‹ Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents diversChapitre 14 sur 16 · EXPLORATIONS · texte numérisé non relu

EXPLORATIONS

aux apports d^alluvions faits pendant rbivernage, il peut pousser quelques plantes» peu variées, deux ou trois espèces d'^berbes et de ronces, car il &ut que les plantes puissent supporter en même temps des excès de cbaleur, d'humidité et de sécheresse. Diaprés la direction des rigoles, nous reconnaissons que Pécoulement des eaux se fait au sud.

Notre route est nord-est. Nous entrons dans la montagne ; nous voyons quelques arbustes verts et à bourgeons clîarnus ; nous appercevons aussi un petit troupeau d^antilopes. Un chameau refuse de marcher, on reconnaît qu^il ne peut continuer la route et par humanité on Tégorge pour le soustraire aux fauves.

La route étant Est, nous traversons un petit plateau pierreux où poussent des graminées, des acacias, des arbustes verts. Nous nous engageons ensuite dans un chemin à pente raide, oti la marche est rendue très pénible par des blocs de roches et des pierres roulantes.

A lo h. 45\ nous arrivons auprès de camps abandonnés à cause de la saison et qui forment un village nommé Boallé (déchiré), appellation bien^ appliquée sMl en fiit. Nous faisons route nord-est; lious dirigeant en &ce d^un col de la montagne Oulkoumâ, qui est nord-nord-est. Nous Fattdgnons à ii h. lo' et nous nous engageons dans un défilé dont la direction est nord.

/ Avec toutes les scories noires éparses de tous côtés sur le sol on se croirait aux abords d*une usine. Malgré Paridité du sol, il pousse id des buissons, des graminées, que mangent avidement les mules, et quelques arbustes verts. Nous franchissons le col et nous descendons sur un petit plateau oti paissent trois ânes sauvages. Nous faisons halte à 1 1 h. 3o^.

A peine nos mulles sont-elles dessellées et nos chameaux déchargés que tous nos gens partent à la poursuite des ânes, dans le double but de se procurer un gibier justement estimé > et de rencontrer de Teau, car les trois ânes, un mâle et une femelle, suivis d^un petit, ne sauraient s^éloi* gner de Teau. Nos gens reviennent bredouille de gibier et d^eau. Ils ont cependant rencontré une mare dont la boue, ils en rapportent, était encore humide. Il est probable qu^en creusant on aurait de Peau.

A 2 heures, la brise est du nord-ouest, le thermomètre marque 38* i' et le temps est serein.

I Dans le Sahara od mange paiement les Anes siuvages, dont la chair est prisés des Chaamba et das Touareg.

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EXPLORATIONS iTHlOPIEKNSS

Nous repartons à 3 h. 2&, au nord-nord-est. Dix minutes après nous modifions un peu notre route et prenons.au nord. Nous sommes dans une cuvette argileuse, sans végétation, qui doit être la plus grande partie de l'année couverte par les eaux, car dans les points en contre-bas. la boue est encore humide.

Nous montons dans un vallon rétréci où nous reri^arquons, au point culminanti quelques tombeaux et des pierres volcaniques de toutes sortes, parmi lesquelles dominent Içs pumites et Ie$ scories,

A 4 h. 40^, notre route est nord-nord-est. Il y a ici des coulées de lave noire, toute boursouflée, toute éclatée, avec des cavités circulaires et présentant Paspect d'un métal en fusion sur lequel Teau serait projetée. Il y a aussi des murailles de lave noire. Tout est noir, sauf quelques arbres rabougris d^un vert sombre et des gommiers desséchés presque aussi noin que les laves.

A 5 heures, nous appuyons un peu au nord. Nous apercevons dans le lointain et dans Paxe même de notre route, Guifou, montagne de TAoussa. Nous nous arrêtons pour attendre un chameau resté en arrière. M. Chefneux m^apporte un coquillage marin en me disant : c Void la reine des coquilles. »

J'en avais déjà vu plusieurs depuis un moment, mais les prenant pour descauris détachés d^une parure je n^y avais pas pris garde. Ce coquillage me parait avoir une très grande importance, car il prouve qu'ici le volcan a dû être éteint par la mer, et comme Témail en est peu altéré il permet de conclure à la faible période de temps qui nous sépare de Tépoque où la mer venait ici.

A 6 heures, nous sommes dans une sorte de lac solide de laves noires, qui affectent la forme de vagues. Uaspea de lar^ion est horrible. Les monts et monticules qui nous entourent sont tous noirs et de forme coniqiie.

