‹ Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents diversChapitre 12 sur 16 · ALT · texte numérisé non relu

ALT

VXPLORATIOKt <TBI0m3CllB

» kur cul est trop grand, si grand que, si vous le permettiez, f 7 mettrus

> toute ma tête; avant il &udra bien me boucher le nés, au moins, et, sans.

> mensonge, je verrats que dans le cul des femmes se trouve le mal du » monde. »

Tout le monde, grandes dames et suivantes, rient à se tordre. Et le bouffon, mimant la pétarade et la fusillade répète gaiement :

« Je suis fol, je bois bien, je mange Uen et je me moque du rem. >

Mercredi iS avrit. — La princesse, sœur dû Ras, grande et belle vieille de soixante à soixante*dix ans, qui sait que je dois partir ce matin, car j^ai pris congé d^dle hier au soir chez la Ouizero, vient dès huit heures du madn m^apporter à déjeuner. Elle est accompagnée de deux gentilles caméristes et me dit, avec cette aisance simple- et gracieuse, apanage des grandes damés en tout pays :

c II n^ a que des hommes ici ; que vous devez être mal, mon Dieu ? » Enfin, vous ferez un déjeuner convenable et vous aurez en route des pro- » virions de chrétieiu. .

9 Je pourrais être votre mère, vous savez, bien que vous ayiez la barbe » longue. Mettez-vous là, mangez, laissez-vous servir et vous direz merci 9 après, a

Je me laissai feire, non sans plaisir, et tout en mangeant et buvant, j^écoutais la princesse me parler de son père Sahala-Selassié, de Téducadon qu^ feisait donnera ses enfents et de Rochet d'Héricourt, qui fut très aimé de la femile royale.

Après mon repas, la princesse me donna un él^nt agalgd (panier rond qui sert de candne), dans lequel elle m*avaitfait mettre un dourodabo, sorte de pâtée avec des oraft et des morceaux de volaille.

Nous nous mettons en route à 9 h. 1 5', dans la direction du sud. Ici le plateau est terretix et accidenté. 11 y a là quelques acacias, des laboura dans une terre noire ob Ton ne voit presque pas de pierres.

A 9 h, 3o\ marchant à Test-sud-est, nous traversons le village de Digdigo, et un quart d^eure après nous arrivons à Arrata-Mariem (repos de Marie), ôti le Ras vient de feire terminer, dans un site gracieux, une belle ^ise dont la construction, Airveillée par le Ras lui-même, est très soignée.

Ainri que me le rappelait ce matin la princesse, Sahala-Sdassié, qui eut de très grandes qualités comme roi, s'était beaucoup occupé de Péduca-

•fc *

EXPLORATIONS £TH10ME|l|fBt

tion de ses en&ntt. Non-seulement il leur fit enseigner les sciences et les lettres éthiofnennes, la musique, Téquitation et l'escrime, mais il leur fit donner des notions de tous les métiers exercés dans ses États, et les princes ses fib apprirent à travailler le bois et le fer, tanner des peaux, etc.

Ras Dargué a un véritable goût pour la construction ; capable d^apprécier les travaux des bons ouvriers, ceux-ci aiment beaucoup à travailler pour lui, d^auunt plus qu^il est très généreux. Cette église, en même temps qu'elle est un bon modèle de Parchitecture religieuse de TEthiopie actuelle, permet de connaître les règles liturgiques qui doivent être observées dans la construction d^une église éthiopienne.

Une église, diaprés la liturgie éthiopienne, ne peut être construite que dans un lieu complanté d*arbres et arrosé d'eau vive; ici il j avait de beaux arbres, mais pas d^eau ; le Ras a été chercher une source dans la montagnie d^Aairo, située à trois ou quatre kilomètres dans le nord-ouest, etPa amenée

Arrata-Mariem se compose, comme toute église éthiopienne régulièrement construite, d'un vaste enclos nommé Assed, dont les côtés sont orientés. On a adossé au mur de Touest un grand porche carré, que Ton peut fermer avec des portes et qui a deux ou trois pièces à hauteur d'un premier étage : c^est le Deje-Salam (porte du salut), dans laquelle se place k cloche. La cloche d^ Arrata-Mariem est de dimension respectable pour avoir été fondue dans le pays.

