IS
*deux envoyés du Motti (roi) de Djerna-Ballifar; il veut me foire partir avec ses gens et ik doivent rentrer de suite. J^aurai cependant à prier PHazage de me donner un homme pour me &ire visiter les mines d^ Angolais. Volontiers, me répond PHazage, mais auparavant venez avec moi.
Cela dit, THazage me prend par h main, me fait traverser son elfine, et suivi seulement de M. Gabri Mariem, nous passons dans une autre cour où se trouve une petite chaumière ronde très coquette; nous 7 entrons; le sol en est jonché d^herbe fraîche et odorante aux fannes desquelles sont mêlées des fleurs; aux murs sont suspendus des selles de chevaux aux ornements d'argent, et des selles de mules brodées, plus quelques outils européens : sdes-égolnes, bisaigués, herminettes et autres instruments de charpentier, brillants et luisants comme de Paigent. La pièce est meublée de deux algas recouverts de tapis européens, Pun représentant un lion, et Tautre un tigre, plus une peau de bœuf mouchetée tannée; un feu de bob d^oUvier > flambe dans un brasero en fer. L^Haza^ me feit asseoir sur un alga, se place sûr Tàutre, et feit signe à M. Gabri Mariem de sMnstaller sur la peau de bœuf. On apporte des burillès ; une servante s'accroupit dans un coin tenant sur la cuisse une ganne d^hydromèl, on apporte la chair d^une mouquette * que Ton vient d^abattre en mon honneur; un magnifique soldat au profil d^aigle, aux longs cheveux tressés 1 et beurrés, Phabit à la
■ n 7 a en Ethiopie de grandes forêts d^oliviers sanTiges; le Ixms en est recherdié pour le chauffage, il brûle presque sans fumée, ce qui est pfédeox dans une contrée ofb les cheminées sont inconnues, et où Ton allume le feu an miliea des appartements.
a La mouquette est un bouc chAtré et engraissé pour la table, la chair en est regardée, avec raison, comme très succulenis.
I Des lois très strictes règlent en Ethiopie la coiffure des hommes. Les enfimts oat la tête rasée jusqu*à sept ans, sauf quelques mèches de cheveux que Ton tresse en y mêlant quelques grains de verre, corail, cauris, etc., le tout pour combattre la jeiUÊtorm aussi redoutée en Ethiopie qu*à Naples. A partir de sept ans, on continue de raser les cheveux des petits garçons; on leur laisse une aorte decooionne monastique de dieveso, qui ne sont point coupés, mais partagés sur Toocipiit et réunis en deux tresses qoi pendent sur le col ; les jeunes gens doivent conserver cette coiffure, nommée eaméc^ jusqu'à rige de puberté, époque où ils se rasent la *têle et doivent porter les dievcnx courts, tant quHs ne se sont point distingués à la guerre en tuant plusieurs ennemis; alors ils laissent pousser leun cheveux de toute leur longneur et ils les tressent; ces tresses de cheveux sont enduites d*un mélange de beurre et de mjrthe. Les ecdésiastîqiics et les marchands, ont la tête rasée ou portent les cheveux courts; les guerrien se rasent la tête ta tignt d<deuil pour la mort a*un parent 00 dHucmt 00 à la suite d^unecalamili publiqttt.
i3o EXPXx>iu'noNS iraiOFiBiiiia
ceinture S s'accroupit devant le feu et se met en devoir de nous confectionner des grillades; un page entre avec une aiguière et un bassin, nous nous lavons et commençons un goûter qui se termine par le café et les liqueurs.
Un moment après je regarde ma montre; elle marque deux heures et demie; je demande oti est Tbomme qui doit nous accompagner à Angolala; il est prêt, me répond en souriant PHazage, car c'est moi; attendez, je me ceins, et nous partons, en disant cela il se lève et nous laisse seuls.
UHazage rentre un moment après, les reins entourés d^une énorme ceinture et tenant à la main une longue gaule blanche dont une extrémité se termine en fourche. Nous sortons, et devant la porte extérieure du liebig ' un écuyer tient un beau cheval gris pommelé qui piaffe, sous son harnais d^argent ), à côté de ma mule. L'Hazage, poliment, me dit de me mettre en selle le premier. Pour vous obéir, dis-je en m*inclinant, et j^en« fourche Rosine. L'Hazage est à cheval, un page le précède portant surrépaule sa grande épée dans un fourreau de satin cramoisi ; un écuyer le suit, portant son fusil (un magnifique mousqueton Winchester] et^son bouclier, à Tambon duquel pend une crinière de lion.
I Le y£teinent des Ethiopiens est une toge de coton, dans laquelle ils se drappent à la mode antique, Tusage a consacré certaines manières de se drapper dans des circonstances déterminées; c'est ainsi qu'il est digne, lorsque l'on reçoit des inférieurs, de se cacher le bas du visage par la toge dont on ramène un pli à la hauteur du nez ; on doit aa contraire devant des supérieurs se fixer la toge autour des reins, comme un jupon :c*est ce que l'on nomme porter l'habit à la ceinture.
1 Ce mot a en Amarigna la double signification de domicile et de mariage.
I Le harnachement des chevaux en Ethiopie, comme tant d'autres choses, est byzantin; fl se compose d'une selle dont l'arçon est en bois et formée de deux semelles réunies à un troussequin et à un pommeau au moyen d'un Ibrt parchemin cousu sur le tout; une housse en cuir rouge recouvre le tout, et comme tapis la selle a une peau de mouton avec son poO qui repose sur le dos du cheval, une sangle en cuir tressé, une croupière plus large que les nôtres et qui embèite l'arrière-train du cheval orné de tresses en cuir; un poitrail en tout semblable à celui de la selle à la française fixe la selle sur le cheval; l'étrier est un simple anneau dans lequel on passe l'ortefl; on dirige le cheval au moyen d'un licol à muserole et d'une bride sans sous-gorge et auquel sont fiaées des rênes en cuir tressé à la chevalier ; le mors est Fanden mors byzantin ; aa poitraU et à la bride, sur les montants, à la muserolle et à la têtière sont cousus, comme ornements, des disques en métal, cuivre, argent, vermeil ou or qui miroitent au solefl. On ne peut porter les ornements de selle en argent que si Ton est dejatzmache ou si roo aieçu une de ces selles en cadeau d'un roi ou d'un ras.
expu>kjH'ioks imiopnDfNBs i3i
A 3 h., nous descendons de Pamba de PHazage pour nous rendre sur la bune où est construite Angolala.
A 3 h. 1 5', nous arrivons au pied de Pamba de PHazage, où nous trouvons une eau courante très pure et très fratcbe; elle provient de la fontaine du roi, construite par Sahala Sélassié.
A 3 b. 20^, nous arrivons à Pemplacement de cette fontaine.
Un renseignement qui me fut donné en langue amarigna, à un moment où je ne comprenais que quelques mots de cette langue, et l'aspect imposant des ruines d^Angolala, firent que la première fois que j^aperçus ces ruines, j'en attribuai la construction aux Portugais ; je Pai écrit et je me suis trompé; cette ville a été fondée et construite par le roi Sabala Sélassié dans les premières années de ce siècle.
La fontaine du roi se compose d^un enclos maçonné, en partie en ruine, carré, d^une vingtaine de mètres de côté, planté de beaux arbres; elle est formée d*un bassin en maçonnerie, ruiné en partie; cet enclos, du temps de Sahala Sélassié, me dit PHazage Ould-Guiorguis, qui a été Pun des pages de ce roi, était clos par une pone fermant à clef et avait un gardien particulier; cette fontaine suffisait à tous les besoins de la résidence royale. Je goûte de son eau dans le creux de ma main ; elle me parait pure et légère, elle est très agréable au goût et très fraîche; je remonte sur ma mule et nous continuons notre route.
A 3 h. 2&y nous arrivons au premier mur d^enceinte d^Angolala; il est en pierres sèches, tout en ruine, et entoure complètement la butte sur laquelle est placée la résidence ; sur la gauche, à deux cents mètres environ, sous de grands et beaux arbres, se trouve une église, le seul bâtiment qui ait été restauré ; nous traversons un champ de blé aux épis mûrs et dorés poussant au milieu des ruines.
A 3 h. 28', nous pénétrons dans la deuxième enceinte par une brèche au milieu du mur en pierres sèches écroulé*; à côté du mur, à droite, une tombe; plus loin, lés ruines du tedje bit (maison de Phydromel), do tella bit (maison de la bière) ; sur la gauche, les ruines de la maison de DemétriouSf Arménien, architecte du roi Sahala Sélassié ; c^est lui qui construisit cette résidence. 11 avait avec lui cinq ouvriers arménieiu. L^Hazage ne se souvient que du nom d^un de ces ouvriers, Gorguos. En face, Paddarache, ruine vraiment imposante. Les murs avaient une vingtain de mètres de hauteur; sa forme était celle d^un parallélogramme; dans un enfoncement des murs se trouvait une piècecirculaire où se plaçait
trHIO?IEIfNES
ralga royal. La largeur de Taddarache dcvaît être de trente à trente-cinq mètres, et sa longueur quarante à quarante-dnq; à côté de Taddarache se trouvaient les elfincs du roi ; il n'en reste que les caves. Le roî actuel les a fait fouiller. Elles forment un boyau de six à huit mètres de largeur sur vingt à vingt<inq de long ; elles ont été construites en pisé, les voûtes en sont très régulières. Au nord, se trouvent les ruines des maisons qui avaient servi de logements à nos compatriotes Rochet d'^Hérîcourt, Combes et Tamisier, au capitaine anglais Harris. L'Hazage me parle de ces Européens qu'il a tous connus, surtout Rochet, qui est, du reste, très populaire au Choa, oli il fit deux voyages et dirigea la construction de deux moulins hydrauliques, Pun pour la poudre, Pautre pour la farine.
Les prêtres excommunièrent les moulins, disant que c'était lediablequi les faisait marcher; ils firent détruire, par des fanatiques, le moulin à farine, mais ik n'osèrent s'attaquer à l'autre, le roi y tenait trop.
A son second voyage, Rochet d*Héricourt fit passer entre Louis-Philippe, roi des Français, et Sahala Sélassié, roi de Choa, un traité de paix, de commerce et d'amitié ».— Un voyageur français ne saurait, sans ingratimde, oublier que les Français doivent à Rochet d'Héricourt la popularité
I •ntATTi poLiTiQjaB BT coHMmaAL. —Traité politique et commercial entre le grand Louis-Philippe, roi de France, et Sahala-Sélassié, roi de Choa, et tes successeurs;
« Vu les rapports de bienveillance qui existent entre S. M. Louis-Philippe, roi de France, et Sahala-Sélassié, roi de Choa; vu les échanges de cadeaux qui ont eu lieu entre ces souverains, par l'entremise de M. Rochet dHéricourt, chevalier de la L^ion dlionneur et décoré des insignes de grand du royaume de Choa, le roi de Choa désire alliance et commerce avec la France.
» Vu la conformité de religion qui existe enfire les deux nations, le roi de Choa ose espérer que, en cas de guerre avec les musulmans ou autres étrangers, la . France considérera ses ennemis comme les siens propres.
» S. M. Louis-Philippe, roi de France, protecteur de Jérusalem, s'engage à frire respecter comme les sujets français tous les habitants du Choa qui iront au pèlerinage, et à les défendre, à Taide de ses représentants, sur touU la route, contre les avaidcs des
infidèles.
» Tous les Français résidant an Choa seront considérés comme les sujets les plus frvorisés, et, à ce titre, outre leurs droitt, ils jouiront de tous les privilèges qui pourraient être accordés aux autres étrangers.
» Toutes les marchandises françaises introduites dans le Choa seroqt soumises A un droit de trois pour cent une fois payé, et ce droit sera prélevé en nature, afin d*évlter toute discussion d'arbitrage sur la valeur des dites marchandises.
» Tous les Français pourront commercer dans tout le royaume de Chos.
» Tous les Français résidant au Choa pourront acheter des malsonsst dss terres
EXPLORATIONS iTRIOPIENim
dont ils jouissent au Choa. Cestaux frères d^Abbadie, déjà l^endaires en Ethiopie, aussi bien dans les pays qu'ils ont visités que dans ceux où ib ne sont connus que de nom, que les Ethiopiens, pieux conservateurs de leur souvenir, ont surtout appris à aimer, estimer, respecter la France. -
UHazage me parle aussi de G>mbes, de Tamisier et du capitaine
Harris.
Angol&laaété détruite par les Abichou, qui se révoltèrent lors de Tinvasion du Choa par l'empereur Théodoros.
A 3 h. 55', je prends congé de THazage à la première enceinte; nous descendons une pente raide oti se trouvent quelques maisons.
