‹ Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents diversChapitre 13 sur 16 · L->VV · texte numérisé non relu

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KXFLORATIOKS fTHIOFISHMa

riaty fils du graDd-pretre Sadok, emponait avec lui une copie de raidM d'alliance ou Tarche d^alliance elle-même >.

En arrivant en Ethiopie, les terres et les habitants des Etats de Ménilik furent parugés en trois parts :

1* VHaUxigé (actuellement Atdé), Tempereur, qui prend pour lui ou U couronne le premier tiers des terres ;

20 VEtchiégé^ Azarias et ses descendants, qui Tout accompagné* les membres de la tribu de Lévi, prennent le deuxième tiers de TEtat;

3^ Les juift qui ont accompagné Ménélik reçoivent une troisième part. Ik se nomment Balagé (maître de part), par opposition au paysan conquis qui aura le nom de Gabare imposable).

Lorsque les Ethiopiens passeront du judaïsme au christiaubme, VEt* Mégé restera le chef et le chef héréditaire du deigé relier et des moines, sur lesquels les abonnes n^ont jamais eu qu'un pouvoir d^ordre et non de juridiction. Quant au clergé séculier, il est administré par des alacas qui sont nommés par le pouvoir dviL

Jusqu^à rinvasion de PEthiopie par Hamed Gnigne, les Etchi^és ont demeuré à Debm-Libanos, où Ton vénère les restes de Pun d'eux, le célèbre Téda-Haimanot. Un monastère, toujours célèbre, bien que TEtchi^ n^ réside plus, continue à fleurir ici, et tous les condamnés et criminels, assez heureux pour se sauver sur les terres de Teda-Haimanot, peuvent vivié couverts de sa protection; nous avons vu que les animaux eux-mêmes profitent de ce refuge.

L'église devant laquelle nous nous trouvons est construite sur remplacement de ceUe que l'on avait érigée après Texpulsion des musulmans. Les charpentiers qui construisent T^ise sont des gens du Gondar. Ils noiu font poliment les honneurs de leur chantier. Leur travail est réellement remarquable.

En disant le tour de l'église nous trouvons, asûs sur un pan de mur et entouré d^ouvriers, F Alaca, qui représente id Tltchi^é. Je m'avance pour le saluer. Il bit retirer tout son monde et ne garde avec nous que Tintei^ prête. La convemtion s^ngage ainsi entre nous :

■ Let auteurs Ethiopiens prétendent que Setomoo avah lait lUfe pour son fils uae copie tellement ressemblante de riKhed*ellianci^ que Ton ne pourait qu'avec, peine distinguer llmitstion de ForiginaL Aariis aurait pris roriginal au lieu de la lepraductioo» qui était destinée à lilénélik, et protégé par une tempte qui empêcha ksluils de le poursuivra il amena enEthiopîe Taidie vénérée. Elk se tfouTeraitencoicaufouidliuiàAioum..

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BXPLORATIOIIS iTHIOFIBNHBI

— Que veoes-vous fiure id ?

— Un pèlerinage ao tombeau d^Aboune Teda-Haimanot, qui Gonno dans mon pays comme un grand saint.

— De quel pays étes-vous ? ',

— Je suis Fiançais.

— Etes-vous un enfant de TAboune Massaja ? ' •

— Je ne comprends pas bien ce que vous voulez me dire ; certainement f appartiens à la même communion chrétienne que Mgr Massaja, mais je ne suis pas un de ses prêtres.

— Si vous êtes un enfiint de Tabou ne Massaja je ne puis vous parler, car vous êtes excommunié.

— Vous ne pouvez donc plus parler ni au roi ni à votre évêque : ils sont également excommuniés puisqu*ils me reçoivent chez eux et me parlent.

— De quel pays m*avez-vous donc dit que vous étiez? *

— De France.

— Bien, si la France est votre pays, nous sommes de la même religion. * .

Après cela nous causons de choses et d^autres. Il m*apprend que le monastère possède beaucoup de livres et il met à ma disposition ceux dont je voudrais faire prendre des cofnes ou des extraits.'

Je prends congé de TAlaca, qui me fait escorter un bout de chemin par ses gens, qui nous laissent seuls après de nombreux compliments.

Le pays est ravissant Nous sommes dans un vert vallon, le sol est recouvert d'un tapis de gazon que tondent des beaux bœub; il y a des arbres magnifiques sous lesquels se promènent de beaux moines à la tête ascétique. Est-ce Paul ? Est-ce Antoine ? =<: -

Nous arrivons à la cascade. L*eau tombe d^une vingtaine de mètres de hauteur et forme une magnifique douche que des gens nus reçoivent avec componction ; on obtient ainsi un grand nombre iie guérisons.

Nous escaladons la montagne par un sentier à côté de la cascade et nous arrivons sur un plateau pierreux et sans arbres ; nous traversons le ruisseau de BouriLà et nous entrons dans le territoire de Ras Gobanna.

Le jeudi 19 avril, nous couchons à Hamman, chez Ras Gobanna, et le samedi 2 1 avril nous rentrons à Ankobèr.

ITINÉRAIRE D'ANKOBÈR A OBOCK

A Monsieur Gabriel Gravier, Président honoraire

normande de Géographie, à Rouen.

Mon cher Ami,

Je recopie, en toute hâte, les notes de mon carnet de voyage et vous envoie ainsi mon itinéraire d^Ankobèr à Obock»

Lundis j juillet 1 884. — A dix heures du matin, dans ma maison de Tchaffa, faubourg d^Ankobèr, le baromètre marque SSg" 4 et le tbermomètre-f- 10^ 9^ Le temps est couvert et la brise, à peine sensiblte, souffle du sud. Il a plu pendant toute U nuit. Diaprés une lettre de M. Zimmermann à M. Labatut, les pluies auraient commencé sur les plateaux, à Antoto, depuis la fin du mois dernier. Ici, la pluie d^hier au soir est la première de la saison. L^hiver est de plus en plus tardif en Ethiopie à mesure que Ton descend vers la mer. Avec un peu de chance, nous pourrons fîiir devant la pluie; mais, alors, gare à la soif! ^

Je donne à mes gens Tordre du départ et je vais rendre visite à mon ami et voisin M. Pierre Labamt. De là je me rends ches Tenvoyelbinçais, M., le capitaine Longbois, venu ici pour porter à S. M. Ménélik une lettre et des présents de M. le Président de la République française, et remplir la mission qui lui a été donnée par le Ministre de Tlnstruction publique de reconnaître le cours du fleuve Aouache. Je quitte M. Longbois à huit heures.

En passant devant l'élise Saint-Georges, construite au pied de la butte ob se trouve le palais du roi, nous prenons à Touest. Après des sentiers bordés d Vbres verts ou coquettement cachés par des haies d^épines se trouvent des habitations remplies de gaxouillements d'oiseaux et de caquetages de femmes et d^enfiints qui s*ébaudissent. Nous arrivons sur un petit, plateau où nous devons nous rencontrer avec les hommes qui acoom* pagnent les bagag».

Bxn^RATioits ÊTHiopisyim

' Le site, où je m^arréte à 8 h. 3&, est des plus pittoresques : des montagnes, des eaux vives, d^ forêts, des cultures variées s^ épanouissent. ïe suis assis sous un cyprès, et je vois au-dessus de moi. des champs d^orge et à mes pieds des plantations de bananiers, de cannes à sucre. Cest pour mon œil toujours un nouveau plaisir de voir ainsi, dans l'espace qu^il peut saisir, sVtager les cultures du Nord et cdles des tropiques.

Je relève avec ma boussole : la dent de TEmmameret. au N.-N.-O; Ankobèr, dont nous sommes à un kilomètre à vol d^oiseau, au N.-O; les monts Azalo, au N.-O; à l'Est, Erre, qu^il ne fiiùt pas confondre avec le mont du même nom au pied duquel se trouve Arebsa-Galane et où s^élevait la capitale de TEtbiopie au moment de l'invasion musulmane du xv« siècle. A FEst et à trois kilomètres à vol d^oiseay, les marchés d^Ali-Amba; i rE.-E.-S.y et à quatre kilomètres environ, celui d^Abd-Ould-RàssouL

Ainsi que leur nom Tindique^ Ali-Amba (manoir d^Ali), Abd-Ould- Rassoul (esclave des fils du prophète), ces villes appartiennent aux Musulmans. La dernière surtout est le centre d'un grand commerce clandesdn d^esdaves. Là, de nombreux enfants Gallas et Changallas sont mutilés pour le service des harems du Caire et de Constantinople.

Nous quittons à neuf heures ces lieux sinistres, continuant à faire route à Test. A ii h. 3(/, nous rencontrons les premiers qftinimè, arbustes aux feuilles d'un ven glauque, aux fleurs violettes en grappes dont le fruit, en forme de boule verte, est rempli d'un duvet soyeux qui leur fiut donner au Sénégal le nom vulgaire d^arbre à soie. Une sève laiteuse découle

de leurs branches. Ces arbustes qui sont Tun des types caraaéristiques de

la flore africaine ont été trouvés par moi dans la Sénégambie, le Soudan, le Sahara, à Metilli des Chaamba, où ik sont nommés, si mes souvenirs sont exacts, krounkas.