Cest dans le Deje-Salam que l'on baptise les enfants nouveau-nés; les adultes sont baptisés en dehors; les uns et les autres le sont par immersion.

On entre dans Pendos qui sert de cimetière et l'on trouve l'Oise, de forme ronde* construite en face de la porte du Salut, mais à l'autre extrémité de TAssed. L'église est couverte d'un toit de chaume surmonté d'un appen« dice en forme de parapluie, en lame de métal, en dessous duquel se tnmve également un espace recouvert de lames de métal ; le tout généralement orné de peintures et de verroteries. Au-dessus du Kountcho se trouve la mascale. (croix). Elle est en fer foi^, au milieu d^un limbe autour duquel alternent des colombes également en fer et des œufs d^autrucbei

L^église est formée de trois enceintes concentriques. La première a nota Kenii Mallet (endroit du chant) ; on y parvient par trois portes : une i l'orient, qui est réservée aux prêtres et aux clercs ; une au midi pour les hommes et une au septentrion pour les femmes. Sauf la messe, toutes les cérémonies religieuses se passent dans le Kenié-Mallet, en chant de psaumes

HB

i^ÊÊmaÊÊâmÊâti

3oo

SXPUMUTIOKS lËTHIOraDClUS

que font les prêtres en s^accompagnant de tambours à main et de sistres. Ib dansent aussi en balançant de longues béquilles et des mouchoirs.

La deuxième enceinte de T^is^ appelée Kedeusi (saint) et a dnq portes : une à TEst sen pour le service du culte; deux au sud et deux au nord. Le prêtre officiant entre par la porte du sud et sort par celle du nord ; les deux autres servent : celle du sud pour les hommes et celle du nord pour les femmes*

La troisième enceinte ou Mekedeusi (très saint), est de forme carrée^ percée de trois portes voilées par des rideaux. Tune au sud, par oti les prêtres et les diacres officiants entrent, celle du nord par oti ils sortent, celle de Pouest par oti ib viennent lire les épttrcs et les évangiles et donner la com* munion. ^z-

Au centré du Mekedeusi est le Menneber (autel), table en bois carrée, de deux coudées de côté et de trds coudées de hauteur, à quatre jneds; Elle a trois tablettes superposées. Le tout est recouvert d'étoffes de soie. Sur la première tablette sont placés le calice et les pains delà communion, dessous est le tabot, pierre sacrée qui, b plupart du temps, est en bois ou en plâtre^ et porte toujours gravé ou dessiné le nom du saint auquel est dédiée T^ise, une croix et souvent la figuration d'un agneau. La troisième et .dernière tablette sert pour b croix que le prêtre tient à b main, pliée dans un mouchoir, lorsqu^il entre pour offider.

A gauche de Tautel se trouve Vatronas (pupitre, lutrin).

Le sacrifice de la messe est la seule cérémonie qui ait lieu dans le Me^ kedeusi. Elb se dit les portes voilées par des rideaux. Le prêtre est accompagné de septdbcres : deux tiennent des cierges, un autre l'encensoir, qui )oue un rôle imporunt dans les cérémonies du pays. Chaquedbcre exprime dans b calice un grain de raisin ; on ajoute'de Teau etc^est le vin du sacrifice. Les hosties sont des pains de froment sans levain. On donne dans Téglise Ethiopienne la communion sous les deux espèces.

Derrière Téglise et k Textrémité orientale de VAssed se trouve une petite maison nommée BeihUem : c^est b sacristie à bquelle est adjointe une pièce oti les diaconesses moulent le froment et fi3nt les pains de b communion et ceux dits de propitiation, que le dergé mange, après la messe, dans Bethléem même.

En Ethiopie, les églises ont leurs murs intérieurs couverts de peintures à fresques; à Arrada-Mariem les fresques du Kedeusi viennent d^étre terminées ; dles méritem d'arrêter Tattentioa,

EXPLORATIONS ÉTHIOnEllliXS

3oi

Il y à actuellement en Ethiopie un ait que Ton peut traiier de barbare OU grossier, qu'il vaudrait mieux, je crois, qualifier de naïf, mats qui est très remaïquable, en ce sens qu*il est Talliance de deux ans bien différents: Tart bysantin et Part indien.

