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quatre-Tingt-quinze de longueur; le tablier en est en ce moment à trois mètres au-dessus de l^eau : nous sommes à Fépoque des basses eaux.
En sortant du pont, nous rencontrons des gens du pays qui transportent un malade sur une civière. Tout ce monde nous salue et nous regarde avec curiosité et bienveillance.
En quittant les bords du Guebé la route s^engage dans une pente boisée.
A 9 h. I5^ nous descendons au sud-sud-ouest par un chemin pierreux en pente douce. Nous voyons de tous côtés de vertes montagnes boisées oti Teau sourd par mille points. Il y a beaucoup de gens sur la route.
A 9 h. 25\ nous traversons la rivière de Hokonov. Elle coule de droite à gauche au milieu de blocs de roc. Son lit a une vingtaine de mètres de largeur. L'eau est claire et limpide. Nous avons à droite et à gauche des vallons, des cultures et des habitations.
Nous nous arrêtons, à 9 h. 5o^, sous de beaux sycomores, à côté d^une grande habitation. Nous sommes sur un plateau en pleine montagne. Les environs des habitations sont cultivés en céréales. Je mMtends sous un sycomore au milieu d*un champ de blé. La longueur de ma barbe épouvante une jeune femme et des enfants qui viennent voir qui nous sommes.
Vers 1 1 heures, jious arrivons à la tête de la vallée ; nous nous arrêtons au milieu d'une belle prairie pour faire manger nos montures. Il y a de belles cultures, des habitations. Des gens se parlent d^un coteau à Tautre. Les champs sont pleins de vie. Nous déjeunons avec du grain grillé et des morceaux de cannes à sucre, que les gens du pays nous ont apportés pour avoir un prétexte poli de venir causer avec nous.
A midi 44', par un large col au sud, nous passons dans une autre vallée, dont Taspect est des plus gracieux, des plus riants : tout est vert, bouquets de grands arbres, cultures élevées en ilôts, cannes à sucre, mil, ensete. Au centre de la vallée s'élève une bune verte dont la croupe est occupée par une belle habitation entourée de cultures et de beaux arbres. Là route dans laquelle nous nous engageons est bordée, à droite et à gauche, de haies formées d^arbustes fleuris qui servent de support à des clématites, des chèvrefeuilleS| et à des jasmins.
Au delà de cette butte, que nous laissons sur notre gauche, la vallée s'épanouit en plateau à grandes ondulations, couvert de cultures; le nom do pays serait Bâdt.
A I h. 1 5\ nous traversons la Falla, rivière impétueuse, courant dé
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dnrite à gauche au milieu des rocs; sa largeur est de vingt mètres en>rirOD. Ses eaux sont claires et limpides. Le pays devient ensuite rocheux et preod lenom d'Ofr&o. Beaucoup d'arbres et de beaux pAmrage*, au milieu des* quels paissent de grands troupeaux de bœufs et de chivres, dont les poils atteignent une très grande longueur. Aiellè me fait remarquer un masnf montagneux, que je relève au sud-sud-est, c'est le royaume de Zindjero qu'il a visité, et il me rapporte des détails sur les moeurs et coutumes de ses habitants qui lui donnent certainement raison lorsque! affirme que, dans ce malheureux pays, les fauves et les hommes sont de la même race<. Tous les gens du pays, â Pexception du sùluneidesa famille, sont esclaves, et comme marque de cette servimde tout Zindjero mâle qui n'est pas de race royale, doit se couper les deux mamelles et le testicule droit. Chaque fois que le' roi ou un membre de sa famille est malade, que Ton désire obtenir une grâce ou éviter un malheur, on bit des sacrifices humains. Les armes des Zindjero consistent en un coutelas, un bouclier rond, et quatre lances. Leur vêtement est une coune braie, une toge en coton et un bonnet cylindrique en peau de veau. Ils tissent les étoffes, préparent les peaux et travaillent le fer avec beaucoup d'habileté; les ouvriers forment une caste & part très méprisée à laquelle on interdit de manger de la viande de boeuf; on ne peut ni les vendre ni les donner comme les laboureurs, mais on prend indistinctement dans les deux classes les victimes destinées aux sacrifices humains. La religion des Zindjero consiste en une adoration des forces de la nature personnifiées surtout par le Soleil et la Lune, qo! seraient le père et la mère de la famille royale. Les Zindjero sVntretueot avec fureur. Le pays serait cependant sûr pour les étrangers, le roi cher-
< Le roTaume de Zindjero (^îijîro), appelé encore Zanjiro (aj, e*t monMgnem M trtt élevé. La tribu birbare qui l'habite ■ de* loi» et des tnditiont qui n'ont rien d< commun avec celle* de* Oromo et dei Amara. Ut iKTiâeat aux démons det victimci humaine*i1e* mile* *e privent d'un teaticule et te coupent les mamelle*; le* iènimc* man{[eni le Uit, le* homme* le petit lait; le» volaille*, les mouton* et lescUvre* nesont mingé* que pur le* tanneur*. Le* vrai* ZinJIro mangent seulement 1* viande de vachs; *eloneux, le toleil eit leur pire et la lune leur mère.(Lt rt>iLfoii ntaAvAKcnit*, lettre t M. ARTem d'AbbiUiib, Bulletin de la SoeSHi de Géographie de France, août 1866, p. 164).
