spectade est unique.
Un millier de perronnes, hommes, femmes et enfents, sont à IVao, les uns armés de sabres pour Crapper les poissons, d^à engourdis parle soc des plantes que Ton a répandu dans les eaux, les autres avec der linges en guise de filets les ramassent; tine kiM pris, les poissons sont ouverts cl vidés et eiuuite exposés wat la grève pour être séchés an aolcQ.
Tout en suivant les opéfadons de cette pêche, nous traversoiis la ri«
EXPLORATIOKS iTHIOHBiaiEi
viire et nous allons nous asseoir sous un large sycomore. Pendant le d^efiner on me raconte que les bergers du pays utilisent la sève do sycomore pour. en enduire les petites guérites portadves en vannerie dont ils seservent pendant la saison des pluies et qui» une fois recouvertes de cet enduit, sont imperméables à Teau.
De ce côté-ci de la rivière on a £ût une prise d'eau et, au moyen de nombreux canaux, on irrigue une surface assez considérable de champs.
A 4 heures nous nous remettons en route au sud. A gauche nous avons un rocher remarquable avec deux pitons on forme de tours ; c*est Morrat, lieu oti le torrent de Bar-Senâ,.dont nous traversons le lit à sec, prend sa source.
Nous sommes dans une r^ion ravinée par de nombreux lits de torrents à sec, couverts de rochers décharnés et d^épines.
A 6 h. So', nous arrivons au grand village de Derako, province d^An* sarro, qui s*étage au sommet d^une colline et où nous nous arrêtons. Le costume des femmes est le même que celui des femmes d^Obock; elles sont cependant vêtues en blanc au lieu de Têtre en bleu, comme à Obock. Les femmes de Derako ont de gros bijoux en cuivre, notamment des anneaux aux poignets et aux chevilles.
Lundis 9 avril. — Le Ras a des affaires qui le retiennent ici et je puis à loisir étudier les nombreux lépreux qui le suivent, vivant desesaumôncs, car Ras Dargué est un prince très généreux.
Ces lépreux sont au nombre de deux ou trois cents, hommes, femmes, enfiints. Ces derniers sont très beaux, paraissent sains et très gentils. Là lèpre est héréditaire et ne paraît pas contagieuse, car les lépreux errent partout librement et tout le monde devrait être infecté.
Les lépreux du Choa vivent par bandes, suivent les grands seigneurs ou parcourent le pays. Ce sont des noctambules, passant la journée retirés daiM quelques lieux écartés. Ils viennent sur le minuit dans les villages, chantant en chœur, avec goût : ils ont de belles voix. Dans la matinée, ils vont d'halitation en habitation mendier ; on n'ose guère leur refuser, cal* ils blasonnent la nuit suivante les maisons où ils ont été éconduits la veille.
Une des injures que les lépreux ont le plus souvent à la bouche est ^elle de : « J^irai me coucher sur ton lit. » Cela paraîtrait indiquer quils considèrent la lèpre comme contagieuse.
EXPLORATIONS AtHIOPIEKIIKS
Mardi, i o avn7. — J^apprens qu^il y a près d^îd deux Tillagcs : Pan, Monat, au nord-est, et Fautfe, Zalla, à louest, exclusivement habités par des ouvriers forgerons, formant une population à part, inexprimé mes r^ grets de ne pas Tavoirsu hier, je serais allé les visiter. On me dit que f aurai aussi aujourd'hui à voir des villages d^ouvriers.
Nous partons à 8 heures à Tcst-nord-ouest. A 8 h. 1 5% nous sommes sur un plateau pierreux, cultivé en céréales, où paissent, dans des herbes, des troupeaux de bœufii. Sur ce plateau se trouve aussi quelques arbustes verts, des acacias et des oliviers sauvages.
A gauche nous avons le mont Anssaro. Il forme des murailles de roches qui s'étagent en gradins.
A 8 h. 45^ Oulà, village perché sur une crête, est à notre gauche ; à droite se trouvent des habitadons sur plateau culdvé. ^
A 9 heures, marchant au sud-ouest, nous atteignons un plateau où se trouvent des cultures et le grand village d^Adi-Samba, qui est habité par des ouvriers. Je prends prétexte d'achats à fiiire et je m'arrête.