Sur un fond . monocrome jaune ou bleu, des personnages dont la silhouette est détachée du fend, comme dans les pântures et mosaïques bysantines^ par un trait noir, sont groupés et forment des scènes plus on moins variées. Bien que hiératiques, ces peintures n*ont pas la rigidité des figures byzantines. Elles sont animées et le mouvement est souvent heureasèment rendu, mais par des procédés analogues à ceux des dessinateurs indiens. Certaines panies des dessins éthiopiens, telles que les draperies et les yeux des personnages sont purement indiennes.

Les artistes qui font ces fresques ont, ainsi que ceux du mont Athos, des cahiers de modèles dans lesquels sont dessinés au trait ■ des anges, des saints, des animaux, des batailles, des scènes historiques et de la vie présente.

LorsqVun peintre a une ^ise à décorer, il s^entend, avec les personnes qui font faire le travail, sur les principales scènes à représenter, et après avoir recouvert préalablement toutes les boiseries de toiles de coton fort^ ment collées, il passe sur tout le mur un enduit de gypse. Lorsqu*il a une surfoce bien blanche et bien unie, il esquisse au charbon noir léi personnages et les scènes qu^il veut figurer, et il se sert pour cela de son cahier de modèles, où il prend tantôt le père étemel ou un soldat, tantôt saint Georges ou une prostituée, etc.

Voici maintenant la description des peintures représentées sur les murs du Kedeust d^Arrada-Mariem. Nous allons les examineren quatre parties, suivant Torientation des murs qu^dles recouvrent :

Côté Est : le roi Técla-Haimanot de Godjam prisonnier. La bataille entre les troupes du Choa et celles du Godjam ; tous les Choanais sont représentés de fitce et tous les Godjamais de profil ; une règle immuable de Fart éthiopien veut que Ton représente de &ce les gens de son parti ou de sa religion, et de profil les ennemis et les infidèles ou leurs cadavres. Le Ncgous Menelik, en costume de général éthiopien, coiffé de la crinière de lion, avec la pèlerine de guerre en velours noir brodé d^or sur une riche

I J*ti pu me procurer qudques feuille» «fun de ces cahiers : dles figurent an Musée du Trocadéro parmi mes cc^ectioas ethnographiques.

3os

EXPLORATIOKf ETHIOPIENNES

cotte «Tannes en lampss brodé ; il tient une canbine Winchester à la main «t est monté sur un cheval jaune enlevé sur foq4 bleu. Le confesseur du roi .-suivi de femmes qui vont à relise. Au-dessus de ces peintures se trouvent représentés la cène, le lavement des pieds, la prière au Jaidtn des Olivieit, Jes quatre évangélistes avec leurs animaux traditionnels; la prise du fort de Darra par Ras Dargué ; à droite, Tapocalypse de saint Jean et à gauche la transfiguration du Christ au Tabor.

Côté sud : le roi Sahala-Sdassié et toute sa famille, aussi bien ceux qui aont en vie aujourd'hui que ceux qui sont morts depuis longtemps. Ils soiit représentés devant la Vierge qu'ils implorent et qui les bénit en leur promettant sa protection, ainsi quMl appert d'écrits tracés sur des espaces blanchis, ayant la ibrme de langues et sortant de la bouche des personnages. Une série de tableaux reproduit Thistoire de la Vierge, sa naissance, sa présentation au Temple, Tassomption, la crèche de Bethléem^ la fuite en Egypte, le saint Sépulcre, Tannondation, Lazare et le mauvais riche, ce dernier mangeant le broudo; des bœufs à la charrue, les travaux des champs^ récbelle de Jacob.