fa} Le Père Léon de* Avancher* *'e*t conformé, pour la tnntcriptSon de* nwt* étU^ pient, fc une orthographe convenue entre le Père Ju*te dlJrbïn et M. Antoine d'Abbadic. Selon les rt^esde c«tte orthographe, le Ja le ton que le* Anglais dnnneni à cette lettre; / est le f an^aiajifH, lt(fafit, etc.
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chant à attirer les marchands dans ses Etats. Lorsque Aiellé visita le pays de Zindiero, le sultan voulait le garder auprès de lui parce qu^il avait un fusil, et qu*il trouvait qu'ainsi il pourrait bire tuer sûrement et rapide* ment beaucoup de monde. 11 offrit à Aiellé, cofnme appointements, deuz^ trois et quatre esclaves par jour. Aiellé répondit : Je suis chrétien, et ne veux point d'esclaves. Le roi des Zindjero qui n'est visité que par des musulmans, heureux d'être en relations avec un chrétien, fit un beau cadeau d^étoffe de son pays à Aiellé et le laissa partir.
Nous avons à droite le torrent de Fintcha, large d^une dizaine de mètres, coulant au milieu de rochers, puis, une vallée boisée, et à gauche des montagnes gazonnées. Les roches sont grises et le sol est formé d'une terre louge. . .
A 2 heures, inclinant au sud-sud-ouest, puis au sud-ouest nous arrivons à Kâbar, réâdence d^un Abba Koro, nommé Abba Dima. Des serviteurs viennent au-devant de nous, nous font traverser deux grandes cours gazonnées, complantéesd^arbres et nous conduisent à son addarache (maison de réception) qui est immense et entourée d^une galerie extérieure très bien tenue; sur la gauche, cette galerie est fermée et forme un véritable salon de réception avec des sièges en bois de ouenza, sone d^acajou, qui ont reçu, par de nombreuses onctions de beurre, un poli éclatant. L^Abba Koro est assis sur un alga tout au fond de la galerie. Il a une tête socratique, chauve, rasée. Son teint est chocolat. Un cordon en cuir tressé retient, autour de sa tête, des amulettes cousues dans des sacs de peaux rouges. Il vient à moi avec franchise et m^accueille cordialement. Il fait, immédiatement apporter de l'hydromel, puis du café, et se met à fumer religieusement son gqjra (narguilé). Je sors ma. pipe et je Fimite, nous nous mettons à causer. Il parait intelligent et bon et sHntéresse à tout. Il me demande à examiner ma pipé, mes allumettes, ma boite à tabac, se fait expliquer Tusage de mon baromètre que je porte en bandoulière.
Lorsque nous eûmes causé plus d'une heure, il donna Tordre à un serviteur de m^accompagner à mon logement. Ce qui m^a frappé dès cette pre* mière visite, c'est la propreté toute hollandaise des habitations et des cours.
Notre logement est une vaste maison, très propre et bien aménagée. A peine suis-je asns que des femmes, au nombre d^une douzaine, m^ap* portent différents mett, des amphores d^hydromel, du café; elles sont suivies de captib qui nous amènent un magnifique bœuf que mes gens s^empressent d'abattre.
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A 8 heures, je relisais mes notes du jour, quand on m^annonça U visite d^un envoyé du Motd de Djema. Le Motti, prévenu de ma visite, a chargé son messager de savoir qui je suis en disant selon la traduction littérale du discours de son envoyé : ^
c Mon seigneury Abba Djiffard Motti de Djema vous salue.