A 1 1 h. So', je m^arréte pour déjeuner sur les bords de la rivière qui traverse la vallée de Moullou-Amba (plaine ou manoir d'Amba). Le temps est couven et une iaible brise souffle de PesL

A midi un quart, je me remets en route. Ayant appris que S. E. Tazage Ould-Tadek a quitté sa résidence de Dingui Megzia (porte de pierre) pour se rendre auprès de son frère dangereusement malade, je me dirige directement sur Farré, où j'arrive à quatre heures.

Une brise à peine sensible souffle alors de Pouest. Je suis* reçu par le capitaine Pino et M. Jules Hénon. Ces messieurs vont pardr par la voie àe Zellah. Ce dernier doit toujours partir dans huit jours, d'après ce que lui

xznx»ATioics jtrmoFJBiim

promet too guide, Mohamined AbootMiker. Depuis le mois «Favril, il y a aussi un certain médecin de Paris qui doit aussi partir. Il est à souhaiter pour lui que tous les témoins de sa conduite au Choa sment aussi induis gents que mA et yeuiUent bien oublier son nom. .

Je trouve aussi à Farré llngénieur Aubiy, venu pour serrer la main aux partants. Il se prépare pour un voyage au Oualaba.

Pendant la nuit, le vent souffle en tourbillon. L*époque de rhivemage

s^annonce.

Mardij S juillet. — A 8 heures du matin une bible brise souffle de Test. Le temps est couvert et la ferme générale des nuages est celle dite nimbus. La température est de -^ 2 1 <> g^^ tandis qu^hier, à Aukobèr, elle était à la même heure, de -{- lù^ g^,cit qui £dt, entre Ankobîr et Farré, une différence de lo degrés. Cette différence de température a pour cause la diffirenced^altitude entre les deux points. Je Pai trouvée i peu près la même dans mes différents voyages.

Je vois ici un grand nombre de marchands d^cadaves venus potir r^ler leurs comptes avec Mohammed Aboubaker. Ce dernier joue la comédie de partir avec des Européens et une caravane ob il n'y a que des marchandises avouables, mais, sous la conduite de son btn Maki, part en même temps, par une autre route parallèle, la caravane des esclaves du pacha de Zellahtf : -

Je quitte Farré à 8 h. 3&. Une brise souffle de Test et le temps est serein. Notre marche doit être évaluée à 4,5oo mètres àrhenre.

A 9 h, 45' nous arrivons à Azakel, où M. Léon Chefiaeus^avec qui je dois voyager, a établi son camp depuis quelques jours^ ayant ûnâ PoUigeance de m^éparguer tous les ennub des préparatifii du d^iait.

A mon arrivée, M. Chefheux me remet deux hmoes et im boodier d^onneur garni en argent, que le m m^a fidt envoyer id ainsi qu^ine .décoration ayant la forme d^une étoile en or, et qui se porte au od avec un cofdon de soie aux couleurs de TEthiopie (rouge, bian^ jaune et vert). A cette décoration est joint un brevet que M. Joseph, i n i c r p rt ie de la suUon italienne de Let-Marafia, venu pour nous dire adieu, a tndnit comme soit t

Moi

Ménélik II, par la grâce de Dieu, roi du Ckoa^ dm Kujk et de tous les j^ajre Gallas;

Suivamt Fusage des rws fmi doitmatt leur décaraiioH à leurs amis ei à leurs guerriers, pour leur dépouemeni^ leur science^ leur /orée, leurs vertus, et leur intelligMce;

Je donne ma déeoratum .

A MoitsBim Paul Soleellst, moii aw,

. Qui est resté deux ans auprès de moi et a travailli à renouveler les bonnes relations amicales et commerciales^ établies autrefois par um traité entre mon grand^père Sela Selassié et Louis-^Philippe,

En récompense de ses services, je l'autorise à porter sur sa poitrine cette distinction d^ amitié.

Cette étoile est la troisième décoration de mon royaume >.

Ecrit en ma ville d'Ankobèr. le 24 sanié 1876 (i« juillet 1884),

i*an dix^neuvième de mon régna* * -

Le camp est établi sous de beaux arbres, au milieu d^une irallée tni-* versée par la rivière Azakel, afflueûtde TAouache. Uherbey est abondants;, ce qui est un pcnnt essendd pour les voyageurs. "

A midi 45', pendant notte d^euner, une trombe sèche vient du sud. Le baromètre marque 667« 5 et k thermomètre -j-35o 2'. Le temps ircsie serein. Ces mouvements tournants du vent sont fréquents au Sén^aL Ib sont avec ou sans pluie et, comme dans le Soudan, ils causent une baisse subite du baromètre. Celui que nous éprouvons, bien que très fiv^ laisse le baromètre insensible.

Nous levons le camp à 3 h. io\ Notre caravane est fone de neuf cha* meaux portant nos vivres, vingt domestiques amaras ou gallas forment notre escorte, quatre donkali servant comme guides et gardiens de chameaux, vingt mules ou mulets,* quatre chevaux dont deux destinés par moi au gouvernement français, en lui proposant de faire à Obock, en chevaux ' éthiopiens, la remonte de la Cochinchine, ce qui procurerait une économie considérable et d^excellents chevaux de guerre.

Les chevaux éthiopiens que Ton peut amener à Obock appartiennent à trois types :

!• Un cheval de i* 5dà i* 55, à tête fine, oreilles petites, enooliiie

■ Dsns rOrdre édiiopica d y •' cinq grades correspondant aux cinq f^ides Ordres e ur opée ns , G. G»

3io

BXPLORATTOHS fTHIOPIEHHn

courte, crins abondants, poitrail exceptionnellement développé. Il est très ramassé et se rapprocherait beaucoup du cheval barbaresque s^il n'avait;, au lieu de la croupe de mulet qui dépare ce dernier, la croupe ronde du poney. Ce cheval est très rustique; il a le pied très sûr, beaucoup de fond

et dépasse à la course les plus grands chevaux,

2» Un cheval levreté, à encolure fine, croupe mince, hanches saillantes, crins peu abondants, fins et luisants; sa hauteur maxima est de i* 6o;

30 Un cheval, obtenu probablement par le croisement des deux premiers types« haut de i" 60 à i* 70.

Quelques fiimiliers de notre maison : MM. Joseph, Atio-Attime Gorguis, son frère Ould Gorguis, qui était mon professeur de langue amarigna, venus ici pour nous accompagner, nous font leurs adieux.

Nous sommes dans une plaine grise et accidentée. Le soi est sablonneux, la végétation consiste en acacias, buissons épineux et herbes sèches auxquelles les porteurs ont mis le feu.

A 3 h. Bo', nous faisons route à l'est. La plaine est régulièrement mamelonnée et couverte d'herbe; il n^y a presque plus d^arbres. A 4 h. 3i/, nous inclinons vers le N.-E., par un plateau uni, terreux, couvert d*herbe, mais sans arbres. A 5 h. lo', fiiisant route à Test, nous avons à 5oo mètres sur notre gauche le village donkali de Gibdossa. Nous descendons alors dans une vallée boisée qui s^étend du sud au nofd. Large d^abord de 3 06 à 400 mètres, elle va s^élargissant jusqu^à Fendroit où elle est coupée par PAouadi et se termine par la berge à pic de la rive droite de cette rivière. Le lit de la rivière est large de 5oo mètres, mais fl n^ a d^eaa que sur une largeur de 10 mètres. La berge de droite est à picJNous la gravissons et nous nous trouvons sur Remplacement où la caravane de M. Léon Chefneux a campé le 22 mai dernier. Aujourd'hui s^ trouve campée la caravane envoyée du Choa à Obock et à Assab. Elle est dirigée par M. Georges Gabra Selassié Negoucié, qui, à la côte, représente le roi. Elle doit être forte de 2,000 chameaux chargés d^voire, de peaux, de cafiS et de musc. A cette caravane sont joints plusieurs marchands indigènes, notamment mon voisin à Galane, Marcha, qui vient de se brûler le visage avec un fusil qui lui a éclaté dans les mains. Ses blessures, que j^examine. sont sans gravité. J^ordonne de les laver firéquçmment avec de Peau salée.

Deux Européens se sont aussi joints à cette caravane : ce sont MM. Brémond et Franzoy. Ce dernier rapporte le corps du voyageur italien Cherini.

BXPLORATIOKS éTHIOPlXSnttt

3ii

Après avoir recommandé une dernière fois mes collections ethnogrt«' phiques que le roi a la ^cieuseié de me fitire transporter par ses chameaux, je rentre à notre bivouac, établi, par les soins de M. Chefiieux, de Pautre côté de TAouadi, à 700 ou 800 mètres du point oti se trouve la caravane du roi. Pendant la nuit nous n^avons pas dMtoiles, mats la lune brille d'un éclat inaccoummé. Sur le minuit, des éclairs effraient nos chevaux et nous forcent à nous mettre tous sur pied. ' *

La disunce d^Azakel à notre camp est dVnvirn 14 kilomètres.

Mercredi, p juillet. — A 4 h. 3&^ nous commençons nos préparatifs de déparL A 5 h., le thermomètre marque -\- 22* 8^, le vent souffle en fidble brise de nord-est et le temps est couvert.