CAté ouest ; La résurrection. Des chérubins tiennent un parassol vert ouvert > au-dessus de la tête du Christ. La Trinité est représentée par trms vieillards identiques. Au-dessus de la tête de chacun d'eux un ange agenouillé, tient ouvert un parasol vert. La tentation du Christ; saint Georges sur son cheval blanc terrassant le dragon ; Abonne Tecla Haimannot fiû« sant pénitence sur une seule jambe. L'artiste, pour bien indiquer cela, a placé sa jambe à côté de lui, contre un mur.

Côté du nord : Aho entouré d'animaux féroces, ses serviteurs. Il est vém de peaux, le poil en dehors, a une longue barbe rousse qui lui tombe plus bas que les genoux et de grands cheveux roux sur les épaules et dans le dos ; Abba Samuel, un saint ermite monté sur un lion ; la Vierge combattant un jeune diable; Jérémie ; le martyre de saint Etienne et autres scènes de martyres.

L'Oise se nomme Arrada-Mariem (repos de Marie). JeTai déjà noté, et le pays Debra-Fessas (montagne de la joie).

■ Le paiaiol

de souUen fcmiés

est en Ethiopie, comme dans les Indes, comme l'était et Test enoora (te dais pour rentrée des lots et des évCques), un insigne dlioonettr* Dieu et les très grands saints, soit avec un paruol, soit rhsiissA et à pointe, chaussures réservées en Ethiopie aux rois et aux évSqi

Noos panons à ii henics. Nous psssoos on plateau pierreux. A gauche nous avons des KoHahs.

A 1 1 h. io% nous armons i un manoir de Ras Dargué, nommé dhoncourle (oignon). Noos tt o u i ron s devant la porte Paumônier du Ras» occupé à frire distribuer des secours en vivres et vêtements à un millier de personnes^ neiUards, frmmcs, enCints et infirmes. Le r^isseur du Ras me bit reposer et m\rfEne une coDadooL

A 1 1 b, 45% nous nous remettons' en route. Dans le ibnd du Kollah où nous entions coule la rivière de- S^audem Y tributaire de FAbal; nous traversons un petit ruisseau et nous entions dansle territoire sacré deDebra» Libanos (montagne du Liban), lodien nus et brûlés sur lesquels jouent des singes énormes. Le terrimire de DdMU-IJbanos est un lieu d^arile aussi bien pour les hommes que pour les animaux, ci ces singes, qui le savent bien, n^ont aucune crainte de rhoamie et viennent jouer à côté de nous.

A midi, marchante PesMod-cs^ nous traversons le ruisseau de Didji-^ gà. Le site devient de plus en plus sauvage : pierres brûlées et tourmentées de toutes formes, quelques acacias à tte r^uliérement arrondie et à ver«^ dure glauque. Sur la gaudi^ une caverne où le Ras renferme toutes ses provisions et munitions de réserve^ en cas de guerre. Sur la hauteur, à notre droite, se trouvent les constmcticmsdu monastère de Debra-Libanos.

A midi 3o*, route sud, nous entrons dans un joli bois, tapissé d\xD ga« son vert, rafiraichi par des eaux courantes ; dans le fond tombe des rochers une cascade : ce sont les eaux miraculenses.

A midi 45', nous arrivons devant une grande ^lise en construction. Avant d*aller plus loin dans cerécit d^excursion, il est indispensable de rappeler les origines de PEdiioi»e chrétienne, ce qu^on ne saurait fidre sans remonter au moins au déluge, car, d*aprés une tradition respectable, égale-^ ment admise des }ui£i, des mnsnlinan% des chrétiens, c^est un petit-fils de Noé, du nom de Kusth qui m i nnîsa le premier PEthiojMe et ce sont les enfiints de Kustch qui fondirent Asoom qodques années avant la naissance' d^Abraham.

^ Unereine du Saba, nommer Mnrada par les Ethiopens, et Békis par 1^ Arabes, eût de ses relanoos aivuc Salomon, roi des Juifs, un fils. Menélik, qui fut élevé à Jérusalem cr aaai^ dans le temple même, roi d*Axoum etd'Ethio|Me. . '

Ménélik quita Jérusalem et se icnfit en Ediioi»e, accompagné d'isniélites appartenant à toutes les tribus et i toutesks dasses de la société. Asa-

MrittMl

ÉMk

Page 1