A 3 h. 58', nous franchissons la deuxième enceinte et sommes dans la campagne qui est magnifique :eau courante, bois, pâturages, mobsons; à 5 ooo mètres sur notre droite, et par 90® se trouve, sur une éminence, une église dédiée à saint Cyr, Circasis; c'^est- un lieu de pèlerinage très fréquenté; plus loin le pays d^Hamman ; le ras possède d'immenses caverne et qui ont joué un rôle dans toutes les guerres du pays.
A 4 h. 35', nous traversons la rivière Fathio; sur la gauche se trouve un rocher gris, auquel sont attenants les pans d^un mur en ruine qui avait été construit du temps de Sahala Sélassié pour se défendre des tribus Gallas ; sur la croupe du rocher, il y a quelques maisons à côté desquelles nous passons.
A 4 h. 48', nous traversons le torrent de Galla Tcha-tchia; nous sommes dans une vaste plaine de forme élipsolde entourée dMminences.
A4 h. 55', noiis traversons la rivière de Tcha-tchia, dont le torrent Galla-Tcha-tchia est un af&uent ; elle coule ici parallèlement à nofre gauche.
A 5 h. 5', nous arrivons à la Tcha-tchia qui fait un coude; nous la passons en cet endroit; son lit peut avoir de vingt-cinq à trente mètres de largeur; l'eau coule sur des galets.
Cette rivière a été une des limites du Choa; on la regarde encore aujourd'hui comme la séparation des pays Amara et des pays Gallas *. Une fois la Tcha-tchia traversée, nous entrons sur le territoire de Ja tribu des Abichou.
dont racquiftition lera garantie par le roi de Choa : les Français pourront revendre ou disposer de ces mêmes propriétés. »
I Ménélik II, reprenant la grande idée de son grand-père Sahala Sâassié, étend chaque année, par de nouyelles conquêtes dans le Sud, ses États ; on peut préroir le jour où il portera aux lacs équatoriauz les limites du Qioa.
l34 SXPLOlATimiS ÈWHÎOKKHmm
A 5 h. i&, nous tnversoos le lonent de Gimbict qui coule td an milieu des rochers et va se jeter dans la Tcha-tchia; nous nous arrêtons cinq à six minutes pour fiiire boire nos montures.
A 5 h. 5&, pour arriver sur Téminence où se trouve la r&idence du ras, nous avons k monter un rocher à pente raide sur lequel croassent des J^ons de corbeaux ; ce rocher nous donne accès sur le plateau pierreux de Gimbici où nous prenons la route.
A 6 h., le soleil va disparaître à Horizon, nous mettons pied à terre devant le mur d'enceinte de la résidence de Gimbid.
Ras Gobanna est parti depuis lundi ; en son absence, sa dame nous bit splendidement recevoir.
Mercredi i5 novembre, — A 6 h., en attendant le dépan, je his le tour de la résidence du ras. Elle domine une vaste et plantureuse plaine; au N.-E. se trouvent des buttes en forme de ballon et un rocher gris, qui parait, de loin, un monolithe, une porte; ce serait un lieu sacré du pays.
Un vieil Amara, du nom d*Altman, au service du ras depuis sa jeunesse, qui m^a été donné hier, comme baMeraba % par M"^ Gobanna, vient, à huit heures et demie, me demander mes ordres pour le départ; j^exprime le désir de me mettre en route le plus tôt possible.
A 9 h. 25', nous nous ipsttons en route, descendant une pente très raide.
A 9 h. 35', nous sommes sur un plateau à grandes ondulations; nous avons devant nous Thorizon borné par les montagnes de Salalé. On me fait voir, sur la droite, celle au pied de laquelle se trouve le fameux monastère de Libra-Libanos.
A 9 h. 43^, nous sommes arrivés au fond du plateau qui est concave; là sont de magnifiques pâturages, au milieu desquels paissent d^innombrables troupeaux de bœufs et un cenain nombre de chevaux et de mulets.
A 10 h. 2', nous traversons une ligne d^eau bordée de quelques arbres; siu* notre droite, le village de Tajoulet, forêt sur les hauteurs et dans le fond à notre droite; le sommet des coteaux est boisé, les vallons sont mipartie labourés, mi-partie en pâmrages.
A lo h. 24', nous nous arrêtons pour attendre les animaux de charge
t Balderaba (patron intercesseur); on nomme ainsi un homme de confiance qui vous est donné chez les grands pour yous accompagner, tous introduire, et vous proc ur er tout ce dont vous aves besoin.
EXPLORATIOKS ÊTHIOPIENUBS l35
restés en arrière: nous sommes au milieu des pays du ras, dans sa propre tribu, celle des Abichou ; au nord, sont les Galanes-Saoua, et à Pouest les Obori ; ces tribus qui étaient, il y a quelques années à peine, la terreur du Choa, en sont aujourd'hui la force : elles représentent plus de trente mille cavaliers qui servent aauellement Ménélik II.
A 11 h. lo', nous nous remettons en route.-
A 1 1 h. 20', la plaine où nous sommes, Yevollo-Villet| est le lieu où le roi a coutume de donner rendez-vous à ses contingents gallas lorsqu'il va en expédition dans le Sud.
A midi, nous entrons dans une nouvelle plaine, celle de Miguirs. Ce nom de Miguira est celui que l'on donne en langue oromone à une petite graminée ici très abondante et qui formé un remarquable fourrage' pour les chevaux et les mulets. 11 y a beaucoup de cultures et des habitations disséminées.
A midi 6\ au milieu de la plaine, j^aperçois de gros corbeaux qui ont le sommet de la tête couvert de plumes blanches, qui forment une sorte de calotte : c^est le bôha, oiseau caractéristique des hauts plateaux du Choa.
A midi 1 5^ arrêt auprès d'aune flaque d'eau pour faire boire nos mules et déjeuner; Thorizon est limité sur notre gauche par la chaîne de montagnes de Dalauta.
A 1 h. 5', départ; nous sommes sur up plateau ondulé. ^
A 2 h., nous passons entre deux buttes distantes Tune de Pautre de 200 mètres ; nous entrons ensuite dans une vaste plaine du nom de Kousso, oti il y a de belles cultures et de grands pâturages où paissent de beaux troupeaux de bœufe et de chevaux. Une belle fille galla, à califourchon sur un vigoureux bidet, trottine en poussant devant elle un âne chargé de grains.
A 2 h. 25', nous quittons la route pour aller à la recherche d^un logement. . ,
A 2 h. 45', nous nous arrêtons devant un vert vieillard, k figure franche et ouverte, ornée d^une barbe et de cheveux d^une blancheur écla* tante; il est adossé à un pan de muraille, s'appuie sur un long bâton et abrite sa tête avec une petite ombrelle en jonc trsssé. Altmann, en se servant d^Aiellé pour traduire ses paroles d'amarigna. en oromon, lui fait on long discours pour lui demander de nous loger, lui disant que je suis lliôte durai.
Le vieiUard répond crânement : je ne suis pas un fonctionnaire (schoum) obligé d^obéir et de loger les étrangers; je ne suis obligé à rieo.
WÊSSÊBÊSSÊB^ÊBBSSSSBSSSSSam
l36 KZPLOIUTKMIS £THfOPIBI«]IB
je suis un libre propriétaire cultivant Théritage patemd; mais à Dieu ne plaise que ce ne soit pas pour moi un honneur et im plaisir de recevoir un étranger du ras. Venez avec moi et tout ce que f ai est à votre disposition.
Suivant notre nouvel hôte, nous descendons une vallée pierreuse, bien cultivée: la plupart des cultures sont épierxées, et Ton voit de distance en distaûce de grands tas de pierres formant de ces tumulus que nous nommons en provençal clapas.
A 3 h. i5', nous arrivons au manoir de notre hôte, nommé Anda- Djaké; il appartient à la tribu des Gaknes-Saoua et son domaine a nom Daoue, od nous sommes très cordialement reçus.
Jeudi i6 novembre. — A 6 h., nous prenons congé de nos hôtes; maîtres et serviteurs ont été polis et prévenants; je fisiis distribuer quelques perles aux femmes de la maison et tout le monde est content.
A 7 h. So', nous nous mettons en route; nous descendons dans une plaine cultivée, dont le sol est en partie rocheux.
A 7 h. j^S'j nous atteignons la plaine qui est aauellement terreuse, entourée de coteaux boisés; nous avons à traverser la grande rivière de Fano-Robi et nous entrons sur le territoire de la tribu des Djda.
A 8 h. fi', par une pente rocheuse, nous nous dirigeons vers un nou« veau plateau oti nous arrivons à 8 h. ifi'; ce plateau est entouré de coteaux boisés oti se trouvent de nombreuses habitations. Dans le lointain, et en face de nous, nous avons les monts Gara-Gafou, et je relève au N.-O. les montagnes de Salalé.
A 8 h. 40^, nous longeons des affleurements de roches, ensuite une rivière coulant au milieu des rochers : c'est EUelhé; après avoir traversé cette rivière et remonté quelques instants, nous trouvons des roches.
A 9 h. 5', nouveau plateau, bouquet d^arbres et habitations sur notre gauche.
A 9 h. 1 5', nous trouvons le village d^un Abba-Doula (père de la guerre); on voit sa tombe formée d^une banquette en pierre sèche soutenant de la terre dans laquelle sont cultivés des arbres et des plantes; le nom de FAbba-Doufa ici enterré est Ouba-Choumbi; ce fut un grand chef dont le souvenir est toujours vivant dans la contrée.
A 10 h., nous traversons la rivière de Alel-Tou, au milieu de laquelle on remarque des roches. .
A 10 h. i5', nous sommes dans une vaste plaine couverte de beaux
KXPuoRATiOKs érmopnnfiiis i3j
pâturages et oti se trouvent une quantité considérable de bœufs et de dievaux. Nous nous croisons avec un vieux chef galla vêtu de peauz^ qui chevauche fièrement sur un magnifique cheval gris pommelé aux harnais d^argent ; il tient une longue gaule à la roain^ il est suivi d^une vingtaine de cavaliers portant lance et bouclier; nous nous arrêtons pour laisser manger un moment nos animaux et nous nous remettons en route à loh. 53', toujours dans la même plaine.
A II h. 1 5', nous arrivons au village de Adjé, situé au milieu de buttes couvertes d'arbres.
A midi 6^ nous traversons la rivière d^Aussabry. A midi i S', nous profitons de Tabondance de Therbc et de sa bonne qualité pour faire manger nos mules; depuis que nous avons traversé TAussabry, nous sommes sur le territoire de la tribu des Galli.
A midi 55', nous passons à côté du village de Gallte qui est une pro* priété particulière du ras Gobanna.
A I h. 35', nous entrons dans une vallée qui s^ouvre sur notre gauche; il y a de beaux arbres, des cultures et des pâturages; en fiice de nous est le village de Gorfa ; le site est riant, nous le traversons au galop.
A I h. 5o', nous entrons dans la belle vallée de Da-Kaboura; elle est bien cultivée; les hauteurs qui Tentourent sont couvertes d^arbres.
A 2 h. 2&, nous arrivons à la rivière et à la vallée de Saho ; nous tra- .versons la vallée dans le sens de la longueur, elle est entourée de coteaux verts; arbres et maisons, tout est vert, car les toits de chaume des habitations sont couverts de végétation ; le village de Saho est à mi-côte disséminé ' des deux côtés.
A 2 h. 35', nous sommes sur le sommet du coteau, à droite la vallée de Gorfo; elle est très belle, ornée d^arbres, de cultures, de pâturages et de très nombreux bestiaux.
A 3 h. 2i', nous traversons la rivière de Gorfo. A 3 h. 55', nous arrivons devant une enceinte en pierres sèches surmontée de palissades en bois ; nous sommes arrivés à Tanné, résidence d^un schoum du ras, qui se nomme Tou/o; il vient de partir pour accompagner M°*e Gobanna, qui, partie de Gimbici quelques heures avant nous, a couché hier ici; en l'absence du schoum ses gens ne veulent pas nous laisser dépasser la première cour; on menace même de la lance Altman,qui veut de gré ou de force pénétrer dans Fintérieur; pendant que les uns parlementent et les que autres se fâchent, je m'assieds par terre ; une jeune
l38 EXPLORATIONS ^TBlOnEHICB
femme, coquettement vêtue, traverse la cour; elle slndine gradeusement en passant devant moi, je me l£ve et la salue; un écuyer et un ps^ la suivent, menant une mule richement caparaçonnée et au col orné d'un large collier de perles bleues.
Des ordres ont été très certainement donnés, car on vient nous chercher et l'on nous installe, bétes et gens, dans Taddarache.