A 5 h. 45^ nous traversons TAouadi et nous arrivons à 6 heures au camp de la caravane du Choa. Nous descendons de mulet et nous restons à causer pendant un quart dlieure. >

J^'ai déjà demandé plusieurs fois où sont les sources de la rivière Aouadi, mais sans avoir reçu de réponse satisfitisante. Des renseignements que je recueille aujourd'hui, je conclus que cette rivière, ibrmée des mille et mille filets d*eau qui descendent des montagnes situées entre Har-Amba et Qasaba (koot), n^a point de sources à proprement parier,

A 6 h. 1 5', nous faisons route au N.-E., nous engageant dans une plaine couverte de buissons épineux, d'acacias, d^aloès, de toutes plantes qui piquent et déchirent et rendent la marche pénible. Le sol est sablonneux, semé de diverses espèces de mollusques et de cailloux ibrmés de laves. A 6 h. 55', nous rejoignons nos chameaux et nos gens qui, ne s^tant pas comme nous arrêtés au camp de la caravane du Choa, nous ont devancés.

Une très grande caravane de Donkali est en route avec ses esclaves pour rejoindre celle du Aoussa qui est campée à la prochûne étape. Je presse le pas de ma- môiiture pour prendre la ttxt de cette caravane, ce que je n^arrive à foire qu'à 8 h. 55^ Ma marche est d^au moins 6 kilomètres, à rheure ; elle a duré deux heures ; par conséquent, cette caravane occupe un espace de douze kilomètres. En supposant i o mètres par chameau, le nombre des chameaux serait de 1,200, et il 7 a, par chameau, au moins unesclave. Un nombre assez considérable de ces Donkali m^ont connu à Obock et m^interpellent en me criant : c Soleillet ! SoleilletI tu vas bien ? « Bonjour! > Les autres qui ne me connaissent pas disent : « Voilà SoleUlet, celui que le pacha Aboubaker voulait Caire assassiner, s car chea

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3is

EXPLOKATIONf folIOPilIClca

les Donkali. les tentatives du pacha de ZdUh contre moi, en 1882, lors de mon voyage d*Obock au Choa, sont connues de tous.

Les esclaves sont des jeunes garçons et de belles jeunes filles blanches, aux grands yeux de gazelle, qui sourient tristement lorsque nous leur envoyons un salut en oromon. Tous, garçons et filles, sont destinés aux harems de Constantinople. Parmi ces jeunes filles, il y a peut-être de futures favorites, et parmi les jeunes garçons de futurs Civoris.

Une vingtaine de jeunes filles Gallas, vêtues de longues tuniques blanches et un rameau vert à la main, chantent un hymne cadencé en marchant sur les côtés de la caravane. On dirait un bas-relief grec animé.

Je m*arr£te sous un arbre pour attendre M. Chefneux et nos gens; ils me rejoignent à 9 h. So' et nous continuons notre route.

A 10 heures, nous disons route au N.-N.-E. par -f- 3i« g' centigrades, avec une brise du sud, sous un ciel dair et sans nuages.

A 10 h.' So', nous trouvons, sur notre droite, un tombeau. Il est en paralellogramme, formé par un mur en pierres sèches de o" 60 à o" 80 de hauteur. Il est orienté nord-sud. Au milieu de la fiice nord se trouve une longue pierre sculptée représentant un homme. Le type de cette sculpmre est celui de TEgypte, notamment la t£te dont les oreilles sont tournées en dedans. Est-ce une œuvre des Donkali ? des Oromons ? L^orientation prouve que cette sépulture n^est ni chrétienne ni musulmane.

A 10 h. 35', nous trouvons des affleurements de roches, puis nous traversons le village donkali de Nabdasi^

A 1 1 h. W, nous sommes sur un plateau où croissent queues buissons épineux. Le sol est dur et couvert de pierres noires qui donnent une augmentation de chaleur, car le thermomètre, ooiuulté en fironde (comme je le fais toujours pour mes observations), accuse -f- 36*.

Sur notre gauche se trouve une tombe donkali formée, suivant l'usage^ d^une pyramide de pierres simplement amoncelées.

A 1 1 h. 40^, nous nous arrêtons pour fiiire boire nos montures dans des flaques d^eau qui se trouvent dans le lit, maintenant à sec, de la Bouilli^ affluent de FAouadi. Le lit, composé de sable et de* gravier, est encombré de blocs de rocher. Sur les rives se trouvent de beaux arbres, espèce d*acacia.

A midi, nous repartons et 45 minutes après nous arrivons an camp de la caravane de Mohammed Amfidlé, le sultan du Haoussa. Cette cara» vane, forte de a,ooo chameaux, est venue porter du sd au Choa. Elle rap*

porte comme marchandises des produits manu&ctnrés da Cbm : étoffes, poteries, fiers de lance. Elle a aussi t,5oo esdaves. Ce nombre est ciactement connu, puisque le sultan prélêre une dîme sur les esdaTCS qui sont dirigés du Haoussa sur Baioul, et de là sur Djeddah, Moka, et surtout Hodeidah, d^où les marchands musulmans les conduisent sur les marchés de Constantinople. .,

. ' Je viens donc de constater la mise en mouvement d^au moins 4,200 esclaves, savoir :

Caravane d^Aboubaker, pacha de Zeîlah, qui va partir sous la conduite

de son fils Maki, de. i.Soo à a.ooo

Caravane des Donkali • i.aoo

. Caravane du Haoussa ••.••.••• i.Sop

Total. 4.100

De telles caravanes doivent être mises en mouvement au moins tous les trois mois, et les esclaves amenés à la mer par le Haoussa et Baioul, Errer et Ambo (à côté de Sagallo) est de 18,000 à 20,000, et cela malgré le roi du Choa. De même ces esclaves traverseront la mer Rouge malgré la police des croiseurs européens. Et il en sera ainsi aussi longtemps que les Egyptiens auront une partie de la côte, et surtout que la surveillance restera entre les mains du n^rier Aboubaker, pachade Ztdah, etdeses fils, Ibrahim, Bouranta, Ali, Omar, qui sont investis du pouvoir de réprimer la traite qu'ils font faire par leurs fils, frères, oncles, cousins, Hadj Daoud, Mohammed, Maki, etc., etc., etc.

Après avoir causé un instant avec les gens de la caravane, nous tra-' versons le lit à sec de TAouadi^ au bord duquel est le camp du Haoussa, et nous allons camper sur Fautre rive où nous arrivons à une heure de raprès-midi.

Ici, l'Aouadi a un lit de sable et de gravier large de i5 à 25 mètres; les berges ont une hauteur de 10 mètres et la direction est nord.

A 2 heures, le thermomètre accuse -|- BgS une fene brise souflBe du* sud et le temps est serein. La brise en mettant Tair en mouvement, rend la chaleur supportable.

Nous fiiisons, dans le lit de la rivière, un trou de quelques centimètres de profondeur qui suffit pour nous donner en abondance une eau claire et limpide avec laquelle nous prenons des douches. Un garçon, monté sur

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sxFUMUTiOKs éiHKxnsiimi

un Uoc de pierre, dirige sur nous le jet donné pv nne antre pldne d'ean qu'il presse sous son bras. .

Sur les 3 heures, une trombe de poussière se forme dans le sud et se dirige au nord, poussée par un vent très violeot.

Tandis que nous regardons boire nos monture^ des Donakil de la caravane du Haoussa viennent demander à voyager avec nous, ce que noua devons refuser ; car, fuyant lliiverni^e;, qui est proche, nous voulons aller vite et être maîtres de nos mouvements.

A 6 heures, le thermomètre marque encore -{-- 34^ 5'; une iaible brise souffle du sud et le temps est serein.

' Nous avons parcouru aujourd'hui environ 21 kilomètres; *nous sommes donc à 41 kilomètres de Farré. ^.

Aujourd'hui, nous organisons la garde de notre' camp. Nous partageons nos hommes en huit escouades de trois hommes chacune. Nous fiiisons partie de Tune d'elles. A 8 heures, je prends la première garde avec Mama et Oldi.

Pendant la nuit, nous recevons quelques laiges gouttes de pluie et des trombes sèches poussées par un vent si violent que nous devons nous accrocher à nos tentes pour les maintenir.

Jeudi, t o juillet. — A3 heures du matin, noiu sommes sur pied. Des Donkali viennent nous demander à vciyager avec nous, et nous avons de la peine à nous débarrasser d'eux.

A 5 h. 2&, nous nous mettons en route à FEsL La brise souffle du sud-est et le temps est légèrement couvert. . "^

Nous traversons la rivière Outi dont les sources sont entre Figregem et Ouln-Amba. Nous gravissions un plateau saUonneux couvert de buissons épineux. Nous faisons route d'abord au N.-E.; puis, à 6 h. 10, nous appuyons encore un peu au nord.

Sur la route, nous rencontrons de nombreux Adab condtiisant des génisses qu'ils viennent d'acheter au Choa. Avec les tissus, les grains, les chevaux, les mulets et les fers de lance, les génis^ constituent les achats que les Adals viennent feire au Choa, où ils importent des diameaux^ du beurre fondu et du seL

Je viens d*écrire Adal; tout à l'heure j'écrivais Doiikali ; peut-être que dans un moment j'écrirai Afar : c'est que ces trois noms sont donnél^ à la même population, iion seulement par les étranger^ mais par elle-même.

