‹ Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents diversChapitre 9 sur 16 · RSPLOiunoNs irmopiENKES · texte numérisé non relu

RSPLOiunoNs irmopiENKES

premières phalanges de chaque doigt, les lèvres e'. le nez coupés viennent me voir. Us s^efforcent de m^apitoyer sur leur sort en me racontant qu^Us ont été ainsi mutilés dans le Kaffa* parce qu'on a voulu s^emparer de leurs biens. Je pense que pai affaire à des malfaiteurs et je les renvoie.

Sur les dix heures je me rends au palais pour être admis à présenter mes hommages à la mère du Motti. On m^introduit dans la cinquième enceinte de la résidence royale et je trouve dans une galerie le Motrï et sa mère assis sur deux hautes chaires en bois sculpté et incrusté d'argent. La mère du Motti est une femme de trente-cinq ans au plus, à la physionomie expressive et gracieuse, au teint légèrement bistre» un peu forte. Elle est vêtue de blanc et se drape dans une toge. La tête est découverte, ses cheveux sont roulés et frisés en forme de turban. Tout en parlant^ elle accentue son discours par de petits gestes de la main droite qu^elle a mignonne et potelée.

Jeudi 7 décembre. — Dans la journée je monte saluer le Motti et sa mère. Un courrier partant aujourd'hui pour le Choa, j^en profite pour écrire à mes amis d^Ankobèr, MM. Labatut et Pino.

Vendredi 8 décembre. — Pendant la nuit, nous avons une forte pluie d^orage; le tonnerre gronde sur les cinq heures de Paprès-midi. Diaprés les renseignements qui me sont donnés, il y aurait maintenant quatre mois que rhivernage est terminé. Il dure quatre mois et demi; mais il pleut en toute saison, de temps en temps.

Dans la matinée j'ai la visite de marchands arabes et soudaniens« L^après-midi je vais au marché d*Hermatta pour acheter du tabac et je vois en vente, sur ce marché, une quantité considérable d^esdaves. Des courtiers viennent me demander si je ne veux point acheter de Pivoire, du café, du musc.

En entrant chez moi, je trouve un en&nt du Godjam, très gentil, un petit violon pendu au col qui vient jouer, chanter et danser pour me distraire.

Le Motti m^envoie son cadeau, un bouclier rond, des lances, un bonnet en peau de chèvre, un toge avec une large bande orné dç grecques. J^ai donné tous ces objets au musée d^etnographie du Trocadéro. La mère du Motti m^envoie un gobelet avec couvercle en corne de buffle, et des cornes pleines d^un musc, qui passe chez les oromons pour un remède souverain contre les fièvres.

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Samedi g dicemhre, — Je rmens du palais où fai été prendre congé du Mont et de sa mère et je me metten loaie. Noos nous dirigeons an nonl» ouest, vers le marché d*Hermatta ob nous sommes allés hier. Noos traversons un plateau gazonné; ensuite le chemin est bordé de cnhores séparées de la route par des haies Yhres.

Le marché d'Hermatu consiste en une plaine gazonnée avec quelques arbres et des maisons de marchands. Je veux acheter un mulet de charge et nous allons à droite et à gauche quémander une béte. Je trouve une petite mule gris souris qui parait jeune, forte et alerte ; on me la cède pour 1 2 thalari, 54 francs. Une grande animation r^ne sur le marché, mais hélas ! en dehors de quelques paysans qui vendent du grain, du coton et dn tabac, toutes les autres personnes ne vendent où n'achitenf que des esclaves.

A 10 h. 4o\ nous nous mettons définitivement en route, au sud-sudouest. Nous avons d^abord à franchir une colline de terre ronge après laquelle nous trouvons la rivière Aihétou, dont, le pont est rompu* Les eaux coulent de droite A gauche dans un lit d^une quinzaine de mètres de largeur; nous rencontrons au gué une très grande quantité de gens qui se rendent au marché. Nous traversons ensuite une plaine màrécagense et nous devons franchir stv des ponts deux marais remplis d'eau, d^où nous accédons à une belle plaine couverte de pâturages et de cultures et entourée de plateaux également cultivés où se trouvent, au milieu d^arbres, de nombreuses habitanons.

Tournant à Touest-nord-ouest, nous traversons un ^ pays accidenté, peuplé de troupeaux, et nous arrivons au pays d^Irmata.

Après un peu de repos, nous nous remettons en marche au sud-ouest, puis à Fouest-sud-ouest à travers un pays profondément raviné dont le sol est couleur sang de bœuf. La v^étation y^t représentée par des graminées sauvages.

A I h, 45% nous arrivons à la Katchamà, rivière très rapide qui coule de droite à gauche. Nous la traversons sur un pont d^une quinzaine de mètres de longueur. Sur les rives poussent en quantité des arbustes fleuris qui embaument Tair et dont la senteur est d^autant plus pénétrante que le temps est à Torage. En quittant la rivière nous nous engageons dans des ravines de terre rouge qui donnerait un minerai de fer très riche. Les indigènes le traitent dans des fourneaux à la catalane en tout semblable à ceux que fai observés dans la vallée du Niger. Nous avons, devant nous.

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sur un monticule, la résidence royale de Tchiallé où nous nous arrêtons.

Au coucher du soleil, arrive Abba Gàrrô, homme de confiance que le Motti m'envoie pour m^accompagner jusqu'au Kaffa. Abba Gârrû a une belle prestance et une singulière ressemblance avec mon ami le sculpteur Amy ; aussi m'est-il de suite sympathique et je cause avec lui une partie de la soirée. Voici les renseignements qui me sont fournis sur Djema.

Il y a cent cinquante ans environ que des arabes sont venus se fixer à Djema, y ont introduit l'Islam et fait connaître la fabrication des fusils à mèche et de la poudre; fabrications auxquelles on se livre encore aujourd'hui avec succès.

C'est le grand-père du sultan actuel, Abba Djiffar, qui, au commencement du siècle, s'étant fait musulman,, prit le premier le titre de Motti. Abba Djiffar était l'allié et l'ami du xoi du Choa Sahalla Sélassié. 11 eut pour successeur son fils Abba Gômô auquel a succédé le Moni actuel, fils d'Abba Gômo et petit-fils d'Abba Djiffar dont il porte le nom.

La famille d'Abba Djiffar est actuellement composée de sa mère^ de son oncle paternel, Abba Ouadji, d'un frère germain, Abba Ouadji et d'un frèi e consanguin, Abba Djouber.

Dimanche lo décembre, — Nous nous mettons en route à 8 heures, au sud-sud-ouest. Nous traversons un petit plateau et descendons par un solraviné dans des gorges au fond desquelles coule le Guébé. Je remarque sur le bord de cène rivière de beaux malvacés arborescents. Le.Guébé sert ici de limite au pays de Badi ob nous entrons.

Notre route tourne à l'ouest*sud-ouest à travers un plateau gazonné et planté de quelques beaux sycomores.

A 8 h. 4o\ nous traversons l'emplacement du marché de Gouddaoti quelques marchands arrivent et étalent leurs marchandises.

A 10 heures, après un re^ dans uneprairie^ nous nous remettons enroute. Nous traversons d'abord un clair ruisseau qui coule de dix>ite à gauche; la route longe la lisière du plateau. Nous avons sur notre gauche une belle vallée cultivée, sur les coteaux des habitations dont nous voyons la fumée au milieu des arbres. Beaucoup de gens à pied ou montés sur des mulets et des chevaux vont et viennent au milieu de la brume qui nous environne et sont d'un effet fantastique. Le chemin est bordé d'arbres et d'arbustes et ce n'est que par intervalle, à travers une haie du feuillage, que nous avons vue sur la vallée.

sxPLORATiom £tbiohkicibs |8f

Après avoir passé la rivière de Metd, laige d*ODe vingtaine de mètres et coulant de droite à gauche, nous entions dans une plaine marécageuse où la rivière de Tchié-Korsà bh de nombreux méandres. Cette rivière donne son nom à la ré^on. Nous la traversons deux Ms marchant au sad-ouest, et nous nous arrêtons au milieu d^nne prairie. Un nombre considérable de gens se rendent au marché de Goodda. Les voyageurs marchent par groupe. Tantôt ce sont des cheb ou des propriétaires ruraux montés sur des mules, monture de luxe ici comme dans loote TEthiopie, et entourés de leurs clients et serviteurs à pied et à cheval; tantôt, ce sont des troupes de paysans ou des caravanes de marchands.

Pendant une demi-heure nous marchons à Foncst» puis, reprenant notre direction ouest-sud-ouest, nous traversons une troisième fois larivière Tchié-Korsa.

Après avoir franchi des plaines bordées de riants coteaux» des vallées cou venes de verdures et de troupeaux, nous arrivons à midi un quart au manoir d* Abba Ketté, TAbba Doula de Djema chez qui nous devons nous arrêter pour la nuit.

Abba Kené est un beau et gracieux jeune homme qui nous reçoit très cordialement. Nous échangeons des cadeaux en signe d^amitié.

Abba Ketté me prévient qu'il va envoyer un émissaire au Kaffa pour annoncer mon arrivée et il me conseille de rester chez lui en attendant une réponse. Je le remercie de sa bonne intention; et lui fids observer que, désirant voir le KafTa, je ne veux point anendre chez lui de réponse; il est probable, en effet, que Ton me ferait dire du Kaffa de ne point venir; d^un autre côté, voyageant au nom du roi Ménélik. je n''ai d^autorisation à demander ni à recevoir de personne.

Lundi 1 1 décembre. — A sept heures et demie, je vais prendre congé de TAbba Boula ; il est poli et même affectueux.

Nous partons à 8 h. 3o\ dans une direction sud-«tid-est.

Bientôt nous traversons le ruisseau de Bouboutft, qui coule au milieu des fleurs. La route traverse des forêts coupées par des cultures et des habitations. Il y a beaucoup de caféiera sauvages. Nous appuyons à Pouestsud*ouest et nous entrons, à 9 h. 1 5\ dans le pays de Saka.

Cinq minutes après, nous arrivons à la source de la rivière Belleta. La iorêt est remplie de cris d^animaux de toutes espèces; une caravane deporteun

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traverse, en chantant, la forêt, par une route parallèle à celle que nous suivons.

Des Goureza ■ se jouent au sommet des grands arbres qui bordent la route; ils sont tellement agiles, dans leurs mouvements qu'ils paraissent voler. Aiellé voulant montrer son habileté de tireur en ajuste un et lui envoie une balle dans la tête; il tombe foudroyé. Je descends de mulet pour Texaminer, il a, de taille, i" 3o; et a un aspect humain qui impressionne péniblement et fait comprendre les idées superstitieuses des habitants de ces régions, qui regardent. le goureza comme un être à part.

A lo heures, nous franchissons un torrent dont on ne peut me dire le nom et dont les eaux argentées coulent sur des galets. Après, nous nous engageons dans une gorge boisée. Sur la droite, à rentrée, se trouve un vallon couvert de cultures; sur notre gauche, nous avons une montagne boisée. En sortant de la gorge nous sommes sur un plateau couvert de futaies. La route est bien tracée au milieu du bois et paraît très fréquentée. Nous nous croisons avec plusieurs caravanes de porteurs.

A midi, en sortant de la forêt, nous marchons à Touest, et nous nous trouvons dans une plaine couverte de cultures, de pâturages et de plusieurs groupes d^habitations. Dix minutes après, nous arrivons à Kankati, grande habitation appartenant à Abba Ketté, où nous devons coucher. L'habitation est entourée de cultures; il y a notamment, dans un enclos, une petite plantation de café.

Dans Taprès-midi et le soir, on fait dé nombreuses tentatives pour que j^attende ici une réponse du Kaffa. On cherche également à démoraliser mes gens «n leur racontant, sur le pays de Kaffa, les histoires les plus effrayantes.

Mardi 1 2 décembre. — A 7 heures, nous nous mettons en route dans une direction nord-ouest. De beaux arbres bordent la route à droite et à gauche ; sur la cime d*un énorme sycomore, nous comptons plus de vingt ruches d'abeilles renfermées dans des paniers cylindriques.

I CcHobe gourera (simnoiMthèque.)

Les simnopithèques ou enUlUs sont adorés ptr les habîtanu de llnde, qui ii*osent pas s*opposer à leurs larcins.

Le simnopitkèque d'Afrique est le coiobe, unjdes plus jolis singes que Ton connaisse. Il a le dos couvert d'une aorte de manteau depoila dont la longueur augmente avec l'âge.

E.-D. LaBBSSB et h. PlBtRBT.

EXPLOISATIONS EIHIOPIBICIIES

L^usage commun dans toute TÉthiopie, où rapiculture- est tri développée, est de placer les ruches au sommet des arbres.

A 7 h. 40', nous sommes arrivés à Tune des enceintes de Djema et h kTune des six portes ou sorties du royaume; nous devons attendre en compagnie d'une vingtaine de voyageurs Tarrivée des gardiens; nous nous asseyons dans un kiosque en chaume au milieu duquel on a fait du ,feo.

Les gardiens arrivent et après avoir pris les noms des gens qui veulent sortir ils nous font franchir la première enceinte. Une deuxième ligne de défense est formée de trois rangées de pieux épineux au milieu desquels est bâti un corps de garde; viennent ensuite une porte et un fossé que nous franchissons sur un pont-levis.

Après avoir franchi la dernière ligne de défense de Djema, nous notis dirigeons au sud par le désert de K^nkati qui dépend de Djema. Les montagnes sontgazonnées, le sol est noir, il n^y a pas un arbre; Paspect du pays est désolé. Sur notre gauche, nous apercevons une crête boisée.

A 8 h. 34', nous traversons la petite rivière de Gourguésa, qui coule de droite à gauche et forme, à gauche, une gorge terreuse. En quittant la rivière, nous pénétrons dans un marécage asséché et couvert d^herbes lancéolées au milieu desquelles nous disparaissons, nous et nos montures. La marche devient très pénible, car les feuilles de ces grandes herbes sont très coupantes et nous balafrent à chaque instant.

A 9 heures, nous trouvons la rivière Anza qui s^est tracée un lit de sept à huit mètres de largeur au milieu du marécage.

Nous arrivons ensuite à un monticule où les herbes sont moins épaisses et moins hautes ; nous nous y croisons avec une caravane de poneurs > chargés de café et avec des marchands qui conduisent un convoi d^esclaves. Un petit esdavp qui m'aperçoit à Timproviste jette sa charge en criant et va en pleurant se réfugier auprès des négriers.

Nous avons à traverser de l'eau stagnante, plutôt une boue noire et liquide; nous n^y parvenons qu^avec la plus grande peine et en jetant, comme des fascines, des joncs du marécage. Je retrouve id cette odeur caractéristique de marais du Soudan, indice infaillible des pays fiévreux. Le nom de ce marais est Sosotchiou.

A 9 h. 3o\ nous sortons enfin de cette boue noire^ puante, gluante et

I Cet porteurs sont des gens libres; ilt sont engagés pour le voji^ à raison de deux amouMs. Leur charge moyenne est de 35 à 40 livret.

EXPLORATIONS ÉTHIOPIENMGS

nous entrons dans une petite plaine, couverte d^herbage dont la hauteur ne dépasse pas le ventre de nos mules. Sur la gauche, nous avons une dépression dans laquelle poussent de grands arbres.

A 10 heures, alors que nous prenons une direction sud-ouest,, une panthère part dans les jambes du cheval d^ Abba Gourache et répand reffrci parmi les mulets et les chevaux de notre convoi. ...

Un quart d^heure après, nous nous engageons dans une sente d'éléphants large d-une quinzaine de mètres. Des gens qui passent près de nous et dont nous n^apercevons que le fer des lances au-dessus de Pherbe, nous saluant en cnani acharna ! acharna ! Puis, jusqu'à 11 h. i5\ nous traversons une plaine où croissent quelques petits arbres.

A droite, nous avons une forte dépression couverte d*arbres, c*est le fleuve Gaud jeb des Oromons et Godefo des Kafitcho.

Le Gaudjeb est une grande rivière dont les sources sont situées dans une montagne qui sépare le royaume de Kaffa, de Seka, et d^Ilougabba. Le Gaudjeb se réunit ensuite aux trois Guébé et forme le fleuve Omo. Le cours de rOmo» disent les marchands, est très paisible, ses eaux semblent dormir, sa largeur est le.double de celle du NiL

A 1 1 h. 3o*, marchant à Touest-nord-ouest, nous arrivons sur les bords du Gaudjeb. On le franchit au moyen de quatre arbres dont on a réuni les cimes et entre lesquels on a suspendu un large filet de liane qui forme une sorte de pont aérien sur lequel passent nos porteurs. Je préfère traverser le fleuve sur le dos de ma mule. Les eaux sont tranquilles mais profondes; leur couleur pour le moment est rougeâtre.

J^arrive sur Tautre rive du Gaudjeb et suis dans le royaume de Kaffa.

ROYAUME DE KAFFA

Cet Etat de Kaffa^ où nous entrons le mardi 12 décembre i883, est l'un des plus anciens royaumes de TEthiopie; ses souverains ont la prétention d^appartenir à la lignée de Salomon. Ce pays, presque complètement fermé depuis Tinvasion musulmane, se conserve, grâce à une véritable profusion de barrières et de règlements, à Tabri de toute contamination dir dehors.