A 7 h. lo', nous trouvons une ligne d^arbres et nous entrons dans le pays fertile d*Adanbeda.

A 8 h. 30^, nous nous arrêtons pour bivouaquer par une nuit des plus noires, dans un endroit sans herbe, au milieu des laves de toutes fonnes, de toutes grosseurs. Tout est toujours noir.

Dimanche, 20 juillet.'^DipsLn à 3 h. 25'. Le baromètre marque 723"8, la route est nord-est. Il fait nuit, le temps est couvert. Autant que Ton peut

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en juger, le lemin est formé d^an plateau I^èrement ondulé où des hamada, recouvertes de jnerres noires, alternent avec des espaces dont le sol est formé d^une boue desséchée et qui doivent être envahis par les eaux pendant l'hivernage. Nous rencontrons beaucoup de camps et de tombeaux de vastes dimensions.

' A 5 h. S(/, notre route est nord-est. Nous traversons remplacement d*un très grand camp. Au milieu de pierres noires et de très nombreux débris de coquillages, qui blanchissent le sol par plaque, sMlancent des touffes dlierbes.

La brise souffle du nord-est, le temps est serein et nous marchons à PEsi. * .

/i 6 h. 10^, nous avançons au milieu de joncs et de plantes marécageuses, nous traversons une ligne d*eau actuellement à sec

A 7 h. 3o^, route Est. Nous sommes sur. un fond de boue desséchée, au milieu duquel se trouvent des crevasses larg^ et profondes qui rendent notre marche très pénible. Un de nos mulets tombe et meurt de soif. Nous, entrons dans le pays de ACe/î.

Nous avons un camp sur notre gauche et nous sommes devant un marécage desséché, couvert de roseaux.

A 8 h. 45, nous arrivons à l'eau. Nous sommes au bord des lacs Aoussa« où se^perd TAouache.

Ici le bord des lacs est couvert de grands roseaux à feuilles lancéolées» qui poussent dans une boue noire et fétide. Malgré la boue et la puanteur des eaux, bétes et gens se mènent à boire sans retenue.

Quelques n^res, esdavesdu sulun Hamfalé, qui s'occupent de cul* tures dans les environs, viennent nous voir. Après avoir bu et fiut notre provision d'eau, nous allons asseoir notre camp dans des parages plua sains et à 9 h. 4^ nous prenons une route ouest-nord-ouest Nous établissons notre camp au milieu d^un campement de Danakil.

Nous sommes dans une vaste plaine d'alluvions formée par PAouache. Quelques rochers émergent au milieu de TAouache. Le nom du lieu de notre campement est Koutoubla-Kallo.

Lundi 21 juillet. — Les monts Gui/ou paraissent d\)rigine volcaniques et ont interrompu la communication de PAouache avec la mer.

Nous partons à 6 h. %y. Nous sommes dans une plaine marécageuse, formant bassin et entourée de monts volcaniques formant chaîne et surmoo*

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EXPLORATioiis irmonoiiiBi

lés de quelques pitons isolés. La v^géution se compose de roseaux, de joncs, de grandes herbes lancéolées^ d^âcacias. Le sol, très crevassé, est ooo* vert de mollusques, parmi lesquels dominent des moules. On voit aussi quelques oiseaux aquatiques.

A 9 heures, nous passons devant le grand village d^Editta, derrière lequel se trouve, au milieu des lacs, un grand rocher carré.

Nous entrons dans un bois d^acadas. Les troncs des arbres sont noirs. Il n^ a pas encore de feuille, mais les bourgeons commencent à percer. Des joncs et autres herbes marécageuses poussent au milieu de ces arbres.

A lo heures, route est-est-sud. Nous avons fini de traverser le bois, qui forme une bande boisée, puis vient un marécage et ensuite le lac. Nous nous arrêtons sur ses bords, en foce d^un rocher, situé au milieu des eaux, et auprès d^un campement d^Adal. Ces gens, comme tous ceux que nous avons vus ici, ont une physionomie maladive et paraissent tous plus ou moins atteints de fièvres paludéennes, qui doivent être très fortes ici.

Le lac nord, dans lequel FAouache se jene par deux branches, a une forme très irr^ulière, bizarrement contournée, non seulement dans les endroits oti des rochers lui ont imposé sa forme, mais aussi dans des plaines où les causes de ses contours restent invisibles. Il communique par plusieurs canaux et marais avec le lac Ahhébaie^ qui est au sud. Cest entre les dçux lacs, qui communiquent entre eux par des canaux et des marais, que passe notre route.