EXPLOffATtOKS fTmOMBIffltn

Cependant il est à remarquer que le mot Donkali, au pluriel DanakiU est le seul employé sur la carte de TAfirique et de TArabie. Celui d^Adal; au pluriel AdalochCj est usité dans Tintérieur de TEthiopie, et celui HAfar (qui dans presque toutes les langues éthiopiennes a la signification de terre\ est surtout employé pour désigner la langue parlée de cette popula« tion. Le nom Adal, qui rappelle celui d^Ada, femme d^EsaO, dont ils prétendent descendre (prétention qu^ils partagent avec les Oromons et les Gallas), sonne d^une manière très noble aux oreilles de ces peuples qui appellent leurs cheb Adali ou Adal. '

Le mont Azalo, dans la direction duquel nous marchons, est au noid« est. Nous changeons de route et prenons rE.-E.-S. Je relève la dent de TEmmameret à TO.-O.-S. Il est 6 h. 40^. Nous sommes sur le territoire de la tribu des Guendonsa. Nous traversons un plateau uni, couven de sable et d^un cailloutis volcanique où poussent des cactus et autres plantes grasses^ des graminées, quelques arbres verts et des buissons épineux.

A 7 h i5^ le sol est pierreux avec affleurements de roches. C'est Gormonda, lieu d^étape ordinaire des caravanes. -Fuyant, comme nous le frisons, devant Thivemage, nous brûlons cette étape. Nous avons sur notre droite le mont Gormonda, qui donne son nom au pays, et au pied duqud sont les cataractes de 1* Aouache. Bien que situées à six ou sept kilomètres de nous, nous en entendons distinctement le bruit. Je regrette de ne pouvoir visiter cette chute, qui doit être considérable, mais Thivernage est là qui nous talonne et nous force de marcher. De ce point au Haoussa, TAouacbe est libre.

A 8 heures, nous tournons au nord. Le thermomètre amonté à -{- 29* 9^, la brise souffle du sud-est et le temps est dair. Sur notre gauche, le terrain est accidenté. A 9 h. 5', nous traversons le Léébéli-Darra, torrent sur lequel se trouve une halte de caravane. Nous brûlons encore cette étape pour marcher au nord-est, à travers un plateau sablonneux qui doit être inondé pendant la saison des pluies.

A 10 h. 3&, notre route est sud, par une plaine cailloutetise très ravinée. Sur notre droite se trouve le village donkali de Dami^Fando. -A

I o h. 4/, nous traversons un village et nous descendons, pïr une cassure, dans le fond d^un ravin qui a 3o mètres de profondeur. Nous sommes dans un grand trou qui n*a qu^une ouverture, au nord-est. Des Bédouins sy sont établis avec leurs toupeaux. Le thermomètre marque -|- 37^ 4'. A

I I h. 5', nous sortons du ravin qui est long d'environ deux kilomètres.

"^-^^^'-'-^' '^Ji\t' ' |^■•^.^lll i„r;itfrfrtft1iai-lî^rli'Vlr,^V'-^-^-*^^-— ^^^^--^-

3id

EXPLORATIONS lÊTHlOPIKHIIES

et nous remontons sur le plateau qui est coupé en deux par le imvin.

Nous prenons au nord-est. Nous avons remarqué plusieurs tombeaux qui sont d^une forme particulière. Ib sont composés de troncs d^arbres qui forment une enceinte rectangulaire. Devant se trouvent des carrés en pierres sur lesquels on voit encore la trace des viandes brûlées en sacrifice aux mânes des morts.

A II h. 45', le thermomètre accuse 4- 40^ : tine fiiible brise souffle du sud-est et le temps est dair. Nous entrons dans la vallée du Robbi. Vingtcinq minutes après, nous passons la rivière de Robbi, dont le lit peut avoir, idy 3o mètres de largeur. L'eau courante a seulement 10 mètres de largeur et au gué sa hauteur est à peine de 5o centimètres.

Ai h. 25', nous établissons notre camp dans cette vallée, sous de. beaux arbres. Dès que nos animaux sont déchargés, nous allons nous baigner. A 2 heures, nous revenons au camp pour déjeuner. La tempe* rature est descendue à -}~ ^9^ y» mais la brise et Fétat du dd n^ont pas varié.

En accompagnant M. Chefneux, qui va pécher à la ligne, je reconnais que la température des eaux de la' rivière est de -}- 33<^, tandis que cdle de Pair est de -}- 39^ 4^

La vallée, sauf sur les bords de la rivière, oti se trouvent des roseaux et quelques autres plantes, est complètement nue. Il y a cependant de grands arbres, surtout des mimosas. Le sol caillouteux et très dur ne peut porter que des arbres. Ceux-d fiument des ilots et des allées qui donnent au paysage Taspea d*une promenade publique. Dans ces allées se promènent des groupes de Bédouins avec leurs femmes et leurs enfants qui viennent nous regarder curieusement et nous ofinr en vente du lait et du mouton.

Dans cette vallée, il y a des sépultures nombreuses, semblables à celles que f ai vues le matin. Elles sont de forme rectangulaire et formées de troncs d^arbres qui se rejoignent imparfidtement au sommet. LV>rientation en est ouest-est. Devant chaque feçade, des petits cailloux sont symétriquement rangés en carrés. Ce carré est inscrit dans un autre formé de cailloux plus gros. Cest au milieu de ces carrés que se font les sacrifices aux mânes des morts, et dans presque tous on voit des débris carbonisés de viandes et d^entrailles d'animaux.

M. Chefneux a fait une bonne pèche. Il rapporte tirasses beaux poissons qiti se rapprochent de la carpe et du barbot. .

BXPLOiuTioHS ÉnnonEMun

A heures, nous avons une température de -j- 35« 8', une brise du sud et un temps serein. "

Le sable grisâtre est tacheté de bouqueu de mimosas et de touffes d^arbustes Terts.

Pendant la nuit, nous avons quelques gouttes de pluie, des éclairs et la visite, peu agréable, de troupes d^hyènes.

Vendredi, ii juillet. -^ A 5 heures du matin, le thermomètre accuse 4- 24^ i', la température du sol est de -[- 26^; une £iible brise souffle du sud-est; le temps est clair.

A 5 h. 45', nous faisons route à Test * jusqu^à 6 h. 3o^ où nous inclinons au N.-E. Nous rencontrons un nombre considérable de troupeaux de beaux chameaux, beaucoup de camps bédouins et de tombes, peu de mi* mosas^ mais de nombreuses touffes de Parbuste qui sert à fidre des brosses à dents et dont les chameaux mangentavec avidité les feuilles et les jeunes branches.

L^usage de se nettoyer les denu avec un morceau de bois est général en Afrique. Les bois dont on se sert ici ont une saveur l^èrement amère et donnent à la salive des propriétés astringentes qui combattent les maladies des gendves, et à la bouche une fraîcheur qui permet de supporter la soif. Comnàe les indigènes, nous en mâchons et nous nous en frottons les dents.

A 7 h. 1 5', nous trouvons un plateau nu, uni, sablonneux, et derrière un grand village, sur notre droite, nous voyons un troupeau d^ânes sauvages qui mangent avec les ânes et les chevaux des Bédouins. Ceux-^ ont aussi de nombreux troupeaux de chèvres, de chameaux, de vaches et de moutons. La construction des habitations est relativement soignée; ce pays a donc tous les signes de la richesse.

Un peu plus loin nous trouvons, en assez grande quantité, un arbuste qui ressemble au pin maritime.

Les vaches mangent avidement des touffes d'herbe verte. Elles sont suivies de leurs veaux. Ceux-ci ont sur le nez une bande de cuir percée d'épines. Quand ils s^approchent de leurs mères pour téter, ils les piquent et elles les repoussent. Cest ainsi qu^ls sont sevrés.

Désirant avoir du lait, je fids offrir aux femmes qui gardent les trou*

■ A 6 h. 3o, le mont Asalo est per E.-E.-N. ; la Tille de Dsoué per Od-X>J<.; le mont Gorroonda, chute de PAoueclie, par S«-S.-0.

EXPLORATIONS ^THIOPIENNEI

peaux quelques perles dorées des fabriques de Paris. Elles ne lesconnaiûent pas, les ttt>uvent jolies, les r^ardent avec curiosité et demandent à quoi, elles servent. Sachant quMne superstition répandue dans toute TEthiopie attribue aux perles et aux pierres des vertus merveilleuses, je crois prudent de ne pas répondre à leur demande et elles refusent un objet qui ne serait qu'une parure. *

Nous sommes dans le pays de Mero, tribu des Bado. Beaucoup de gens qui vont abreuver leurs troupeaux àTAouache s^arrétent pour me. considérer plus ou moins curieusement; quelques-uns seulement nous içausent.