Le soir, on ne veut point nous apporter de la paille pour nos mules ; nos gens, le iîisil en bandoulière, vont en prendre d^autoriiédans les aires; cet acte de vigueur donne à réfléchir aux gens du schoum ; ils pensent que le ras se ficherait certainement s*il apprenait la réception qui nous est fidte, on nous doit l'hospitalité; une heure après, on nous apporte tout ce qui nous est nécessaire pour le souper : du bois, de la volaille, uh mouton, des pains, de la bière, de lliydromel et des torches de cire pour nous éclairer.
Vendredi 17 novembre. — On voit d'id les montagnes du Godjam; sur notre droite, se trouvent les KoUah de Koké où se cultivent les mils, cotons, bananes et autres cultures de terres chaudes.
A 7 h. 25', départ. Nous avons d*aboid à dévaler une pente très raicie et pierreuse qui nous donne accès, à 7 h. 35^ dans une vallée très cultivée où se trouvent de nombreuses maisons.
A 8 h., nous arrivons sur un plateau à grandes ondulations.
A 8 h. i5', nous traversons la rivière d^Edjeré; Teau coule en cascatelles au milieu des rochers, les bords sont gazonnés; de nombreuses pierres, paraissant être un minerai, s'offrent à notre vue. Lorsque nous nous remettons en route, il est 8 h. 2/.
A 9 h., nous traversons une nouvelle rivière.
A 9 h. 1 2', en remontant qudque peu, nous laissons à notre gauche un groupe de maisons, et nous venons sous de beaux sycomores, où se rqx»ent des bœu&et des chevaux; nous y prenons nous-mêmes quelques instante de repos*, nous admirons ce site, qui est des plus riants; les Gallas ont ici des bosquets sacrés; il y pousse sous les sycomores, dans un pittoresque mélange, des rosiers sauvages, des jasmins et des arbustes verts, le tout pour les délices de la vue et de Podorat.
Un beau champ de fèves mûres est auprès de Tendroit où pâturent nos mules; de loin, je vois nos bergers qui le dépouillent; je m^y rends, et saisissant Qrcossy, je lui administre une paternelle correction. Après
£iiiiOMEiQnEs i39
cela je bis réunir les hommes et leur signifie qne je n^auioriseni aocan acte de maraude, que Qrcossy doit à son jeune Age et à ce qull est d^ depuis longtemps à mon senrice^ la fiiYear d^en être quitte pour une correction de ma mpin, mais que le premier qui sera surpris maraudant sera immédiatement chassé.
A lo h. f 5^ nous découvrons une vallée qui a la forme d^une étoile et rayonne en tous sens; on y remarque des rochers et des cultures.
A lo h, 3&, nous traversons la rivière de SibiUou, qui coule dans un lit d^une trentaine de mètres de largeur.
A lo h. 45^ nous distinguons, sur notre droite, les montagnes du Godjam qui se profilent nettement sur l'horizon.
A 10 h. 5&^ nous arrivons sur un grand plateau cultivé, terre noire, de beaux arbres. Nous sommes depuis la Sibillou sur le territoire de la tribu des Gombitchou.
A 1 1 h. 1 5', nons nous arrêtons au milieu d^un beau pâturage pour faire paitre et reposer nos montures, car il fiiut en route ne point oublier le proverbe : « Si tu veux aller loin, ménage ta monture. »
A midi, nous nous remettons en route, nous rencontrons des habiutions au milieu de bouquets dbliviers, des cultures au milieu de terres rouges qui paraissent contenir du fer.
A midi 18', nous commençons à descendre dans une. plaine ondtilée; devant nous des coteaux verts avec des arbres par bouquets, un hoiizon des plus riants.
A midi i&, nous découvrons, en face de nous, le village de Goubbé ; c'est aussi le nom de la tribu qui l'habite.
A midi So', à côté du village, nous prenons un ravin tout à fiiit à pic; la descente est très abrupte et encombrée de monde, c^est la suite de M"* Gobanna. Les rochera forment murailles; c^est dans les anfractuosités de ces rocs qu^un étroit lacet a été ménagé; tout ici est décoré d*uiie végétation luxuriante^ arbres et plantes à fleurs de toutes couleun et de tous parfums; épines, palmiera, plantes grasses, cyprès et autres coniiïres forment un fouillis admirable ob toutes les gammes du vert v^étal sMrisent sur le gris des roches.
Devans nous, et dans les profondeurs vertigineuses du ravin chemine M"* Gobanna avec son cortège, pittoresque enchevêtrement de suivantes, d^écuyen, de prêtres, de moines, de soldats et de valets ; tout le monde a mis
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pied à terre et les animaux aux harnais éclatants sont tenus en main pat des palfreniers.
A I h. !(/, enfin, nous avons fini de dévaler notre descente et nous voici sur les bords de la rivière Baulé; son lit a une vingtaine de mètres de largeur, ses eaux coulent sur des galets; après avoir traversé la rivière, nous remontons par une petite prairie oti poussent de beaux arbres : une fois que Ton a traversé Baulé on entre dans le pays et sur le territoire de la tribu de Moulo.
Nous laissons sur notre droite levillage de Gouyoo.
A 2 h. 10', nous arrivons à la rivière de Gouyoo qui coule ad fond du ravin ; il peut avoir une quarantaine de mètres de largeur, et est taillé dans le roc vif d'un côté; de l'autre côté de la rivière sont de beaux arbres et de la verdure au milieu des rochers; M™« Gobanna et sa fille sont vis-àvis de nous, assises à Tombre de grands arbres, sur des blocs de rochers. Je vaiSf accompagné de mon interprète, présenter mes respectueux hom>^ mages à ces dames.
Je ne savais qulmparfaitement, ne l'ayant vu que dans des livres, ce que pouvait être une grande dame au moyen âge; maintenant je le vois, car ici nous sommes dans un milieu identique à celui de l'Europe^du vu* au viii« siède.
M'*^ Gobanna est grande et forte, entièrement recouverte du col aux pieds dans une ample mante de drap noir; elle a la tête serrée dans un fichu en mousseline blanche, un vieil écuyer lui tient ouvert au-dessus de la tête un vaste parasol en soie, blanc doublé de vert ; sa fille, belle personne de vingt à vingt-cinq ans, est assise à ses côtés; elle est drapée dans une fine toge de coton blanc à linteaux pourpres, le tout recouvert par un camail bleu de ciel; elle a, comme sa mère, la tête serrée dans un fichu de mousseline blanche d'où sortent deux magnifiques tresses de cheveux noirs; un vieil écuyer tient également un parasol ouvert au-dessus de cette dame. Un ecclésiastique à barbe blanche, Taumônier, s^entretient familièrement avec ces dames; lorsque je m'approche. M»* Gobanna, en véritable grande dame, se montre polie et gracieuse et s^inibrme minutieusement si nous n^avons manqué de rien en chemin^ si la route ne m'a point fatigué. Je la remercie, m*încline et me retire.
La gorge est remplie d^une foule des plus pittoresques, oti les mendiants et les moines dominent; ces derniers sont vêtus de peaux et ont la tête recouverte de calottes. Les hommes, aussi bien que les femmes, tiennent
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à la main 00e béquille et un cbasse-mooclies ; ce lont des objctt presque à Tusage ezduûf des ecclésiasiiques; parmi les moines, je remarque avec étonnement des hommes Têtus, comme euz^ de peaus, la titenue et les cfaeveux longs : ce sont des Nazaréens *.
Nous remarquons ausâ le nain et le bouffon de ces dames; de jeûAes pages mènent en laisse, non point des chiens, mais de beaux chats rouges et blancs. Le chat est ici le véritable animal fiimilîer et il suit partout les équipages de ses maîtres, se laisse conduire en laisse et s^atuche aux personnes au lieu de s^attacher aux maisons comme en Europe.
A 2 h. 2&, nous nous remenons en route; devançant cette fois M"* Gobanna ; nous remontons par une gorge étroite et boisée le cours de la rivière.
A 2 h. 25', nous laissons la rivière sur notre gauche et rem<Hitons en plein bois par un sentier abrupte;* nous rencontrons des moines chantant des psaumes et des soudards lutinant des filles qui portent des amphores de bière ou d^hydromel.
A 2 h. 55% nous traversons un torrent qui se rend à la Gauyoo et continuons à gravir au milieu des arbres une pente raide et boisée.
A 3 h., nous arrivons enfin sur un grand plateau de terre dure, sur lequel sont répandues des pierres en rognons; il y a des arbres disséminés et des graminées sauvages. Les gens de M"' Gobanna, à mesure qu^ils arrivent, s'étendent par groupes sous les arbres, car c^est id que le cortège se formera, lorsque M^ Gobanna sera arrivée, pour faire une entrée convenable dans Fallé, ville du ras, qui n^est qu^à quelques minutes d*ici. Nous, qui ne faisons partie d^aucun cortège, nous continuons notre route.
A 3 h. 1 5', nous arrivons en vue de cène ville, où nous devons rencontrer le ras et oti se rend également M^ Gobanna. Nous nous arrêtons sous de beaux arbres, à côté de la résidence du ras.
I On sait que les Ethiopiens professaient le culte juif. [Ds lurent des premiers à accepter le christianisme et appartinrent à Tégiise bébraisante on des Nazaréens; il est parlé dans les actes des apôtres, chapitre VUI, versets 26 à 59, d'un eunuque de la reine Candace d'Ethiopie qui fut, par Tapôtre PhOippe, converti au christianisme; d*un autre côté saint Mathieu aurait évangélisé l'Ethiopie ; il résulte de ces deux témoignages que le christianisme a été, dès les premiers temps, professé en Ethiopie, et qu'il Fa été tout d'abord par des chrétiens hébralsant ou des Nazaréens; les Nazaréens actuels sont des moines giravogues qui s'abstiennent de toutes boissons fermentées et de tout ce qui a vie; ces ascètes sont surtout nombreux au Godjam. Os ne peuvent se couper ni la barbe ni les cheveux.
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EXPLORATIONS ÉTHIOPIKNNES
Des serviteurs et des clients des deux sexes formant un foule compacte stationnent devant le château pour saluer leurs dames et maîtresses, un eunuque, richement vitu d^une cotte d'arme en damas, et montant sans grâce un magnifique cheval gris au harnais d^argent, cherche à maintenir un passage libre au milieu de la foule en faisant carracoler son cheval et en distribuant dés coups de fouet à droite et à gauche; les cris de joie et les acclamations de la foule nous annoncent que Ton a aperçu le cortège; une fois que ces dames sont rentrées, nous nous présentons chez le ras; il est à son tribunal occupé â rendre la justice. Il me fait appeler, et après un échange de compliments^ il donne Tordre de me faire accompagner à une habiution qu'il nous a fait préparer dans le bas de la ville. Cette habitation, qui est toute neuve, est composée de deux chaumières de forme ronde,' au milieu d*un enclos, dans un coin duquel se trouve un magnifique sycomore.
Samedi 16 novembre. — Séjour à Fallé. — J'envoie de grand matin Gabri Mariem saluer le ras, qui lui dit que je. suis fortuné, que tout se présente très bien pour mon voyage, et qu'il pense que je pourrai en toute sécurité voyager et séjourner jusqu'au Kaffa, compris ce royaume; car il va, d'une part, me confier aux envoyés de Djema qui sont auprès de lui, et, d^autre part, il me fera partir avec le Fittorari ■ Garado, qui est auprès de lui.
Le Fittorari Garado commande l'avant-garde de Parmée du ras et administre les pays les plus récemment conquis, justement ceux que je me propose de visiter.
Je monte l'après-midi chez le ras, je le trouve assis à son tribunal à rendre la justice >. Le tribunal est dans une tour carrée à un éuge, ayante
I Fittorari, commandant de Tavant-garde. En Ethiopie, Torganisation militaire a pour base Tunité de commandement. Une armée est entre les maint, soit de Tem* pereur (Attié), d*un roi (Négous), d'un ras, d'un dedjaz-matche (porte des gens en campagne). Ce!te armée sera toujours divisée en cinq parties, le centre qui est commandé par le chef, l'aile droite qui est commandée par le cagnas-matche, l'aile gauche par la gueras-matche, l'arrière-garde par l'dbô, Tavant-garde par le Fittorari.
s Toutes les affaires civiles en Ethiopie sont - d'abord portées devant des arbitres; après ce premier jugement, ailes parties ne sont pas d'accord, elles en appellent d'abord devant leur malcagnat (a\ ensuite devant leur chef dedjaz-matche, ras» négous» et autrefois en dernier ressort devant l'attié. Les jugements doivent toujours avoir lieu en public, et tous les assistants peuvent donner leur avis et prendre la parole; on plaide
EKPLORATIDKS éTHlOPIEKNES I43
la hauteur du premier un balcon recouvert par un auvent qui fait saillie sur la façade à quatre ou cinq mètres au-dessus du sol; au-<lessous da balcon, sur une petite estrade en terre battue se tiennent debout cinq vieillards; ce sont les juges. Le ras préside de son balcon où il est assis sur une pile de coussins. Devant cette tour le public, maintenu par des huissiers, forme cercle; au milieu du cercle se trouvent les parties et les avocats, plus les interprètes, les uns chargés de répéter en langue oromone toute parole prononcé en amarigna, les autres devant traduire en langue amari* gna tout ce qui est dit en langue oromone; tout le monde ayant le droit de parler en faveur d'aune des panies, tous ceux qui assistent à un jugement doivent pouvoir comprendre ce qui s''y dit.