Ce qui me frappe tout d'abord, c*est la pureté du type juif des habi« tants; ils en ont la physionomie, les allures et Paccent pardculier.
Dans la première maison où nous entrons, on fiibrique des arçons de selle. Nous allons aussi successivement chez des forgerons, des orfivre^ chez un spéculateur qui achète du coton filé aux femmes et le fidtdsser chez lui, pour revendre ensuite les étoffes. Je désire acheter un collier de mulet en cuivre. On m'en apporte [dusieurs chez lui ; il m'en fidt acheter un pas trop cher et d'un curieux travail. Il est composé d'une large chaîne plate, â chaque anneau de laquelle est attaché un losange de cuivre de deux cen* timètres de côté et orné d'un dessin repoussé au centre.
A lo heures, nous quittons Adi-Samba et nous nous dirigeons à l'ouest-ouest-sud. A droite de notre route se trouve un prédpice surplombant une vallée au fond de laquelle coule, en sens opposé à notre route, la Karsa, rivière qui a, de l'autre côté de la vallée, de nombreux affluents.
A lo h. I S', lorsque nous ftisons boire nos mules dans le creux d'un rocher, nous avons, sur la rive opposée, le grand village d'Iddino.
Un quart d'heure après, nous arrivons au village de Beddé-Vetchié, où nous devons loger. Le Ras n'est pas encore arrivé. En l'attendant, je vais déjeûner sous les beaux oliviers de Bedda-Baji. Un vieux moine, vêtu de peaux, vient nous saluer; un autre, tout près de nous, ourdit une pièces les pieds d^un lit lui servant d'ourdissoir.
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KXPLORATIQKS imOPtENMBt 189
Mercredi, 1 1 avrt7. — Nous partons à 6 h. 1 5\ «a noid, et à 6 h. 43' nous arrivons à Téglise d'Emmanuel et à de nombreuses habitations» sur petit plateau bien culdvé.
A 7 heures, marchant au sud-sud-ouest, nous traversons un deuxième plateau cultivé, comme le premier, en cëréalcs.
A 7 h. iS', nous prenons au sud-ouest et nous arrivons sur un troibième plateau, culdvé en coton, canne à sucre, mil, piments.
A 8 heures, nous arrivons sur les bords de la rivière Z^Muioudem. Le lit en est de sable mélangé de cailloux et de gravier; il peut avoir une largeur moyenne de 5oo mètres^ diaprés les traces laissées sur les beiges i pic et d^oii doivent tomber de nombreux torrents actuellement à sec, les eaux doivent atteindre une hauteur de 20 mètres. Pour le moment, il 7 a seulement, dans la Z^haoudem, quelques filets qui coulent tantdt à découvert, tantôt sous le sable. Sur la rive opposée, il y a de Peau courante sur une largeur de 20 mètres environ. Les eaux ont, à Tendroit où nous les passons, un mètre de hauteur, mais il y a des endroits très profonds et très
poissonneux»
Le Ras et ses gens restent pour pêcher. Nous faisons boire nos mules et nous nous engageons dans le lit d'un torrent à sec, qui est bord^ adroite et â gauche, par des roches taillées en muraille.
A 9 heures, nous traversons un défilé. Nous avons à gauche le village d^ Adisghié ; tout en haut de la montagne se trouvent de grands arbres et une église dédiée à Anna-Mariem. Un moine que nous trouvons en chemin nous dit qu'Anna-Mariem fut saccagée par Mohamed Gragne et n*a jamais été relevée.
Après le défilé, une vallée s'ouvre à notre droite ; nous fidsons route à Touest et nous continuons à gravir la montagne de gauche, sur laquelle est réglise d^Anna-Mariem.
A 9 h. i&, nous prenons au sud. Nous avons sur notre droite une grande église dédiée à saint Georges, et entourée de beaucoup d'habitations et de cultures.
A 10 IU4S' noiu arrivons à Fltché. Sur un vaste plateau tout vert, gracieusement mamelonné, s^étend la ville du Ras. Le centre en est occupé par une butte couronnée de beaux arbres, au centre desquels a été construit une église dédiée à saint Georges.