Les populations du KafTa se disent de race sidama et parlent un idiome particulier se rattachant au ghez, comme toutes les autres langues parlées dans Tempire des Attiés.

Le pays dans lequel nous venons dVntrer a nom Aminya : il est inhabité, traversé par le Gaudjeb, et couvert de forêts et de marécages. Les unes sont le repaire de lions, de panthères noires, de civettes, d^oriaéropes; dans les autres pullulent Péléphant, le rhinocéros, Thippopotame, le buffle, le crocodile. Des légions d*oiseaux de tout plumage, de tout chant ou cri, separtagent, avec d^innombrables singes, la cime des forêts et le domaine des airs.

11 est d'usage dans toute TEthiopie de donner, comme frontières aux différents états, une bande de terrain désert, plus ou moins large, qui sert de territoire de chasse et forme, en cas de guerre, une première ligne de défense.

Nous nous remettons en route à midi 40^ A Touest, le fleuve passe sur notre gauche, à travers des gorges de montagnes ; nous sommes sur un plateau à grandes ondulations, couvert d^herbes lancéolées, mais sans arbres. En face de nous, il y a une ligne de montagnes noires et boisées*

A I h. 55^ nous voyons venir au devant de nous deux hommes à pied précédant un cavalier; ce dernier, dès qu^il nous aperçoit, met pied à terre et^ confiant à ses compagnons sa monture, sa lance et son bouclier, arrive, casquette à la main, s^inclinant jusqu'à jrerre et nous disant : : Chô acha bd! chû acha bd! chô acha bd! ce qui peut se traduire par : c je me cache sous terre, je me terre ». Telle est l'étrange salutation usitée en pays sidama.

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Ces hommes sont envoyés au devant de nous de Kafia pour me saluer et donner ainsi une preuve d^entiëre soumission aux volontés de leur suzerain^ S. M. Ménélik II, roi du Choa.

Le costume des envoyés vaut une description. Il se compose d*un large caleçon en toile de coton bleu et blanc, qui ne descend qu^à mi-cuisse et est retenu aux hanches par un ceinturon en cuir dans lequel est passé un coutelas; le haut du corps est couvert d^une demi-toge en coton retenue au col par des cordons. Sur la tête une petite casquette conique en peau de singe goureza noir et blanc, avec laquelle on salue à Teuropéenne. Précédés des Kqfitchio nous continuons notre route» à deux heures, au sud.

Nous sommes au milieu d'un fourré d'^arbustes fleuris dont les fleurs dominantes sont blanches ou jaunes.

Vingt minutes après, nous sommes devant la première enceinte du Kaffa. Le roc est taillé à pic, une solide porte en bois et une herse en épines sont tout ouvertes pour nous recevoir. Le gardien, un Goliath noir, agite sa casquette en nous saluant par des Ouat chàka (comment allezvous?) qu'il prononce d'une voix creuse et d'un accent lugubre. Il nous fait franchir Tenceime et referme soigneusement sur nous les issues.

Nous prenons notre route par un plateau terreux, couvert d'herbes jaunâtres; en face, nous avons des montagnes très boisées et, sur la gauche, une gorge profonde également boisée.

A 2 h. 3o'y une dizaine de personnes à cheval viennent à notre rencontre. Parmi elles se trouve un jeune homme du nom de Jacob, ancien élève de Mgr Massaja, parlant l'amarigna et disant quelques mots de latin ; il m*est envoyé comme interprète.

Cinq minutes après, nous sommes au bord d'une rivière nommée Potiyo. Elle coule de gauche à droite, sur un lit de galets, et vient de la gorge que j'ai signalée quelques lignes plus haut. Tout le monde a soif^ mais les histoires de rivières empoisonnées, que l'on nous a racontées à Djema, ont tellement impressionné mes hommes que personne n'ose s'aventurer à goûter l'eau du Potiyo. Je me fais apporter un gobelet et je bois, engageant mes hommes â suivre mon exemple,

A 2 h. 41', nous arrivons devant une esplanade gazonnée sur laquelle stationnent une vingtaine de gens armés ; le chef est couvert de la petite casquette conique en peau de goureza. Sur notre droite se trouvent des cultures cachées par des haies impénétrables au regard et formées de plantes diverses; plusieurs sont couvertes de fleurs, fleurant de suaves parfums; à

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gauche, une haie de cactus épineux sépare la campagne du chemin quiesi^ en outre» bordé à droite et à gauche d^une ligne d^arbres.

A 3 heures^ marchant à Touest, nous ne voyons personne dans les champs; la campagne paraît déserte; nous avons cependant sur notre gauche de nombreuses habitations et des cultures. J^ai appris depuis que, dans la crainte du mauvais œil, on se cachait partout ob je devais passer. A notre droite* s^ouvre une vallée cultivée» limitée par des monts nus et pelés auxquels succèdent des montagnes boisées.

A 3 h, 5\ nous traversons la rivière Mânno, qui coule de dixrite à * gauche sur un lit n^ayant ici qu^une dizaine de mètres de largeur. Nous continuons à monter pendant une centaine de mètres et nous descendons à une nouvelle rivière qui coule au milieu de plaines ondulées» coupées de nombreuses rigoles et dont le sol, très riche en humus» est couvert d*herbes sauvages.

Marchant alors au sud-sud -ouest» nous arrivons» à 4 h. 20» devant une double haie de cactus impénétrable. Cei haies» distantes Tune de l'autre d*une trentaine de mètres, sont percées de portes en bois très épais et soigneusement gardées. Il n'y a que dix minutes que nous avons dû franchir une pareille enceinte. Au milieu des gardes et des curieux se trouve un bd enfant; c'est le fils du cavalier qui est venu nous recevoir. En voyant le père embrasser avec effusion son marmot» je me dis intérieurement : c un homme qui sait ainsi embi*asser un enfant ne saurait être méchant ». Un peu plus loin c^est un vieillard que notre guide va embrasser : son père, dit-on.

A 4 h. 40^ nous arrivons au marché de Baka» plateau gazonné^ orné de grands arbres sous lesquels sont construites, pour les marchands, de petites échoppes de paille. A la cime du plus haut de ces arbres, on construit une sorte de hune dans laquelle veillent deux hommes. Des pièces de bois creuses et sonores sont placées près des vigies qui doivent frapper dessus dès qu'ils aperçoivent quelque chose d*insolite. Des lieux de guet sont disséminés dans TEtat de Kaffa» de manière à pouvoir se correspondre Ton Tautre. et forment ainsi un véritable réseau télégraphique.

Deux racho (chefs) viennent me souhaiter la bienvenue. L^un est on vtTX vieillard, du nom de Tcha-Racho; Tautre» Oude-Racho» est on jcnnc homme déjà chauve. Ils me conduisent à la maison qui m*a été préparée et ob nous arrivons à 5 h. 3'.

Cette maison est située au milieu de jardins entourés de plantations

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d*incetes et de caféiers et close par de hautes haies feuillues. Nous sommes bien ici dans le pays du café^ mais nous sommes surtout dans le pays de rincete.

Cette plante^ le Musa ensete des botanistes, rend ici des services encore plus nombreux que le dattier dans le Sahara. Les racines et le bas des tiges fermentées servent à faire le pain,. qui est la base de la nourriture du KafTa. Avec ses feuilles, qui ont des dimensions gigantesques, de un mètre cinquante à deux mètres de longueur sur cinquante à quatre-vingts centimètres de largeur, on couvre les maisons ; on s^en sert comme de nattes et de tapis. Teillées, elles donnent une belle filasse qui sert à tresser des cordes, à confectionner des filets, à tisser des étoffes, même à faire des vêtements : témoin un petit captif vêtu d'une feuille autour des reins et d'une autre sur les épaules, qui est là, les yeux béants, à me regarder prendre mes notes pendant que les rachos font étendre devant ma demeure des feuilles d'incete en guise de siège.

Les rachos se retirent après m'avoir fait amener un magnifique bœuf, et apporter des pains, de la bière, de Thydromel, des volailles. Un serviteur, n^ayant d'^autre mission que de faire du café, a été placé devant ma porte par les rachos.

Mercredi^ 1 3 décembre. — Le kattama-racho, sorte de grand-vizir ou de maire du palais, qui détient, au nom du Tatino, roi, le pouvoir, m^envoie deux hommes chargés de m'accompagner et de me guider auprès de lui.

En attendant le moment du départ, je note sur mon carnet le nom de treize Etats indépendants, situés au nord-est et à Test du KafTa, qui seraient également peuplés par la race sidama, et dont les rois, comme celui de KafTa, porteraient le titre de Tatino. Ce sont : !<> le Koulla; 20 le Konta; 30 le Kotcha; 4^' le Malto; 5o le KofTâ; 60 TAlfa; 70 TOuba; 8» le Zalla; 90 le Baltchio; lo^le Bouké; i !<> le Zassé; 12^ le SargouUa; i3o le Brodagéda; ce qui fait, en comptant Kaffa, quatorze Etats de race et de langue Sidama.

A 8 h. 3o\ nous nous mettons en route. Le chemin, qui est argileux et glissant, est dans un état tel que nos montures ne peuvent avancer; nous le quittons et nous prenons à travers champs. Là, nos bêtes marchent avec peine, mais marchent; sur le chemin, elles ne faisaient que glisser.

A 8 h. 5o', nous dirigeant au sud-sud*ouest, nous traversons le mar-

EXPLORATlOyS LTHIOPIEKKES

ché de Baka, qui est plongé dans un épais brouillard au milieu duquel s^agitent des formes indécises; aux saluudons quVUes nous envoient, nous reconnaissons que ce sont des humains.

A 9 heures, nous tournons à Touest-nord-ouest et nous suivons une des grandes routes du Kafia. Elle est très régulièrement tracée, d^une quinzaine de mètres de largeur, bordée des deux côtés de murailles de verdure impénétrables au regard et fleurant les enivrantes senteurs des jasmins sauvages, des chèvrefeuilles, des clématites, qui relient entre elles les arbustes à feuillages divers et les bambous qui forment la haie. Au-dessus émergent de grands arbres dont les têtes forment berceau au-dessus de la route. Le sol est formé d^un argile rouge et glissant. Pair est embaumé, l'atmosphère lourde, chargée de senteurs comme celle d'une serre ou du boudoir d*une courtisane. La route est déserte, cependant pleine de bruit. Les habitations sont nombreuses. Derrière les haies on entend les murmures des habitants dont quelques-uns nous saluent de bruyants outfcha-^kdl

A 9 h. 5' une double haie, des portes, des arbres avec des guetteurs, barrent la route et forment limite entre le pays de Baka, que nous quittons, et celui de Baka-guera-Beké, où nous entrons.

En sonant de Tenceinte, au sud-sud-ouest, nous trouvons un plateau découvert, entouré de coteaux bas et couverts de cultures. La route, à quelques mètres de Tenceinte, est de nouveau indiquée par deux rangées d^arbres. Nous nous croisons dans le chemin avec des musulmans qui poussent devant eux des troupes de femmes et de filles captives. Le plus grand nombre de ces malheureuses n'a pour vêtement qu*un court jupon en cordelette d'incete. Presque toutes ont la tête couverte d^un petit cône en forme d'éteignoir fait avec de la moelle de palmier.

Le pays dans lequel nous nous trouvons, à dix heures, se nomme Agâmo. La route est bordée d'arbres. Voici les espèces que je note : palmier doum, euphorbes arborescents, bambous. Tous ces arbres réunis entre eux par des lianes et des plantes grimpantes, parmi lesquelles le jasmin domine, forment des murailles odorantes impénétrables à Toeil. De nombreux singes et beaucoup d'^oiseaux se trouvent à la cime des arbres qui bordent la route.

A 10 h. 22^ nous traversons la petite rivière de Goguem, dont les berges sont rocheuses et escarpées. Une pluie fine commence à tomber.

A 10 h. 3o', inclinant un peu vers le sud, nous franchissons une

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double enceinte avec portes et vigies, et nous quittons le pays d*Ag&mo pour entrer dans celui d^Oumakila.

A 10 h. 5o\ nous traversons la rivière Adjetche. Elle coule de droite à gauche* Nous avons beaucoup de peine à faire escalader par nos animaux ses rives effondrées par les eaux. Une fois sur l'autre rive de TAdjetche, nous retrouvons un terrain plan avec une route bordée d'arbres et d'arbustes formant muraille. Du milieu des fourrés qui bordent la route» sort, en rampant, quelque chose qui a vie et parait un fagot de feuilles d*incete; cela se met droit sur deux pieds et fuit devant nous. Mon chien lui donne la chasse. Ial frayeur fait tomber le tout et nous le relevons en tâchant de le reconforter : c'est un pauvre vieux couvert de feuilles d'incete attachées aux reins et au col en guise de vêtement.

A II h. lo', nous arrivons au marché de Kaya qui se tient sur une grande place complantée d^arbres. Le plateau se prolonge sur notre gauche; à droite, il donne naissance à une grande vallée en partie occupée par des bois et des cultures. Une des vendeuses du marché, voyant Abba Gourache s'approcher d^elle, s'empresse de s'enfuir avec ses marchandises.

A II h. 30', nous traversons une double enceinte, avec portes, vigies, etc., etc., et nous nous trouvons sur le marché de Kari. En face de nous, sur une côte, se trouvent le marché et la ville de Bongâ.

A 1 1 h. 5o\ nous traversons la rivière qui occupe le thalweg de la vallée de Bongâ. Elle a une trentaine de mètres de largeur au point oCi nous la passons. La hauteur des eaux est de o" 60, leur couleur d^un rouge très foncé, leur cours rapide, sur un lit de galet.

A 1 1 h. 58^ nous nous arrêtons à côté de la ville de Bongâ. Une foule compacte de femmes, d'enfants, d'hommes, viennent nous regarder. Les femmes et les enfants sont tous des captifs, et les hommes des marchands musulmans du Tigré, du Godjam, etc., etc. Plusieurs ont le chef rasé et orné de petites calottes maraboutiques en soie ou en drap de couleur : ce sont les fervents. Nous distinguons, au milieu de cette foule, à peine deux ou trois Kaféchio, reconnaissables à leurs casquettes en peau de goureza.

Les gens, pour me voir, se jettent sur moi à m^étouffer. Abba Gourache fait des moulinets avec sa lance et les met en fuite. Je le prie de rester tranquille. La curiosité de ces gens-là est trop naturelle. Ne voyons-nous pas, chaque jour, la foule s^écraser en France pour voir passer des Chinois ou des Siamois, dont nous avons cependant partout des représentations en gravure, photographie^ etc., etc. Ces gens-là ne connaissent guère les

EXPLORATIONS ETHIOPIENNES

Européens que par oui-dire. Ils ont vu les frères d^Abbadie en 1843, Mgr Massaja en 1 8 5 5, et c'est tout.

A midi 6\ nous nous remettons en route au sud-sud-est.

A midi 45', nous tournons à Test et nous passons devant Tune des résidences du Tatino (roi), à côté de laquelle se trouve un bloc erratique dont la position a été déterminée^ en 1848^ par M. Antoine d'Abbadie, et qui serait de 7<> 4' 40'' latitude^ 340 o' longitude orientale (méridien de Paris), et l'altitude + ï85o mètres.

Cette résidence royale est formée d'un vaste enclos entouré de baies vives. Dans Tintérieur s^élèvent des chaumières de formes diverses et en assez grand nombre.

On nous fait brusquement tourner à gauche à Test-nord-est, pour entrer, par une brèche que Ton vient de faire dans une haie, dans un jardin comptante d'incete et de bambous.

A midi 48', après de nombreux tours et détours, toujours au milieu des jardins, nous arrivons devant une maison qui nous a été préparée et où je suis reçu par le racho de Bongâ, Guinségue-racho, et un vieux musulman dont le chef est rasé et Tocciput recouvert d'une barrette en flanelle rouge.

On nous amène des moutons, un bœuf; on nous apporte de la volaille^ des pains, de la bière, de Thydromel, et Ton installe sous le porche de ma maison le sen'iteur chargé de faire le café, que Ton prend ici à tout instant.

Mes compagnons ont grand peur d^ètre empoisonnés, et ils font tout goûter aux gens qui nous servent avant d'en user. Cela me fait observer une curieuse coutume des Sidama, celle de boire à deux en même temps dans le même gobelet, ce qu'ils font en s*asseyant l'un à côté de l'autre en se passant un bras autour du col et en soutenant Tun de la main droite et l'autre de la gauche le vase où ils trempent en même temps les lèvres : ils boivent même ainsi le café dans leurs petites tasses en corne.

Jeudi, 14 décembre. — Dès six heures du matin, le vieux musulman, signalé au milieu des gens qui sont venus nous recevoir, est auprès de moi. Il a déjà passé hier une panie de la journée à mes côtés. C'est un petit vieux de soixante-dix ans environ. Il est né à Gondar et- se nomme Hadj Mohamed Salé; il appartient à une famille de marchands musulmans de Gondar. Son frère aîné est à Gondar et un autre de ses frères, son aîné

EXPLORATIONS ETHIOPIENNES

aassi, est au Kaire. Il y aurait trente-deux ans qu*Hadj Mohamed habite le royaume de Kaffa, et il est père d'une dizaine d^nfants quMl a eus ici de femmes Sidama. ses épouses.