A 4 heures, le temps se couvre, le vent a des mouvements giratoires, qui donnent naissance à des trombes de poussière.

Nous nous remenons en route au sud-est. Nous atteignons les bords du lac, que nous côtoyons. Notre route est sud. Les eaux du lac sont tranquilles. Un bois d^acacias serpente des deux côtés. Il y a sur le sol des rives une grande quantité de mollusques ; nous voyons également une bande d*outardes.

A 5 h. i5', nous sommes au pied du grand rocher carré signalé ce matin à 9 heures. Nous apercevons des pélicans et des marabouts qui prennent leurs ébats sur les bords du lac.

Nous arrivons au village d^Aitenkoomd, où nous nous arrêtons. Les habitants nous reçoivent avec bienveillance. Ils appartiennent, ainsi que le village, au sulun Houmed Lolta, notre ami. Cest ici que le sultan réside lorsqu'il est au Aoussa.

Les huttes et les bercaiUes du vilkge sont bftties au pied du rocher; ce

EXFLORATIOICS ETHIOFIBlIltB

roc est un immense bloc de lave carré; les vautours y ont placés leurs aires et toute une colonie de singes cynocéphales y est instaUée.

Pendant la nuit le temps est très couvert et il pleut, avec un vent nordouest, de lo heures à 1 1 heures du soir*

Mardi 22 juillet. — Cest ce matin que notis allons traverser le lac* Nous nous mettons en route à 7 h. lo' et cinq minutes après nous sommes au bord de Teau. Le baromètre marque 727",o ■•

Nous sommes sur les rives de Tun des canaux qui mettent les lacs en communication. Ces canaux n'en forment, du reste, qu^un seul pendant la saison des hautes eaux.

, Nous trouvons les geiis du village en tnûn de nous confectionner, avec des joncs duiac, un radeau. Ces gens, qui sont des Debenets, m^ont connu à Obock et me saluent en m^appelant par moa nom.

A 7 h. So', les joncs sont liés et forment un fagot de 2 mètres de long sur i"5o de large. Cest sur çene primitive installation que je.oAe hucfaie^ .tant bien que mal avec mes armes et deux des en&nts qui nous accompagnent. Des nageurs poussent le radeau, et sur mon paquet d^berbes marines .il ne me manque qu'un trident pour figurer Neptune.

^A peu près à mi-chemin, nous nous croisons avec un autre radeau chaigé de sel, qu*une vieille femme et deux nageurs poussent devant eux. .

' A 8 h. 10^, ^arrive sur Pautre rive, et en voulant prendre pied |e m^enfonce jusqu'à mi-jambe, dans une boue gluante, noire et fiitide. Cette rive est paiement couverte de joncs et de roseaux.

Je m^installe tant bien que mal sous une toile fichée sur quatre bâtons et j'assiste à l'arrivée des bagages que M. Chefineux, resté sur Pautre rive, fait partir. ^ ^

Les eaux du lac sont d'un beau ven azuré. Elles sont entourées de trois bandes de végétations : des joncs eii premier lien, puis des roseaux et enfin des acacias. Une seule rive des lacs est en partie cultivée par des Atgoba musulmans qui émigrent du Cboa. '^ .

- Les Italiens ont formé le projet de placer le Haoussa sous leur protectorat, ainâ quHls Pont fiût pour l'Etat de Reita, an nord de notre posses-

■ Le baromètre tyant marqué, ainsi qu*oa le vcna plus loin, le 1* août, 755,9, an boffd de la mer, l'altitude des lacs Aousaa est de s5o à 3oo aiètfcs an-deasos da niveau de k mer.

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sion d'Obock. L'idée est heuceuse pour eux et elle serait désastreose pour nous si nous ne placions pas Houmêd Loita sons le protectorat finançaîa.

Un assez grand nombre d^oiseaoz prennent lean ébats sur le lac : des hérons au bec rouge* des pélicans, des oiseaux à spatule, qui pèchent en fauchant Feau avec leun becs, des marabouts dans les roseaux au lx»d de Teau.

Du pcMut ob Je suis campé. Je rdève Boidlé à roucst-ooest-sud (le 19 nous l'avions au nord^est) et le Guifim, montagnes de TAoussa, an nord. Nous avons au sud-est des pitons volcaniques» an milieu desquels nous iron^ camper ce soir, dans un ancien cratère nommé DÀmâlé.