9 II désire savoir :
c Si vous vous asseyez sur un siège élevé, ce qui est bien selon nos usages, ou si vous vous accroupissez par terre* ce qui est mal selon nos usages;
9 Si vous portez un chapeau, ce qui est bien selon nos usages, ou si vous vous entourez la tête d^un turban, ce qui est mal suivant nos usages;
« Si vous buvez de Thydromel, des boissons gui enivrent, du tabac (fumez), ce qui est bien suivant nos usages, ou si vous vous abstenez de ces choses ce qui est mal suivant nos tisages;
» Si, pour ces choses vous suivez les mêmes coutumes que nous, mon seigneur sera heureux de vous recevoir; mais si vous aviez des habitudes différentes, mon Seigneur vous fait dire de vous reposer ici, et de retourner ensuite dans votre pays sans chercher à le voir. »
Samedi 2 décembre, — Sur les onze heures, TAbba^ Koro me &it demander. Je me rends de suite auprès de lui et je le trouve entouré d^un cercle nombreux de clients et d^amis, parmi lesquels je distingue un certain nombre de marabouts reconnaissables à leur tête rasée et à la calotte en soie ou en indienne de couleur éclatante qu^ils portent au sommet de U tête. D^un geste, Abba Dima fait sortir tous ses gens et les miens à Fexception d'Aiellé qui me sert d^interprète, et une fois que nous sommes seuls il me dit :
c Jusqu^à présent, nous avons empêché tout homme de votre race d^entrer sur notre territoire', craignant toujours que ce soit un Egyptien ou un de leurs émissaires, c'est pour savoir si vous n^apparteniez point à ces maudits qu'hier mon seigneur vous a fait demander si votis avez les usages qui distinguent, nous le savons, les Frangui (Européens) aussi bien que les Oromons des hommes de TEgypte*
9 Maintenant que nous savons qui vous êtes, nous vous traiterons en frère; prouvez moi que vous acceptez notre amitié en me disant bien
I Je ne connais le nom d*tacun voyageur européen ayant visité Djenia avant Tépoqne où je m*y trouvais; s'il y en eut, leur passage n*a laissé aucun souvenir chei Us indigènes. ^ . •.
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franchement (j^ai fait retirer tout le monde, sauf celui de vos en&nts qui est votre bouche, aussi^ soyez sans honte, parlez-moi comme à votre père)t ce qu^il vous manque, ce que vous désirez et je m^empresserai de vous le donner. Soyez sans crainte, ne me refusez pas le plaisir de vous obliger. >
Au geste et à la physionomie, je reconnaissais que ce notait point une comédie; je sentais que je me trouvais devant un grand seigneur bienveillant qui, par bonté, et peut-être aussi un peu par orgueil, les Africains sont des hommes comme les Européens, aurait été heureux d'obliger un étranger.
Je me bornai naturellement à remercier et à témoigner ma reconnaissance, et demandai ensuite Thonneur d^étre admis à offrir en témoignage de respect quelques objets de mon pays, puis, je présentais mon cadeau : un parapluie noir, vingt perles dorées, une bouteille d^extrait d*odéur et un couteau de Nontron.
Abba Dima se montra très satisfait et me remercia en termes polis. Après cela, sur un signe de PAbba Koro, tout le monde rentra et, tout en causant, on se mit à fumer et à boire des cornes de bière et d'hydromel entremêlées de tasses de café.
Le soir, Abba Dima m'envoie en présent des ouancha (gobelets) en corne de buffle. - .
J^apprends en causant que le prix du bœuf que nous avons tué hier au soir est de trois amoulés. (pierres de sel) ; le change actuel est de six amoulés et demi à sept pour un thaler : un bœuf gras peut donc s^acheter ici à raison de deux francs trente à deux francs cinquante centimes.
Dimanche 3 décembre. — Le matin, je vais voir Abba Dima, à qui nous faisons de cordiaux adieux, et des remerciements pour sa plantureuse hospitalité. L'^hydromel a été versé et bu en abondance; mes gens me paraissent avoir trop largement profité de l'hospitalité, car ils causent et gesticulent avec une exubérance inaccoutumée.
Nous nous mettons en route à 8 heures 20% au sud-sud-ouest» et descendons dans une vallée très bien cultivée; le sol est formé d^une terre rouge. La route est bordée d'arbres et d^arbustes fleuris; un grand nombre de gens, qui montent et descendent, s^^britent la tête avec de grands parasols en. jonc tressé.