Hadj Mohamed me donne divers renseignements qui méritent d^étre consignés par écrit.

Voici tout d^abord, suivant lui, Forigine du mot Kaffa : Mohamed Gragne, lorsqu^il envahit les Etats chrétiens de l'Ethiopie, serait venu jusqu'au Gaudjeb; c'était le moment des hautes eaux; le courant du fleuve était impétueux; il dit : ne Kaffi (j^ai peur) et retourna sur ses pas, et ses soldats donnèrent à tout le pays au-delà du Gaudjeb le nom de KafTa. Bien que le récit de THadj Mohamed manque par sa base, puisque le nom de Kafia est antérieur à l'invasion de Gragne, il est important en ce sens qu'il fixe, d'après la tradition musulmane elle-même, le point extrême atteint par le conquérant musulman.

Toujours diaprés l'Hadj Mohamed, le souverain du KafTa est oui\erro (descendant de Salomon) ; son titre est Tatino.

A KafTa, tout se fait au nom du Tatino; on le croirait partout; cependant personne ne le voit, sauf ses eunuques et ses femmes.

Cette Majesté éthiopienne est gardée par Icsdits eunuques comme un véritable prisonnier. Les ministres, ou grands du royaume, ne pénètrent dans la maison où elle demeure que les épaules couvertes d'une peau de bœuf, et à reculons. Cest dans cette attitude qu'ils s'approchent du rideau derrière lequel se trouve, leur dit-on, le Tatino, auquel ils ne parlent que par l'intermédiaire des eunuques.

Hadj Mohamed a dû se soumettre à ce cérémonial chaque fois qu'il a été reçu par le Tatino. Peut-être Mgr Massaja a-t-il vu le Tatino?

Le Tatino ne mangerait même pas lui-même : ce seraient encore ses eunuques qui lui donneraient, pour ainsi dire, la becquée et qui le feraient boire.

Quand il sort des chaumières qui lui servent de palais, c'est couvert d^un sac, qui le cache complètement de la tête aux pieds, et hissé sur un vieux cheval dont le harnais doit être sale et déchiré; une troupe d'eunuques armés de fouets entourent le monarque dont la monture est tenue en main par les quatre plus grands dignitaires du royaume, qui ont les épaules couvertes d'une peau de bœuf.

Tout individu qui essayerait devoir la figure du souverain serait puni de mort.

EXPU>BATIO>'S ILTHIOnK!(lfES IaJ

Son nom même est an mystère. PùursavvMrlenom dn Taiiiioactiid^ lequel est Callito — THadj Mohamet n^ayant jamais tooIo nous le dire, nous dûmes corrompre Tun des eunuques du palus par le doo d*Qn collier de perles dorées de Paris — une grande nouveauté, par parenthèses» et qui a beaucoup plu en Ethiopie.

Un tel souverain ne pouvant guère, on le comprend^ gouverner effectivement, c*est une sorte de grand-vizir ou maire du palais, le Katamaracbo *, qui administre le royaume avec les gouverneurs de pnyvince, dont chacun est, du reste, à peu près indépendant dans son gouvernement.

Les rachos de Bongâ, qui sont venus me voir dans la matinée, reviennent sur les cinq heures avec une nombreuse escorte. Us me disent que le Katama-racho est malade et me demandent de lui envoyer les lettres que )*ai pour lui et pour le Tatino. Pressenunt un pi^e, je réponds que je suis prêt à aller trouver le Katama-racho s'il ne peut venir, mais que je ne remettrai très certainement les lettres qu*à lui-même. Après beaucoup de compliments et de salutations, les rachos se retirent et me font envoyer deux bœufs, de la volaille, des pains, de la bière, de Thydromel, etc., etc.

J^ai Toccasion d^obser\xr qu'ails sont soumis à une minutieuse étiquette. Cest ainsi que chaque homme est suivi d^un enfant esclave qui loi porte, sur le bras, un cuir de bœuf découpé en manteau. Dans toute rétmion, une seule personne peut porter la toge librement drapée, les autres, en signe de respea, Font attachée avec des ficelles, de la même manière que Ton agrafe un manteau autour du col. Enfin, lorsque Ton se présente devant son supérieur immédiat, ou devant une personne que Ton veut honorer d^une manière toute particulière, on quitte la toge et Ton se couvre de la peau de bœuf que porte le suivant, auquel on remet sa lance.

Vendredi, i5 décembre. — Nous restons toute la journée à attendre vainement le Katama-racho. Nous avons la visite des rachos qui nous font amener un bœuf et des victuailles de toutes sortes en abondance.

Dans Taprès-midi, Abba-Koro, Thomme du moni de Djema qui est venu avec nous, nous raconte que Tislam a été introduit dans cet Etat, il y a 3oo ans, par un Arabe, Ali-Oli, qui vint de Gondar à Djema, et qui attira dans le pays des ouvriers arabes. Lui-même, Abba-Koro, prétend descendre de Tun de ces Arabes.

< Katama est un mot commun à la plupart des langues éthiopieBiies et qui s ia signification de « TiDe principale, capitale ».

f&wÉÊmmmasmm^»

Jt..^ X

194 EZPL0IUTI3NS ÉTHIOPIENNES , '

Samedi, 16 décembre. — Enfin, sur les huit heures, on vient m^annoncer la prochaine visite du Katama-racbo. Je passe une longue redingote en drap noir, une chemise et un gilet blanc, je chausse mes pantoufles de maroquin rouge et j^attends avec impatience le moment de Tentrevue.

A neuf heures, Katama-racho est arrivé. II vous attend, vient-on me dire. Je me lève, je suis sans armes, ainsi qu^Aiellé, qui doit me servir d^interprète; mais mes autres domestiques, même celui qui porte mon parasol, sont armés jusqu'aux dents.

On nous fait traverser des jardins et Ton nous mène dans une prairie oti sont assis, auprès d^une haie d^incete, sur des feuilles d'incete, abrités par des feuilles d'incete, le Katama-racho et deux vieillards. En face, on a étendu à terre quelques feuilles d'inccte pour 'moi-même. Une foule nombreuse forme la haie à droite et à gauche; le Katama-racho se lève et me fait signe de m*asseoir.

Le Katama-racho est encore jeune. Il a la peau noire et les cheveux, crépus, mais la forme du visage ainsi que Texpression n*a rien de chamitique. Sa physionomie rappelle le type si populaire des méphistophélès. A sa droite est assis un beau vieillard à la figure franche et ouverte, au teint pâle, à barbe et cheveux d'une blancheur de neige. L'autre vieillard, celui qui est à la gauche du Katama-racho, a la barbe grise et la figure rébarbative.

Après un moment de silence, on me demande de mes nouvelles. Nous échangeons des compliments. Je présente alors mes lettres. Le Katamaracho me fait dire qu'il n'y a dans tout le royaume que deux personnes lettrées, les prêtres catholiques; qu'on les attend, qu'ils vont venir et qu'avant leur arrivée il ne veut pas toucher les lettres : on pourrait Taccuser de les avoir changées, dit-il en terminant.

Je dépose alors les lettres à terre devant le Katama-racho et nous restons tous les yeux fixés dessus sans ouvrir la bouche. Cette position ridicule dure bien une grande demi-heure; de temps en temps un officier, les épaules couvertes du cuir de bœuf d'ordonnance, la casquette à la main, et suivi de son petit servant d'armes portant sa toge, sa lance et sa rondache, s^approche du Katama-iacho, lui dit mystérieusement quelques mots à Toreille et va ensuite grossir le nombre des hommes armés qui nous entourent : plus de mille assurément.

Drin, drin, drin, tout le monde est debout; deux mulets trottinant en faisant tinter leurs sonnettes arrivent : ce sont les prêtres. Katama-racho et

tous les assistants se précipitent pour lear tenir rétrier, lear baiser la main, et être aqiergés d^eau bénite qo^ils ont dans un goupillon en ctiivre qoi a la fonne d^une poire à pondre.

Après que j*ai serré la main à ces pritrcs, le Katama-racbo remet, à celui qui est le supérieur, abba Fessas, un grand maigre, les lettres pour qu^il les traduise, ce qu^on lui fait recommencer par trois fois. Ensuite il a un long entretien avec ses accoljtes, pendant lequel le vieillard à barbe blanche ne cesse de me regarder en souriant, haussant les épaules et en me mimant très clairement : Mon Dieu ! que ces gens sont biies!

Katama-racho me faisant adresser la parole médit : queTusage est que les étrangers ne dépassent pas le marché de Bongâ sur lequel on trouve à acheter et à vendre tout ce qui s^achète et se vend dans le pays; qull ne peut, avant d^en avoir référé au Tatino, me donner Pautorisation d aller dans le pays. Je lui demande alors à aller tout d^abord visiter le marché de Bongâ.

— Cest impossible, me dit-il, en vous voyant, tout le monde prendra la fuite..

Me sentant envahi par la colère, je me lève avec dignité, et, suivi de mes domestiques, je rentre chez moi, laissant Aiellé n^ocier avec le Katama-racho.

A onze heures et demie. Aiellé revient avec Hadj Mohamed et Guimzègue-racho. Je suis autorisé à visiter le marché de Bongâ. A midi, nous nous mettons en route et à deux heures nous sommes rentrés chez nous.

Bongâ, la seule agglomération du royaume ressemblant un peu à une ville, est située, comme nous Tavons déjà vu, en amphithéâtre sur un coteau dont une rivière assez large baigne le pied, et se compose de quatre quartiers distincts, habités par les marchands de Gondar, Djema, Godjam et Guerra, qui se gouvernent dans leurs quartiers respectifs comme le faisaient autrefois les Européens dans leurs fondoucks des échelles du Levant. Entre ces quatre quartiers se trouve le marché proprement dit, qui est quotidien.

J'ai surtout en vue d'ouvrir une route commerciale qui, partant d'Obock, possession française, aboutisse par le Choa au Kaffa, route qui pourra éu% prolongée jusqu^aux grands lacs de l'Afrique équatoriale. Il est donc naturel que j'étudie Bongâ et le commerce du Kaffa sur lequel je vais donner ici tous les renseignements que j'ai pu me procurer.

196 EXPLORATIONS ^!THIOPIBNNE8

Le principal commerce, après la traite des esclaves, est celui du café; viennent ensuite le musc, la coriandre et Tivoire.

La troque est inconnue à Bongâ. Toutes les transactions s^y font au moyen de Yamoulé, monnaie de sel d^un usage commun dans toute TEthiopie. Les amoulés sont des pierres de sel gemme, venant des mines sises dans le Tigré; elles sont taillées en forme de pierre à aiguiser les faux. Au Choa, Tamoulé a un poids moyen de 5oo grammes; ici, un poids maximum de 3oo grammes; les amoulés diminuent au fur et à mesure du voyage, les marchands les grattant tout le long de leur route pour piiycr avec les parcelles de sel ainsi détachées le grain, la viande, etc., dont ils ont besoin pour leur nourriture; les subdivisions de Yamoulé sont représentées par des grains de verre de forme irrégulière, dcdimensions minuscules et de couleurs variées, rouge, bleue, verte, blanche, jaune, etc.

Les thalari de Marie-Thérèse ont également cours au KafTa; leur change varie de un thalcr pour cinq à sept amoulés.

A Bongâ, un captif se paierait, suivant Tâge, de 10 à 20'amoulés; un bœuf gras de 3 à 5 ; un mouton vaut de 3o à 5o grains de verre.

Mais la production la plus importante du KafTa, c'est le café. Ici, le cafés^appelle bonne, et à Moka boun >; partout ailleurs il porte un nom rappelant le KafTa, qui est peut-être son pays d'origine, probablement le pays où Tusage de sa culture est depuis le plus longtemps répandue, cer* tainement un des pays du globe produisant les meilleures sortes, les plus exquises au goût.

A partir du Guebé, affluent de TOmo, point où disparaissent lesoli* viers, les caféiers constituent le sous-bois de presque toutes les forêts, et croissent, du reste, en quantités tellement considérables partout, même sur les grands chemins, qu^on ne se donne pas la peine d^en faire une récolte régulière. Cest ce café sauvage, très noir et d^un arôme très fort, qui se vend à Massâouah et est connu dans le commerce sous le nom de café d'^Abyssinle.

11 ne se vend, sur le marché de Bongâ que du café cultivé, au grain régulier, d'un beau ven et dont Tarôme est d^une délicatesse exquise. Le café ne se vend pas au poids, mais à la mesure, au ouancha, gobelet en corne, d'une capacité d'environ trois quariS de litre; quant au prix, on paie

< M. Antoine d'Abbadie écrit huna et bun; mais, d*aprèt Torthographe qu'il a adaptée pour la transcription en caractère latin des mots éthiopiens, Vu doit se pfx>noncer ON, et Va est un a très bref, qui a un son très voisin d^ notre é rnu^L

KXPLORATIOKS KIHIOPIENMES

un ûMOulr fouT i5 à 25 gobeleis, suivant la saison; le prix du cstfS cerise est moitié moindre. La production du café, au Kafla, peut estimée de 5o ooo à 60 000 kilogrammes par an, et elle pourrait ixrc certainement centuplée.

Presque tout le café du Kafla est actuellement monopolisé par les gon— darais musulmans, qui font le commerce des esclaves, et le vendent dans les harems de TOrient dont ils sont les fournisseurs.

Les autres produits indigènes du KafTa sont : le musc, qui provient tlti chat musqué, ou civette d'Afrique réduite à Pétat domestique. Le musc vaut, à Bongâ, de 3 à 5 amoulés l'okiet, du poids d*un tbalari =s 333 gr.

Le corrarîma, fausse corriandre, très recherchée comme condiment par tous les Orientaux, et qui se vend à raison de 1 000 à i 200 têtes pour un amoulé. L'ivoire, enfin, assez abondant sur le marché de Bongâ, vaut de 25 à 3o thalari Vokiet, du poids de *i 3 kilogr. 5oo gr.

Le coton, le miel et la cire existent également au Kafia, mais ils ne paraissent pas sur le marche de Bongâ, où ne se vendent non plus ni étoffes ni articles manufacturés, si ce n*est des boucliers ronds en cuir de buffle» fabriqués dans le pays, qui jouissent d^une grande réputation dans toute r Ethiopie.

En plus des quatre quartiers que fai signales, se trouvent des groupes de maisons isolées pour les gens de Gouma, Goma, Limoux, et même du Zanguebar, me dit-on, dont quelques marchands arabes viendraient jus* qulci acheter des esclaves.

Hadj Mohamed me mène visiter le quartier des gondarais, et Abba Koro celui de Djema, dont les habiunts m'accueillent avec des démonstrations d*amitié, parce que je viens de leur pays.

Les maisons des marchands qui occupent cette ville de Bongâ sont mal aménagées. Ce sont des demeures provisoires. Partout errent des captifs de tout sexe, âge et provenance, les uns libres, les autres les fers aux pieds. Des courtiers vont et viennent r: plusieurs me font leurs offres de services. 11 y a ici un trafic relativement important; cependant, si on voulait Tapprécier, on trouverait probablement un chiffre très minime de i 000 000 à I 5oo 000 francs d'affaires par année, moins que celui d*un rayon d^une boutique de Paris ou de Londres. Et dans ce chiffre, le commerce des enclaves doit être évalué à 5o • o, celui de Tivoire à 20 •/©, celui du musc à 1 5 Vo, celui du coriandre à 10 Vo. celui des boucliers et objets divers à 5 V©.

Les importations consistent en verroterie, quelques métaux : cuivre,

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I9S EXPLORATIONS ^HIOMENKEI

éxain, et surtout amoulés; cette pierre de sel» qui constitue une véritable monnaie» est en même temps un objet de grande consommation et de pr»^ mière nécessité.

Les étoffes qui servent à vêtir la population du Kaffa, ainsi que leurs armes offensives» lances et coutelas, sont £ibriquées par les Zingero.

A deux heures après midi» nous quittons Bongft et nous rentrons chez nous.

Dimanche j 17 décembre. — Je passe la journée chez moi à attendre U décision du Tatino. Hadj Mohamed vient me voir le matin, Taprès-midi et dans la soirée. Tout en cherchant à me fiiire causer» il me donne des renseignements sur le Kaffa.

Le climat y serait tempéré; il n*y aurait pas d^hiver au Kaffa» du moins dans les vallées» et les chaleurs excessives y seraient également inconnues. Seulement, il y pleuvrait légèrement» mais assez régulièrement chaque jour.

Un tel climat est» parait-il» sain» car, toujours d'après THadj Mohamed» la longévité serait remarquable au Kaffa» où Ton trouve un assez grand nombre de gens âg^ de 100, 1 10» 140 et même i5o ans.