A f I heures, à cAté de Téglise, le thermomètre marque -)- i8«s. Il est à remarquer que, dans les KoUahs, nous avions ce matin, à 6 heures, -|"
EZFLOKATIOKS ÂTHlOPISNim
1 5*3 et à 8 heures, -|- 23*o. Le manoir du Ras est au nord-nord-esi. La direction générale du plateau de Fitcbé est ouest- nord-ouest. Outre Thabitation du lUs, qui occupe le sommet d^une vaste butte, se trouventdissémï* nées, par ilôts, les maisons des fusiliers du Ras, les membres de sa fiimille et de ses clients.
Le soir, sur les cinq heures, le ras rentre. II est fort triste et ramène avec lui le cadavre d^un de ses fusiliers qui s^est noyé en péchant.
Je me présente chez le Ras^ qui me reçoit'avec son aménité accoutumée. La mort de son serviteur Ta affligé très sérieusement. Tous ces hommes, me dit-il, sont mes en&ints.
Le Ras me demande ensuite des explicadons sur le baromètre et le thermomètre et il comprend très bien Pusage de ces deux instruments. La boussole lui est aussi connue. Il me parle à ce sujet de la manière éthiopienne de diviser Phorizon. Ils supposent Punivers comme une maison carrée et donnent aux quatre points cardinaux les noms des quatre angles du monde. Ils supposent cène maison percée de quatre fenêtres et donnent le nom de fenêtre aux points intermédiaires. Enfin, entre chaque fenêtre et les angles, ib placent un point quMls appellent le voleur. Ib ont ainsi di* visé en seize parties le cercle de PI
Jeudis 1 2 avril. — Le madn je vais prendre congé du Ras et à 7 h. je me meu en route au sud-ouest pour PAbal. Au plateau gazonné de Fitché succède un plateau pierreux, sans arbres, où Pon ne voit que peu de cultures.
A 7 h. î&, marchant à Pouest^ouest-nord, nous arrivons à la rivière de Laga-Koutcha, qui coule au milieu du plateau entre des rives gazonnées et des buttes en forme de ballon gazonnées, disséminées à droite et à gauche. Devant nous s^étendent des pâturages et le village de Temano.
A 7 h. 45', nous dirigeant au sud-sud-ouest, nous touchons a.u village de Boffichà, entouré de cultures et de pâturages.
A 8 heures, nous traversons la rivière de Boffichà, ainsi nommée du village, et nous entrons dans le pays de GouUalé. La région ^out entière serait souvent désignée sous le nom de la Montagne de Gara-Mascara, que notu venons de laisser à gauche. Le plateau de Goullalé est gazonné. Au sommet de buttes sont construites des habitations et tout autour se trouvent des cultures.
A 8 h. 1 5', nous arrivons à Ambisso. Cest id que le Ras dent ses
Kxn.oiuTioi9S irmonBmtn
chevaux. Nous sommes actuellement dans le pays de Gara. Notre baUe» raba nous laisse sur la route et va aux écuries du Ras changer sa mule contre un cheval. II revient accompagné de trois Godjamais, prisonniers de guerre» qui rentrent chez eux. Ces gens^ avec Tarbanité qui est un des traits caractéristiques du Godjam, viennent me saluer et me disent que, . puisque je visite l'Ethiopie, je ne saurais rentrer chez moi sansavoir vu leur pays, pays où les étrangers sont toujours les bien venus. •
La r^on devient acddentée. Des eaux vives sourdent de toutes parts dans le gazon, au milieu de beaux arbres : oliviers, acacias, sycomores, ar« bustes.
A 9 h. 45', notre route étant au sud-ouest, nous passons auprès du village de Kellitcha, ofi se trouve le manoir de la fille aînée du Ras. Ce village est heureusement «tué et a de belles cultures, bien irriguées.
A I a heures, le pays devient de plus en plus boisé. Sur notre drmte s^ouvre une vallée et à gauche nous avons desmontagnes. Le pays quenoiu traversons paraît très habité. Outre de belles cultures, il y a une très grande quantité d'animaux au pâturage. D'ici Ton voit le Chebet-Gondja et autres' monts du Godjam.