Le ras m'envoie chercher par un de ses écuyers, et je suis introduit» avec mon interprète, dans la chambre de la tour précédant le balcon, ob se tient le ras qui, tout en dirigeant les débats, nous donne audience. La conversation est naturellement amenée sur les pays que je vais aller visiter. Le ras parle avec un sentiment d^orguèil bien légitime des paysqu^ila soumis au tribut du roi du Choa. L^année dernière, dit-il, je fus à Kafia; il vint de partout des gens pour me saluer; je leur dis: il faut payer un tribut ; il nous en vient maintenant de pays dont je ne connais pas le nom.
II me présente ensuite au Fittorari Garado; c'^est un homme de belle uille avec une tête oti le lion domine; il m^est, dés le premier abord, sympathique; Garado, avec le temps, est devenu mon ami; c^est un gentilhomme dans la vraie et bonne acception du mot.
Dimanche 19 novembre. — Le matin je vais, accompagné d^un de mes plus jeunes domestiques, portant un fusil sur Tépaule, faire une promenade dans les environs. Je constate un sol d^une très grande fertilité, de beaux pâturages, naturellement arrosés par de nombreux ruisseaux. Il y a dans ces pâturages de grands troupeaux de bœufs, de chevaux, d^âne8;,ce
par le ministère d*avocats, les règles de la procédure et les lois sont contenues dans le Fenta-Ngueste qui est un recueil des Institutes de Justinien traduit en ghèie.
Pour les affaires criminelles, elles sont toujours jugées par le roi ou ses juges ; le roi seul peut connaître une affaire pouvant entraîner une condamnation capitale.
{a) Malcagnat est Tunité terri;oriale correspondant à notre commune, le chef du malcagnat, que l'on nomme aussi malcagnat, est en même temps administrateur, {uge et chef de guerre ; les malcagnats sont ou héréditaires, goult, ou à la nomination du pouvoir centxd.
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EXPLORATIONS ÉTHIOPIENIIBS
pays a une richesse en bétail vraiment surprenante» et Ton voit des animaux véritablement beaux.
Une autre richesse de la région, ce sont de beaux oliviers; il ne faudrait que les greffer pour avoir dans quelques années des quantités considérâbles d'huile d^olives.
Rentré chez moi, on m^ raconte que cette région appartenait, sous le r^ne de Sahala Sélassié,à un chef galla qui n^était que tributaire duChoa; ce chef se nommait Djara-Gada; son fils aine, Djillo, a été nommé par le roi gouverneur de VAdha^Mougueur, province située dans le KoUah. En 1870, Djillo était occupé dans son gouvernement à faire lever les impôts lorsqu'il fut assassiné. Le ras tira une vengeance exemplaire de la mort de Djillo, et le père de Djillo, le vieux Djara-Gada, reconnaissant envers le ras de la manière dont il avait vengé la mort de son fils, lui donna le pays de Sallalé.
On me parle aussi d^un mont-fort qui se trouve dans les environs, et que le ras fait mettre en état avec le plus grand soin; je fisiis demander aii ras les autorisations nécessaires pour le visiter demain ; ces autorisations me sont immédiatement et gracieusement accordées.
Lundi 20 novembre. — A 6 h. du matin, par un temps serein, nous nous mettons en route 'pour visiter le mont-fort dont on m*a parlé hier. Sachant qu'il est bon de ne point se laisser trop dans la main de son interprète, je laisse le mien à la maison et décide que le jeune Dannié, l'ancien camérier du marquis Antinori, qui comprend et parle un peu ritalien, m^accompagnera et m'en servira si besoin est; le ras a en plus envoyé deux hommes qui doivent m^accompagner. Le nom du mont-fort est Ouizero, noble '•
A 7 h. 48', nous sommes sur uu monticule où se trouvent de nombreuses habitations; nous apercevons maintenant' distinctement le mont Ouizero : il forme une pyramide quadrangulaire tronquée.
. A 7 h. 6', nous traversons le torrent d'Eléma, qui coule sur des quartiers de roche ; tout le pays est biea cultivé. Ce torrent sépare le pays de Sallalé de ceux de Mougueur, que nous avons au nord-nord-estp de
s Ouizero ne devrait être donné qu'aux hommes ou aux femmes descendant de Salonon par Ménélik. Tous les Ouizero, et les Ouizero seuls, ont le droit de porter à la cheYille des pieds des petites perles en or passées dans un cordonnet. L'usage a préTsIu aujourd'hui de donner le titre de Ouizero à la femme de tout grand dignitaire. . .
EXPLORATIONS ÉTRIOPIBItm I4S
Yaya au nord-est, de Ould^umo aa nord ; à notre gauche, nous avons la rivière de Lémen qui coule dans le fond d^un ravin d^une hauteur vertigineuse, et dont les deux côtés sont distants de i ooo k i loo mètres,
A 8 h. 3S', nous nous trouvons sur un plateau de terre blanchâtre, en Eace de la foneresse; nous sommes montés par un contre-fort en forme dMpéron, que Ton a séparé de la forteresse par un fossé large et profond; le sol du plateau sur lequel nous nous trouvons a été jonché d'épines qui rendent la marche impossible pour des hommes nu-pieds, et cachent des chausse-trappes en bois dur qui empêcheraient les chevaux d^avancer; un sentier sinueux a été ménagé au milieu des épines; en cas de guerre, il serait couven d^épines et garni de chausse-trappes.
A 8 h. 40', nous traversons le fossé sur un pont volant et nous nous trouvons devant le mur; il a été construit à même le roc. Presque par« tout le roc est à pic ; dans les quelques endroits où il ne Tétait pas natn« rellement, a été taillé ; le mur est en maçonnerie, très régulièrement construit, il est couronné de bâtons fourchus en bois dur, percéde meurtrières; on nous fait parlementer à la porte; enfin, on se décide à nous ouvrir et nous sommes introduits dans une sorte de cour où Ton nous &it attendre en nombreuse compagnie. Il y a là, attendant comme nous, non pour entrer, mais pour sortir, diverses personnes parmi lesquelles se font remarquer de.ux moines en guenilles jaunes qui psalmodient des prières,
A 8 h. 5o', on me fait pénétrer dans la deuxième enceinte, et il nous faut ici faire une nouvelle station ; elle est de plus de cinq minutes, car ce n'est qu'à 9 h. 20' que Ton vient nous apprendre la fin de toutes les formalités nécessaires pour que nous puissions librement circuler dans le mont- fort. Des types les plus divers nous croisent; ce sont des soldats chargés de la défense de la citadelle, des laboureurs, des ecclésiastiques, car il y a dans le mont-fort non-seulement une foneresse, mais aussi des champs cultivés et des églises.
Le sentier que nous suivons serpente gracieusement au milieu de verts bosquets où dominent les oliviers et les cyprès; des arbustes couverts de fleurs odorantes, les climatis et les chèvrefeuilles qui entourent les arbres et courent de Tun à Tautre égaient l'œil et charment Todorat; Teau qui sourd et les oiseaux chanteurs qui jettent leur note joyeuse ou mélancolique au milieu de ces verts bocages, et ajoutent un charme de plus aux beautés idylliques de ce gracieux paysage.
Arrivés au haut du bosquet, nous avons, à droite, une église et, à
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gauche, la demeure de Valaca (chef), Ould Guiorguis qui en est Tadmiaiitrateur; c'est un vert et affable vieillard, qui vient au-devant de nous et nous invite à entrer chez lui; il nous fait traverser une cour où se trouvent des enfants qui, sous la surveillance d'un deu/tcra (derc), s^exercent à la lecture, et nous fait reposer dans un petit aldarache très propre et convenablement meublé d^algas et de peaux de bœufs; dès que nous sommes assis, il me fait offrir de la bière et des galettes de froment.
A 10 h., après la collation, Talaca nous mène voir son église; comme toutes les églises de TEthiopie, elle est située au milieu d'un enclos circu* laire planté d^arbres, où se trouve de Teau, et dans lequel est le cimetière; on y pénètre par un bâtiment carré, situé au couchant, et qui porte le nom de Dje^alam (porte du salut), et à côté duquel se trouvent les cloches 00 les morceaux de bois ou de pierres sonores qui les remplacent.
L'église elle-même est simée à l'extrémité orientale de Penclos. Elle se compose de trois enceintes circulaires, d^abord le Keniet^Mallet (endroit du chant), on y parvient par trois portes; celle de TOrient est réservée aux ecclésiastiques; celle du Sud aux hommes, et celle du Nord aux femmes; vient ensuite le Kedeust (saint), qui est percé de portes au nord et au sud pour le service du. culte; au couchant se trouve la porté où les diacres viennent lire les épîtres et les évangiles; à côté de cette porte sont ménagées deux autres portes pour l'entrée des communiants, Tune pour les hommes et l'autre pour les femmes ; la quatrième enceinte, le mekedeust (le très saint), est de forme carrée, percée de portes au nord, au sud et au couchant, portes cachées par des voiles qui ne se lèvent jamais pour le profane. Au centre du mekedeust se trouve le menneuber (autel), composée d^une table carrée en bois, recouverte de soie et divisée dans la hauteur en trois compartiments; dans le premier, on place les pains de la communion; dans le second, le tabot (pierre sacrée), qui est souvent en bois ou en albâtre, même en plâtre; dans le troisième, la croix; un lutrin est placé à gauche de Pautel.
Sauf pour le sacrifice de la messe, toutes les cérémonies religieuses se passent dans le Kenié^Mallet, elles consistent en chants des psaumes que psalmodient les prêtres en s^accompagnant de tambours à mains et de sistres; ils dansent aussi, comme David devant Tarche, en agitant des bé* quilles et des mouchoirs.
A Torient de relise se trouve un pedt bâtiment carré, nommé Betblébem, sorte de sacristie qui contient les moulins et les fours pour la
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prépanidon des pains do sacrifice. La préparation de ces pains est confiée à des diaconesses.
En sortant de relise, nous troairons Atto Négousié (mon roi)« scfaoum du mont-fort de Ooizero^ qni est venu aa-devant de nous. Il a les cheveux blancs, la moustadie en croc, la barbe en pointe^ et les yeux à fleur de tête : c^est ce que Ton est convenu d^appeler une belle tête de soldat. Il est suivi d^un . écuyer qui lui porte son bouclier et son fîisil. Atto Négousié me salue avec politesse et s^nforme avec bienveillance de Tétat de ma santé; ye l'en remercie, et nous continuons notre visite en examinant en détail le cimetière. Il me fieiit arrêter devant quatre pierres tumulaires cachées dans les herbes et me dit que ce sont les tombeaux d^andens abonnes ■, évêques*
Je remarque des oliviers poneurs de plantes parasites. Peu coupe une branche fourchue sur laquelle poussent dès mousses, un petit palmier et un conifère.
La pyramide rocheuse qui forme le mont-fort a été- taillée par les eaux des rivières Amaute, Lémen, Tabol et Elema. L^Amaute, en faisant un coude, a ménagé au rocher un éperon sur lequel est construit le village de Ouizero-Amba.
Une belle source d^eau vive coule au milieu du dmetière ; les sépultures des abonnes que Ton m^a fait voir sont celles d^évéqus qui se réfugièrent ici au moment de Pinvasion de Gragne. C'est à cette époque que l'on a construit Péglise qui est dédiée à Médani Allem (le sauveur du monde). Elle n'a jamais été ornée de ces fresques naïves qui couvrent généralement les murs des ^ises éthiopiennes.
A 10 h. 35', nous nous rendons, par une pente raide, à des champs de blé qui viennent d^étre moissonnés, puis à la roche surplombante ^Abboi^ Carrât^ à la source de Berou, d^oti nous voyons dans le KoUas, qui est à nos pieds, des culmres de mil, de cannes à sucre, de coton et de bananes.