Lundi, t8 décembre. — Vers une heure après midi» Katama-racho me fait appeler. Il est dans la prairie où a eu lieu notre entrevue de samedi» avec les deux prêtres, Hadj Mohamed et cinq autres personnes seulement. Après un échange de compliments mutuels, il m'offre le cadeau du Tatino, consistant en un jeune esclave de six à sept ans, une mule de sellé» deux cornes de musc, deux toges fines pour moi et dix-ordinaires pour mes gens. Le Tatino fait, en plus» cadeau à Aiellé d*une toge fine et d^une corne de musc.

Je remercie et j'envoie chercher le cadeau que je destine au Tatino : une chemise et un parasol en soie» des perles dorées et quelques autres bibelott.

J'offre aussi mon présent au Katama-racho qui dit de tout rapporter chez moi et qu'on prendra les cadeaux la nuit pour que personne ne puisse savoir ce que je donne au roi et à lui. Du reste, il me remercie très courtoisement» tant en son nom personnel qu'en celui du roi.

Le Katama-racho me dit ensuite que je suis autorisé à vinter Tancienne mission de Mgr Massaja» et à aller à une journée au sud de ma rési*

EXPLORATIOKS tmiOPIENIIES

dence. Mais, ajoute-t-il, le Tatino préférerait me donner tout ce que je voudrais et que je consentisse à sortir de suite du Kaffa.

Je remercie des autorisations qui me sont accordées, et sans m^arrêter aux dernières réflexions de Katama-racho, je rentre chex moi suivi du négrillon que l'on vient de me donner. Cet enfant est très effrayé d^appartenir à un homme fait comme moi; il a une peur terrible et se désole. Rentré à la maison, je fais interroger cet enfant. Il ne connaît pas son pays» il ne sait s'il a eu une mère (sic), et se nomme Gabitto. Il a pour vêtement un morceau de filasse d^incete autour du corps, la tête rasée à Texception d^un long toupet au-dessus du front. Il est très maigre avec un ventre énorme. J^ordonne qu^on lui fasse immédiatement une chemise et des culottes» re qui est fait séance tenante. On habille Gabitto, on lui coupe son toupet et je lui donne le nom de NoSl, en souvenir de ce qu^il m^a été donné dans Poctave de cette ftte.

Mardi, zg décembre. -- A lo h. 58', nous nous mettons en route au nord-nord-est, accompagnés, ou, mieux, gardés à vue. par Hadj Mohamed et un racho; une dizaine d^hommes armés nous escortent. Notre route est étroite, bordée de haies touffues dont les branches encombrent parfois la voie. Un homme de notre escorte, un vieillard, marche en tête de mon mulet, coupant avec son coutelas toute branche qui pourrait me gêner*

A 1 1 h. 20^, nous tournons au sud-sud-ouest. Dix minutes après, nous traversons la rivière Adoh qui coule de droite à gauche, dans un lit terreux d'une trentaine de mètres de largeur; la hauteur des eaux, au gué, est de o" 8o centimètres ; les rives sont couvertes de beaux arbres.

A midi lo', sur un plateau, nous passons par un petit marché oti sont étalés en vente quelques femmes captives, des piments, des ognons et autres menues denrées.

A midi 25', nous sommes à Sapa, mission fondée en iftSS par Mgr Massa ja, qui pendant une année a évangéllsé le Kaffa. Cette mission

est actuellemei;it tenue par deux prêtres catholiques indigènes, Pun et Tautre disciples de Mgr Massaja. Celui qui est le supérieur est origiginaire de Gondar et appartient à une famille d^ecclésiastiques ; son nom est Abba Fessas; il est long et maigre avec une tête ascétique. Uautre est tout rond, très noir; il fut acheté comme esclave par Mgr Massaja qui le fit élever et entrer dans les ordres; il a nom Abba Loquace.

Les deux prêtres vinrent au-devant de moi, au seuil de leur domaine;

iTHiortsmiES

ils me conduisirent chez eux et me firent asseoir dans une grande chaire en bois sculpté que le père des Avancbêrs avait faite pour Mgr Massaja. Ils m^offrirent du café dans un bol en. faïence orné de fleurs jaunes et rouges; c^est le bol de Monseigneur, une vraie relique précieusement conservée par ces bons pères. Ils me font visiter en détail leur maison et leur cbapelle; leur domaine est important et leur produit abondamment le boire et le manger pour eux et pour une colonie de captifs libérés et rachetés par Mgr Massaja. Le vêtement est leur grande préoccupation; on ne peut se procurer des étoffes qu^en les payant avec des amoulés ou des thalari, et ils n^ont ni l'un ni l'autre; aussi presque tous leurs colons en sont réduits à se couvrir avec des peaux de bétes.

Ces pauvres prêtres veulent m'offrir un bœuf; je les remercie et les prie de me le laisser refuser. Je les quitte à 2 h. io\ et à 3 h. So' après midi je suis rentré à la maison.

Le soir, Abba Orké, natif d'Aliamba (Qioa), que nous avons trouvé à Djema, et qui est venu jusqu'ici avec nous, me parle de ses voyages. II a visité Alamba, Zellah, Aden, puis Massâouah, Kanoum, d'où il est venu à Djema ob il a femmes et en&nts.

Dernièrement, Abba Orké est allé acheter des esclaves chez les Sourro. Cepays^ me dit-il, est traversé par un fleuve comme le Nil; il s'appelle Omi et. va à Zanzibar. Ce fleuve passe à trois Journées d'ici; on peut y mettre de grands bateaux à vapeur comme ^ur le Nil.

Mercredi, 20 décembre. — Nous devions partir dès le matin, mais personne ne vient chez nous avant dix heures; il peut être 10 h. 1 5' quand arrivent THadj Mohamed et le racho qui doit m'accompagner dans mon excursion. Ils s'excusent de venir en reurd, disant que le fit>id les a empêchés de venir le matin, et qu^il est peut-être trop tard pour nous mettre en route. Ils sont tout penauds lorsque je leur dis que nous allons partir. Ils font contre mauvaise fortune bon cœur, disent qu^ls vont chercher, leurs chevaux et revenir immédiatement.

J'ai grand^ peur que ce soit une fugue, car par deux fois on est venu, pendant la nuit, prier Aiellé d^essayer de me persuader de renoncer à ma promenade, et lui promettre, s^il réussissait, de lui donner tout œ qu'il voudrait. En même temps, on le chaigeait de me dire que le Tatino était prit à m^accorder tout ce que je désirerais, son propre fils mime pour esclave^ si je renonçais à voir le pays.

EXPLORATioict imionBiac]

Cette crainte que nous inspirons a trois cmuses : !• Nos armes à feo nous rendent terribles, et Ton a peur que nous profitions de notre force pour jnller et commettre des méfidts;

2* On craint que je ne renseigne S. M. Ménâik 11 ou Ras Gobana sur la situation du pays;

3* Bien que le plus absurde et le plus ridicule, le modf que je vais donner est le principal pour les habitants : on craint les sortilèges que je puis faire, les sortt quMl m'est loisible de jeter; je suis regardé comme un être très dangereux et très puissant.

J^ai frit un jugement téméraire : nos gens reviennent avec leurs chevaux et nous nous mettons en toute.

A 1 1 h. 25', nous quittons la maison, nous dirigent au noid-nordest, pour revenir au nord-nord-ouest. On me lait passer, à ii h. 4(/^ à travers champs, de peur que je ne connaisse le chemin.

A 1 1 h. 45', toununtau ^ud-est, nous traversons la rivière de Také, qui coule ici de droite à gauche, sur des quakers de roches, dans un lit d'une vingtaine de mètres de largeur.

Nous tournons au sud-ouest, au sud-sud-ouest, au nord-nord-est; et à midi 35' au nord-est, sur un plateau gaxonné à grandes ondulatioiu qiû s*étend sur U gauche; à droite, une vallée étroite avec bois et cultures.

A I heure, marchant à Test, nous arrivoiu à Pextrémité du plateau, qui est couvert d**arbres, et fi)nne une vallée que nous allons traverser.

De l'autre c6té de la vallée, nous avoiu, sur notre gauche, Sâda, oli se trouvait Téglise, aujourdliui en ruines, de Saint-Michel, érigée par Mgr Massaja.

A 1 h. so', nous inclinons au nord-est. Sur notre droite, nous avons une vallée et des coteaux, de nombreuses habitations et des cultures; le i^us grand nombre des haintations est caché par des plantadons d^nœie. En haut de la butte se trouve un vaste enclos qui contient de sept à dix maitens : c'est Tune des résidences du Tatino. On voulait me la cadier, et lorsqu^il s'agit d^en savoir le nom, les uiu me disent Borada, les autres Anderatcha ; quel est le vrai?

A I h. So', nous toumoiu au nord, puis au sud, et on me fait voir une montagne que je relève par a20^ et sur laquelle se trouverait le pays die Kaballa. Nous passons dans une autre vallée dans laquelle coule une rivière dont on ne veut pas me dire le nom. Elle roule dans im lit d^une vingiaiiie de mètres de largeur. Nous la traversons.

. A 2 h. 1 5', nous dirigeant au sud-cs^ nous avons des affleurements de rocbes grises qui sVffritent à r«ir. Les pentes sont gazonnées. Sur notre drcûte s^ouvre une belle vallée cultivée et boisée.

A a h. So', nous sommes sur un scMnmei; d^ob nous dominons le pays, qui est entouré d^une ceinture de montagnes, dont la c6te oti nous sommes fidt partie. 11 forme une cuvette d'un ovale très allongé qui demanderai^ diaprés les indigènes, quinze jours pour être tniTersée dans le sens de la longueur, et trois à cinq dans cdoi de la largeur, ce qui me paraît très exagéré, car j'estime, à Tœil, de 5o à 6o kilomètres la longueur, et de ap à 3o la largeur.

Au milieu de cette cuvette se trouve une région mamelonnée et formant des vallées qui rayonnent, se cnnsent et s*endievêtrent comme les mailles d^un filet. Le thalmeg de chacune de ces vallées sert de lit à un ruisseau, et de la réunion de ces innombrables nuaseaiix résultent les deux ou trois grandes rivières affluentes de TOmo qui arrosent le Kaffii.

Les pentes des vallées, très douces, sont leoouvenes d*un sol rougeâtre ou noirâtre qui paraît fort riche en humus. Le climat y est tempéré; lerempan de roches qui Tentoure de tontes parts Tabriie contre tous les vents, et, d^autre part, les sommets des mamdoiu sont couverts d^épau bouquets d'arbres qui brisent la faroe des courants atmosphériques, tandis que leurs racines filtrent, pour ainsi dire, les eaux pluviales qui sont ain« utilement distribuées. Tout semble rénni pour dire id des cultures intertropicales, dans des conditioiu exceptionnellement favorables.

Je relève i 140^ un pic derrière lequd se trouverait le pays des Chan* galla. Les Ethiopiens donnent ce nom de Changalla aux populations de race nègre qu^ils distinguent soigneusement des .populations de couleur noire auxquelles ils appartiennent pour la plopait.

Hadj Mohamed raconte que ces Changilla, quand ils veulent traiter avec les gens du Kaffa, viennent an pied de la montagne qu^il m^a fidt remarquer, et, se tenant de Tautre oM d'âne rivière qui baigne les pieds de la montagne, ib font par signes lems éfhangcs Ces Changalla seraient très sauvages, iraient nus, le corps orné de lacs de verroterie^et d^anneaux de cuivre. Ils seraient très riches en hcsriam et habiles à chasser Féléphan^ le rhinocéros, la panthère et autres finnrcs dont ils échangent Pivoire, les cornes et les dépouilles aux marchands da KalEi, contre du sel, de la verroterie, du cuivre et quelques objets en ier, lances et ooatelas.

Nous nous remettons en roote à roocss-noid-otiest. A 4 h. ao', après

EXPIXMUTIOICS ÉTHIOMEKIIES

avoir traversé ua jardin embaumé des parfums des hietassars, jasmins» et même violenes, nous arrivons dans une maison qoi a été préparée pour nous recevoir, et oti Ton ne tarde pas à nous amener des i^cmailles en abondance, entre autres un bœuf sur pied.

Pendant toute la nuit des ombres mystérieuses ne cessent de circuler autour de la baie de notre demeure; nous sommes surveillés de près;

Jeudi, 21 décembre. — Le temps est couvert, le thermomètre marque -{- 6^ nous sommes cependant sous la i^one torridett

Je demande le nom du pays. Hadj Mohamed me dit : Oppé. Nous apprenons d^autre part que le véritable nom du lieu où nous avons passé la nuit est Cheratta et celui de la province Kaiano.

Nous reprenons la route de Bongft, au sud-est. A 9 h. 3&^ nous tournons à Touest et franchissons une double enceinte, puis nous sortons de la province de Kafano pour entrer dans celle de Bongft.

Nous venons d^arriver à notre maison, oti nous avons été précédés par des gens chargés de tout ce qui se boit ou se mange daiu le pays.

L^flbrt fiiit pour une aussi courte promenade paraîtra peut-être peu. en rappon avec le but atteint; j^ai cq>endant en la preuve que f avais obtenu un résultat réel et important, lorsque J^ai vu les Kaféchio nous dire naïvement, et avec les plus grandes marques d*étonnement :

« Quoi! vous êtes allé an milieu du pays? vous n^avez tué personne? rien volé? fait du mal à personne? » .

. Aiellé se £lche avec Hadj Mohamed parce que ce dernier change le sens de tout ce qu^il noui traduit. '

Le soir, le sacristain des Pères vient m'apporter des lettres que je suis chargé de iaire parvenir à Mgr Massa ja >, aujourd'hui cardinal à Rome.

• Son Emtoeiioe le cardinal Massàja ni*a écrit la lettre d-dessoiis pour iii*aociiser réception desdîtes lettres et de mes notes sur les Cattas as GaUme.

f ^ Rome, ce 19 tnais i885.

•• pAX Bien cher Alonaieur,

Les lettres dont vous aviez bien touIu vous chaiger me sont parvenues en leur temps, Je vous en remeide^ cher Monsieur, et plus encore de celle qui vient de vous

Si voiis réélisez votre quasi--pfo}et de pfelerinsge à Rome en vous y fiûsant pagner par le jbnve AieOé, fen aurai une douUe joie.

Et maintenant que vous dire, très cher Monsieur, de Fatmable attention que vous mrez eue pour moi en m*envoyant vos eaoellentes « Notes sur les Gallas de Galaae. » la

EXPLOKATIOKS iTHIOPIEmn

Le Katama-racho m^envoie aussi s(Hi cadeau consistant en armes et vétementt du Kafia et en un magnifique bœuf blanc.

Vendredi, 22 décembre. — Nous passons la journée à recevoir der visites de gens qui viennent nous dire adieu. La promenade d^hier et d^avant-hier. pendant laquelle nous avons circulé à peu près librement avec des armes à feu, sans voler ni tuer, a produit le meilleur effet.

On voit que nous sommes des hommes traitables, et les mendiants notamment, qui n^avaient osé pénétrer jusqu^à nous, envahissent notre endos. Ils se jettent à terre, la baisent, et demandent l'aumône à genoux en se ftappant la poitrine. On leur jette des pièces de bœuf, qu'ils dévorent toutes crues et sur place.

Tous les Ethiopiens, on le sait, mangent crus certains morceaux de viande ; c^est ce que Ton nomme le brondo. Mais ce qui est au Choa un simple raffinement, est, au Kaffa, une passion. Cet usage de la viande crue a pour conséquence de donner le taenia. Les Ethiopiens ne le considèrent pas comme une maladie, mais comme une simple incommodité qui les oblige à prendre un vermifuge toutes les deux lunes : Kousso, Ankako, ou Kachamd. Au Kaffa, non-seulement on ne regarde pas comme un inconvénient d^avoir le taenia, mais bien comme une honte de ne Tavoir pas, et une grave insulte, c^est de dire à quelqu^un : toi, tu n*as pas besoin de remède pour ton tœnia, c^est-à-dire, tu es si pauvre, si dénué de tout, que tu ne peux pas même manger la viande qu^il faut pour nourrir un taenia.

Samedi, 23 décembre. — En nous levant, nous trouvons un asses grand nombre de personnes qui, connaissant notre départ, sont venues pour nous saluer, ce que Ton fidt en inclinant le haut du corps et en tendant les bras vers la personne que l'on veut honorer, la paume des mains tournée en Tair, la casquette en peau de goureza pliée en quatre et tenue dans la main gauche.

A 6 h. 25', nous nous mettons en route, à Touest, par un épais brouil* lard. Nous nous arrêtons un moment au marché de Bongâ ; nos hommes

dois à cette délicateste d'avoir repécu en quelque sorte au milieu de ces chères tribus qui ont eu le roetUeur de ma vie et qui ont encore, parle travail dont )e m*occupe, le reste de force de ma vieOlease. •

Merci donc, cher Monsieur, et laissex-moi vous dire : à bientdc Croyes à mes sentiments de haute estinie et d*entier dévouement.

Fr. G. Gard. Massaja.

XXPLORATIOKS ÉTHIOnmilEi

io5

veulent acheter des boucliers en peau de buffle du Kaffii qui sont très renommés dans toute l'Ethiopie.