A midi, nous arrivons au village de Nagâou, résidencedu gouverneur de ridabou, où nous venons d'entrer. Ce chef veut me retenir pour la nuit. . Je le remercie et me remets en roule.
A midi et demie, nous sommes dans une vaste plaine très cultivée; partout il y a de beaux arbres par bouquets^ surtout une espèce particulière .d^acada nommé garhu Nous sommes dans le pays de GoUé, soumis depuis six ou sept ans seulement. La conquête de ce pays est prindpalement due au Fittorari Layé. La poptilation du GoUé est en grande partie de race Oromone. ;r
Devant nous, sur la droite, nous avons un rocher remarqtiable; oa dirait une tour et un pan de muraille d^ùn château moyen-âge. La ville de Tchalanko, où nous nous rendons, est sur la gauche de ce rocher, donc. die est séparée par un torrent. .
Sur la droite du rocher, et séparé par deux torrents, se trouve Dara, plateau rocheux inaccesrible, au sommet duquel se trouvent des bois, des eaux, des cultures et de nombreux villages. C'est à la pointe du Dara que la Djama ou Addabàl bit sa joncdon avec l'Abal (Nil bleu) et qtie le^ eaux du Choa se mêlentà celles da Godjam*
Jusqu^à ces derniers temps, le Dara formait un Etat indépendant. Il
X\. . -.T^ih.
EIPUHUTIOIIS <TM10MEIim
appartenait \ Djax Assanno, qui avait su résister aux empereurs Théodoioa et Jean, aux rois du Choa et du Godjam, et qui fut réduit, il y a quelqiies années, par Ras Dargué, après un lâkgt de huit mois. Depuis, le Dara forme une province du Choa et est administré par Djas Desta, fils âlné de RasDargué.
À I heure, nous sommes dans la plaine d^Abôlté, où Ton voit de nombreuses habitations disséminées dans des cultures. •(
A a heures, nous traversons la rivière d'Alàtou. La largeur du lit est de quarante à cinquante mètres; le cours est très rapide, la hauteur des eaux, au gué, est de cinquante centimètres.
Après PAlàtou, on trouve k grand village d'Af-en-Daro, où nous remarquons de splendides arbres^ desgarbi.
A a-h. Zd^ des enfiints juchés dans les branches d^un bouquet de sy* comores, pour en cueillir les firuits, une sorte de figue, nous saluent et rient joyeusement en nous montrant leurs dents blanches. Nous nous croisons avec des femmes et des jeunes filles chaigées de bois et nous nous engageons dans la montagne, laissant sur notre droite une vallée pierreuse, dont le milieu est occupé par le torrent de Gaddé. Cest de Tautre côté de cette vallée, et devant nous, que se trouve le rocher remarquable ngnalé plus haut.
Après avoir traversé un plateau pierreux et sauvage, nous arrivons, à 4 h. 30^, à la ville Tchalanko, située dans une plaine bien cultivée.
Le Fittorari, qui préside avec sa femme un repas qu'il donne à ses clients, me fait appeler et, sans me donner le temps de me débotter, me met à la place d'honneur du festin. Fittorari Layé nous reçoit avec cette grâce et cette aménité qui caractérise k grand seigneur éthiopien.
1 3 avn7.— Journée passée chez le Fittorari Layé. Il a chez lui deux moines éthiopiens, du couvent de Jérusalem, venus au Choa pour quêter. Ilsmeparknt de la Terre-Sainte et surtout d'une oui\tro (grande dame noble) française qui, fixée en Palesdne, y ferait de grandes choses.
14 wfriL — Noos nonsmettons en route à 8 h. So', à l'ouest; bientôt nous tournons au sod-snd-onest et nous montons, par un sentier abrupte;, au milieu de roches, jusqu'à 9 h. iS'. A ce moment nous attei* gnons k sommet d^un plateau tencm, à grandes onduladons, sur leqnd on m^oblige à attendre Tescorte qoe k Fittorari Layé a voulu me donner.
EXPLORATIONS élHIOPinniBS
malgré toutes mes protestations. Cette escorte est forte de plus de quarante fusiliers montés sur des mules» accompagnés de leurs servants d*armes à pied. Le chef a en plus un écuyer qui lui conduit en main un beau destrier qui piaffe sous son harnais d'argent.