A 1 1 h. 1 5', Atto N^usié me mène à sa maison, oti le déjeuner est servi. On appone de Forge à mon mulet César qui refuse de manger. Ce mulet est choà > [comme il faut], et ne veut pas manger seul, dit Atto
I On a à tort répété en Europe qa*3 n^ avait qu*un aboune (éréqae) pour toute l'Ethiopie :1e nombre en a toujours été Indéterminé; souvent il n*y en a eu qu>ui; actuellement il 7 en a quatre et, à certaine époque, il y en a eu soiiante-diz.
> Le mot chùà^ très emplojé en Ethiopie, équivaut à peu près à Vlumnitt homme eu xvm siède.
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Nëgousié. Le mulet d^Atto Négousié est amené et attaché à côté de César ; ce dernier le flaire et se met à manger gaiement en remuant les oreilles.
A midi 40^, nous prenons congé d^Atto Négousié. En face de sa demeure, sur une butte, se trouve la résidence du ras.
Une belle fille galla nous ouvre la porte de la première enceinte ; nous traversons ensuite la seconde enceinte, puis le fossé oti nous nous arrêtons pour tirer des singes à crinière, et vers deux heures je rentre chez moi pour préparer mon départ fixé à demain.
Mardi 21 novembre. ^ Dans la matinée, je vais faire une visite au ras, qui me remet des lenres pour le roi de Djema, le roi et le premier ministre du Kaffa. Fittorari Garado, qui demain doit quitter le ras, charge un de ses officiers de nous accompagner.
A dix heures, après un léger repas, je me mets en route. Des montagnes ferment l'horizon à droite et à gauche; les terres sont prêtes à recevoir des semences.
La route est animée : ce sont des animaux au pâturage et des petites troupes de cavaliers qui traversent le plateau en maintenant leurs montures au galop de chasse, qui est, sur les plateaux, l'allure habituelle des chenaux mbntés. Une méchante bique, escortée par une dizaine de valets, porte, fièrement campé et couvert de peaux de bête, uii vieillard dont le chef est orné de longues tresses blanches et tout Tavant-bras droit de bracelets u argent.
Peu après passe un beau guerrier monté sur un magnifique cheval aux harnais garnis de plaques d'argent, suivi d^une mule de selle et escorté d*une vingtaine de cavaliers.
A 10 h. 2&, après avoir traversé un petit vallon boisé, nous passons près du grand village de Goumbitchô-Moulo^ qui est situé sur les confins des tribus de ces noms.
Jusque vers onze heures, nous traversons une contrée accidentée, bien cultivé^ dont les hauteurs sont couvertes d^habitations.
Nous passons alors le torrent de Moulo, qui coule au milieu de roches et forme de nombreuses cascatelles.
Vers midi, après avoir traversé un pajs riche, nous nous arrêtons dans un beau pâturage pour fidre manger nos montures.
Par une route à flanc de coteau, coupée de petites rivières, bordée de champs couverts de riches moissons et de beaux pâturages, nous passons à
T h. 2</ devant on olhrier léeDcment ^gainioqae. Dix nûnuies aprii» nous nous «nêions un instant; nous aurons la ville de Finfini 4 lo kiksH mitres pliu loin, faisant roote ao sod. Noos noos cnnsons avec noe procession de jennes filles qni, sons la oondoite d*ane matrone revteie da tckachom consacré à FAtketkeu >, cbantent des hymnes à la bonne déesse et conduisent une jeune Tierge â son époa%m
A 3 heures un quart, nous arrivoiu au village de Sillo, oH nous fcœvons lliospitalité d\in vénérable vieillard, Abba Ouakaio, que noos troovons assis dans une grande chaire en bois grossièrement sculptée. Il fume une grande pipe, et porte au poignet du bras droit seiie anneaux en cuivre. Cela signifie qu'*à la guerre le bonhomme a tué seize ennemis. Il porte, en outre, à la saignée du bras droit, un gros anneau en ivoire K
Hommes et femmes sont id vitus de peaux tannées et portent des bijoux en cuivre : bracelets, colliers, anneaux d^oreilles, bagues de doigts de main et de doigts de pied.
Mercredi 22 novembre. — Un nombre vraiment considérable de troupeaux de bœuiis et de moutons sont sous la garde de leurs bergers et remplissent le village de mu^ssements et de bêlements ; il y a atissi une vingtaine de juments suivies de leurs poulains.
Partis à 7 heures, nous arrivons, à 7 h. 3/, au village de Guindessa- Kilou, qui est entoaré de beaux arbres et de belles cultures. Nous avons, sur notre droite, le mont Fouetta.
Nous sommes alors sur le territoire de la tribu des Badi.
A 8 h. 6, nous avons* sur notre gauche, le grand village de Souboulta, et au sud le mont Errer, au pied duquel se trouvait la capitale de TAtué (empereur), lorsque FEthiopie fut envahie par le Çomali Mohamed Gragne venant du Harrar; également au pied de TErrer se trouvent le grand marché
I Voyez le BuUetia de la SoeUié mormamde de Géographie, 1884, pp. 389 à 406, Paul SoLEuxer, Notes sur ler GoUor de Càlame.
a M. Henri I>uTeyrier, dans les Tomartg dm Nord, parle, oomme d*nn usage particnlier eux Touareg» du port d*un bracelet de pierre à la saignée du bras droit. Cet usage, au contraire, est commun à un grand nombre de populations de TAfrique, ainsi que fid eu Toccasion de robserrer lors de mon passage à Ségou. Dans TAfrique Orient^ les anneaux en Ivoire que Ton porte à la saignée du bras droit peuvent être comparés à ceux des Touareg. Souvent ils ont la m£me fbnne et servent paiement à donner de la Ibfce au coup da sabre et dans une lutte coips à corps à bnytr la tête de radversaln.
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EXPLORATIONS &THIOPIBNHBS
du Roguéet le malcagnat d'Arebsa Galane >• Cest derrière le mont Errer l]ue se trouve la plaine des Adda où Ton remarque, dans des cratères, six Ucs de natron.
A 9 heures, nous nous arrêtons dans une vaste plaine bordée de monts boisés. Nous avons, au sud-ouest, la montagne de Metta, et au sud, à dix ou quinze kilomètres, un sommet où se trouvent les sources du fleuve r Aouache. Sur notre droite s^étendent les monts Ada-Barga, sur notre gauche se trouve ht tribu des Batchiou. Cette plaine a un aspect désertique ; lu sommet de toutes les éminences croissent des bouquets d'arbres.
En descendant de cette plaine, nous rencontrons des acacias, des euphorbes arborescents, des oliviers, des arbustes, des fleurs, du gazon, des cultures, un pays riant qui forme un heureux contraste avec la plaine triste et mcxue que nous venons de quitter.
Marchant au sud-ouest, nous arrivons, vers dix heures, au village de Ould-Mara, couvert de belles culmres, où des gens, qui font la cueillette, nous offirent des ftves; les coteaux d^alentour sont riants et boisés, la plaine^ où pâmrent des bestiaux, a de grandes ondulations.
A lo h. lo', nous traversons un cours d^eau. Le passage en est très difficile, car sur les deux rives le sol est mouvant.
Marchant à Pouest, nous traversons, quelques minutes après, la grande rivière de Kallota qui 'donne son nom au pajs. Elle est large de vingt mètres et coule de droite à gauche sur un Ut de galets.
A loh. 43', nous traversons encore un petit torrent et nous entroiu dans la plaine Attaballa. Sur notre droite se trouve, sur un plateau isolé, le village de Ouassa; sur notre gauche, dans une dépression, le filage de
Après une heure de repos pour le déjeuner, nous nous remettons en route et nous arrivons dans un village dont les habitants refusent de nous dire le nom.
A vingt minutes de ce village^ nous entrons dans une belle forêt, au milieu de laquelle nous trouvons le manoir du chef des Tiadgari. Un des serviteurs de ce chef vient me saluer, reconnaît le mulet César, que je monte, et me dit que c^est son maître qui Ta donné au toi.
Presque au sortir de la forSt, nous entrons dans le pajs des Batcho et nous arrivons au village de Sqre que bit construire le fittorari Garado.
Fkfanqad S. M. UéuBSk II a biea voulu me Dommcr en juillet i883.
EXPLORATIONS iStHIOPIBHKES |5|
Nous sommes on ne peut mieux reçus et très bien installés dans des maisons toute neuves.
Jeudi 23 novembre. — Nous nous mettons en route ft 6 heures k travers d'immenses champs de nougue, plante oléagineuse d^un très riche rappon qui peut, dans un avenir prochain, devenir l'objet d\in trafic important, car nous sommes dans le bassin de TAouache.
A 6 h. 25^ nous traversons la rivière de Berga. Elle coule de droite k gauche. Son lit a une largeur de 1 5 mètres, ses berges sont à pic et creusées dans une terre d'alluvions.
Ici les cultures de nougue sont remplacées par des champs de tèfe {poa abjrssinica)^ céréale préférée dans toute TEthiopie pour la panification. Cette culture couvre la plaine à perte de vue.
A 7 h. 2', nous traversons un grand village. Nous en demandons le nom aux habitants qui nous regardent passer. Ils nous répètent : Gania Gobannal Ganda Gobannal Gouvernement de Gobanna ! Gouvernement de Gobanna! avant de vouloir nous en dire le nom, qui est Ifnatou.
Une demi-heure après, nous traversons le village de Rare, et à 7 h. 4^, nous dirigeant au S.-S.-O. la rivière de Kalla qui coule de droite à gauche dans un lit large de 20 mètres, creusé dans une terre d^alluvions.
Un qliart d'heure plus tard, nous touchons k l'Aouache. Ce fleuve coule de droite à gauche, dans un lit de 25 à 35 mètres de largeur, très sinueux; toute Timmense plaine que nous avons sous les yeux est formée par les alluvions de l'Aouache ; les eaux coulent sur un sable fin ou de la boue. Au gué, il n^y a que o"* 40 d^eau, mais nous sommes dans la saison des plus basses eaux.
A 8 h. 46^, nous quittons le bord du fleuve pour nous diriger sur le grand village de Katta, où nous nous arrêtons, à 8 h. 55^ pour d^euner. On vient de couper les récoltes et nous nous installons auprès de grandes meules de blé et d^orge. Près de nous sont des aires sur lesquelles on dépique le grain au moyen de bœufs que Ton fait marcher sur la paille. Aussi loin que la vue peut s^étendre on ne voit que des meules de blé oa d^orge que Ton vient de couper.
Tout en déjeunant, je pense k la révolution économique que l'on prov duira en Afrique le jour où, reprenant la grande idée des Portugais, on jettera TAbal dans TAouache et où Ton fera ainsi un grand fleuve dont l'embouchure serait placée dans la baie, aujourdliuifran^se, de Tad*
Am
I 5a . XXPLOIKATIONS ÉTRIOnBNHBS
yourah. Pour arriver k ce résultat, il n'y aurait peut-être pas de grands travaux à faire* Il me semble qu'il suffirait de jeter dans FAouache les .eaux de l'Abai. Cela fait, les eaux s^ouvriraient d^dles-mémes très -probablement, dans une saison des pluies, un chemin jusqu^à la mer. Ce résultat est d^autant moins douteux que Ton trouve les traces de Tanden Ht de l'Aouache jusqu^au lac Assal,etque les lacs Aoussa, où se perdent actudlement les eaux de l'Aouache, ont un niveau sensiblement plus élevé que celui de la mer.
Nous marchons à Touest et nous attdgnons, à 9 h. 4S', à peu près le centre de la plaine.
Noi 3 appuyons au sud-sud-ouest et nous entrons dans un pays qui était en état de révolte il y a deux ans à peine. 11 n^a été soumis qu'après une série de combats meurtriers, et les indigènes, qui ont perdu des parents ou des amis dans ces combats, cherchent à apaiser leurs mânes, en leur sacrifiant un Amara; aussi nous avons à craindre, dans une forêt que nous devons traverser, de mauvaises rencontres. 11 y a qudques jours à peine, des hommes de Ras Gobanna ont été percés de javdines lancées d'un bras sûr par des hommes cachés derrière des arbres. Il est aussi nécessaire de marcher en ordre et nous nous arrêtons pour attendre ceux de nos gens qui sont disséminés à droite et à gauche, ou qui se trouvent en arrière. Notre petite troupe formée en bon ordre, nous nous remettons en marche à l'ouest. Sur notre gauche est le village Gaubon ; à droite et à un millier de mètres, rentrée de la forêt dans laquelle nous allons nous engager.
"^ Le fittorari Garado fait défricher la forêt pour soumettre complètement le pays.