A 7 h. 3o^, marchant au nord-nord-ouest, nous traversons la rivière de Bongâ et nous arrivons, à lo h. Sp', dans la maison ob nous avons d^i reçu rhospitaliié le 12. Nous sommes très bien accueillis, et Ton nous apporte des vivres avec la prodigalité accoutumée. - *

Dimanche^ 24 décembre. — A 6 h. 9', nous prenons au nord par une route bordée de grands arbres ibrmant berceau. Le brouillard est épais, tous les objets prennent des formes fiintastiques, et la triste scène à laquelle nous assistons en traversant un petit marché (le départ d^une caravane d^esclaves) prend tout à &it les aspects lugubres d'^un chant de Tenfer du Dante. Partout, ce n^est que bruit de ferraille; on retire aux hommes les entraves des pieds et on leur rive, à coups de caillou, des menottes; on les charge aussi de paquets divers, entre autres des enfants malades ou trop jeunes pour marcher. Les marchands poussent devant eux, comme un trou* peau, les femmes, les jeunes filles et le reste des enbnts.

A 6 h. 20^, marchant au riord-nord-est, nous avons à franchir quatre portes ouvertes dans quatre haies parallèles, datantes Tune de Tautre de quelques mètres.

A 6 h. 45^ inclinant à Test-nord-est, nous traversons une petite rivière qui coule de droite à gauche sur de grosses pierres.

Cinq minutes après, nous* avons encore à firanchir une double enceinte.

A 7 h. 5^ nous passons une rivière dont le lit, d^une vingtaine de mètres de largeur, est formé de gros galets. La hauteur des eaux est de 66 centimètres. En aval, on a barré la rivière, et au moyen de rigoles on en distribue les eaux dans des cultures, .

A 7 h. lo', sur un platei^u couvert d^herbes, on remarque quelques habitations au milieu de plantations d^incete et de cafâers. '

A 7 h. 40^ nous avons de nouveau à franchir une double enceinte ; le sol a une couleur rouge très pronojocée ; à gauche de notre route se trouve une haie formée d^arbres divers ; sur notre droite, une vallée couverte par le brouillard, que nous surplombons.

A 7 h. 55', nous dirigeant à Test,' nous avons à traverser successivement trois portes défendues par des fossés et des corps-de-garde, et nous sommes en dehors du Kafia. Par une pente raide» pierreuse, bordée de rocs

EZFLOEATIOKS ÉTHIOnDINB

à pic, de buissons et de lianes, nous atteignons une plaine nommée Ouago, mi-partie forêt, mi-partie marécage, qui est traversée par un grand cours d^eau sur lequel je ne puis obtenir que ce renseignement : il sert de limite aux royaumes de Kaffii et de Guerra. Ce fleuve a des rives hautes de 3oo à 400 mètres, garnies de beaux arbres; des ponts suspendus sont formés par la réunion de quatre arbres attachés à leurs cimes et réunis par un filet de lianes fixé à leurs troncs.

Pendant mon court séjour dans le KafTa, j'ai recueilli qudques mots des idiomes Sidama et du Kounta-Koullo; je les donne ci-dessous :

SIDAXA

Uo

ekô.

Seeur

mené.

Deox

goutto.

Pèce

men.

Tfoit

tedja.

Mèce

enné.

Quatre

aouda.

EwdaveM.

gounob

anq

outche.

Esclave F.

matché»

Six

cherite.

Sept

ch^eto.

Huit

chemito.

Tête

kcHo.

Neuf

. fettio.

ngi

alKx

Dix

achen».

Oietlle

ouaino. .

Onje

ecliera ikô.

Net

nioudd.

Vinft

iyo.

Lène

nouno.

Trenta

chacho*

Dents

gacho.

Q^anuita

aM.

Langue

menacho.

On^iHUite

atcho.

Barbe

Ichano.

Soixaota

tcblclio.

Cheveux

etio.

Soîxante-dia

chabo.

Col

quetto.

Q.uatr»->viiifis

chino.

Sein

tano.

QMatre-^mgt-dix

djiteiio.

Haut de la poitrine

guetiD.

Cent

bello.

Bas de la poitrine

nebo.

Mine

ounuu

Bru

iUo.

Epaule

gogo.

Dien

hîéro.

Main

quhcho.

HomiM

WTri>IÏW.

Doigt

ibero.

FcmiM

matclié.

Ongle

Eafiuit

bouchd^

Ventre

matchob

FOs

nioboudiô.

Nombril

iuado.

Fille

bouché.

Jambe

doQcho.

Frite

rnand.

Pied

iMIttD»

Fmict aemdks de

Aoe

Tanma Chèvre

Chevil

Malet

Pcmle

Solefl

Luae

Etoik

Jour

Nuit

Pluie

Vent

Chaud

Ffoid

Montagne

Fleuve

Eau

Feu

Arbre

Maiion

Route

Herbe

Lait

Hydromel

Bière

Pam

Viande

Citron-

€hiti6u

couro»

Idem Kaflt

gatto.

emicho, matchè.

bêdo.

kounnanOb

meutdww

UtdMia

baka

abdh.

agano.

anat^iî«

detchira.

vouima.

amio.

jongo.

yoio.

cavo.

goûdo.

angacfao*

chobo.

atchA.

adchio.

lobé.

mitto.

ketto.

botcho.

moutcho,

edjo.

héyo.

dotchiA.

bouno.

kocho.

mèho.

troungo.

houko.

èno.

Paataloa

Bride

Couteau

Oiseaux

Raaoir.

FuaU

Luminaire

Bon Mauvais Blanc • Noir '

Grand Petit

Ma maison Ta maison Sa maison ' Notre maison Votre maison Leur maison

rai

Tuas

Da

Nous avons

Vous aves

Ils ont

Je suis

Tues

Dest

Nous sommes

Vous êtes

Os sont

lésais

boorrOb

tsnïD^L kapibd.

matcho-kei gttino.

meurchoutdiA.

nafta.

guepo.

haô.

hog6.

guklio.

ta-keio.

bi4Lelo.

bo-keto.

nott-keio.

bonech-keio»

tevouan*

nevouan.

bivouan*

tsvouan.

nevouan*

bivouan. -

beket.

nebekité.

beketoné.

tabekité.

etochin-beket.

Itochin bekité.

ario.

BXPLORATIOICS ÉTHlOriBItNEi

Je notait

afoutdi*

Via»

obbé.

Va-l«

aoBbé.

debb

nboit

biottia

Boit

nmaagt

mahafé.

Pute

ibatevolé.

Etrtabioi?

oiia<liaka*

Gomment Tat-tB?

oua-bida.

ftOmiTA KOULLO

Un

etta.

Heibe

matla.

I>em[

naba.

Rome

oggué.

Trait

etia.

Btenc

boen

Quatie

Oida.

Noir

karetta.

Qnq

Eltcbacha.

Rouge

aftbo.

Six

outopouné.

Boo

hô.

Sept

lapouné.

Mandait

Itta.

Huit

otpouné.

AbeiDe

tarrow

Neuf

deponné*

Ane

aréta*

Dix

Cherri

ftrra.

Onae

tama netton.

Mule

baoDulo.

Chèivte

AMi^.

Dieu

totta.

CUen

kana.

Homme

atiei.

Mouton

. dorta.

Femme

matcha.

Poule

koulo.

Enfiut

ni.

Tête

ouppé.

Père

•oui.

toô.

Mèie

lé.

Jour

ouenta.

Moi

tana.

Nuit

omerta*

Toi

né.

Soleil

aoua.

Lui

mouni.

Lune

•gfftti

Noue

nouna.

Eau

aata.

Vont

ingero.

Arbre

mnia

Rus

anti.

r^ŒZJilSE LC £AFFA A J

Gw/cj^ et Jprss sa ocort repos

fieadecefieTallaesetrooYeonoeftûi nombre de bai de oouf iks nootagncs boute weg% lesquelles

A fO kp f</, indifum ao nord-oœtt, des berba^ oo très grand nombre d*oaKmenis hamains» qve ks Iqftees ont cbarriés dans toutes les directioos. Noos d*on champ de bataille, où les gens de Gtierra ei Ihffi, Ujû one année, on sanglant combat. Les gens qm sont partis en avant arec deux hommes de Gnem qne naos ycdoos de contrer* le sais seol à Tarrière arec mes gens, je mets pied à tene et je mâête detn crAntê; aocnn de mes gens ne Tonlant i^en charger.fe les entre ma chemise et ma poitrine et sais obligé d'enter là ma réoolie; je remonte à molet an milieu de mes gens qoi, ne comprenant rien à' mes recherches anthropolo^aes, ne se gtnent pas poor me témoigner leur horieor de ce qui leur paraît une profiuiation .

Après avoir travené on marais de quelques mètres seulement, nous troovons une région jnerreuse, puis des futaies au milieu desquelles nous sommes rejoints par des cavaliers de Guerra qui viennem à notre rencontre pour me saluer de la part du roi et de la reine-mère de Guerre*

A lO h. 5&f après avmr franchi un ruisseau au nord-nord-ouest, et une double palissade formée par des herses en épines qui servent de porté, noos sommes dans le Guerni, habité par des Oromons musulmans.

J^attends dans un corps-de-garde mes bagages qui sont restés en arrière.

A 1 1 h. 3&, nous nous remettons en route, et à midi /, nous arrivotu à une habitation de mauvaise apparence ob Ton nous bit arrêter. Noos

■l^MaMM

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EXPLORAIJQNS ÉTHIOnSKMIi

sommes à Poripoe de la vallée que nous remontons depuis dix heures du matin. La r^on se nomme Kankati et Thabitation, qui est une des résidences du motti de Guerra, Djipen.

Je reste jusqu'au soir assis sur une pelouse à regarder mes gens et ceux du pays qui jouent à la paume. Nous sommes très mal logés et ce n^est que très tard que Ton nous apporte un repas insuffisant.

Pendant la nuit, les gens du pays profitent de la pleine lune pour se livrer à toutes sortes de jeux guerriers, fantasias et joutes à cheval (leslances sont remplacées par des cannes en bambou), danses exécutées par des troupes d^hommes armés rangés en ligne de bataille. Ils s^avancent les uns contre les autres en poussant des cris sauvages et en choquant en cadence leurs lances contre leurs boucliers. Je vois tout cela de mon lit, notre bane n?étant fermée que par une simple claie.

Lundis 25 décembre. — A 7 h. %</, dépan au nord-nord-ouest. A droite, nous avons une gorge profonde et à gauche des plantations d^ncete* Nous entrons ensuite dans une vallée boisée et nous nous engageons dans une magnifique forêt pleine d^nchantements pour Tœil : arbres majestueux reliés entre eux par des lianes de toutes formes et de tout feuillage, fleurs aux suaves parfums, oiseaux chanteurs. Tout est ici réuni pour représenter la vie dans ce qu^elle a de plus riant.

A 8 h. y, marchant au nord, nous sommes sur un pbteau sans arbrei^ ayant, des deux côtés de notre route, des gorges profondes et remplies de verdure.

Nous ne tardons pas à descendre et à 8 h. 20^ nous traversons la rivière Datchio, larg» de cinquante mètres et coulant de droite à gauche sur un Ut de grosses pierres. La hauteur des eaux est, au gué, de soixante centimètres»

De Tautre côté de la riWère qui sépare le pays de Kankati de celui de Datchio, oCi nous entions, se trouve une double palissade, percée de deux entrées fermées par des herses en épines. De nombretises cultures se trouvent méléesaux futaiesdela forêt; le sol est formé d^une terre rouge qui paraît contenir du fer. La route est marquée, à droite et à gauche, par une ligne d*euphorbes arborescents régulièrement plantés; le sous-bois de la forêt est presque exclusivement composé dç caféiers sauvages, dont quelques jneds seulement sont cultivés auprès des habitations, assez nombreuses, mais disséminées dans des cultures isolées les unes des autres par des futaies.

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EXPLOIIATIOyS iTHIOPIBICXES

2It

A 8 h. \&^ nous dirigeant au nord, nous quittons la forêt, et par une pente rocheuse, nous arrivons dans une vallée rayonnante. Sur notre droite nous avons des forêts et sur notre gauche un plateau cultivé, au centre duquel s'élève une butte couronnée par une vaste habitation.

A 8 h. 55^ nous sommes à Pouest-ouest-nord et nous entrons daiu de nouvelles vallées parsemées de huttes. Celles situées sur notre gauche sont en partie boisées et cultivées pour les deux tiers environ. Je remarque un oiseau-mouche dont le corps de couleur sombre a des reflets métalliques.

A 10 heures, nous reprenons route en pleine forêt, et à lo h. 35', tournant au nord-nord-ouest, nous traversons, sur un pont de bois, la rivière de Nasso dont les eaux courent impétueusement de gauche à droite, sur un lit de quartiers.de rocs, large de soixante mètres environ. De Tautre côté de la rivière nous retrouvons la forêt, qui a toujours pour sous bob des caféiers sauvages.

Nous continuons notre route à travers la forêt. De temps à autre nous rencontrons, au milieu des bois, des champs cultivés et des habitations* Les routes sont larges, bien tracées et très fréquentées.

A 1 1 h. 45^ nous appuyons au nord et nous arrivons au torrent de Bitché. Ce torrent a un cours impétueux, de droi^ à gauche, sur [Ibc Les eaux me paraissant très froides; j'en prends la température, qui est de -}- 1 1 .3, tandis que celle de Pair ambiant est de -}- 22.9. De l'autre côté du torrent se trouve une prairie au milieu d^une clairière entourée de beaux arbres. Nous nous y arrêtons pour déjeuner. Nous sommes alors au centre d'une vallée et en pleine forêt. Dans cette forêt, comme dans toutes celles de l'intérieur des royaumes de Djema, Kaffa, Guerra^ etc., 11 ne se trouve ni éléphants ni rhinocéros : les grands fauves aussi en ont été chassés. Les zones désertiques qui entourent ces différents Etats forment leurs réserves de chasses.

A midi 33^ nous partons au nôrd*est au milieu de la forêt. Nous avons sur notre droite le Bitché. Notre route est presque parallèle à son cours, que nous remontons. Un homme qui souffle dans une corne produit une musique sauvage en harmonie avec le site.

La route incline à l'est-est-nord, suit le prolongement d^une crête en forme de cap qui est une ligne de &!te. A droite et à gauche se trouvent des vallées cultivées et boisées. Il est à remarquer cependant que les bois dominent dans la vallée de droite et qu^au contraire celle de gauche est jdus

aia

EXPLORATIONS tTHIOPIENItES

cultivée que boisée. Cène dernière a la pente qui se trouve de notre côté abrupte et presque à pic, gazonnée et sans arbres. Celle qui lui fiiit fiice» au contraire, forme un riant coteau à pente douce, couvert de cultures et dliabitations, dans de belles futaies. Une rivière coule au milieu de la vallée.

A 1 h. 3o^ nous appuyons au sud-ouest et nous arrivons au bord de la rivière Nasso, qui coule de droite à gauche, sur des gallets, dans un lit d^une vingtaine de mètres. Nous la traversons sur un pont à Fest-est-nord.

A a h. 10^, route à Test, nous sommes sur un sommet. Nous avons à droite et à gauche un plateau cultivé.

A 2 h. %ft nous dirigeant au nord-ouest, nous retraversons le Nasso, qui coule en formant des casca telles entre les roches. Son cours est ici de. gauche à droite et son lit a de quinze à vingt mètres de largeur. Nous dévallons une pente terreuse, abrupte et de couleur franchement rouge.

A 3 heures, nous avons à traverser, sur un pont, la rivière de Kouma. Bien que ce pont n^ait qu^une dizaine de mètres de long, nous éprouvons beaucoup de di£5cultés à le faire franchir par nos mulets, car les planches du tablier sont disjointes.

Ce maudit pont franchi, nous continuons notre route au nord, par un plateau ondulé où se trouvent des cultures et des habitations, puis nous tournons au nord-nord-est et à 4 h. 1 5^ presque au nord pour traverser la rivière de Beida, qui coule de gauche à droite, sur un lit de roches et peut avoir vingt mètres de largeur. En quittant la rivière, nous montons sur un plateau et nous avons, à l'est-est-sud, une des résidences du Motti oti nous nous arrêtons. ' '

On nous laisse près de trois quarts d^heure devant la porte. Les gens du Motti viennent nous regarder à travers les interstices de lapalissade qui clôt la résidence royale de Gallah. Les gens qui regardent à travers la pa* lissade disent en me désignant : « Celui-là est comme Ahha Got^ade (le père du noir) : c^est le nom quMls avaient donné au voyageur Secchi, parce qu^il avait un cheval noir. ' -^

Mardis 26 décembre. — Les gens du Motd viennent enfin nous cher*, cher et nous conduisent dans un enclos délabré où se trouvent deux mauvaises cabanes qui tombent en ruines. Nous refusons ce logement. Nos guides vont consulter le Motti qui fait répondre : « Vous êtes chrétiens et. » je ne puis vous loger avec des musulmans. Je vous donnerais bien llia*:

EXPLOlUTIOitt ÉTHIOPinilIBi

» bitation de Secchi, mais il y est mon trop de gens. Je n^ai pas d'autre B endroit pour loger des itmarof >•

Nous Dous installons dans la moins mauvaise des deux maisons. Il est nuit lorsque Ton nous amène, de la part du Motti, un bœuf étique, et que Ton nous apporte cinq pains et une jarre de bière aigre. La réception est mauvaise» très mauvaise même. Nous nous servons, pour fiiire notre cuisine et nous éclairer, du bois de la cabane que nous n^habitons pas.