Nous nous remettons en route. Je dois remercier Layé de sa bonne intention, mais il peut se vanter de m^avoir ainsi sérieusement contrarié.
A 9 h. 25', nous traversons le torrent d^Elasso et nous passonr du pays de ce nom dans celui de Djarso. Admirable {daine, bien arrosée, belles cultures et beaux pâturages, villages et habitations disséminés dans les aibre», grande quantité de bestiaux. A l'extrémité ouest de la plaine se trouve Téglise de Gouattioné, sur une butte couverte d^arbres,oti nous arrivons à II h. 1 3'. Je descends de mulet pour visiter Péglise, ce que je ne puis fiiire qu'extérieurement, car un vieux prêtre à turban fantastique vient nous en défendre Feutrée et nous dit insolemment : « La prison et la communion, ne les voit pas qui veut. > y
Nous laissons ce fanatique et nous allons nous promener sous les beaux arbres de T^se, puis, à dix minutes de là, nous reposer dans une maison située auprès du marché.
Vers une heure je veux sortir et aller me promener au marché. Cest Tun des plus importants de la r^ion, car ici les marchands de Djema et autres pays du Sud se rencontrent avec ceux du Godjam et du Choà. L'escorte s'est considérablement accrue. Cest entouré, non plus de quarante soldats, mais bien de deux cents fusils, que je me rends, en maugréant contre Layé, au lieu oii se tiennent les marchands.
Ceux-ci, effrayés à la vue d'une telle troupe armée, craignent un pillage et commencent à d^uerpir. J'avais dit que je désirais acheter un bbodier du Godjam. Les gens de Tescorte courent après les marchands de boudiers et me les ramènent au nombre de dnq. J ^achète deux boucliers. Après avoir feit interroger ces gens, j^apprends que les opinions sontdivi* ses sur mon compte : les uns disent que je suis VAbboun, et les autres, dame, j^ai tant de fusils autour de moi, un très grand personnage assurément, mais pouvant peut-être confondre la propriété des autres avec la mienne et dans le doute on s^est enfui ■.
I Void les renseigiicinents commerdaux que f ai pu recueîQîr à Ofarto. Les msr» chandises d'Europe, des Indes et d'Egypte j sont apportées par les marchands du Godjaoi i rivoire et le musc par les gens de Dema. Les gens du Choa y amènent des animaux.
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EXPLORATIONS AtHIOPIBNHBS
Voyant cda, )e donne Tordre de partir sans plus tarder pour TAbaU Nous nous mettons en route à a b. 30^» au nord. Nous repassons devant Tégiise de Gouattioné et à 3 heures, surplombant le Kbllah dans lequel nous allons descendre, j'aperçois TAbai qui coule resserré entre deux mu* railles de rocs.
La couleur des terres est rouge sang-de-bœuf, les roches sont grises.
A 3 h. 30^, nous avons sur la gauche le village de N^adé. Il nous but franchir un pli de rocher et nous nous trouvons devant Permitage de Ouatchà-Mikaél. Un vieux prêtre, qui est sur le seuil, nous salue. Nous nous trouvons engagé dans des descentes impossibles. Enfin, à 4 heures, nous nous arrêtons dans une prairie qu^une butte sépare des maisons oti nous devons aller coucher ce soir, où nous ^arrivons à 4 h. 55'; après nous être reposé une grande demi-heure dans la prairie.
Nous sommes reçus dans le manoir d^un Abbagase % beau vieillard qui vient nous recevoir. Cette résidence dépend du village de Gouradjik, qui
est à Porient du manoir.
La maison où l'on nous loge est très propre et bien tenue. Je suis intrigué par un ceruin nombre d^objets enfumés qui ont la forme de saucissons mal ficelés. J^examine : ce sont des membres virils, des tn^hées ! C'est la première et la seule fois que j'en ai vu au Choa. Ménélik fitisant tout pour abolir la barbare coutume de Péviration, il est peu de maisons dans ses États qui n^ait caché ou détruit ces trophées.
Tandis que les habitants des plateaux sont surtout de race Oromone, la population du Kollah est exclusivement Amara. Ces gens des KoUahs, aussi bien ceux du Godjam que ceux du Choa, auraient des habitudes invé* térées de brigandage et de pillage, et feraient, les uns chez les autres, de fréquentes excurnona.