Vers une heure, nous atteignons un petit plateau sur lequd les gens du fittorari viennent deconstniire un village.
Plus loin, sur un plateau aiguisé en coin par deux cours d^eau qui se réunissent, le fittorari construit sa ville de Dindi, le pays a nom Tchaubft.
A I h. 55', nous arrivons à la première porte de Dindi; elle est ménagée dans une tour carrée sise k Tangle du mur. Une fois la porte passée, nous nous trouvons dans une rue à pente raide, bordée à droite et à gauche de cabanes rondes à toitures de chaume et à murs en pisL
Après avoir passé une deuxième porte, nous pénétrons, par une troi* sième, dans la résidence particulière du fittorari Garado.
Le fittorari, qui nous a reçus on ne peut mieux, m*a installé au pre-
EXPLORATIONS ÉTHIOMElCIfÊS t53
*mier d^une maison à un étage, dans une chambre confortablement meublée de divans, recouverts de tapis turcs et persans. Dans an brasero brûle un clair feu d^olivier. Le fittorari m'envoie d'abord deux de ses cuisinières avec des plats du pays. Lorsque j^ai suffisamment mangé, je laisse un ragoût, d'ailleurs très appétissant, de viande découpée et préparée avec sauce au piment. Alors, méthodiquement, la cuisinière qui m'a regardé manger, agenouillée auprès du massob (panier) qui contient mon repas, prépare délicatement une ou deux boulettes de viande, les enveloppe dans les crêpes qui servent ici de pain, et gracieusement me les présente en disant : Monseigneur, par amour pour moi.
Quand les femmes eurent disparu avec leur panier, le fittorari arriva, suivi de son écuyer qui portait ses armes et d^un page qui portait une pièce de viande. Il prit place à mes côtés. L'écuyer déposa le fusil, le bouclier et Pépée de son maître, drapa sa toge à la ceinture e^ aidé du page, se mit à nous faire des grillades, tandis qu^un échanson nous servait de rhydromel dans des flacons de Venise.
' Vendredi 24 novembre. — La ville a la forme d^un trapèze dont le petit côté a 270 pas; sa longueur doit être du triple, soit 810 pas. Sauf une petite promenade autour de la ville, je passe ma journée à lire les Lectiones grammaticales pro missionari qui addiscere volunt linguanfi amaricam et oromonticam, de Mgr Massaja. Le bon évéque a répandu dans tout ce rudiment une philosophie apostolique qui en rend la lecture attrayante.
JVxtrais de ce livre des mots usuels de la langue oromon (galla), tel que bon, gdri; mauvais, hdma; grand, goudda; pedt, tinna, etc., etc., car Inexpérience m'a appris que lorsqu^on sait cent mots d^une langue, ses pronoms, ses prépositions et le verbe être au présent, au passé et à Pinfinitif, on peut exprimer dans cette langue tous les besoins réels d^un voyageur en route, et cela peut s'apprendre en vingt jours au plus, alors même que Ton a, comme moi, une mauvaise mémoire.
Dans Taprès-midi, le fittorari Garado, qui m^a déjà {ait plusieurs visites, veut bien m'admettre à Thonneur d^aller présenter mes hommages à M"M Garado. Un écuyer vient me chercher et m*introduit avec mon interprète et Aiellé, dans l'effine du fittorari, jolie maison de forme ronde dont la toiture en chaume est surmontée d^un pignon en poterie dans lequel est encastrée une croix de bois. LVfiine est éclairé par une large btle faisant face à la porte. Le sol en est jonché d^herbe fraîche et odorante
so
EXPLORATIOKS KTUIOPIEIIMES
Dans une alcôve, dont la baie est garnie d^une draperie en toile de Surate' teintée en rouge, se tiennent assis, sur un divan recouvert de tapis de Perse, M. et M"« Garado. En face d'eui, et de l'autre côté de Teifine, se trouvent, attachés dans une alcôve, un destrier et une mule de selle. Une grande chaire en bois sculpté et recouverte d^un lampas de Lyon m^a été préparée. La conversation est aussi vive qu^'elle peut Tétre par interprète. Je demande des nouvelles des enfants et, sur un signe de Madame, Técuyer sort et rentre quelques instants après, suivi d^un jeune ecclésiastique, précepteur des enfants : un beau garçon de dix ans et une gracieuse fillette de sept à huit ans. Ces enfants, un peu émus et un peu effrayés, viennent me tendre leur front à baiser.
Samedi 25 novembre. — Je me dispose à aller en promenade et je donne Tordre à trois des enfants qui sont venus avec moi de m^accompagner.
A 7 h. 3&, en quittant la ville, je me dirige vers le couchant. On a d^abord à traverser une zone de terrains vagues dont la pelouse est court tondue par des mulets qui errent avec des ânes et des chevaux tout autour des murs.
Au milieu de cultures et de bouquets d'arbres, il y a des habitations et de belles plantations d'inset (Musa ensete), sorte de bananier, dont le finit ne se mange pas, mais dont la racine et le bas des tiges, après fermentadon, servent à faire du pain.
Des groupes de gens qui se chauffent au soleil me regardent passer avec une bienveillante curiosité; nous échangeons des saints. Je remarque quelques beaux types d^ommes taillés en hercules ; de gracieuses jeunes filles qui tremblonent dans la peau de bœuf tannée qui leur sert de vêtement me font penser à Peau d^ Ane.
Nous entrons dans une forêt de conifères dont le sous-bois est formé de petits arbustes se rapprochant du myrthe et portant des roses. Des indigènes passent marchant à la file indienne. Ils portent la lance surTépaule droite et, au flanc gauche 1, une dague retenue par une ceinture de cuir rouge. Chacun porte sur la tête un fagot de bois et tous, Tun après Pautre, nous saluent. Le sol est formé d'une terre rouge. Il y a des afiBeurements
I Les Amara, comme presque tous les peuples qui oot conservé l'usage du bouclier^ portent Fépée, la dague ou le sabre, à droite; les Oromons (Galles), par exception, portent, comme nous, la dague à gaucbat
EZPLOBATIOKS Aiuioruivis |5S
et des Uocs de roches grisâtres^ avec des plaques de mousse verte et des flooinssores blanchâties.
A la baateur ob noas sommes arrivés, la v^étatioa n^est plus rcpiéseniée que par des bruyères arborescentes à fleurs blanches, des dirysan» thèmes dont les corolles sont argentées et llntérieur or; fl j a aussi des massib de feuillages d'un vert glauque au milieu desqueb fleurissent des plantes à fleurs bleues qui répandent une suave odeur.
En arrivant sur la croupe de la montagne, nous sommes joinupar deux Gallas et par Pofficier du fittorari qui nous guide de Farré id, Atto KerabatchioUy qui, accompagné de ses gens au nombre d^une vingtaine, se rend dans son manoir.
De Tautre côté de la croupe de la montagne, je me trouve sur la margelle d^un cratère dont le fond est occupé par deux petits lacs ellipsoïdes communiquant par un chenal et entourés de cultures. Diaprés les Gallas qui sont avec nous, le pays s'appelle Dembelli. Nous avons en bœ une pointe de rocher nommée Kakalli. A droite se trouve le mont Tchaubô, qui a donné son nom à toute la r^on.
Au sud, nous avons un mamelon qui domine la chaîne où nous nous trouvons. Je veux en faire Tascension. A son sommet, la v^étation n^est plus représentée que par du gazon et des chrysanthèmes. Je trouve quelques pierres rougeâtres et des affleurements de roches grises avec des moisissures blanches, mais pas de mousses vertes.
Je suis monté jusqu^ici sans descendre de mon mulet; mais, potir retourner, je mets pied à terre. Nous dévalons une pente raide, presque à pic, et en partie gazonnée ; nous retrouvons les bruyères, et nous remontons à mulet.
A 9 h. 40^, nous sommes en vue de la ville et Atto Karabatchiou qtii, par politesse, s*est détourné pour me faire la conduite, me fait ses adieux.
En pays chrétien, aussi bien en Europe qu^en Ethiopie, le samedi est souvent jour de marché, c'est aussi aujourd'hui qu'a lieu le marché hebdomadaire établi par le fittorari, et qui se dent devant les portes de la ville. Ce marché n'est presque fréquenté que par des femmes, car on n^ vend que des objets de consommation usuels, grains, légumes, volailles, etc., etc. Après avoir jeté un coup d'œil sur le marché, je rentre.
Le fittorari vient assister à mon déjeuner, et nous fixons mon départ k demain. Mon interprète, Gabri Mariem, est atteint de deux maladies : Tune ne se nomme point, et l'autre pourrait bien avoir le vilain nom de
îiSaÊBaÊÊteÊÊÊÊÊmmiàa^m
l56 EXPLORATIONS ÉTHIOPIENNES *
peur. Je ne veux point d'un impotent à mes côtés et je prie le fittorari dé vouloir bien garder Gabri Mariem pour quelque temps. Aiellé parlant couramment la langue arabe me servira d^interprète; je n^ai pas eu à me repentir de cette décision, comme on le verra par la suite.
Dimanche 26 novembre. — Dès le matin, Garado vient me trouver et nous arrêtons ainsi ritinéraire du voyage que je vais entreprendre : Djema, Kaffa, Guerre^ Limoux, Goma. A mon retour, on me fera visiter, dans le pays même de Tchabô, un lac au milieu duquel il y a des îles et des mo^ nastères qui se nomment Ountchi.
Outre les deux hommes de Djema qui doivent m^accompagner, le fittorari veut bien attacher à ma personne un de ses hommes de confiance qui me suivra partout oti j'irai; il est chargé de me protéger, de me guider^ et devra au retour faire u^ rapport à Garado.
Nous quittons notre maison à pied, accompagnés par le fittorari.
A la porte de la ville, nous nous arrêtons pour les adieux, qui sont cordiaux. J'ai trouvé chez le fittorari Garado une grande maison, habitée par de vrais grands seigneurs, ce qui est rare dans notre Europe d^'aujourd^hui. M^ Garado, qui est aussi une grande dame, m*enyoie par un page quelques provisions de route qu^elle a fait préparer sous ses yeux par ses filles de service. En même temps, elle me fait dire gracieusement que c^est aux femmes de mes amis à se rappeler que je n^ai auprès de moi ni épouse ni mère.
A 9 h., nous nous mettons en route dans la direction du sud, ayant au sud-est le pic dont nous avons fait hier Tascension.
Quelques minutes après, nous traversons le ruisseau qui fournit Teau à la ville. Des groupes de femmes caquettent en puisant de Peau.
A 9 h. 45', nous atteignons une rivière qui se nomme, ainsi que le pays, Boddft. Cette rivière coule dans une vallée profondément ravinée.
A 1 1 heures, nous descendons, par un sentier sinueux, dans un ravin oti nous nous croisons avec une nombreuse caravane richement chargée; ce sont les gens de Limoux qui vont remettre au fittorari le tribut qu'ils paient annuellement au Choa.
Nous arrivons au village de Ouala, situé dans un fond où il y a de belles cultures. Nous nous croisons encore avec des gens de Limoux appartenant à la caravane que nous avons déjà rencontrée ; ils ont avec eux des bœuGi et des mules chargés d*ivoire.
EZPLOKATioKS ÈnaofTBimà
A midi 2 S'y après un repos de quelques minutes, nous nous remenont en route. Nous sommes alors dans le pays de Kakallé od il j a des bois, des habitations et une petite rivière, affluent du Ballo, qui coule au milieu d^une plaine que nous traversons.
On se sert ici pour fouiller la terre d\m instrument particulier : long levier de bois dans lequel sont emmanchées une ou deux pointes de fer en forme de soc de charrue. On obtient avec cet instrument des labours de on3o ào"40 centimètres de profondeur; quelquefois' deux hommes se réunissent pour manœuvrer un même levier. Je remarque, dans les environs, de très beaux oliviers.
A 2 heures, nous traversons de belles plantations d^inset, de nombreux bouquets d*oliviers, d^acacias, de conifères ; des liserons, des jasmins, des chèvrefeuilles et des églantiers, mêlent leurs fleurs à la verdure sévère des arbres et embaument Tair de leurs .douces senteurs. Ce coin de terre, od se trouve le village de DouUalé, a un aspect ravissant.
Nous nous y arrêtons avec délices. .
A près 40 minutes de repos, nous nous remettons en route, et à 3 h. 40^, nous traversons la rivière de DouUalé.
Un peu après, nous touchons Koullalé, village situé au milieu de belles cultures, de bouquets d^arbres, de champs de coton et de cannes à sucre. i
A 5 heures, nous traversons la rivière Azeur, large de 25 mètres, dont les rives sont peuplées de nombreux troupeaux de bœufs, de chevaux et d'ânes.