Je ne veux point entamer le café que j'apporte de KaSa, et j^envoie an de mes serviteurs chez les marchands pour en acheter; ils refusent délai en vendre sous la fallacieuse raison que nous sommes chrétiens et que le café est réservé aux seuls musulmans >•

A 10 h. 3&, le Motti me dit appeler. Je me hâte de terminer mon déjeuner pendant que Ton selle ma mule. Arrivé chez le Motti, on me <ait rester cinquante minutes exposé à la curioisté grossière d'une valetaille qui me voit mal accueilli par ses maîtres. Aiellé veut partir ; moi-même je me lève et demande ma mule. Enfin, on nous appelle et Ton nous introdait dans la troisième enceinte du palais où le Motti trône au milieu de sa cour, sous la verenda d^un adiarache (maison de réception).

Abba Rago (le père de celui qui a une étoile au milieu du front), Motti de Guerra, est couché sur un lit élevé, coiffé d^un bonnet conique en peau de chèvre, drapé dans une immense toge en linteau orné. 11 àt tout jeune, a le teint brun sale, les cheveux laineux, la bouche lippue et les dents de la mâchoire supérieure proéminentes. Il est d*une taille et d^un embonpoint monstrueux ; il a des anneaux d*or aux lobes des oreilles, an poignet et à l'auriculaire de la main droite ; ce sont les insignes de son rang.

Un vieux, au bonnet pointu, au menton de galoche oméd^une royale, qui répond au nom d^Abba Koppé, parlant au nom du Motti, me demande ce que je veux.

— Partir, dis-je d'un air courroucé. t

— Mais pourquoi 7

— Je suis reçu comme un chien.

— Votre finère Abba Gourache (Secchi) a voulu rester un an et demi ao milieu de nous. Ne l 'avons-nous pas traité comme notre en&nt ?

■ D n'y a que quelques années que les chrétiens boivent du café au Choa ; auticftiis, un chrétien qui y aurait bu du ca£f aurait été considéré comme un ren^t. paraît que c'est Mgr Massaja qui a intxodutt au Choa Tusage chez les chrétiens de boira du calé : il en offrait à tous ses visiteun.

r*li*M.

SUMti^

EXPLORATIONS JvTHIOPIENVrS

En entendant une pareille énormité (Secchi, on le sait, eut à subir une véritable captivité) « je pense quMl est de ma dignité de protester, et sans saluer personne je remets mon chapeau sur ma tête, me lève et m^en vais, bousculant ceux qui veulent me retenir. Je rentre chez moi suivi de mes gens; nous sommes tous très préoccupés.

A deux heures je reçois un parlementaire de la reine-mère : elle se plaint de ce que je ne suis pas allé droit chez elle. Secchi, me fait-elle dire, a été mon second fils; je vous recevrai comme lui» ne dites pas attention aux malentendus d^aujourd^hui ; c'est moi qui veillerai à tous vos besoins. En même temps elle m^envoie de la volaille, du beurre, du fromage, des pains, de la bière, de Thydromel, du café; le soir elle m'envoie encore des provisions : un bœuf gras, du grain et du fourrage pour mes bétes, du bois, de Teau, tout ce qu'il Ciut en un mot, et comme quantité quatre fois plus qu^il ne iaudrait.

Mercredi^ 27 décembre. — A dix heures, la reine-mère envoie un de ses hommes pour me saluer et me prévenir qu^elle va congédier le monde qui est chez elle et tout préparer pour me recevoir. Sur les onze heures, rhommede la reine-mère revient. Nous montons au palais et nous sommes immédiatement introduits dans la quatrième enceinte qui sert de gynécée.

La reine- mère, à qui Ton donne ici le nom Sidama de Guiné est à peu près seule avec son fils sous la véranda d^un petit pavillon. Ils sont Tun et l'autre assis sur de grandes chaires en bois sculpté. La Guéné peut avoir cinquante ans, a le masque en forme d^oiseau de proie, est très maigre» mais élégante et non sans majesté. Drapée dans une toge blanche, elle a la tête recouverte d'un voile en satin écarlate. Elle porte aux lobes des oreilles, au poignet et à Pauriculaire de la main droite, les anneaux d'or, insignes, chez les Oromons, de la souveraine puissance.

La lance et le bouclier du Motti sont tenus par un homme dont les cheveux, artistement arrangés, forment cinq chignons. Une fille de douze à treize ans, vêtue d^une chemise en peau ^nnée et brodée, joue sur les nattes étendues sur le sol.

Je présente A la Guéné et au Motti le cadeau d'usage. II est accudlli avec beaucoup de remerciements par la Guéné, qui se met ensuite, pendant une demi-heure, à parler d^Abba-Gourache (Sâcchi). Elle Ta aimé comme son fils; il a voulu rester dix-huit mois auprès d'elle ; elle en a été bien heureuse ; mais le jour où il a voulu rentrer dans son pays, elle s^est em-

EXFLOBATIOKS ^TBIOl

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pressée «Tacquicscer A son désir. Elle parle ansâ loiigieinps «TAbba Léon et de Cherioi» moru tous les deux à Gnerni, qa>Ik a soignés en mèfc et pleures comme elle le finait du Motn, son fib premier-né. Enfin elle lei^ mine en me demandant de rester quelques m<Ms auprès d^elle.

Je la remercie de son offre, lui disque le roi Ménélik m^attcnd et que je désire quitter le Guerra lorsque j^auni été prier sur les tombes d^Abba Léon et de Chérini. Je lui demande en conséquence de me fiiire accompagner demain à la mission, ce qu^elle veut bien me promettre.

Des femmes vêtues de peaux brodées, ornées de lacs de perles au coi et à la ceinture, coiffées de hautes perruques en incete, entrent portant le café et lliydromel.

On se met A causer. Le Motti désire tirer un coup de fusQ, c^est du înoins ce qu'il doit chuchotera Toreille de sa maman, qui le demande pour lui. On apporte un de mes fusils. Le Motti le considère avec une curiosité enfantine, fait quelques pas avec peine et, s^'asseyant essoufflé, tire sur des gypettes barbues qui passent au-dessus de nous. 11 les manque, naturellement.

Jeudi, 28 décembre. — A 6 h. So' arrive Phomme qui doit nous ac« compagner A la mission. Nous nous mettons en route au nord ; nous pas^ sons devant Thabitation de Secchi^ sise au milieu de belles plantations, ^ entourée de clairs ruisseaux; tout auprès, sur la gauche, Teau qui bondit sur des roches forme une gracieuse cascade. Le plateau, dont le sol est composé déterre rouge, se prolonge sur la droite; il est couvert de belles ctiltures et de nombrtuses habitations.

Nous nous dirigeons au sud-ouest, nous rencontrons des troupeaux de î bœufs remarquablement beaux, et à 9 heures nous traversons la rivière de Manéâ, qui coule de droite A gauche, sur pierres. Un petit marécage la sépare d^un ruisseau parallèle avec lequel elle doit confondre ses eaux pendant la saison des pluies. Les rivesdu ruisseau sont garnies d^n rideau de beaux arbres ; un plateau couvert de pâturages, où paissent de nombreux troupeaux, s^étend à notre droite. Un quart d*heure après nous passons devant une des résidences du Moni : elle a nom Doura ; elle est sise sur un plateau ondulé couvert de cultures et de pâturages coupés par de belles futaies.

A 9 h. 40^ nous arrivons A la Miaion d'Affalo. Tout, cultures et habita* tions est très bien tenu. Un prêtre indigène, élève de Mgr Massaja, Ahbm

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BIFUMIATIOHS inHOMBHKES

Afathéas (pèie Mathieu), vient nous recevoir. Malgré une couleur de peau branchement noire, il a une physionomie des plus intelligentes et des plus distinguées; de taille moyenne, svelte, élancé, il a le visage très relier; sa barbe rare forme au menton un bouquet de poils grisonnants. Il est très simplement vêtu, mab très proprement; ses vêtements et son turban de mousseline sont d'une blancheur éblouissante.

Abba Mathéas, après avoir prié les musulmans qui nous accompagnent d'attendre chez lui, nous mène tout d^abord à son ^lise, dédiée A saint Michel. Nous allons ensuite voir la tombe du Père Léon et celle du vqrageurCherini, situéesdans de petites cabanes rondessurmontées d'une croix; au milieu on a simulé, avec de petits cailloux blancs et noirs, une pierre tombale. Une croix noire repose sur un champ de pierres blanches.

Cest avec attendrissement que je suis le bon Père qui récite sur ces tombes, d^nne voix grave et émue, le De projuniis.

Nous rentrons chez Abba Mathéas. 11 me fût asseoir dans sa chambre, ou mieux, sa cellule. Tout y est d^une propreté parfaite. Dans un coin, un petit rayon couvert de livres latins. Abba Mathéas ne connaît, en faix de langues, que le latin et l'oromon. On nous sert à déjeuner, et tout en mangeant je m^informe de la Mission. Il y a une cinquantaine de personnes. Ce sont des eniants rachetés jadis de l'esclavage par Mgr Massaja; ils ont grandi et plusieurs sont mariés et pères de famille; ils vivent tous en communauté, sous Fautorité paternelle d'^Abba Mathéas.

Abba Mathéas me parle beaucoup de Mgr Massaja. Je lui demande sHl veut lui envoyer une lettre : < Non, répond-il. Monseigneur est notre » père, il sait ce qu^il nous faut et connaît nos sentiments pour lui b.

Il est midi. Je dis au bon Père que je désire rentrer. A ces moti^ il ne peut retenir ses larmes : il espérait que nous passerions quelques joun avec lui; il est si isolé au milieu des musulmans f

Je fais pan A Abba Mathéas des craintes que j^ai d^étre indéfiniment retenu comme le fut Secchi, et il m'approuve lorsque je lui dis que pour ne laisser le temps de prendre aucune décision contre moi, j'ai résolu de quitter le pays dès demain.

Abba Mathéas m^a été tellement sympathique que moi, qui suis peu prodigue de témoignages d^amitié, je lui donne de tout cœur la fraternelle accolade.

A midi 20^ nous nous remettons en route, et comme nous n^avons

EXPLORATIOHS ÉTHIOnEIflIZS 217

qu'à descendre et que nous marchons aux grandes allures, à a h. 3</ nous sommes rentrés au logis.

Je trouve chez moi un hadj musulman qui, sous prétexte qu^il a tu des Européens en Egypte et en Arabie, vient me rendre visite et me traite presque de compatriote.

La reine-mère, en m*envoyant des provisions pour le soir, me fait demander si je n^aurais pas un mouchoir de soie rouge ; f ai le regret de ne pouvoir la

Vendredi, 2g décembre. — A 7 h. So' nous quittons nos cabanes et à 8 h. lo' nous arrivons au palais, oti .nous sommes immédiatement reçus par le Motti et la Guéné. Cette dernière seule prend la parole.

Prolixement elle me parle de Secchi, de Cherini, du Père Léon ; die tient à ce que Ton sache dans notre pays qu'elle les a chéris et aimés comme ses propres enftnts. Elle se plaint de ce que Guindeau, le porteur qu'elle a donné à Secchi, ne soit pas venu la voir; elle Ta cependant fait denMuder. Ensuite elle me présente son cadeau, un jeune esdaye né dans sa maison (je lui ai donné le nom de /eaii-£^dn) et 1 5 thalari.

Je la remercie de Tenfiint et la prie de lire ce qui est écrit sur les Aa* lari.

^ Je ne le saurais, dit-elle, récriture est de votre pays.

^Voiis comprendrez, puisqu'ils viennent de mon pays, qu^ils ne doivent pas y retourner; veuillez me permettre de les refuser. .

— Je tiens A vous donner quelque chose, cependant. Que voulezvous?

— Ce qui vous plaira, pourvu que ce soit un objet sans valeur.

La Guéné donne un oidre A son majordome, qui apporte deux hanaps en corne de buf9è, deux manteaux de guerre en peau de léopard, et die me les fait offrir.

Je remercie et demande Fautorisation de me retirer; die m^est accordée avec de noml^reuses protestations d^amitié. Je suis chargé de fiiire des cornpliments à Secchi et de faire agréer par S. M. Ménélik II les hommages respectueux de la Guéné et du Motti qui ne se départ pas de son mutisme.

En sortant du palais nous trouvons Abba Mathéas qui est venu nous faira ses adieux.

A 9 h. 45' nous nous mettons en route à Pest, au milieu de belles culmres. Un quan d^heura après, nous pataugeoiu daiu une plaine màréca-

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^|8 . EXPLORATIONS iTHlOFISIClIBS

geoMt, courerte de roseaux de toutes les dimensions, qui poussent dus Ift

boue.

A I h. 35', après être sorti, non sans peine, du marécage, nous nous dirigeons au sud-est. Nous avons eu à remonter une vallée dans laquelle se trouvent des cultures, des habitations, des pâturages.

A midi 5i', nous entxx)ns dans une foré^ et à peine avons->nous fiiit quelques mètres que nous trouvons une palissade et une porte ouverte que nous franchissons. Je suis à pied et la cravache à la main. Je marche, avec Aiellé, A la tête de mon convoi. A peine ai-je franchi U première porte que je vois des hommes se précipiter sur les fourches qui maintiennent âevée la herse d^une seconde enceinte, dans Tintention de la fermer. Je bondis sur ces hommes la cravache haute. Ils ont peur et s*enfuient. Bien m'en a pris. Un peu plus tard nous étions dans la souricière et nous avions une deuxième édition de la captivité de Secchi. Nous restons, avec Aiellé» à garder la porte, jusqu^à ce que toutes nos bétes et tous nos gens soient passés, ce qui n^est terminé qu^A i h. 3&, nos gens voyageant débandés.

En sortant de Guerra nous prenons au nord-est. Nous avons à traver* ser un petit marécage où nos montures s'enfoncent jusqu^au poitrail. Après ces marais viennent des prairies où des bestiaux en grand nombre sont au piturage.

A 2 heures nous inclinons à Test et nous traversonsun petit marais. Nous entrons ensuite dans une belle forét^ où de nombreux singes jouent à la dme des arbres. Ce sont des goureza et un petit singe gris, comme je n^en avais pas encore vu. J'en fais tuer un par Aiellé. Diaprés les hommes qui m^ac* compagnent, ce serait une espèce de singe particulière à la région. Une laige route, que nous suivons et qui paraît très fréquentée, a été tracée au milieu de la forêt. Des lianes de toute taille,' sVntremélant aux arbres, forment, des deux côtés, une muraille de verdure.

Nous avons appuyé à Test, et à 3 heures nous voyons, au milieu dt la forêt, deux pavillons que Ton constniit en fiicerun de Tautre. Ils marquent la frontière entre le Guerra et le Goûmma. L*un de ces pavillons est au Motti de Guerra, Pautre à celui de Goûmma. Ils servent aux entrevues des deux souverains ou de leurs mandataires. Le nom du pays où se trouvent ces pavillons est Badei.

A 3 h. 30^, tournant au nord-nord-est, nous trouvons la forêt moins serrée. Nous apercevons une habiution et des vadies au piturage. Des en* fonts, pendus en grappes aux arbres qui bordent laront^ nous saluent, en

KzrunuTioiis BTHionEHm 219

joyeux gavroches, de leon haezi, et rient brayAmment en nous moamnt

leun belles dentt.

A 3 b. 38', nous finnchissons une double enceinte et nous sommes à GoûmmA. On nous (ait asseoir dans un corps-de-gârde et Ton s^emprcsse de nous offirir du calé.

Pour l'enceinte de Goûmma, on a utilisé les arbres de la forêt, et Fou a planté entre eux des épines et des lianes qui forment une muraille impfr* nétrable.

Le pays s'ouvre ensuite devant nous, forme un plateau acddenié, avec des vallées cultivées et des gorges boisées ; nous suivons un val coupé par deux ou trois ruisseaux où une eau firatche et limpide court sur des cailloux, et à 5 h. 20^, nous sommes sur un petit plateau cultivé où se trouve la résidence des Ouanno, où nous nous rendons.

A 5 h. 40^, nous traversons un petit cours d^eau, large d^une dizaine de mètres, qui coule dedrmte à gauche.

A 8 h. 55% marchant an sud-sud-est, nous arrivons chez le Motd« à Ouanno. Un logement confortable m^a été préparé dans Tenceinte même de la résidence royale. Je suis à peine débotté que Ton vient m^appeler, et je dois, dans Tobscurité la plus complète (sous ces latimdes il est nuit à six heures], présenter mes hommage au Motti et à sa mère, qui me font ofrir du café et de lliydromd. t

En rentrant chez moi, je vois dans une cour un âne. Je n*en avais pas vu depuis Djema. Il n'y en a pas à KafEa ni à Guerra. Il parait même qu^on ne peut les élever dans ces Etats.