Brigands ou non, ceux d^aujourd'hui nous font le meilleur accueil. '
Dimanche^ 1 5 avril. — A 6 heures, nous nous mettons en route à rest-sud-est; nous avons des tombes sur notre gauche, au milieu de pierres amoncelées.
A 7 heures 1 5\ notu arrivons au torrent de Tirro. Le lit, qui forme
des boNifii priadptlement. Les bcBufs gras Ttleat de s thalari i/s à 3 thalari. Actuelle meot, lachange du thalcr est de i thaler pour lo tmouKs.
• L'Abbsfue,coaiiiit le marquis ea Europe, est le gDUYeraeur 'd*uae frootièra qui est une miicht.
vue rigole au mflieo des roches, aenit k seul passage donnant accès de FAbai aoGoofadîiu OnacreasédanskrocqniboIdelari1redroitedalOf^ rent, et à one dizaine de mètres de hauteur, un sentier qui est barre par une herK mobik se rejoignant à une mnrûlk et Ixmant une ligne dedé-
A 8 h. iV, nous arrivons au bord de PAbai (Nil Ueu). Nous sommes venus en descendant des chemins impossibles, dans lesquels f ai dû me laisser le plus souvent ^Usser sur les mains et k fond de ma culone, de moles* Idne heureusement»
Le fleuve est certainement imposant. Il coule sur une krgeur de deux cents mètres entre deux hautes murailles de roches rouges, de cinquante à soixante mètres de hauteur, et dans les interstices desquelles, aussi bien sur la rive du Godjam que sur celle du Choa, poussent des acacias an tronc tofdu et au feuillage grillé. Où un peu de terre v^tak Fa permb, se vment jde rares et malingres sycomores,
L^Abal mérite peu aujourd'hui le.nom de Nil bleu, car la couleur de ses eaux est jaune. Leur cours est ici est-ouest.
Noos trouvons, sur les bords du fleuve, une centaine de gens du Godjam venus hier au marché de Djarso et se disposant à rentrer chez eux avec leurs acquisitions, qui consistent principslement en bouvillons et jeunes mulets* La hauteur des eaux au gué ne dépasse pas les aisselles d*un homme détaille moyenne; les femmes et les enfants perdent pied et traversent le fleuve en appuyant kun mains sur les épaules d^un homme.
Un voyageur économiste, comme j^ai toujours tflchéde Tétre en Afirique, où depuis longtemps déjà je cherche à ouvrir des routes, créer des relations entre nos possessions et l'intérieur du continent, ne saurait se trouver sur les bords de PAbal sans songer au projet des Portugais de détourner ce' fleuve dans TAouache, projet qui aurait pour conséquence directe de réunir à nntériear de TAfrique, par un grand fleuve, notre possesrion dX)bodL.
Il est certain que si Ton parvenait à détourner dans TAouache un volume d^eau aussi considérable que doit être celui de PAbal aux hautes eaux; ces eaux, jointes à celles de T Aouache, se créerait par leur propre force, quels que soient les obstacles qui s^y opposent, une«route vers k mer.-
Lliistoire a conservé k souvenir de plusieurs projets de détournement de TAbal dans k mer Rouge. Le plus connu des Européens est celui des Portugais; mais avant eux un empereur Ethiopien, Attié LalibaUa, avait eu la même pensée; il en aurait même commencé Pexécution. En faisant en*
BZPLOiuTioits ÉnnoMimn
treprendre des travaux, son but éttit de détourner dans le bassin de r Aouache les affluents de TAbal. — Bruce parie de ce projeL
A 9 heures nous quittons les bords de TAbal et nous nous remettons en route pour Djarso; notu passons la nuit dans le village de Nentchio, qui se trouve dans la plaine de Djarso et est habité par des marchands musulmans.
ff, 16 avril. -~ A 7 heures, nous nous mettons en route à l'ouestnord-ouest, mais pour peu de temps, car à 7 h. lo' nous nous arrêtons au village de Coutou où Ton m^avait dit que je trouverais à acheter des cornes de rhinocéros. On cherche vainement le détenteur desdites cornes et nous repartons, à 7 h. 3&, au sud-sud-est.