Plus loin, une belle rivière fait des méandres au milieu de vertes prairies; c'est la Metti, qui est large d^une vingtaine de mètres, et coule dé droite à gauche.
A 6 heures, nous traversons un petit vallon qui donne sur une autre vallée dans laquelle nous sommes rejoints par des gens que l'on a envoyés à notre rencontre; guidés par eux, nous gravissons un coteau sur la croupe duquel est construit le village d'Agabdfa, oh nous arrivons à 6 h. 25^
Le schoum de ce village, qui dépend du gouvernement du fittorari, vient au-devant de moi avec son escorte et me conduit chez lui, où l'on m'a préparé un logement confortable.
Je remarque la construction de la maison ronde oti Ton me reçoit. Le toit de chaume en est soutenu par un piquet central avec des arcs-boutants latéraux, ce qui ressemble tout à fai^ à un parapluie ouvert.
|S8 VZnjOBATIOliS ÉTHIOPIEKIfEi
Lundi 27 moweaÊkre. — Le schoam, avec une escorte de cinquante hommes, noos asoomiMgDe.
A 8 beares» moins iTone demi-heore après notre départ, les h<Mnines de l'escorte se prennent de dispute. Le schoum rétablit le bon ordre sans descendre de sa mule en distribuant paternellement des calottes à drmte et à gauche.
Nous nous engageons dans un ravin de terre rougeâtre et nous entrons dans une vaste plaine bien cultivée, ornée de beaux arbres et très habitée. Kour-Koura est le nom de cette plaine, et de Pun de ses villages. La plaine, de forme dlipsolde, est entourée de montagnes; je relève, au sud, le mont Koulloo-Biddo. Pestime que nous devons en être à une disunce de 1 5 kilomètres. Il me parait être un ancien cratère. A Touest, Je relève le pic Amaya, qui est probablement k 1 2 ou 1 3 kilomètres de nous.
A 8 h. to', nous tr av er sons le village de Kour-Koura. Des gens viennent nous saltier et^nous escortent pendant quelques instants. Nos hommes fouillent le sol avec leurs sabres et leurs couteaux et en tirent un mbercule de fi>rme allongée auquel ils donnent le nom amarigna de denitche, nom qulls donnent également à la pomme de terre, qui ressemble beaucoup à ce tubercule.
A 9 h. un quar^ noos abandonnons la direction sud-ouest pour la direction ouest. Noos traversons sur un pont, branlant il est vrai, mais enfin sur un poot, la rivière de Dellana qui coule de droite à gauche. Son lit est très sinueux, et, à Fendrait ob nous le passons, il a une quinzaine de mètres de lai]gBor.
Depuis que je sois en Ethiopie, c^est le premier que je rencontre. Les peuples de race oromone et les Gouragués sont les seok Ethiopiens qui se servent de ponts : les antres traversent les rivières non guéables en s^aidant d*outres en pean oo de radeaox en jonc
Nous traversons de noovean la Dellana, qui coule maintenant sur des quartiers de roc, an miEcD d^une riche v^étation de belles plantadons de cannes à suore, de champs de mil, desquels émergent de magnifiqties
A 10 heures, marchant à Tooest, nous notis trouvons sur les rives d^une nouvelle rivière, rAmaya dont le lit de 3o mètres de largeur. Son coure est de droite à ganchc, noos la passons et notis arrivoiu à une route parfidtement tracée; entre detix haies vives distantes l'une de Fautre de 1 5 & 20 mètres. Des deux cAiés la roote est bordée de grands sycomores, dont le
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Le sc£r. cse jrxziie qca^rîté ie fcaR:&» de
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en roaie à 6 heures. Ixs ;%x2sseat ies cris Je «nages loot en dansant eibmi* iîssan: îecrs anrses. Les bibîtms^ rêreîljés et apcnis de notre c a ei 'j e at sur !e pts des ferres ie kor
et les îeuaes £I!es^ qui ont le bosae no» croisent dins des atdtndes gndeoses learsbras sur leurs seins trss pour oonscnrer un peu de dialenr.
Nous nous dirigeons dxcit au soi, ^crs la Naicba. On fint id vn aha» d*»»das. Arec les arbres» sTsaônanqoement rangés^ cxxidiés snr le S(d les uns au-dessus des autres» la ite en airant, vrec toutes leurs brandies épineuses^ on a formé une ligne de défense à peu pccs infirandiissabk; et que r6n ne saurait détruire que par le fnu
De r^uire c^ de cette haie, se trouve la Naidia, jun^ remplie de béies sauvages et repaire de brigands plus sauvages enove, dont le médcr est de Toler des femmes et des enfents pour les vendre aux maidiands
r6o BXPLOKATIOHS ETHIOPIENNES
d^esclaves dont ils sont les pourvoyeurs. C'est à cause de la traversée de cette zone dangereuse que le fittorari a fait donner Tordre k Atto Lama« le schoum d^ Agabdja, de nous escorter avec cinquante soldats.
Nos gens s'appellent les uns les autres; les cavaliers galopent sur nos flancs, et Ton fait le plus de bruit possible pour intimider les fauves, bêtes et gens. La végétation se compose d^acacias, d^herbes et de sycomores géants.
A 7 h. 40^, nous sommes au milieu de grandes herbes lancéolées au milieu desquelles nous disparaissons complètement, bétes et cavaliers. La marche est très pénible. Nous faisons de tous côtés partir des compagnies de pintades qui s'envolent en poussant des cris aigus. __^ Nous traversons ensuite une région dont les herbes ont été récemment brûlées et notre marche est beaucoup plus aisée. Sur notre droite, dans un fourré vert, coule parallèlement à notre route, la rivière de KouUit. Nous ne la voyons pas, mais nous entendons le bruit argentin de ses eaux qui forment cascatelle sur des roches et fouettent les herbes du Rivage.
A 8 heures, lUOus voyons Peau du Koullit. Une familled^hippopotames y prend ses ébats; les arbres du rivage sont de toute beauté.. Nous sommes toujours dans des herbes brûlées, et nos gens courent de tous côtés len criant.
Aux herbes brûlées' succèdent, hélas! de grandes herbes qui nous fouettent le visage et menacent de nous éborgner. Àtto Lama n^a qu'un œil : un coup de lance reçu dans une bataille, Ta privé de Pautre; mais il a bon cœur, et, afin de mMviter son malheur, il me passe un long bâton pour me garantir de ces dangereux herbages.
A 8 h. 40^, nous entendons un bruit de galop, d*herbes froissées; tout le monde se regarde et prépare ses armes. Atto Lama descend de sa mule et enfourche son destrier qu'un écuyer lui mène en main.
Beaucoup de bruit pour rien. Il s'agit d*un ménage d^éléphants qui fuit avec sa progénimre, effrayé probablement par tout le bruit que nous avons fidt
Dix minutes après, marchant à Touest, nous traversons la rivière de Koullit, qui coule de droite à gauche dans un lit d'une trentaine de mètres de largeur. La hauteur de ses eaux au point oti nous les passons, qui est un gué, dépasse cinquante centimètres ; nous sommes cependant dans la saison des plus basses eaux*
Au sortir de la rivière, nous nous dirigeons au sud. La région es|
BXPLORATKncS i SlH IOHB mi» l6l
certainement un paradis pour les éléphants et les hippopotames» les bofles et les rhinocéros ; mais quel purgatoire pour le pauvre voyageur lacéré par les herbes et les plantes tranchantes et piquantes de la jungle! Et après le coucher du soleil, que de moustiques de tous cris et de toutes piqûres, doivent se jeter sur le malheureux !
La jungle passée, on trouve, au sud-ouest, de hautes herbes lancéolées, des arbres divers et plusieurs à feuilles caduques; des lianes fleuries qui poussent au milieu des herbes et sont, comme coup d^œO, d'un effet ravissant, augmentent encore les difficultés de la marche; nos animaux sont pris par ces lianes, attachées aux herbes, comme dans les mailles d*un filet. Nous retraversons le KouUit; son courant est ici, ix>ur nous, de gauche à droite. Son lit, d*une vingtaine de mètres de largeur, est en panie encombré par des roches ; la hauteur de ses eaux au point où nous le traversons est de plus de soixante centimètres; nous nous arrêtons sur Tautre rive, sous de beaux arbres, et nous mettons à déjeuner.
Nous nous remettons en marche à midi et demi. Le plateau sur lequel nous nous trouvons est l>rusquement terminé par une muraille rocheuse surplombant une vallée au milieu de laquelle passe TOlga, grande rivière qui coule de droite à gauche, dans un lit de cent mètres de largeur, au milieu de gorges boisées. Nous la traversons sur un banc rocheux. Nous trouvons à ce gué, comme hauteur d*eau, 70 centimètres. Le courant est très rapide. Les gouffres creusés des deux côtés du banc rocheux, et où d'innombrables caïmans prennent leurs ébats, rendraient très dangereuse la traversée de TOlga, si Ton en était réduit à ses proprés forces. Heureusement, un certain nombre de nageurs, appartenant au village où nous avons passé la dernière nuit, se sont joints à notre escorte. Arrivés au bord de Teau avant nous, les nageurs ont déposé sur la berge leurs vêtements consistant en braies larges et courtes, en étoffe cle coton blanc et en manteaux de peaux de veau ou de léopard ; ils jettent sur leurs manteaux leurs boucliers ronds en fer, attachent leur poignard à un ceinturon de cuir et conservent à la main leurs lances pour sonder le sol quand ils seront engagés dans la rivière. Ces hommes, dont plusieurs sont d^une élégance de forme et d*une beauté de ligne toute féminine, sont parés de colliers en cuivre ayant la forme du torques des anciens Gaulois, d^anneaux, de pendants d^oreille en cuivre ou en étain et portent, aux doigts des mains et des pieds, des bagues de même métal.
Un détail de toilette de nos passeurs mérite une mention spéciale. Ils
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l6a EXPLORATIONS ÉTHIOPIENIIES
portent autour des reins une ficelle en coton tressé dont les deux bouts de fil sert à lier la peau du prépuce et à tenir la verge droite ; Tautre est passé sous le sacrum pour soutenir les testicules.
J^ai traversé la rivière, ma mule tenue à la bride par deux hommes. Arrivé sur Tautre bord, je m'assieds sur un quartier de roche pour regarder passer ma petite caravane. L^Olga est la limite du Natcha.
A I h. So', nous quittons les rives de cette rivière et nous nous engageons, à Touest^ dans une montée au milieu des roches.
Quelques minutes après, nous entrons dans le pays Adâllé. Il n^ a plus d^herbes marécageuses, mais des acacias et des agaves. Le sol est formé d^une terre noirâtre qui paraît riche en humus. Des troupeaux d*ânes et de bœuCs sont gardés par de beaux gars bien découplés, armés de lances» qui nous saluent en nous disant : Nor djené.
Nous arrivons à une ligne de défense formée par un abattis d'acacias épineux ; nous ne pouvons la franchir qu'en mettant pied à terre; derrière, nous trouvons des plantations et des habitations. Nous nous croisons avec une caravane de porteurs chargés dMtofies de coton.
Nous appuyons au sud et nous trouvons, au milieu de cultures et de plantations d*acacias, sur un monticule, une habitation oti nous sommes très bien accueillis. Devant nous Fhorizon est borné par une ligne de montagnes, d'oti émergent deux pitons auprès desquels passe la route que nous suivrons demain. On vient s^excuser de ne pouvoir nous offrir ni boeuf ni lait : Tannée dernière une terrible épizootie a détruit presque toutes les bétes à cornes de la région. Nous avons rencontré, en efiet, un très grand nombre de squelettes de ces animaux.
Le soir, les vieillards se réunissent, ils s^asseoient en cercle. Les autres habitants passent une partie de la nuit à chanter et à crier.
Mercredi 29 novembre. — Les gens de notre escorte retournent chez eux. Abba Gourache, seul, reste avec nous.
Nous nous mettons en route au sud, et, guidés par des gens du village où nous avons couché, nous descendons dans un ravin.
A 7 h. 40', nous sommes dans une belle vallée qui est parallèle à la chaîne des monts Karsa que nous avons sur notre droite.
Vers 8 heures, marchant au sud-sud-ouest, nous nous croisons avec une caravane de captifs, composée surtout de femmes. Leurs cheveux tressés avec soin ont la forme d'un turban. Presque toutes s'abritent la
EXPLORATIONS' ETHIOPIENNES l63
tête sous des ombrelles en jonc tressé. Leurs vêtements consistent en jupes et camisoles en peau tannée. Ces peaux, préparées avec du beurre, restent très souples.