A lo heures, nous inclinons au sud. Nous sommes à la limite que les eaux de TAouache atteignent au moment des inondations annuelles. Il y a de nombreux tombeaux et plusieurs villages. La région inondée est dessinée, très nettement, par un rideau d^arbres. Le sol est composé d^allu^oiu grasses, noires, fécondes. A lo h. Zof, après avoir traversé un ruisseau, nous faisons route au nord-esL

Les Donkali, comme tous les pasteurs, ont l'habitude de liyrer aux flammes les pâturages qu'ils doivent abandonner. Ils viennent dlncendier les plaines basses, indice de Parrivée prochaine de Thiver. «^

A 1 1 h. 1 5', nous nous arrêtons au village de Kodél. Comme stir les bords du Sénégal et du Niger, les pasteurs ont deux villages sous un seul nom : Tun situé dans les régions basses et inondables, qui sert pendant la saison sèche; Tautre dans les régions hautes, qui sert pendant Phiver.

Nous plantons nos tentes à côté du village. Les habitâtes offrent de nous vendre des peaux sèches de Ifopard et de zèbre. Je les achète le double du prix des peaux de bœuf, c^est-à-dire quatre coudées de cotonnade du Choa : la cotonnade du Choa, les perles et le tabac en feuille sont la monnaie courante du pays.

Kodâ est la résidence des grands chefs du Bado è qui les voyageurs et les caravanes doivent un cadeau. M. Chefheux, qui s^est chargé de tous les détaib de la route, traite cette question. Ce.chef se nomme Ha-Hamdé; il est âgé et parait assez bon homme.

La population est affectée de diverses maladies endémiques; ophtalmies, fièvres. Beaucoup sont estropiés dès suites de certaine maladie.

Le thermomètre accusait, à 2 heures, -4- 38« 9'; à 4 heures, -|- 38* i^; à 6 heures, -}- 3i«. Il y a, heureusement, une bonne brise du sud-est.

iXPLOllATlONS irUIOHBNlflS

Samedi, j 2 juillet. — La nuit, tandis qoe Je donnais, M. Chefneiu étdt en kalam, avec le chef, poor la route. Cest aussi pendant la nuit qu^l faut £iire les cadeaux afin que le chef, qui doit les partager avec d^autres .chefs, puisse en dissimuler une partie.

Nous nous mettons en route à 4 h. 25'. Le tbennomètic marque -|- 22^ i', une brise à peine sensible souffle du sud-est, le dd est l^èrement couvert, et nous le regardons avec anxiété, car un orage suffirait pour rendre impossible le passage de TAouache et nous forcer à hiverner dans ce pays, qui doit être très malsain. Notre route est nord-esL Nous sommes sur un plateau uni, terreux, gazonné, qui rappelle ceux d'Errer. Nous longeons le mont Azalo, qui est sur notre droite. A 5 h. 1 2', nous passons un bras de PAouache. Il est à sec. Il y a un mois, quand M. Chefneux Ta passé, il j avait o" 5o d^eau. Le lit est large de 10 à i5 mètres, et les berges sont creusées à pic dans une terre d^alluvion ncnre, grasse et compacte.

A 6 heures, nous rencontrons un village donkali situé sur un bras de TAouache. Le pays est très marécageux. Une odeur fétide, particulière aux riions marécageuses de l'Afrique tropicale, indique à la fois une puissance germinatrice hors ligne et un climat meurtrier pour l^omme. La population qui nous entoure est malingre, minée par les fièvres, les ophtalmies purulentes et certaine autre maladie qui fidt de grands

Aidlé vknt de tirer des outardes et recharge son fudl. Un Donkali ramasse les cartouches vides, et après en avoir conddéré un moment le

culot en cuivre et la douille en carton, il se les passe dans les orciUes avec une satisbction très réelle. Cet ornement lui paraît du mdlleur goût, et l'on ne peut pas tirer un coup de fusil sans qu^un Donkali ne s^empare des cartouches viâtM pour s^en parer.

L'usage de se percer les oreilles est général en Ethiopc. L^omement des oreilles est toujours un insigne, parfois une décoration : td est le cas du bouton eh ivcMre que portent quelques Danakil, et qui ne peut étrt porté que par ceux qui ont tué un éléphant.

A 6 h. 45', fidsant route au N .-£., nous traversons un bns de F Aooache où il y a un peu d^eau, puis un marécage coupé de nombreuses rigoles. La terre est noirfttre, crevassée, gluante, puante, semée d^kMs de joncs, hantée par des essaims de mouches noires qui dévorent dos btea.

A 7 h. 35', nous scHnmes au village de iltloii, nom donakO de FAouache. Le mont Axalo est en fiice de nous. Tout amour de noua

W^iMH

320 EXPLORATIONS éTHlOPIENNES

paissent des troopeaax de moutons très chétib et gardés par des enfimtsqui tressent des oovnges en vannerie. A 7 h, So', nous nous arrêtons aux maisons du village, qui sont sur le bord du fleuve, où les habitants nous apportent du lait.

A 8 heures, le thermomètre marque -(- 3o« 8', la brise soufiSe du sud et le cid est serein. La route est parallèle à TAouache. Des maisons sont disséminées sur les deux rives. Le fleuve a une laigeur moyenne de 40 mètres. L*eaii monte à 2 mètres des rives, qui sont nettement découpées et dessinent leurs sinuosités au milieu des prairies. Le cours est rapide sans être violenL Les caïmans sont nombreux et jouent, ce qui n*empêche pas les Danakil de descendre dans Peau et de reconnaître le gué. Ce gué n^est plus praticable. Nous continuons notre route pour nous arrêter à 9 h. i5. Un millier de bceu^ appartenant aux riverains de droite, ttaverse le fleuve pour aller paître.

Nous déchargeons nos chameaux et commençons nos préparatift pour traverser le fleuve. Ils consistent à couper quelques branches et des joncs, à les lier avec les cordes qui retiennent les charges des chameaux*

A une heure seulement, notre premier radeau est prêt. Des cordes servent à le bêler d'une rive à Tautre. M. Chefiieux reste sur la rive gauche pour surveiller rembarquement des bagages, et moi sur la rive droite pour en diriger le débarquement. Il faut douze voyages pour passer tous les bagages et nous ne terminons qu'à 3 h. 3o«'

Ce passage, qui n^offre aucune difficulté, est bien préférable à celui où j^ai traversé TAouache en allant au Choa. Le courant est rapide, mais r^lier et sans tourbillons ; les rives sont découvertes. ^

Nous fidsons passer nos animaux. Le mulet, on le sait, ne veut jamais abandonner les chevaux. Nous exploitons cet instinct. Quatre hommes prennent chacun un cheval et se jettent à Peau. Les mulets suivent comme des moutons de Panurge et nagent à qui mieux mieux. Être cheval est Pambition du mulet. D'après une fi&ble éthiopienne, un mulet à qui Poa demandait le nom de son père, répondit :

Ma mère est un cheval.

Gallo, jeune cynocéphale à crinière de lion, qui fidt partie de notre train, a unegnnde peur de Peau. En rqxenant terre, il témoigne de sa joie par de nombreuses gambades, se met à courir après les Danakil et reçoit un ooupide hmce. Gallo m'a souvent amusé en route. Je ftis peu d^atiention «

KIPLOBàTIOMS iTHIOPIENNBS ' î%t

k lui. J^aime beaucoup les animaux, mais le singe se rapproche trop de rhomme pour m'intérciser. i ^

A cent mètres en amont de notre lieu de passage, se trouve un tlot sablonneux sur lequel des caïmans font la sieste. Au moment ob nous' allons les tirer, plusieurs se jettent à Teau, mab trois de taille respectable continuent paisiblement à dormir le ventre en Pair. Nous faisons sur eux un feu de peloton et tous se lancent dans la rivière.

Le village oti nous avons traversé PAouache est Bahaitou. Les habi« tants ont mis beaucoup d^empressement et d'habileté à nous faire passer. M. Chefheux les indemnise en donnant^ suivant l^isage, un tolbé au chef et un manteau en cotonnade aux autres.

A 4 heures, le temps se couvre, le diermomètre marque -^ 37® ô' et la brise soufiBe du sud-est. A 6 heures, la tempéramre est tombée à -f- 32® i'.

Tandis que nous nous reposions, nos animaux se restauraient dans les belles prairies des bords de TAouache;

Nous nous remettons en route à 6 h., au sud-est. Nous traversons d^abord de véritables prairies dont l^erbe se fait de plus en plus rare et siche à mesure que nous nous éloignons du fleuve. A 6 h. 25', nous trouvons un terrain sec, pierreux, couvert de buissoiu épineux.

Au moment oti je prenais une note, auprès d'une mare puante, le singe s^échappa, effraya chevaux et mulets. Le mien fit une série de sauts de mouton et faillit me désarçonner. Les ^chevaux et les chameaux sont mêlés. Tout ce vacarme a été causé par un cheval des guides danakil qu^ils laissent trotter en liberté avec onze mulets que nos gens vont vendre à la côte. Aiellé prend le cheval et le fait marcher derrière les chameaux.

Le soleil est à peine couché que nous sommes enveloppés de profondes ténèbres. Notre marche devient pénible, douloureuse même; le terrain est couvert de pierres anguleuses mobiles et de buissons épineiix auxquels nous déchiroiu nos vêtements et notre peau. A 7 h. 45', nous arrivons enfin au village de Bado, qui est le centre de la tribu de ce nom. Nous installons notre camp à tâtons, c'est-à-dire très mal.