A 9 heures, nous traversons un ruisseau et nous entrons dans le pays de Kadjello. Ici, les terres cessent d'être rouges; elles sont grises. Il y a beaucoup d'herbages, d'arbres et d'arbustes eh bouquets.
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Vingt minutes après^ nous traversons le rivière de Bamijoa qui est large d*une quinzaine de mètres et coule de droite à gauche.
A 9 h. 3o\ nous traversons une petite rivière, et à 9 heures 45\ la Naddé qui coule de droite à gauche sur un lit de gravier, large d^ine trentaine de mètres. Ces torrents, ruisseaux ou rivières ont des ponts en bois, comme tous les cours d^eau de rétat de Djema.
A 10 h. io\ marchant au sud-ouest, nous passons le Kabal, rivière qui coule de droite à gauche sur un lit de gravier. Le Kabal sert de limite au pays de Bouille où nous entrons.
Nous nous arrêtons sous de beaux arbres. A Pexception d^ Aiellé, tous les gens qui m^accompagnent sont gris. L^hydromel est mauvais conseiller. Profitant de ce qu^ils sont armés de fusils et de ce que je suis en avant avec des gens d'Abba Dima, ils ne trouvent rien de mieux à faire que de dépouiller de leurs ombrelles des passants inoffensifs.
Je me fâche sérieusement et Aiellé allonge des coups decourbache bien appliqués et qui, eux, ne sont pas volés. Nous nous remettons en route au sud-ouest-sud, et à une heure nous traversons, toujours sur un pont, un petit torrent. La route est. bordée d^acacias, de sycomores, d^arbustes à fleurs et de cultures.
A 10 h. 10^, nous traversons le torrent de Gangéro, et nous montons au plateau sur lequel est construit la résidence royale d^Affata où nous nous rendons. Nous avons, .à l'ouest et au nord, des montagnes très boisées, au sud et à Test^ des plaines cultivées.
A I h. 3o\ nous mettons pied à terre dans la deuxième enceinte de la résidence royale où une habitation m^a été préparée par ordre du Motti qui me fait prévenir de son arrivée pour demain.
Je fais remettre aux hommes d^Abba Dima qui mbnt accompagné toutes les ombrelles volées par mes gens, et je recommande de les rendre à leurs légitimes propriétaires.
Lundi 4 décembre. — Dès le matin, ma maison est envahie par un grand nombre d^Amara qui sont ici en qualité de fusiliers au service du Motti. Plusieurs se sont faits musulmans, mais le plus grand nombre a conservé la religion chrétienne. Des cris de joie, et le son des hautbois nous préviennent de Tarrivée du Motti. De derrière une palissade je le vou entrer. 11 est monté sur un petit mulet. On porte au-dessus de sa tête un
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grand parasol en étoffe blanche avec une draperie rouge. 11 est accompagné d*une nombreuse suite de gens à mulet, à cheval et à pied.
Il me fait appeler. Il est dans un petit pavillon, entouré de son conseil composé de vieillards à la figure rébarbative pour la plupart et assis sur des escabeaux devant le lit sur lequel il siège.
Abba Djiffar, Motti de Djema, est un tout jeune homme au teint chaud et pâle d^un catalan; le visage est gracieusement encadré par une belle chevelure arrangée avec soin, et éclairé par des yeux châtains de la plus grande beauté. Des anneaux d'or aux oreilles, à Pauriculaire et au poignet delà main droite, une ganse en or à son bonnet coniquedepeau dechèvre: tels sont les insignes que le Motti porte comme marque du rang suprême.
Il me fait asseoir auprès de lui et me pose quelques questions; il paratt très embarrassé. On dirait que je Teffraie. Il est bienveillant, mais craintif. Les vieillards qui Tentoùrent me lancent des. regards franchement menaçants. On nous fait retirer sans nous avoir offert le café, ce qui est un mauvais signe.