Nous trouvons chez nous les gens du Motti qui nous ont précédé avec des provisions : un bœuf, de la volaille, des pains, du beurre, du sd, du lait, du café, de lliydromel, de la bière, de Peau, du bois, des torches en cire, de la paille et du grain pour nos montures; rien n'a été oublié et tout est en abondance.

Samedi, 3o décembre. — > Le madn, Abba Baucca, Motti de Goûmma, me iait appeler. Cest un tout jeune homme au teint ambré, aux yeux pleiiiB de feu; ses traits sont d\uie pureté de lignes et d'une finesse remarquables. Une belle chevelure noir^ artistement peignée, encadre gracieusement son visage de jolie fille. Il est ooilB d*im bonnet pointu en peau de chèvie et vêtu d^une toge en coton Uanc; il e des anneaux d^or aux oreilles, au poi«

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320 EXPLORATIONS jSTHlOPfmiW

gnct et à rauriculaire de la main droite. II est assis sur un alga élevé et à auprès de lui deux vieillards aux longs cheveux blancs tressés.

L^eùtrevue est courte : le temps d^écfaanger des compliments, déboire deux usses de café et dévider un hanap d'hydromel en fumant une fnpe.

A trois heures, on vient me chercher de la part du Motti et de sa mère. Je iaisprendre à Aiellé les cadeaux que je dois présenter et nous suivons les officiers qui sont venus nous demander. *

Nous trouvons la reine-mère, femme encore jeune et très gracieuse, asdse à côté de son fils, Tun et Tautre sur de grandes chaires en bois sculpté; un des vieillards de ce matin est auprès dVux. J'*offre mes cadeaux, bien que modestes; ils sont examinés avec soin et Ton m^en remercie courtoisement..

Le vieillard prend ensuite la parole au nom du Motti et de sa mère^ ce qu*il ne fait qu^après sMtre Ciit apporter, suivant Tusage galla, une pipe dont il tire quelques bouffées avant de prendre la parole. Voici en peu de mott ce quMl me dit en beaucoup : : * .

c Nous sommés de race noble, mais pauvre. Ni2Ue pays est petit, nous » n^avons pas de forétt et nous ne pouvons chasser. Nous n^avons pas » dMvoire : il &ut bien le dire à Ras Gobanna et à notre roi Ménélik II. B Nous sommes peu nombreux. Notre Motti n^est encore qu^un enfiint. > Tout le monde convoite notre pays et le peu que nous nous procurons en » travaillant nos champs. » '

Je promets de faire la commission. On apporte du café et de Thydio* mel et la conversation roule sur le Choa et la France. A quatre heures, je me retire, charmé de la réception qui m*a été laite.

Abba Garo Hatchin, Thomme du Motti de Djema, qui m'a acconipagné jusqu^à Kaffa, vient prendre congé de moi ; il rentre k Djema. Je le vois s^éloigner A regret, car j^ai pu apprécier les qualités de cet excellent homme. Je le charge de mes hommages pour le Motti de Guerra et sa mère de qui j'ai reçu un si bon accueil.

Dimanche, 3i décembre. — A 7 heures, nous sommes reçus en audience de congé par le Motti et sa mère. Ils m^offrent un cadeau consisunt en un manteau de guerre en peau d'e léopard^ une toge en coton, une corne de musc. Je remercie et me redre, après avoir toutefois bu le café et Iliy* dromel accoutumés.

A 8 h. 3\ nous nous mettons en route au nord-nord-est, accompagnés

EXPLOBATIONS iTHIOHBlIlCBS

de trois hommes da Motd, dont un vieillard à cheval qui doit venir avec nous jusqu^A Limou. La route est bordée à droite et à gauche par des cultures au milieu desquelles se trouvent des habitations.

A 8 h. 5i\ nous passons sur un pont la rivière de Dokotcha. Elle peut avoir quinze mètres de largeur et coule de droite à gauche au milieu de quartiers de roche. Le pays est paiement cultivé ; lai route est bordée des deux côtés par des haies soigneusement entretenues.

Les cultures consistent en plantations d*incete, de mil, de tèfe; le café n*est pas cultivé, mais il pousse A Tétat sauvage, dans toutes les foréu, en quantité considérable.

A 9 h. o6\ nous passons, sur un ponceau en pierre, un petit cours d'eau et nous entrons dans le pays de Dallétchio, où nous remarquons des sycomores de toute beauté.

A a heures, marchant presqu^au nord, nous sommes sur un plateau cultivé. Nous avons en vue une grande habitation : c*est Tune des rérir dences du Motd; elle se nomme Agâro. Nous faisons halte tout auprès, dans une belle prairie où paissent des bœub et des chevaux.

A 1 1 h. 35\ nous traversons la rivière de Djaoué qui coule de droite i ganche, sur des quartiers de roche. Le cours en est impétueux, la laigenr du lit est de vingt mètres environ, et la hauteur des eaux, au gué, ne d^ passe pas vingt-cinq centimètres.

A midi la', nous sommes sur un plateau très cultivé et nous allons entrer dans une forêt. Goûmma est ceint intérieurement et extérieurement de futaies.

Al h. a5\ nous trouvons une double enceinte, deux portes que notis firanchissons, et nous sommes en pleine forêt, encore sur le territoire de Goûmma, mais txtra muros,

A I h. 40^, nous traversons, sur un pont branlant, la rivière d^Aétou, qui sert de frontière entre le Goûmma et le Limoux-Ennerea. L^aspea da pont nous oUige à décharger nos animaux, ce qui nous &it perdre une vingtaine de minutes.

La même forêt se continue de Pautre côté de la rivière. La route est bordée des deux côtés par des arbres, qui forment une épaisse muraille terminée en berceau. Quelques rochers émergent ça et là et sont, pour la plupart, couverts d*arbies.

A 3 h. o5, route Est. Nous passons deux portes, une double enceinte et nous entrons dans Limoux-Ennerea. On me bit arrêter dans le panllon

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KZPLOBATIOHt ihlflOFIXim B

des gardes et un vieillard vient me parler des explorateurs Secchi et Cherini, qu'il a connus lorsqulls ont passé ici» allant du Gouragué à Guenra.

A 3 h. 3&9 route au nord-est. La forêt ne urde pas à dire place à des terrains cultivés ob se trouvent des habitations disséminées dans les champs. Nous remarquons de beaux sycomores au milieu des plantations. On ren* contre un assez grand nombre de petits bois où poussent des quantités imporuntes de caféiers sauvages. Le pays est arrosé par d^innombrables ruisseaux, dont les eaux sont en partie utilisées pour Tirrigation des champs de coton et de mil. Les plantations de canne à sucre sont ici très belles. On cultive aussi le gingembre.

A 5 h. 23'» nous sommes dans le pays d^Ibdou et nous allons entrer dans une grande habitation» que Ton reconnaît pour appartenir au Motti, raldarache éunt surmontée d^un globe en bois. Cette résidence se nomme Cocho.

Les gens du Motti sVmpressent de nous hospitaliser. Ils le font con« fortablement et de bonne grAce.

f, \^ janvier i883. — A 6 h. 5d, départ dans une direction noid. La route est tracée au milieu d'une riante et fertile région.

A 7 h. So' nous rencontrons la rivi&re de Mette, qui coule de droite à gauche sur un lit de gravier. Elle peut avoir une vingtaine de mètres de largeur. Au gué» la hauteur des eaux ne dépasse pas trente centimètres.

Nous montons sur un plateau. A notre droite se trouve une vaste forêt» A notre gauche s'étend une vallée au milieu de laquelle coule une grande rivière» Tldessa» qui draine une partie des eaux du Limoux-Ennerea, est tributaire de PAbal et Ciit en conséquenee partie du basûn méditerranéen. D'autres rivières» au contraire de celles du Limoux-Ënnerea» coulent à rOmo et font partie du bassin indien.

A 8 h. i5', nous nous arrêtons dans une prairie entourée de bocages où se trouvent des massift de caféiers sauvages en partie non récoltés. Je suis surpris de me trouver en face de traces d^éléphant qui me paraissent fraîchdl et non douteuses. Cependant il me semble si extraordinaire qu^un de ces pachydermes puisse franchir les lignes de défense de Limoux*Ennerea que l'appelle mes hommes. Le frit n^est pas douteux. On chargerait un tombereau de pièces à conviction. On me raconte que quelquefins deux éléphants adultes se livrent des combats terribles» que le vaincu file droit devant lui et se frit partout passage, que le vainqueur généreux ne poursuit

BZPUORATIOlfS imiOHBlflllS

pas son ennemi dans sa retraite; qull en rentre quelquefois un dans le Limouz-Ennerea» jamais deux à la fois ; le dit est cependant très rare.

A 9 h. i5', nous repartons au nord-nord-est. En sortant de la prairie où nous avons fait notre halte, nous traversons une petite rivière d'une dizaine de mètres de largeur qui coule au milieu des rochers.

Après avoir appuyé un peu au nord, ayant à notre droite des mon* tagnes boisées, nous inclinons à Test et nous trouvons, à 9 h. 40, une noa» velle ligne de défense, formée d^une double haie avec des herses, et, à oâlé des herses, des pavillons qui servent de corps-dè-garde.

A 9 h. So', au nord-est, noustrouvonsdeuznouvellesencdntes, formées de haies de Qôlqual (Euphorbia ahyssinica Richard), défendues par des fossés et des corps-de-garde. Dans ces enceintes sont des ouvertures avec des herses en bois épineux. Nous franchissons cette enceinte et nous entrons dans la région nomméeObbft.

La route est, à Test, bordée d^arbres et d'arbustes, parmi lesquels je remarque de beaux malvacées arborescents. Il y a des habitations. Le pays est très animé. Beaucoup de gens sur la route et dans les cultures et de troupeaux au pâturage

A 10 h. 45', nous traversons la rivière Outtal, qui a une quinzaine de mètres de largeur; elle coule de gauche à droite sur des blocs de pierre. Nous disons halte sur les bords de TOuttal popr déjeuner.

A 1 1 h. W, départ au nord-nord-est. En quitunt la rivière nous gravissons d^abord une petite côte abrupte et nous redescendons après dans une vallée boisée où nous trouvons une roche blanchâtre et friable auprès de laquelle se trouvent des mollusques dont je prends des échantillons.

A midi, nous atteignons la rivière de Galle. Elle a une dizaine de mètres de largeur et. coule de droite à gauche ; on la firanchit sur un pont. On continue d^avancer au milieu de pâturages entremêlés de bosquets. Nous trouvons sur la route un grand nombre d'allants et de venants.

A midi 40^, nous traversons une rivière d^une quinzaine de mètres de largeur qui coule sur des quartiers de roche. Un seul indigène se trouve sur les bords. Je lui fois demander le nom de cette eau ; en s*entendant interpeller, U s'enfuit et va se cacher dans les herbes. Tenant la rivière sur notre droite, nous la remontons, toujours au milieu de cultures et de pâmrages entremêlés de bois.

A I h. 55', nous sommes sur un plateau recouvert de gras pâturages et nous bisons halte.

aa4

XXnjORATIOllS iTHIOMIMinB

Ici se trouve une ligne de faite importante pour le partage des eaux, non-seulement du Limouz-Ennerea, mais pour Thydrographie si importante et si peu connue de rAfrique équatoriale. En effet, les eaux du ver* sant dbb nous venons se rendent à TAbal; celles du versant où nous al* Ions sont drainées par le Guebbé du Limouz-Ennerea qui forme avec les Guébé de Djema et de Leka le Tamsa, rivière que nous avons traversée le 29 novembre dernier et qui est Tun des principaux affluents de TOmo.

A 2 h. o5^ nous nous remettons en routeà Test-nord-est.

A 2 h. 20^, nous nous dirigeons au sud et nous traversons une rivière dont les eaux coulent de gauche A droite sur des roches et dont lés deux rives sont ornées de beaux arbres. Le pays s^ouvre sur notre droite et forme une vallée entourée de coteaux cultivés ob paissent des troupeaux de boeuft et nous rencontrons aussi un marécage qu^un pli de terrain sépare de la rivière Guebbé, que nous traversons à 3 h. 44'. La largeur de son lit est id de trente mètres environ; ses eaux s^écoulent de droite A gauche sur un lit

terreux.

A 4 h., prenant à Test, nous trouvons à droite un petit bras du fleuve. Le sol est d^une couleur rouge sang de boeuf, couvert d'aibustesjet de gimminées sauvages.

4 h. 1 5^ nous arrivons devant la résidence de Tounto, ob se trouve le Motti et dans laquelle on nous loge.

Avant même que nous soyons entrés dans nos cabanes, le Motd me frit demander et veut me voir. Je m*y rends botté, le fouet à la main et le revolver à la ceinture. Abba Bauguibô, le Motti de Limoux-Ennerea, peut avoir de vingt-cinq à trente ans; il a la peau couleur café au lait, porte les cheveux courts et a des anneaux d^or aux oreilles, au poignet et à Fauriculaire de dextre, qui sont les insignes de son rang; fl nous 'reçoit dans une cour, assis sur une chaire élevée, sur le dossier de laquelle un soleil a été grossièrement sculpté.

Le Motti est entouré d^une vingtaine de personnes, toutes assises sur des escabeaux, parmi lesquelles un énorme Abba Kora A tête rasée, qui prend la parole pour demander si le roi Ménélik a Passentiment de Pempereur Jean, lorsqu'il envoie ici des étrangers dans leur pays.

Mes gens, en entendant parler de Tempereur, se flchent, car, an Choa, en dehors du roi, personne ne veut reconnaître' la suzendneté de l'empereur sur le Choa.

Un moment, la discussion s^animant, je crains qu'elle ne toome en

SZMXMtATlOMS iXHIOHEIfNlS

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i; heureusement, mes bottes et mon levolver font diirersion et tout te termine convenablement.

En rentrant nous trouTons un bœuf et les autres piomions, tant pour les hommes que pour les animaux, et cela en abondance*

% 2 janvier n — Le matin, un homme qui vient nous saluer de la part du Motti dit en causant : « Ras Ménélik », au lieu de : c N^goos' Ménélik. * Aiellé se filche et flanque à la porte ce salueur mal appris.

A deux heures après midi je vais saluer le Motti et lui offirir le aidean d^usage; il est entouré d'une nombreuse cour; plusieurs hommes auprès de lui ont le bouquet dlierbes au sommet de la tête, au front un demi-ceide dit de graisse et de sang de bœuf (voir sur la signification de ces usages : Notes sur les Gallas de Galane, dans le présent volume).

Tantût le Motti cause avec son entourage^ parlant de moi avec dédain, tantôt il me pose une question avec arrogance. Voyant cela je me lève et nous nous retirons sans saluer personne.

Le soir, le Motti envoie, et en abondan<îe, les vivres accoutumés : bœuf, etc.| etc.

Mercredi, 3 janvier. — Je passe la journée à coUiger mes notes et à prendre des renseignements, et cela sans quitter la cour où se tro'uve mon habitation.

Jeudi, 4 janvier. — Je désire aller voir le marché qui se tient auprès de Saka, le jeudi de toutes les semaines, et qui est très renommé dans toute PEthiopie. Le Motti, informé de mon projet, tâche de m^en empêcher, et m'envoie Pun de ses oflBders me dire en son nom :

c Qtt^il ne convient pas qu^un homme considérable comme moi aille sur un marché se fidre coudoyer par toutes sortes de gens; si j'ai besoin des choses qui se vendent sur le marché, je n^ai qu^à lui dire ce que je veux et il me Teiiverra tout de suite ». ' ^^

Je fiûs remercier le Motd du souci qu^il prend de ma dignité et lui dis que, souhaitant voir le marché, je ne puis satisfiiire mon dénr qu^en y alUht moi-même.

Je pars à lo h. 14', daiu une direction nord-nord-ouest et bientôt nord, en compagnie de deux offiders du Motd, chargés oflBdellement de m^escorter, mais en réalité de m^espionner. Après avoir traversé les terrains vagues qui entourent la résidenoe du Motti, nous prenons notre route dans

xzPLomATiOKS imionciaiB

un chemin couven, tracé au milieu d^un bois, où se trouve un grand nombre de cafiSiers sauvages. Dans les clairières du bois se trouvent des plantations de coton et d^nœie.

A 10 h. 5o^, nous arrivons sur les bords du Guébé. II roule id des eaux très rouges sur de grosses pierres. Son cours, par rapport à nous, est de droite à gauche. Nous traversons la rivière sur un pont de bois très bien fiiit, de 39 pas de longueur, et muni de garde-fous en vannerie d^un peu plus que de hauteur d^homme. A rentrée et à la sortie du pont, on a cons* truit des pavillons pour les percepteurs des droits qui se paient sur les mar» chandises qui viennent du marché de Saka.

Ici, le Guébé est partagé en deux bras séparés par un Ilot pierreux,' après lequel se trouve Tautre branche de la rivière, que Ton traverse paiement sur un pont en tout semblable au premier, et où il se trouve des pér^ cepteun pour Timpôt de douane, dans des pavillons, devant lesquels stationnent un certain nombre de marchands dont on vérifie les marchan* dises.

Au milieu des roches, nous avons un petit cours d'eau, et sur notre droite, à 5oo mètres, la résidence de Saka.