Hier, au village de Kodel, M. Chefneux a pris un jeune homme du nom de Mohammed qui appartiendrait à la ftmille des cheb du Bado. Il doit nous conduite jusqu^à Haoussa. C'est lui qui doit exercer id, envers nous, les devoirs de Thospitaliié.

A 8 h. 1 5', il nous apporte une grande jatte en jonc pleine de lait aigre. Il dit n^avoir pu trouver autre chose parce que tout le monde est

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EtPLOBATiOKS imionENK]

couché. Au moment ob il se retire, M. Chefheux lui demande si demain nous verrons le chef du village II répond : c Je vous ai amenés ici. Les Danakil sont tous égaux. Le chef c^a rien à voir à vos affaires et ne peut que vous laisser continuer votre route »• . ^

Pour combattre Tinfluence des miasmes que nous avons eu à respirer, nous fiûsons une distribution générale d^eau-de-vie. Quelques hommes ont la fièvre : nous leur donnons de la quinine. ,-

Pendant la nuit, le temps est couvert et la température étouffante. Il tombe quelques gouttes de pluie larges et espacées; ce sont les signes précurseurs de rhiver devant lequel nous fuyons.

L^Aouache, au point oti nous venons de le passer, fait un fort coude qui n'est indiqué sur aucune carte. "'"^

Dimanche^ z3 juillet. — A 5 heures du matin, la brise souffle du nord-est , le temps est couven et le thermomètre marque -|- 2a« &. Une heure après, on a -(- a3» i'.

Le village de Bado, séjour du chef de la sous-tribu des Bado, est ritué au pied du mont Azalo, sur un plateau de terre sèche, dur^ recouverte de cailloux d*origine volcanique, oQ croissent quelques maigres buissons épineux sans feuilles.

Le village se compose de 1 5o à 200 maisons. Chaque maison est entourée de haies d^épines et de murs à pierres sèches. Elle est formée^ comme toutes celles des Danakil, d^un clayonnage en lattes recourbées et couvertes de nattes. Elles sont larges de a à 3 mètres, lon)^es de 5 à 8» hautes de 3 à 4. Elles sont disséminées sur un kilomètre carré. Les parcs à bestiaux sont construits comme les enclos des maisons.

Les Bado sont indépendants et ne relèvent ni du toi du Choa, ni du sultan du Haoussa. Ils sont de race donkali, afar ou adal, et paraissent mieux portanu que les habitanu du bord du fleuve. Leur pays est salubre à cause de son altitude, mais ils n^ont à boire que Peau de la mare qtfe nous avons vue hier.

Ib se mettent avec une élégance relative. Leurs tolbés et marteaux sont en cotonnade à rayures bariolées. Ils ont une grande quantité d*ome^ ments en cuivre et en verroterie : bagues, colliers, boutoiu d*ordllès, bracelets. Presque tous ces objeu sont des décorations destinées à rappeler dè^ exjploits guerriers, et indiquent qu^on est au milieu d^une population bÉtaillétise. En effet, les Bado ont su, par lenr bravoure, conserver leur

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BIPLORATIONS imiOPIRtNES

indépendance; ils entretiennent même de bons rapports avec leon poissants voisins : le roi du Choa et le sultan du Haoussa.

Leur chef actuel est un vieillard du nom de Mômen. Il se peut que ce nom de Mômen ne soit pas un nom dliomme, mais celui d^une dignité; cependant, on me dit que Mômen est le Dardar ou sultan des Bado. Ce titre de sultan me parait peu applicable au chef d*une aussi petite fraction . de'tribu. Au risque de prendre le Pirée pour un homme, je dirai que le Mômen» actuellement absent, est fils cadet de Mômen I*', ou du premier Mômen des Bado. A la mort de son père, il fut investi du pouvoir comme tuteur du fils de son frère qui est lui-même le frère dé Mohammed, noire compagnon de route. Mômen a la réputation d*étre un très habile sorder» et c^est par des sortil^es qu^il se serait maintenu au pouvoir jusqu^à présent. Son neveu réclamant aujourd'hui %e& droits, un fort pard s^est dédaié en sa faveur, et le vieux Mômen s^est retiré sans faire connaître s'il conservait ou s^il abandonnait le pouvoir. Cette nuit, les Bado doivent se réunir en kalam pour décider à qui, de Mômen ou de son neveu, nous devons payer le droit de passage.

Diaprés les renseignemenu qui me sont donnés, les Bado ne feraient pas directement le commerce. Ils vendraient aux caravanes qui traversent la région leurs produits : beurre fondu, peaux de bœub, de chèvres, de léopards, cornes de buffles, etc. Les caravanes qui viennent du Choa leur donneraient en échange des chevaux, des grains, des tissus de coton, des poteries, des fera de lance ; les caravanes qui viennent de la côte leur donneraient des tissus de coton de fabrication indienne ou anglaise.

J^ai donné en présent des tolbés de couleur fabriqués à Rouen. Les Danakil ont unanimement reconnu qu^ils n^avaient jamais rien vu d'aussi * beau. Tai donné aussi du cuivre, de la verroterie et des poignards qui se fabriquent à Tadjourah et à Reita.

A ib heures, nous avons une température de -(- 37®, et k a heures, de 4- 41® 8'. Par une telle température chacun cherche à se rafraîchir. Les Danakil dénouent la pagne de leur ceinture, la secouent, la changent de côté, en metunt le bas en haut. Ce moyen de se rafraîchir n'est ni coûteux ni difficile.

Nous sommes près du mont Azalo. L^ascension en est bien tentante et, si j'étais seul, j'essaierais. Mais, qui a compagnon a maître. Sachant combien M. Chefneuxest pressé perses affaires, je ne lui manifeste même pas mon intention.

334 UPLOSATIOHt iTHIOPIBh'im

Diaprés les indigènes, les monts Zequala, Errer et Azalo auraient la même altitude. Ce senut à vérifier. - .

Le mont Azalo est probablement un ancien volcan. Il est de forme conique, et les pierres que Ton trouve sur ses flancs ont Tapparence de laves. A sa cime, se trouveraient deux ou. trois lacs. Les Danakil n^en font pas l'ascension. Ils prétendent que sous les anciens empereurs d'Ethiopie de nombreux anachorètes y halntaient et quil y avait des monastères célèbres, au nombre de quarante, ob aurait séjourné Tecla-Haimahote; Les âmes des anciens moines s^opposent à ce que Ton pénètre dans les ruines de leurs convenu. Comme preuve convaincante, on nous dit qu^il y a trois ans deux moines furent envoyés par le roi Ménélik pour visiter ces ruines; que ces moines arrivèrent avec des guides qu^on leur, avait donnés à Bado, en vue de ruines que Ton dit importantes, qu'ils partirent le lendemain matin pour remplir leur mission, et qu'*on ne les a pas revus.

Le thermomètre marque, à 4 heures, -^ii^g^; k6 heures -{- 35® l't Une fraîche brise souffle du sud, le temps est couvert et la pluie paraît imminente.

Dans la soirée, M. Chefheux me raconte qu'à son passage, il y a quelque temps, les habitants de Bado revenaient victorieux d*une expédition contre les Issas. Tous étaient couverts d*omements et avaient des plumes dans les cheveux. Ils paradaient en proclamant leurs prouesses. Seul, le vieux M6men, qui n^a jamais été guerrier, restait piteux et muet.

A partir de 8 heures, je passe le temps à dormir tandis que M. Chef* neux prend part à un kalam dans lequel il est décidé que* le neveu de Mômenest reconnu chef légitime du pays et, comme tel, percevra les droits, déroute. Il charge son frèrè^Mohammed de nous accompagner tant que nous serons sur le territoire du Bado. * « .

Lundi, i 4 Juillet. — Avec la crainte. que nous avons d^tre surpris par Thiver, qui s'avance menaçant, nous nous hâtons le plus possible. Il est encore nuit noire quand nous fiedsons le branle-bas; c^est à tâtons que nous réunissons nos bagages, que nous faisons' ployer nos tentes et charger nos chameaux. Nous nous sommes tellement pressés que notre camp est levé et que nous nous mettons en marche à 3 h. 40^ au nord-est. A 4 h. 4^, nous passons devant des tombeaux de forme ellipsoïde' avec une pierre levée orientée est-ouest. A 5 heures, le thermomètre accuse -f- ^9* ^» 1« brise, qui est faible, vient du sud et le temps est couvert

}frti£h^\r9^ .>«..- ..^^ ^ :. ■ „ ^ ^ ^ .V ^

ISXPLORATIOUS ^TMIOPIENHES

A 5 h. 45\ notre route est est. Nous sommes sur la crête de Fun des contrefortt de TAzalo. Il y a un camp d*Adals et de nombreux troupeaux* A 6 heures, le temps s*éclaircit, la brise passe au sud-ouest et le thermo* mètre monte à -j- 3o^. Le sol est volcanique, la v^étation rabougrie.