Rentré chez nous, Aiellé, qui est très inquiet, va aux informations et apprend la cause de la crainte du Motti et du mauvais vouloir de son conseil. Comme tous les Européens, je passe pour avoir la puissance de frapper du regard et de jeter des sorts; de plus il y a une prophétie, ici très répandue, annonçant que la couronne doit passer dans la main des Frangui (Européens) >. On m^anribue la puissance de pouvoir, d^un regard, foudroyer le monarque et de n^avoir qu^à vouloir pour m^emparer du trône. Tel serait la cause de la crainte que j'inspire; tels sont les motifs qui ont
I J'ai trouvé les mêmes prédictions chex les Bambaras du Niger. Elles sont répandues dans un très grand nombre de peuplades africaines. Dernièrement| 1877- 1878, vint au Choa un aventurier européen avec de long cheveux et une immense barbe blonde; il se faisait appeler Théodoros et s'annonçait comme devant régner sur toute TEthiopie. 11 était seul, et s'installa dans une grotte sur une montagne des galanes. 11 parlait avec facilité l'amarigna et l'oromon. Les populations des environs ne tardèrent pas à aller le voir en pèlerinage et à lui porter des présents disant : ifoilà un homme qui n'est foini fait comme letautres^ et c^est ainsi que devrait être fait un roi. Ras Gobana eut vent de la chose, fit enlever Théodoros et l'envoya au roi Menélik qui était alors à BouRoumeida; là on fit interroger Théodoros par des européens au service du Choa. n cauM avec eux en français et italien, en anglais, en allemand, et ne voulut dire à personne qui il était ni d'où il venait. L'opinion la plus générale fut que ce Théodoros devait être un russe. Le roi Ménélik signifia 1 Théodoros d'avoir à quitter le Choa et après lui avoir donné une monture, des provisions de route et de Targent, il le fit partir avec une caravane de marchands de Gondar,
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fait jusqu'à présent refuser rentrée de l^Etat de Djema à tout homme de race européenne.
Un homme averti en vaut deux, dit le proverbe^ et maintenant que je sais qu'il ne s'^agit plus que d'apprivoiser mes hôtes et de leur donner une notion exacte de ce que je suis, jVnvisage Tavenir sans crainte, car jè ne me trouve que devant des difficultés faciles à surmonter avec du tact.
Mardi 5 décentbre, — Le Motti sVst mis en route au milieu de la nuit et dès trois heures du matin ceux de ses hommes qui doivent m^accompagner, viennent me dire de partir. Il me fait de la peine de me mettre en route pendant la nuit dans une contrée inexplorée; je désirerais laisser sur mon carnet la trace de tous les torrents que je traverse et des moindres plis de terrain que je puis remarquer, pour donner ainsi plus tard, à' mon excellent ami, Gabriel Gravier, tous les éléments d^une carte de mon voyage, ainsi quMl a bien voulu le faire en 1875 pour mon itinéraire d^El-Golea à Jn-Çalah.
A 4 h. 2o\ marchant au sud nous descendons dans une vallée dont la traversée dure une heure et demie. Elle est coupée par quatre rivières qui fournissent les eaux nécessaires à Tirrigation de cultures de mil et de coton.
De cette vallée, nous passons dans une forêt de haute futaie. L^eau sourd d'un rocher, près d'un feu de bivouac autour duquel se presse une foule bigarrée dans un désordre* pinoresque. La route est large et bien tracée, au milieu du bois. Une foule de retardataires, qui veulent rejoindre le Motti, se hâtent, nous bousculent et nous empêchent de savourer le charme de la forêt, rempli de la senteur des (leurs sauvages et du ramage d^oiseaux.
A 6 heures, nous atteignons la lisière de la forêt. Au haut d'une montée, un long ruban de route en pente douce se déroule devant nous, au sudsud-ouest, à travers une clairière de plantations d^incete et aboutit à la vallée deOuantchô, remplie de cultures et d'habitations; la longueur de la vallée est de droite à gauche. La route la traverse. Le sol est couleur de brique, très poussiéreux, et les nuages de poussière soulevés par les pieds des hommes et des animaux, qui encombrent la route, rendent notre marche très fatiguante.
A 7 heures, nous traversons le torrent d^Aré qui coule de droite à gauche, dans un ravin de terre rouge. Les gens qui sont sur les bords nous imponunent.
A 7 heures 20', nous arrivons à La Malaketta»* rivière qui coule de gauche à droite sur un lit de gravier de vingt-dnq à trente mètres de laideur; après Tavoir traversée, nous voyons sor une cAte, en face de nous, le Motti et son cortège qui marchent aux sons des hautbois.
- La région devient accidentée. A gauche^ sur une butte nous apercevons Goussaé, résidence d'un Abba Koro.
Sur notre droite, sMtend une vallée et, derrière, une montagne qui porte le nom de Bonijeno.
. A 9 heures, inclinant au sud, nous traversons la rivière de Logâ et nous entrons dans le pays de Karsa. La rivière coule de droite à gauche au milieu de prairies.