Un des hommes de notre escorte reconnaît une jeune captive;- il la prend par la main, Tembrasse tendrement et va s^asseoir avec elle sous un arbre. Après un instant de douce causerie, ils se quittent humbles et résignés et la femme hâte le pas pour rejoindre le troupeau dont elle fait partie.
A 8 heures, nous arrivons au bord du Tamsa, grande rivière dont nous remontons le cours, sur une plage de galet, ombragée de beaux arbres.
Le Tamsa est ici formé de trois rivières ayant toutes le nom de Guebé '. La première a ses sources à Djema, la deuxième à Limoux, la troisième à Léka. Le Tamsa serait le même fleuve que TOuma-Omoqui se jette dans rOcéan Indien, sur la côte de Zanzibar, par Ouest de latitude. Peut-être est-il navigable dMci au Zanzibar? Nous nous arrêtons après avoir fait, au sud, sur les bords du fleuve, 1 5o à 200 mètres, et nous mettons pied à terre.
Nos guides déposent leurs vêtements, se ficellent, comme il est dit plus haut, et, prenant sur leur tête la charge de nos mulets, se mettent bravement à Teau. Ils passent ensuite nos mulets et nos gens.
Maintenant, à mon tour, j^ai quitté bottes et culotte, et c'est en caleçon que j'enfourche ma mule. Deux grands gaillards bien découplés, aux longs cheveux, prennent ma mule par la bride et nous nous mettons en roule. Le courant est très rapide, et à peine avons-nous fait quelques mètres en avant qu^hommes et bêtes perdent pied et se mettent à nager. Il nous faut dix minutes pour traverser la rivière. Nous prenons pied en un point où les berges sont à pic et élevées. Là, nous prenons congé de nos guides. Nous inclinons, au sud-sud-est, sur les terres du Motti ', roi de Djema.
( J*ai écrit tout ces noms comme flt m*ont été prononcés par les indigènes qui m'accompagnaient ; il est certain que si favais eu des gens appartenant à d*autres régions» ils m'auraient prononcé les noms d'une manière différente.
a Voici le nom des dignités chez les Oromons musulmans, qui, en abandonnant leur cuhe naturaliste, ont abandonné leur gouvernement républicain ?
I* Mattif sultan, roi. Les Oromons connaissent le titre, mais l'appliquent peu, se bornant, pour la plupart, à donner à leur souverain l'appellation de Goftd (titre analogiie à notre Monseigneur, et que Ton donne à tout supérieur), et à lui parler à la troisiène personne. Us disent à leur souveraine Cffii (Madame);
SZPIjOIUTIOKS ÂmOMBIIHBi
. A 9 heures, faisant route presqu^au sud, nous arrivons dans k Cbacham.
A 9 h. 3k/, étant dans une vallée où poussent des acacias géants^ je lelèye, au sud-sud-est, l'un des deux pitons que pai «gnalés hier au soir.
Nous inclinons alors au sud, puis au sud-sudnest, et nous arrivons au torrent de Madallé, qui donne son nom au pays.
Sa largeur est de loo à 1 5o mètres et au milieu coulent de minces filets d^eau.
A droite, nous avons une montagne boisée, à gauche une plaine couvene d^une magnifique futaie. Nous remarquons de nombreuses traces dMléphants. Une grande quantité de «nges gambadent sur les arbres, et à tout instant nous faisons lever des compagnies de jnntades.
En quittant le lit du torrent, nous marchons au sud-sud-ouest, puis à Touest, puis au sud-sud-ouest, d*abord dans une forêt, puis à travers une plantation de coton entourée de montagnes boisées, ensuite au milieu de roches où poussent des arbres gigantesques, enfin au milieu d'un paysage imposant et sauvage.
Un couloir a été creusé de main d^homme dans le roc vif; il est fermé par une porte. Nous la franchissons et nous sommes dans TAbalti. Nous avons, sur notre droite, la continuation du rocher dans lequel le couloir a été creusé et, à gauche, une vallée, ou mieux, une courbe resserrée entre deux murailles de roches à pic. Le piton remarquable sur lequel nous nous sommes guidés jusqu^à présent, se trouve dans une deuxième vallée sur notre gauche.
Nous trouvons une deuxième porte fermée d^une herse en épines et soutenue par une fourche en bois. La défense est formée par un fossé et une \ariba (haie d^épines sèches). Des moissonneurs, surveillés par un homme qui s'abrite sous un grand parasol en jonc tressé, font la récolte d^un champ de mais. Nous avons, sur notre gauche, des coteaux et des vallons couverts de cultures et d^habitations.
s* Abha douta (p^e de la guerre), commandant en chef les armées. L*abba doula est un dictateur dans les républiques et un connétable dans les États monarchiques; 3* Abpa Korô, gouyemeur de proTÎnce, préfet; 4* Abba Cenda, aous-gouvemeur, aous-piéfet; 5* Akba Fougno (père des mesures), maire;
6* Abba Kella (père des portes)» gardien des dtés royales et des places frontières; 70 Abba Mir^an (père des balances), aorte de ministre du commerce et des affaires
L^orome aa parasol vient nous reconnaître. CTcst un magnifique Jeune homme au teint l^rement bistré, de haute taille, svdte^ à tête intelligente, ornée d'une belle barbe noire et de beaux cheveux qui lui tombent sur les épaules. Son vêtement se compose d^un pagne de coton bleu serré autour dtk reins ; il a le buste recouvert d^une toge blanche. C'est Tabba Kella d^Abalti.
Sur notre droite, s^étend une belle prairie où poussent de superbes sycomores.
A II h. 3&, nous appuyons au sud et nous avons, à gauche, une combe profonde et boisée; à droite et devant une belle plaine vallonneuse cultiva principalement en mil. 11 y a beaucoup d^habitations, beaucoup de vie et d'animation. La population est très belle, de race oromone. La plus grande partie des habitants de Djema étant musulmane, le terme de galla ne saurait leur convenir.
Nous nous arrêtons, à 1 1 h. 3&, dans un petit vallon, pour déjeuner à l'ombre des sycomores. Notre repas se compose de Aro//o (grains grillés) et de Teau d^un ruisseau qui coule à notre gauche. On éprouve un vif plaisir à se sentir vivre au milieu d^une aussi belle nature. Les gens qui travaillent viennent nous saluer et nous demander des nouvelles.
En nous remettant en marche, à i h. 35', nous prenons, au sud-sudouest, par un pays dont les nombreux ruisseaux, bien aménagés, donnent naissance à de beaux pâturages.
A 2 h. 2o', nous traversons la rivière de Karkari, qui donne son nom à la région oti nous allons entrer. Cette rivière coule de gauche à droite sur un lit de galet. Sa largeur peut être de 20 mètres; la hauteur de ses eaux, au gué, est de o" 26 à o" 25.
Un quart d^heure après, nous franchissons la porte d^une zariba, et nous pénétrons dans une cour carrfe gazonnée, plantée de beaux arbres, sous lesquels nous nous étendons pendant que les gens de Djema, qui nous accompagnent, vont prévenir de notre arrivée le maître de céans.
Nous sommes chez Djané Abba Kétô, Tabba Koro, préfet de la province. Bientôt, la porte du fond de la cour qui fait face à l'entrée, s'ouvre et livre passage à une sorte de géant entouré de plusieurs hommes. Ils s^arrêtent d'abord à causer avec nos gens, puis se dirigent vers l'arbre sous lequel je me trouve. Cest Tabba Koro. Je m^aperçois que sa taille gigantesque est due en partie k des patins en bois appelés dadi\ hauts de
I Le dtdi n*est porté que par les musulmans, lonqu*après avoir fait leurs abio» tions, fls se rendent à k prilre.
l66 EXPLORATIONS ^THIOPIRNMES
20 centimètres. Du reste, c^est un beau jeune homme. A peine .une légère mousuche estompe sa lèvre supérieure. Il a le regard dur et la lèvre dédaigneuse. Il est drapé dans une toge très ample [togafusa des Romains). II a les oreilles percées et porte dans chacune un anneau d^argent, insigne de sa dignité. Uabba Koro se fait apporter une peau de bœuf tannfeetsY couche à moitié. Un soldat, le buste nu, allongé sur la peau de bœuf, lui sert de coussin.
L^abba Karo parle lentement. Il parait s^écouter avec plaisir, et joue négligemment de la main droite avec la chevelure du soldat sur lequel il est appuyé. Pendant quelques instants nous échangeons des compliments. L^abba Koro se lève et un de ses serviteurs nous accompagne dans le logement qui nous a été préparé. Ce logement est^situé dans la deuxième enceinte formée par un dayonnage en roseau. On y pénètre par une porte en bois, encastrée dans des linteaux en bois ouvrés et surmontés de sphères également en bois.
Notre logement consiste en une grande chaumière de forme ronde, recouverte d^in toit cylindrique en chaume. A peine sommes-nous ins* tallés que des servantes viennent avec des amphores de dadi (hydromel).
L'abba Koro vient me faire plusieurs visites dans la journée. II se montre insolent et mendiant, et veut au moins un de mes fusils en caâeau. Avant de me quitter, il me recommande de ne pas partir demain sans le voir et me dit envoyer un bœuf, de la volaille et des pains.
Le service est fait par des femmes vêtues de peaux tannées : un jupon retenu autour des reins par un lac en verroterie et une camisole sans manches. Comme il faut que sous toutes les latitudes la coquenerie des femmes puisse s^exercer, les vêtements de ces dames sont enrichis de bro-. deries artistement faites. Mais, ce qui est une véritable œuvre d^art, c^est leur coiffure. Elles sont de deux sortes : Tune forme une espèce de turban, Tautre une corbeille évasée, vide à Tintérieur, haute de o" 25 à o" 3o, formée de tous les cheveux tressés et soutenus par des fragments de roseaux.
On me dit qu^à Djema, chez le Motti, jVn verrai de bien plus élevées encore. Il est vrai que, passé certaine dimension, ces coiffures sont des. perruques faites de fibres de Tensete teints en noir, qui imitent très bien les cheveux naturels.
Jeudi 3o novembre. — L^abba Koro vient me voir une ou deux fois
pyar reooavdcr fcs demandes de cadeaox. Il dierdie à me fûre parier plus qall ne conrient. Je nb en tous points le ooosefl que me dooae Aiellé de répondrt k loate demaïKle et à toaie question indisocteea ▼ojant le questionoenr ao roi Ménélik et an ns Gobana.
î fC' décembre. — Ne Toalant pasaToir Fennui de icfoser on cadeau, et profitant de ce que Tabba Koro a manqué à looKS les oon«D> nances, hier, en ne nous envoyant pas le repas du soir, nous portons sans prendre congé de personne, et, nous étant fait ouvrir les portes d^autorii^ nous sommes en route avant le jour. A 4 h. 48', nous finandûsscms Ten* ceinte extérieure du peu aimable abba Koro.
Nous nous dirigeons au sud-sud-est, et une heure après au simL
Il fait alors assez de jour pour lire le baromètre.
Tournant tantôt à Test, tantôt à l'ouest, à travers des vallons cultivés et boisés, nous arrivons à 6 h. 5o^ à la petite rivière Gdttaj, large d*une dizaine de mètres, dont les eaux limpides coulent sur un lit de sable et de gravier.
Sur les deux rives de beaux champs de mil et de teèfe (Paatf^jjtJiici^.
Un quart d'heure après Tavoir traversée, nous atteignons un petit plateau, appelé Katcha, sur lequel se tient un marché.
A 7 h. 3</, marchant au sud-sud-ouest, nous sortons du gouverner ment de Djamé abba Kété; abba Gourache, Foffider du fittorari Garado qui nous accompagne, tout foyeux du bon tour que nous avqns joué à Tabba Koro, joue en jetant sa lance en Tair et improvise un chant dans lequel il blasonne amèrement notre peu aimable hôte.
A 8 h. 3o ', dans une direction ouest, nous traversons une série de petits plateaux sur lesquels nous nous croisons avec des marchands musul* mans conduisant un convoi d'«sclaves, de belles jeunes filles presque blanches, de jolis garçons, et des hommes; ces derniers ont les mains passées dans des menottes en fer et portent des fardeaux sur la tête.
A 8 h. 4o\ nous sommes sur le bord du. Guebé de Djema (Pun des affluents du Tamsa, TOmo des Arabes) qui coule au milieu de gorg^ boisées. Nous trouvons ici un très grand nombre de voyageurs. La rivière se passe sur un pont de bois composé de sept arches, ayant des garde-fous en épines assez hauts pour que les animaux ne voient pas Teau. Le cours en est très rapide et Peau couleur garance. Les rives sont resserrées dans des gorges étroites et boisées. Le pont du Guébé a deux pas de largeur et
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