A 6 heures Zd, nous arrivons à Akouméta. Nous avoiu TAzalo au sud, le mont Abida au S.-E., le mont Argato à rE.-E.-S. Nous sommes dans uns grande cuvette de boue desséchée ob l'on ne rencontre ni une pierre ni une plante. En hiver, elle doit former une mare.

A 7 h. Zd^ nous fiiisons route au N.-E. Nous voyons, à droite et à gauche, deux monuments qui méritent d^attirer Tattention. Ce sont des tombeaux construits en lave rougeâtre et en pouzzolane. Cette pouzzolane, qui se trouve sur place, a Téclat et Faspe^ du plâtre giché qui sèche à Tair libre.

Avec ces matériaux, symétriquement mélangés, sont construites les deux sépultures. Elles sont identiques de forme, mais celle de droite est beaucoup plus grande que celle de gauche. Elles se composent de deux enceintes concentriques, de forme elliptique. Dans leurs plus grandes dimensions, elles peuvent avoir lo mètres. La hauteur du mur intérieur est celle d^un homme de taille ordinaire; le mur extérieur est presqu'à hauteur d^appui. L^enceinte du monument est vide et soigneusement balayée. Le lieu porte en langue a(ar le nom de Mômen Dassft (le tom« beau de Mômen). La tombe de droite est celle du grand-père et la tombe de gauche celle du père de notre guide Mohammed. Elles sont au milieu d^une grande plaine grisâtre, pierreuse, dont Tagave est la plante caracté> risdque.

A 8 heures, le thermomètre marque -j- Zj^ 2^ la brise souffle du sudouest et le temps est clair. Nousnous dirigeons au N.-E., puis âTO.-O.-N., et nous remontons le lit de la rivière Alédo. Elle est à sec et large d*en« viron 40 mètres. Les berges sont à pic et hautes de 5 à 6 mètres.

A 8 h. 40^, nous trouvons, vers la berge de gauche, une mare dans laquelle les Danakil se plongent, comme ils le font à toutes les. mares que nous rencontrons. Pendant ce temps, nous faisons monter nos chameaux sur la berge et nous les déchargeons.

Nous redescendons dans le lit de la rivière et nous faisons dans le sable des trous qui nous donnent une eau très claire, très potable, qui dissout * très bien le savon.

Nous repanons à 4 h. lo', dans une direction à sud, et nous ledi

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BhBUHHaB

KXPLORATIONS éTHlOnKlfNBS

œndons dans le lit de la rivière, que nout quittons dnq minutes après, pour nous diriger à Test à txavers une plaine grise, accidentée, mouchetée de quelques arbres verts^ de buissons et de graminées desséchées. A 4 h. aS', nous tournons au nord, et nous atteignons le point culminant de la plaine. On rencontre dans cette plaine des afiSeurements de roches noires dont Toriginé volcanique ne saurait étra douteuse. A 5 heures, )e rencontre, pour la première fois, la pierra blanche des tombeaux des Mdmen, et f en prends un échantillon. Le mont Agolô est au nord-est. -^

A 6 heures, nous inclinons au N.-N.-E. Notre horizon est fermé à droite et à gauche par les lignes de faite de la plaine. A 7 h. ^V» nous nous arrêtons sur un plateau rocailleux et couvert dMpines. Un de mes mulets est resté en arrière sans vouloir avancer. Je Tenvoie chercher, mais on ne peut le trouver : il a dû être mangé par les fauves.

De 9 à 10 heures, il tombe, par intervalle, de grosses gouttes de pluie largement espacées. Le temps est lourd. Notu avons une preuve que l'atmosphère est chargée d^électricité dans mon cheval Desta qui, en se battant les cuisses avec sa queue, fidt jaillir des étincelles en forme de boules 4e la grosseur apparente du poing. Nous reproduisons le phénomène en fouetunt ranimai avec sa queue. Les crins de la crinière ont beau être agités, ils ne donnent naissance à aucune manifestation électrique, pas plus que les crins de la crinière et de la queue des autres chevaux et mulets.

Mardi, tS juillet. ^Cest id que nous quittons Mohammed deBado. Il devait aller plus loin, mais il n^a que deux hommes d^escorte et craint de manquer d'eau. Cette crainte n^est pas chimérique, car a cette époque de Tannée les mares et les puits d'étape sont à sec. Ils parteni donc de ttès grand matin par crainte de la soif et de la chaleur. Noiis-mêmes, nous nous mettons en route à 3 h. SV. Le thermomètre accuse déjà -[- a4* 5% malgré une brise fraîche du sud-ouest. Nous nous dirigeons au N.-E., par une plaine ondulée, sèche, couverte de pierres d^origine volcanique. II 7 a de nombreuses traces d^ânes sauvages.

Nous croyons ce pajs inhabité, aussi 'les Danakil de notre escorte paraissent, efiarés en apercevant dans le lointain un homme qui pousse devant lui un boeuf blanc A droite, et.sur une crête de ligne de fiilte, nous voyons des pans de murailles en pierres sèches. Nous apercevons, dans le lointain, une troupe d^autnicbes et, d'après les renseignements qu*oa noua donne, ces animaux seraient id très nombreux.

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EXPLORATIONS éniIOPIBNNIS

Nous nous dirigeons au N.-E., ayant le mont Azalo au S.-S.-0. et k mont Ayolo à rE.-E.-N.

Des tfx>ui)eaux d^ânes sauvages paissent à notre droite. 11 7 a des outardes au milieu des troupeaux. Nos gens vont à leur poursuite. Ils ne peuvent atteindre les Anes et tuent deux outardes à coups de fosiL

Sur notre gauche, paissent sept à huit sala antilopes dont le corps a les dimensions, un peu la forme .et la couleur de Tâne sauvage, à qui les indigènes les comparent. La tête est armée de très grosses cornes, le pied est fourchu.

A 7 h. 3&, nous voyons les ruines d*un village galla, et nous inclinons un peu au N.-E. Le sol devient pierreux. Les graminées se font raies les arbres et les buissons disparaissent. Le sol est argileux, craquelé, couvert de pierrailles volcaniques au milieu desquels les termites, qui sont ici en grand nombre, élèvent leurs habitations en forme de cône.

A 8 heures, nous prenons au N.-E. Le thermomètre marque-}- 32* 5', une forte brise souffle du nordouest, le temps est couven et la pluie parait prochaine. Le plateau prend de plus en plus la forme d^une kammada saharienne formée, par plaques, de pierres noirâtres et d^un sol gris, cra* quelé, sans un caillou, mais également stériles. A 9 h. 43', nous sommes en contre-bas de quelques mètres, et, toujours comme dans le Sahara, la v^tation reparaît sous forme de graminées et d^acacias. Nous apercevons des sala et autres antilopes, des outardes et des Anes sauvages. A 10 heures, nous appuyons vers le nord. Le thermomètre est monté-}- 3G* 8', une faible brise souffle du nord-ouest et le temps est clair.

A 10 h. 45' nous nous arrêtons sur remplacement du grand village de Houssouso abandonné à cause de la sécheresse.

Parmi les Ethiopiens qui nous accompagnent, plusieurs font la route pour la première fois. Ils sont désolés quand ils voient mesurer pardmonieuseroent Teau, et souffrent réellement de la soif : ils ne sont habitués ni à la chaleur ni à la privation d'eau.

Nous repartons à 4 h. 40^, nous dirigeant au nord. Cinq minutes après, nous avons le mont Agolo à rE.-N.-E. La route tourne à droite et nous nous dirigeons sur ce mont. Nous voyons autour de nous dans une vaste cuvette, des troupeaux d^Anes sauvages, de sala, d^antilopes et beaucoup d^outardes. Il doit-y avoir aussi des autruches, mab nous n'en voyons pas.

Les Danakil qui nous servent de guides ont un cheval qulla emmènent à Tadjourah. Maigri mes nombreuses observations, ils conti*

ÉTHIOPIBKNES^

nueot à le laisser errer, et il est suivi des muleu. Je donne encore une fiMs Tordre de le conduire par la longe et Je menace de Tabattre d'un coup de revolver si je ne suis pas obéi. Je suis obligé, à contre-cœur, de tirer sur 11anocente béte, qui roule à terre sous Tune de mes balles. Je r^rette certainement cet acte de brutalité, mais il était indispensable : quand on a été €usei téméraire pour faire une menace, il ne faut Jamais être as$e\ soi pour ne pas Pexécuter; je sais cela depuis longtemps.

A 6 heures, nous rencontrons de nombreux emplacements de camps bédouins. Cette région est très peuplée pendant l'hiver, paraît-il. 25 minutes, après, nous arrivons au campement halntud des caravanes, mais pressés par la soif, nous continuons notre route, et ce n^est qu^à j h. 45', à la nuit noire, que nous nous arrêtons pour camper près du mont Yangoudi. Chaque homme reçoit comme radon un verre d'eau. Un quart d'heure après, éclate un orage de peu de durée.

Mercredi, m 6 juillet. — Rien ne donne la soif comme la crainte de manquer d^eau. Tout le monde est debout avant trois heures du matin, et nous distribuons encore à chaque homme un verre d^u* Nous constatons que toute notre réserve consbte en une aflita (outre) de 8 à 10 litres. Cest peu. L'eau serait encore loin, mais il parait que les puits où nous devons eif trouver ne sont jamais à sec, même par les plus grandes sécheresses. Dès 3 h. 20^, nous sommes en route. Nous traversons un col après lequel nous nous engageons dans une descente en spirale encombrée de laves de toutes dimensions au milieu desquelles poussent des touffes d*épines et de graminées.