N01U sommes sur un plateau de terre noire» très bien culdvé en céréales. Ce plateau eit à grandes ondulations et n^a pas d^arbres. Les haUtants se servent pour leur chauffage et la cuisson des aliments, lie bouse de bœuf desséchée.
Nous passons à 8 h. So' devant le village d^Etcho, au sud-sud-ouest, et à 9 h. 1 5% devant le village de Nilki au sud-sud-est. Ce village est sur une bune et parait occuper le milieu du plateau.
A 1 1 heures, pour faire reposer nos monmres et déjeuner, nous nous arrêtons dans une belle prairie oti pâturent une quantité considérable de bœuft, de chevaux et de mules.
A une heure, nous nous remettons en route au sud-est. Le plateau est gazonné, uni, sans une pierre ni un arbre. Devant nous se trouve une vallée plate qui sépare le village de Kési de celui de Kouillou. Les deux sont sur des tertres. La vallée entre les villages a nom Oulà-Oumo.
A a h. 1 5*, nous arrivons au village de Kési. Nous allons ^siter une église dans lesenvirons et en rentrant nous.trouvons RasDargué qui vient d^arriver avec le Fittorari Layé. ~
t, 17 avrit^ ~ Le matin nous prenons congé du Ras, qui doit passer quelques jotus ici. Il me firit donner un cheval, un mtilet nain et un grand sabre recourbé»
A 10 heures, nous notu mettons en routé au sud-sud-est. Nous' avons sur notre droite la plaine et le village de Tekabora.
Une fois que l'on a descendu la butte sur laqudle est construite Kési, ce qui demande dix minutes, on entre dans une région accidentée, con«
EXPLORATIONS fTHIOnDCKIt
verte de gazon, d'oliviers et d'acacias. On a, sur la gauche, la pointe locheuse d^Ada-Gui.
A 1 1 heureSf marchant à Test, par le plateau tantAt pierreux, taniAi gazonné d* Alidiro^ nous arrivons dans la plaine de Déguemé, dans laquelle se trouve un très grand nombre d^habitations et de beaux labours sépaiée en deux parties par une petite rivière.
A midi, après un arrêt d^un quart d*heure, nous nous remenoos en route â Test. Nous gravissons une c6te et nous arrivons au plateau d^Anibisso.
A une heure, nous sommes au point culminant du plateau, dVHinous dominons Fitché» que nous atteignons à s h, 45*.
En Tabsenee du Ras, je suis hospitalisé au nom de la Ouizero Diaigaé. Elle meCiit appeler sur les cinq heures. Elle me reçoit ayant à ses oftiés la sœur du Ras et de nombreuses suivantes. Quelques écuyers sont asns le long des murs de la pièce. Au milieu de la salle est accroupi sur une nane^ un personnage grotesque revêtu d'un costume ecclésiastique, dont les épaules sont couvertes d*une longue pèlerine découpée dans de la peau tannée. Toute sa personne, grasse à lard, paraît un vrai modèle de Sandio : visage bouffi de graisse, petit nez en vrille, large bouche sensuelle et petits yeux que la graisse parait lui empêcher d^ouvrir.
On me prévient que c*est le fou ou le bouffon de ces dames et de ne pas me iïcher sMl m'adresse la parole.
En efEet, quand on eût échangé des compliments et que l'on m^eut fidt apponer de Thydromel et des gâteaux, le bouffon me regarda et me dit :
« L^habit ne fidt pas le moine, et si je suis habillé comme les ana* » chorètes mangeurs de racines et buveurs d^eau, voyez ma fiioe : oe ifcst » pas une figure de jeûneur.
» On me dit jeûner, cependant, car si j*avais continué à manger moo » soûl, je ne pourrais plus ouvrir les yeux. »
Tout le monde se meta rire et le bouffon riant plus que tout le monde dit:
- c Je suis fol, je bois bien, je mange bien et je me moque du reste. »
Puis il imite des pétarades et le bruit de la fusillade, en frappant amc son bras sa main qu^il tient sous son aisselle. Il reprend ensuite :
c J^aimerais beaucoup les femmes, si leur cul était m<Mns vaste; ou» '