A 9 heures 5o\ dans un pli de terrain, nous trouvons une flaque d^eau au milieu d^un champ gazonné, entouré d^arbres de toute beauté sur lesquels joue une espèce de petits singes gris et blancs que je n'avais pas encore eu* Toccasion de remarquer.
A 10 heures, faisant route à Pouest-sud-ouest, nous entrons dans le pays de Mhoroutchâ ; la route est bien tracée et bordée de grands arbres, dVbustes fleuris, d^habiiations. Le pays serait charmant sans une maudite poussière rouge qui vous prend à la gorge et vous salit tout le corps; aussi une mare qui se trouve à côté de la route est-elle remplie de baigneun.
A 1 1 heures, nous appuyons à Touest. Nous sommes sur une éminence, et en face de nous, sur une autre éminence, se trouve Djiré, résidence principale du Motti de Djema. Sur la gauche du point où nous sommes et à deux kilomètres environ se trouve Thabitation du frère cadet du Motti.
Dix minutes après, marchant au nord-nord-ouest, nous rencontrons le jeune frère du Motti. Il est monté sur un petit mulet et suivi de gens à pied dont Tua porte un parasol qu^il maintient au-dessus de la tête du jeune prince. Je remarque sur notre droite, un peu en dessous de la butte où se trouvent les maisons du Motti, un joli endos, ombragé de sycomores géants et d'incete, dans lequel il y a quelques chaumières rondes : c^est laque nous devons loger. Au moment où je vais mettre pied à terre je suis étonné de voir mon étrier hors montoir saisi par un petit homme aux longs cheveux qui me salue en langue italienne, et qui, se mettant à côté de moi dès que je suis entré dans la maison où je dois loger, me raconte, en langue arabe (car tout ce qui sait dUtalien se borne à quelques mots), qu'il est arabe de nation, se nomme Hadj Salaa effendi, a été au service de l'Egypte et est venu de Kartoum ici, où il est fusilier du Motti. Tout en causant, je
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remarque les tatouages du bns de mon interlocuieur et je déooavrc qoll a sur le bras des marques chrétiennes tatouées» idies que le poisson. Hadj Salaa e?t probablement quelque cophte, et je citMS qu^il btidnit peu le pousser pour le lui Elire avouer. Quoique en soit, il prétend que nous sommes frères et veut m^apporter un repas ce soir.
A quatre heures, le Moni me fiût demander. Je me rends dies luL Sa résidence est immense, composée de cinq enceintes concentriques dont les murs sont formés de clayonnage booziDé; les habitations condstent en maisons rondes; quelques unes, comme raddarache, ont de grandes dimensions, de quarante à cinquante mètres de hauteur sur vingt à trente de rayon.
Le Motti est dans un petit pavillon, son trône est un lit en bois sculpté et incrusté d^argent. Il a auprès de lui une grande chaire à bras du même travail; cela me paraît si parfait comme ouvrage que je juge que ce doit être un travail indien. Cest bien cependant un travail du pays, car ici les ouvriers sont très habiles. Deux Abba Korro seulement sont avec lui, l'un, homme d*une trentaine d^années, a une figure franche et ouverte, l'autre est un vieillard à mine rébarbative.
Après les compliments, nous nous mettons à causer et cène fois assez cordialement. Il me fait voir du café en cerise et des côrriandres fraîches quMl envoie couper dans son jardin. Le café a tout à dit Taspea d^une ceiîse comme forme et couleur, et la chair qui entoure les deux graines juxtaposées, a un goût aigre doux. On apporte du café et de Thydromel. Je •présente un cadeau au Moni : ombrelle et chemise de soie, plus quelques bibelots, perles, ciseaux et couteaux fermant. En prenant congé de lui sur les cinq heures, je suis heureux de constater que la mauvaise impression du premier jour est tout à fait dis5ipée. En traversant les cours, un assez grand nombre de marchands musulmans, que Tempereur Jean a chassés dernièrement de ses états, viennent me saluer; ce sont presque tous des vieillards; les uns parlent arabe et d'autres mMnterpellent en turc et en grec.
Le soir Hadj Salaa vient me voir. Il raconte des histoires plus effrayantes les unes que les autres sur le Kaffa, et parle surtout de l'usage où Ton serait, quand on veut se débarrasser des étrangers, d^empoisonner les eaux. Il fait son possible pour nous effrayer- et nous dissuader de continuer notre voyage. Il me demande aussi à rentrer au Choa avec moi.
Mercredi 6 décembre, -* De grand matin, quatre hommes ayant les