Sur les quatre heures on vient nous prévenir de l'arrivée dHine ubupe d^hippopouunes. Nous retournons sur les bords de Feau et nous avons le spectacle étonnant de 1 5o à 200 de ces monstres qm se jouent au milieu des eaux. M. Chefheux et quelques-uns des hommes montent sur le radeau qui a servi au transport des bagages et se laissent dériver au milien des hippopotames, qui viennent curieusement les regarder et reçoivent leun balles avec une indifférence très marquée* Seuls ceux qui sont attrints près des oreilles disparaissent sous Teau.

Du rivage je rire aussi quelques coups de fosils. Les Danakîl qui me suivent ramassent soigneusement les douilles de mes cartouches et se les introduisent sans difficulté dans le trou quHs ont aux lobes des orrilles; ils paraissent charmés de cet ornement.

Mon compagnon s^est laissé entraîner par le plaisir de la diasse et ne rerient à terre qu'à la nuit.

A 6 h. 5o, nous nous mettons en route par un chemin qui ne tarde pas à devenir pierreu et couvert dMpines^ et à 8 h. 20 nous arrivons k Dehmdlé, cratère dans lequel Hamedou a éubli son camp et oH nous sommes accueillis en amis.

De 1 1 heures k minuit il pleut avec un (on vent du nord-ooesL

ï, 23jmllet. — Je relève au nord-ouest Aùenkammâ^ oh nous avons couché hier.

II y a dans le camp beaucoup de chèvres de petite taille fXk pean mon* chetée.

A 6 h. 30^, nous nous mettons en route à FesL Au miEen des kvesd des scories se tr o u v ent des graminées desséchées et des buissons ^nnenx qui commencent à bouigieonner»

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Le lac estsur notre gauche, parallèle à notre route. * •

A 7 h. 25, route EsL A 7 h. 35 nous rencontrons le fils aîné de Houmed Lolta, Amphalé, qui vient au-devant de nous pour nous saluer. Nous mettons pied à terre pour causer avec notre jeune ami. A 7 h. 55, nous nous ^ remettons en selle.

A 9 h. 40', route nord, nous laissons sur notre droite le plateau de laves sur lequel nous marchons depuis ce matin ; nous entrons sur un plateau sablonneux, avec des affleurements de laves, au milieu de sable, de cailloux et de graviers volcaniques. Il y a, outre des graminées sauvages^ des arbustes épineux à feuille naissante et des genêts à fleur jaune et à odeur pénétrante. Ce plateau est vite parcouru, car à 9 h. 5o', notre route étant est-est-sud, nous nous trouvons au milieu de rochers plats et noirs. «

A 10 heures, la route est sud-sud-est, au milieu de blocs et de -fragments de laves détachés, qui rendent la marche très pénible. Ce serait cependant d^excellents matériaux pour éublir une route. Quelques acacias^ "^ très peu dlierbe et toute desséchée, ^ ^ . -^

A f o h. 20^, la route est sud-est« au milieu de scories et de roâies boursouflées. A droite, nous avons une montagne noire, aux formes chaotiques, dans laquelle on n*aperçoit ni végétaux ni animaux. Sur la gauche» nous dominons les lacs, dont les arbres et les roseaux forment un gndeux contraste. ... ^- . .

A 10 h. 5o, la route est sud -est Par une coulée de laves, nous descen» dons dans la vallée d*Aitd, qui est orientée nord-sud. Il s'y trouve des arbres et de Therbe, qui poussent dans un sol en grande partie formé par des débris de lave noire, qui contient un grand nombre de mollusques, appartenant toutes à la même espèce. .

A II h. 06, arrêt à Aitd.

Départ à 4 h. So', au nord-est. Le pajrs est très habité, bien que Ton ne trouve que des pierres dès qu^on quitte le fond de la vallée.

A 5 h. 25', la route est à Test. Les rocs et les laves sont rouges. Il n'y a pas de végétation. Nous avons, sur. la droite, le lac Sud. Les deux lacs sont bien nord et sud. Ce dernier fait une pointe dans PesL La commun!* cadon entre les lacs se feit au moyen du canal que nous avons traversé hier. Au milieu du lac sud est un rocher isolé que je relève au sud. Ce lac a son grand diamètre nord-sud, Tautre Ta est-ouest

A 6 heures, nous sommes toujoun au milieu des mêmes terrains et

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