A 6 heures, nous nous portons an N.-E. Le thermomètre marque -|- ai<^ i', la brise souffle du nord-ouest et le temps est serein ; à 6 h. 40^ nous arrivons à remplacement du grand village de MAdérou, dans le Meder-Raffa. Nous nous dirigeons alors à TE. -N.-E. Nos guides ràppeUent ' avec terreur que dernièrement les Issas ont massacré une partie des femmes et des enfants et razzié tous les troupeaux' de ce village.

M. Chefneux va chercher de Peau avec nos gens; Je reste avec Àiellé et deux autres à la garde des bagag^.

Ai h. i5', seulement, les chameaux reviennent chargés d'eau. Dieu sait avec quel plaisir nous nous jetoiu sur les outres t Nous ne sommes que quatre, mais nous buvoiu comme douze. M. Cbefiieux revient à i h. 40^. Les. puits sont situés au sud-est du lieu où nous sommes. Ils sont ait

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EXPLORATIONS ÉTHIOPISKNIS « • ^ 329

nombre de cinq ou six, larges de 8 à lo mètres et profonds de 6 à 7 mètres'.

A 2 heures, le thermomètre est monté à -[- 41 ® 5'. Nous souffrons beaucoup de la chaleur et comme, à la suite de privationi^ nous avons beaucouj^ bu, une abondante transpiration est la juste punition de notre intempérance.

A 4 heujnes, le thermomètre marque encore -|- 41^ 3% et la température n^'est rafraîchie que par une fiiible brise du nord-ouest. Nos guides ont une peur effroyable des Issas et ne veulent à aucun prix camper id. Nous partons donc à 4 h. So', nous dirigeant au N.*E.; à 6 heures, nous inclinons au nord. Un quart d^heure après, nous sommes sur un plateau pierreux dont les campemenu sont abandonnés à cause de la sécheresse et de la guerre avec les Issas. A 8 h. 5', quand nous nous arrêtons, il est nuit, et c^est à tâtons que nous plantons notre tente. Nous soupons, comme hier, d^une croûte de pain, et pendant ce frugal repas, nous nous surprenons à dire, non sans rire, que lorsqu^on a l'habitude de la grande vie des ~ voyages on ne saurait s'accoutumer à une autre.

A 10 heures Carte pluie d^orage qui dure une demi*heure, avec un vent impétueux du nord-ouest qui arrache notre tente.

Jeudis ij juillet. — Départ à 4 h. 40^; à 5 h. le thermomètre est à 4- 28® o'. Le grand vent de la nuit s^est changé en brise. A 5 h. 40^ nous traversons le lit à sec d^une grande rivière dont je ne puis savoir le nom. Nous marchons au N.-E., sur le mont Guéréné. Le mont Alssaa est à TE.- N.-E. et le pic Bollalé au N.-E. A notre gauche se trouvent des montagnes volcaniques que nous longeons; à notre droite, s^épanouit un bois de Mimosas. Le sol contient beaucoup de mollusques. Nous voyons de nombreuses traces de sanglien à masque et d'antilopes. A 7 h. 40' nous gravissons de petites collines couvertes de laves, à 7 h. 43' nous sommes au point culminant, sur remplacement d'un village. Le pays se n(»nme Lehuflé. A 8 h. route N.-E., par une cuvette immergée pendant Thiver. A 8 h. 5o' nous arrivons à l'emplacement d^un village abandonné à cause de la guerre des Issas. A 9 h. So' nous marchons à rO.-N.-O. et nous entrons dans des gorges chaotiques, encombrées de rochen volcaniques; c^est le lit d*un torrent dans lequel se trouvent les puits où nous devons renouveler notre provision d*eatt%

Aujourd'hui c'est mon tour de corvée. Laissant donc M. Chefneux aux bagages, pentre avec les hommes dans ces gorges et à 9 h. So' fi|rrive

EXPLORATIONS ÉTHIOPISICKIS

devant le premier puits. Pour la construcdon de ce puits, on a profité d'une grone natureUe percée sur la rive droite du torrent. On Fa agrandie, et Yon a éubli une chambre à laquelle on accède par des marches grossières taillées dans le roc. Cette chambre est creusée jusqù^à trois ou quatre mètres audessous du lit du torrent et en draine les eaux. La grotte est étançonnée avec des troncs d^arbre et son orifice est fermée avec des épines pour empêcher les singes, très nombreux dans la contrée, de $y introduire et d^en gâter Teau avec leurs ordures.

Bien que la grotte contienne de nombreux stalactites et stalagmites, qui semblent indiquer dans Teau la présence de certains sels, cette eau est agréable à boire et dissout très bien le savon*

Ce puits doit être très fréquenté ainsi que Pindiquent les nombreux tas de fumier qui rentourent. La roche dont je prends un échantillon, est grisâtre, noire ou blanche et se troue à Pair. La v^étatlon des environs se compose de quelques arbustes épineux et rabougris et d^herbes sèches*

En amont du torrent il y a trois autres puits ou grottes pareilles.

Après avoir abreuvé nos montures dans un bouclier, nous rangeons des pierres, nous plaçons dessus Tune des peaux qui nourservent de lit et cela forme un bassin ob tous les animaux viennent Tun après Tautre s'^abreuver.

Les pauvres bêtes qui n^ont pas bu depuis hier raprès-midi, sont très assoiffées. Nous les abreuvons par trois fois, ce travail, ainsi que le remplissage de nos douze outres nous retiennent jusqu'à midi et demi. Nous retournons alors au camp en suivant une directioif Est et, en sortant des gorges, je constate que notre camp est au S.-S.-E. A midi 4x/ je suis au camp que M. Chefneuxa établi en dehors de remplacement du village que j'ai noté à 8 h. So'.

Le terrain est rempl i de mollusques.

L^Aouache serait à deux journées à Fouest. Tout le pays que nous venons de traverser forme une vallée orientée est-ouest avec des collines couvertes de laves*

A 8 h. et demie un fort coup de vent du nord fait tomber ma tente» à 10 h. et demie fone pluie d'orage avec vent impétueux du nord-ouesL Est-ce rhivemage qui commence? .

Vendredi iS juillet. — Le thermomètre marque à 6 h.» -)- IT* i'; à 8 h., + 3o» 8'; à lo h., + 35* 5'.

A I h. M. Chefneux va â Teau et je reste à la garde du camp.

BZrLOKATHWt tmiOHKKMB

Nos mules et nos chevaux ne pouvant, sans danger de moct, avec une température de -f 40^, rester plus de 24 heures sans boire, nous sommes obligés de combiner nos marches de manière à trouver tous les jours de Teau.

Le sol sablonneux de notre camp renferme de nombreuses coquilles. Comme végétation, il a quelque touffes dlierbes desséchées, des mimosa également secs et un arbre vert; commun dans les Kola du Choa, qui portei au lieu de feuilles, de fleurs ou de fruits, des bourgeons charnus de couleur verte. M. Chefneux revient à 3 h. un quart et nous partons à 4 h. M/>dans la direction de rE.-N.-E.

Nous reconnaissons de grands villages Danakil dévastés par les Issas. Avant cette époque, la population devait être très dense. Quelques acacias et des touffes de graminées poussent entre les pierres.

A 4 h. 40^ nous inclinons un peu au nord et nous entnms dans une vaste cuvette de boue desséchée, jaune et craquelée. Un mirage nous montre en avant des flaques d^eau et des plaques de verdure. Pendant l'hiver ce passage doit être impraticable. Sur les bords de la cuvette on remarque des pierres noires que les pluies ont entraînées des montagnes.

A 5 h. 4o^ noiu prenons à Test, toujours à travers la cuvette. Nous en sortons à 7 h. iof. Elle nous parait ellipsoïde. Nous l'avons traversée dans le sens de sa longueur, qui peut être de 10 à 11 kilomètres.

A 8 heures 40^ nous nous arrêtons, pour la nuit, à Bourkalé, point qui à toutes les apparences d^un ancien cratère comblé. Pour y atteindre, il fiiut gravir une ceinture de laves qui forme une muraille circulaire au milieu de laquelle se trouve un espace également circulaire laissé vide.

Samedi, iç juillet.-^ A 5 h. 5o^, nous nous mettons en roiiie. Nous traversons de nombreux camps, momentanément abandonnés k cause de la saison. De tous c6tés sont des pierres noires amoncelées en fome de jetée. Le sol est dur, couvert de jnerres, parmi lesquelles poussent quelques graminées et des mimosas rabougris. A Test, nous avoiu le rttttnon de Abida et je relève, au nord, le pic de Gari, et au nord-cs^ cdoi de Booll^ qui a la forme d^un pain de sucre. La route que nous suivons est orientée nord.

A 7 h. 40^, notre route étant nord-est, je relève au noid-ouest un pic isolé, en forme de ctoe tronqué.

Le pays présente Faspect du double travail du feu et de ]

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