A 1 1 h. 4&, nous arrivons sur remplacement du marché, qui se tient au milieu d'une vaste plaine, toute ravinée par les eaux. II peut y avoir sur le marché un millier de marchands. Tous les vendeurs paraissent du pays. Les principales transaaions porteraient sur le musc et le café, que Ton peut acheter sur le marché; Pivoire et For ne se portent pas sur le marché et les transaaions sur ces articles se traitent par courtiers.

Je fiûs un tour de marché, je suis entouré de curieux; mais, quoiqu*incommode, cette curiosité étant bienveillante, il n*y a pas lieu de s^en plaindre.

Après avoir parcouru en tous sens le marché, saiu rien voir à cause des curieux qui m'entourent, je reprends le chemin de mon habitation, où je suis rentré à une heure et demie après midi.

On m^annonce que Joseph-Léon, Tenfiint que le Tatino de KaiEs m^a donné vient de tomber sa première dent de lait : il a donc sept ans.

Vendredi, S janvier. — Le matin, je vais voir le Motti. Je trouve ches lui un homme de grande taille, au teint pâle et à la barbe châtain; il est coiffé d^un turban blanc; je le prends tout d^abord pour un Européen déguisé. Il affecte de me regarder comme une béte curieuse et parle en se

BXPLORATIOKS ÉTHlOPIBlCNBt

dandinant sur sa chaise comme un ours dans sa cage. Les questions du Motti sont tellement indiscrètes, mes réponses amènent tant de chuchottements et de ricanements entre le Motd et son compagnon que, ne voulant point prolonger cette situation ridicule, je me lève et aCtn vais. Le Motti me fiiit redemander sur les deux heures. Je crois de ma dignité de refuser d'yaHer. ■ ^

A deux heures arrive Abba MaUé, hercule au service du Fittorari Garado. Abba Malle a au poignet du bras droit vingt-un anneaux en fil de laiton indiquant qu^il a tué vingt-un ennemis à la guerre, et porte, comme de droit, les cheveux longs et tressés.

Abba Malle vient ici demander justice au Motti d*un de ses hommes qui lui a lancé un javelot et Ta, malgré son bouclier, blessé d^une éraflure à la lèvre inférieure.

Aiellé veut profiter de son séjour à Limoux-Ennerea pour acheter du musc, qui est ici très abondant. Pour 25 thalari il est acquéreur d'un poids de musc égal au poids de 35 thalari; car» ici, comme dans toute TEthiopie, le thaler est non-seulement une monnaie de compte, mais aussi un étalon de poids, tous les poids pesant un nombre déterminé de thalari. A Aden, le poids de deux thalari de musc est vendu, en moyenne, trou thalari.

Ce musc provient du chat musqué ou civette d'Afrique que Ton élève dans la plupart des maisons de Limoux-Ennerea, du Djema et du Kafh. Les civettes sont tenues dans des cages allongées en bois dur, nourries avec de la viande, tenues au chaud et à Tobscurité; elles sont, plusieurs fois par jour, excitées avec une baguette pointue, ce qui augmente leur sécrétion musquée.

ï, 6 janvier. — Le Motd m^ayant envoyé, en relour de mes cadeaux, un mulet et des toges, je ne puis me dispenser d^aller le voir dans. la matinée. Il se montre plus poli et s'excuse du mieux qu^il peut de sa sotte réception d^hier.

En sortant de chez le Motti nous trouvons une tourbe de gens qui traînent, à travers les cours de la résidence, comme une charogne que l'on mènerait à Técorchoir, un homme lié par la jambe droite à une corde.

rapprends que c^est Thomme qui a jeté une lance à Alba Mallé et que, diaprés un jugement du Motti, on va le livrer à Abba Mallé. Abba Mallé et le Fittorari Garado sont id très redoutés ; c'est probablement à l'arrivée du premier que je dois de voir enfin le Motti convenable à mon ^ard.

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XZPLOIUTIONS ÉTHIOPimm

Dimanche, 7 janvier. — C'est aujourd'hui le jf^ânui (Noël) des Éthiopiens. Cest même par nspect pour cette {2te, qui est l^une des plus solen^ ndlement ftriées de l'Église d^Éthiopie, que nous, ne nous sommes pas remis en route dès avant-hier.

Mes gens passent Paprès-midi à jouer au génna, comme il est de tra* dition de le &ire pour cette ttte. Le génna, jeu très populaire parmi les chrétiens de TÉthiopie et auquel toutes les classes de la société prennent part en se confondant complètement, consiste à pousser avec un bâton recourbé un morceau de bois de forme ronde. On se divise en deux camps et la victoire est k celui des camps qui parvient à lancer le génna dans le camp adverse*

Le soir, Aiellé et Abba Orké, marchand de Djema, parlent d$ la peuplade des Maraco qu^ils connaissent tous les deux. Les Maraco habitent des plaines couvertes de pâturages sises au sud du pays Gouragué ; ce sont des pasteurs qui se nourrissent exclusivement de laitage et.de viande; ils se vêtent et se logent comme les Danaidl d^Obock. Ils se font» au moyen d'un fer chaud, des marques et des dessins sur tout le corps, prétendant se rendre ainsi plus beaux et plus forts. Ils parlent un idiome particulier qui aurait des affinités avec Pafer (langue des Danakil) et Toromon (langue des Galles). Ils auraient l'usage très particulier de tuer tous leurs vieillards, hommes et femmes, pour épargner aux femilles le souci de bouches inu* tiles. Chacun tue les pères et mères de ses amis.

Lundi, 8 janvier. — Nous partons â 8 h. 20^, au nord. Nous avons pour compagnon un homme du Motti qui est porteur d^une lance à double fer. Cette lance et cet homme sont les preuves que nous quittons le pays avec l'assentiment du souverain, assentiment sans lequel les gardiens des portes ne nous laisseraient point passer.

A la hauteur du marché nous reprenons la route suivie jeudi dernier pour aller au marché de Saka.

A 10 h. o50 au nord-nord-est, nous traversons un ruisseau de cinq à six mètres de largeur, qui coule au milieu de blocs de roches grises. De là nous passons sur un plateau ondulé, saiu arbres, couvert de graminées sauvages, où Ton voit de nombreux affleurements de roches grises toute fendillées.

A 10 h. 20^, nous passons un nouveau ruisseau au gué duquel nous sommes rejoints par Abba Mille. La végétation est plus active et la rouie

EXFLOiuTioiiS érHionxmm

est en partie bordée de kaulkal et de malviacés arborescents. Sur notre gauche se trouve un plateau cultivé et quelques habitadons.

A 10 h. 34' nous nous arrêtons sous des sycomores ; à la cime de Vnn

d*tax se trouve une gottet (sorte de chat-huant) : Aiellé Fabat d^un coup de fusil; cet oiseau a les ongles des serres d'une longueur extraordinaire ; )e les fois couper. Les gens qui m^aocompagnent slmaginent que ce doit être un talisman puissant, et à un moment où f ai la tête tournée on m^en vole deux. Cest, du reste, le seul objet qui m*aura été volé dans le cours de ce voyage.

A 1 1 b. 40^ nous nous remettons en ronte. Le pays est accidenté et couvert de cultures et d'habitations. '

A II h. 54', marchant au nord-est, nous traversons un torrent qui coule de gauche à droite, sur des roches, et forme des cascatelles ; sur notre droite et devant nous se trouve une forêt; sur la gauche, des monts dénudés et grisâtres.

A midi 5& nous nous arrêtons. Pour venir ici nous avons marché au milieu des bois et nous avons dû, depuis 1 1 h. 54', traverser deux non* veaux torrents. La r^ion où nous nous trouvons se nomme Odessa.

A I h. 25' nous nous remettons en route, toujours à travers bois.

A 2 heures, nous appuyons au nord-nord-est; après avoir traversé un torrent qui limite id la forêt, nous passons sur un plateau ondulé, sans arbres, où se trouvent des cultures et des habitations.

A 2 h. 55' nous traversons un nouveau torrent et nous entrons dans unbcûs.

. A 3 h. 1 5' nous prenons à l'est-est-sud. Le bois est traversé, nous nous trouvons au haut d^une cAte et avons devant nous une plaine grise entourée de montagnes. -

A 3 h. 25' nous somines au nord^ouest et nous arrivons à Merkouse, résidence du Motti, où nous devons passer la nuit. Nous y sommes asses mal reçus.

Mardi, g janvier. -* Nous partons à oh. 41^ à Test-est-sud, par une pente douce et gaxonnée.

A 7 h. Il' nous traversons un torrent qui œole de gauche à droite, sur rocher. Ses rives sont bordées d^arbics et autri de cultures qui sont bientôt remplacées par des herbages au milieu des^eb poussent quelques bouquets d^arbres. Devant nous, Phorixon est borné par des montagnes.

BZFLCMUTlOm iTBIOMBNim

Celles de droite sont sensiUement plus hautes que ceDes de gauche*

A 7 h. 45^ nous prenons au sud. Un talus, un fossé et une herse qu^on lève pour nous, forment ici Tenceinte du Limoux-Ennerea. Nous les franchissons et nous entrons dans le Kella-Seki, r^on inhabitée et appartenant au Limoux-Ennerea. Tournant au nord-est, nous nous trouvons dans une plaine marécageuse oti des flaques d^eau et des bourbiers entravent notre marche à chaque instant.

A 9 heures, nous traversons la rivière de Moussa, qui sert de limite entre le royaume musulman de Limoux-Ennerea et la république Galla de Nonn6| qui est tributaire du rojanme du Choa.

Ces deux États sont de race oromon ; mais un seul a conservé Tantique forme sociale et religieuse des Oromons et peut être aujourd'hui qualifié de Gallas (voir la note sur les Gallas de Galane).

La rivière de Moussa roule de gauche à droite^ dans un lit terreux; elle est très encaissée et a une dizaine de mètres de laigeur au point où nous la passons. Nous traversons ensuite une plaine en partie cultivée. La route, bordée dVbustes, aboutit aux premiers contre-forts des montagnes vers lesquelles nous nous dirigeons.

A 10 h. 4', nous trouvons un torrent desséché, large de plus de soixante mètres, au milieu duquel coule un mince filet d*eau.

A 10 h. iV, nous nous arrêtons pour la nuit chez le grand Ayo (chef) de Nonnô; il est absent. Nous sommes reçus par sa femme et ses filles, qui nous logent dans des pavillons très propres et s'empressent de nous donner tout ce qui peut nous être nécessaire : un bœuf, de Iliydromel, des pains, etc., etc.

Pendant la nuit il y a des cris stridents mêlés à des rugissements formidables; c'est im lion qui est venu prendre un bœuf dans le parc de nos hfttes et rempofie.

Mercredi, tojatmer. -* A 6 heures^ la plaine qui est à nos jneds est couverte d'un épais fanniillanL

A 6 h. 45^ nous traversons tout d*abofd un ruisseau dont le cours est de gauche à droite et nous sommes ensuite sur un plateau ondulé où je remarque des cultures très soignées de mil et de cannes à sucre ; quelques arbres, des sycomo r es ^ 'sont disséminés au milieu des cultures.

A 7 heures, inclinant au nord-est, noiu entrons dans un bois. Noiu avoiu sur notre drnte un plateau avec des pftmrages coupés par des futaies

BipLORATioift tTHuramm

en llotf ; sur notre gauche, des montagnes. Des paitages boueux rendent notre marche très pénible.

A 7 h. 3o^ nous traversons un premier bras de la rivière Fiddè. Son lit est d'une trentaine de mètres et très encaissé. Elle coule de gauche à droite et a ses rives bordées d^arbres et d^arbustes. Toute la r^ion environnante est fortement nvinée par les eaux.

A 7 h. 45', nous nous arrêtons dans le deuxième bras de la rivière de Fiddô, celui nommé Fidi^ gaudà (grand Fiddè). Le lit a de quarante à cinquante mètres de largeur ; les eaux coulent de gauche à droite sur de grosses pierres. On a barré une pordon du lit de la rivière et construit pour les troupeaux des abreuvoirs.

Les eaux du Fiddô goudà passent pour très salutaires aux animaux. Elles contiennent des sels, de soude probablement, qui ont la vertu de les purger. Nous trouvons un gnnd nombre de bœufii etde chevaux à l'abretivoir, et nous y foisons boire nos montures. J^ai goûté Peau ; elle ffl*a purgé ; son goût peut être comparé à celui d^une eau l^re de savon un peu salée.

A 8 h. o5% nous nous remettons en route, toujours au milieu du bcûs. Le sol est très raviné. 11 7 a dans la forit des culmres et des habitations. Les gens qui nous croisent sur la route marchent tous en chantant gaiement, la lance à la main et le bouclier au bras.

A 8 h. 25', nous dirigent au nord, nous traversoiu la rivière de Ya« Allah. Elle coule de droite à gauche et a un lit de vingt-cinq mètres de largeur, bordé d^arbres. Sur notre gauche, et à un kilomètre environ, nous avons une ligne de collines rocheuses; à droite, à deux kilomètres à peu près, trois lignes de hauteurs se surplombent. La rivière de Ya- Allah limite le pays de Fouoadji oti nous entrons. Nous devons id changer de guide^ et nous en prenons un dans une habitation sise au milieu d^un défrichement en plein bois.

A 9 h. I y, nous traversons une grande clairière. Sur une butte, à droite, se trouve le marché de Gouribti. Nous le traversons. Il y a peutêtre deux cents personnes, mais on y arrive de tous côtés. Les marchandises exposées en vente consistent en peaux, miel en rayons, grains et denrées, poteries, un peu de verroterie et quelques objets en fer, socs de charrue, hachettes, bêches, fera de lance et couteaux.

Presque tout le monde est vêtu de peaux tannées, les hommes ausri bien que les femmes. Les élégantes, parmi ces dernières, ont les cheveux

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couverts d^une pommade fiute de beurre et de myrte, qui leur colore h chevelure en vert.

A 9 h. 45', nous rencontrons, au milieu des txMS, des habitations et de« cultures. Nous chang^ns encore de guide.

A lo heures, nous prenons à l'est et à lo h. 26^ nous traversons U rivière de KôUati. Elle coule de droite à gauche, sur des pierres. Son lit est large d'environ quinze mètres.

Nous arrivons ensuite à un petit plateau ondulé, dont le terrain rouge est fortement raviné par les eaux, couvert de broussailles, de qudques arbres et de graminées sauvages.

A midi 3o^, notre route étant nord-est, nous nous arrêtons devant une habitation entourée de cultures, pour prendre un nouveau guide. Dans les républiques gallas, où chacun est nuâtre ions son enclos, Tusagé est de changer de guide chaque fois que Ton passe d^une propriété fiuniliale dans un autre. Cela du reste ne fut aucune difficulté ; ces braves gens vous rendent gracieusement et gratuitement ce service et se préviennent mutuel* lement.

A midi 38^ nous arrivons à la grande rivière de Hoia. Son lit a deux ou trois cents mètres de largeur ; il est en partie envahi par la v^géution, même par de grands arbres ; le courant se réduit aujourdliui à un mince filet qui coule entre des roches noires. On a établi un abreuvoir ob sont des troupeaux et leurs gardiens.

En sortant de FHoia, nous prenons un nouveau guide. Notre route est toujours au milieu d'un bois coupé d'habitations et de cultures.

A I h. 1 5' nous traversons le Gueddé, et nous entnms dans les pays relevant directement de la couronne du Choa et formant le Choa proprement dit. Nous sommes dans la province de Dourrémi. Le Gueddé a id une centaine de mètres de largeur ; sa plus grande profisndeur est de 1*10 au point oti nous le passons.

De Tautre côté de U rivière nous tiouvoiu un plateau avec des cultures et des habitations où nous changeoiu encore de guide. Nous avons des éminences sur notre droite et des dépresrions sur notre gauche. Noos trouvons des oliviers sauvages. Ainsi que je Tai déjà remarqué, le Gueddé limite d^un c6té la zone des oliviers sauvages et de Tautre celles des caiifiers sauvages.

A 2 h. 2f, nous dirigeant au nord, nous atteignons la rivière de Dilfilla, dont le lit, très raviné, a de onze à douze mètres de largeur. Eile

\ coule de droite à gaodie, sor des rochen, et forme des cascatelles snpiès desquelles aoiu nous anéions. .

A s h. 45', nous nous remenons en rouie ei nous traversons un psys montueux, boisé, mais où Ton rencontre des habitations et des cultures.

A 3 h. 40, marchant au nord-est, nous Tenons de traverser un tor-» lent et nous entrons dsns une r^on couverte d'habitations et dé ctiltures. La route est r^uliirement tracée et en partie bordée d^arbres à droite et à aaudie.

A 4 h. 55% la route étant nord-nord-est, nous avons en fiioe de nous» et au sommet d^une butte, un village amara en construction. Tout autour paissent de superbes chevaux et de belles mules. Nous sommes arrivés au village de Dourémi, dont le chef vient nous recevoir et où nous sommes hospitalisés avec la plus grande cordialité.

Le roi Mendik II, suivant Fexemple donné par son grand-père, le toi Sahala Selassié, accomplit dans P Afrique centrale une œuvre de colonisation des plus remarquaUes. . • T ■

Ce village est actuellement un nouveau centre que Ton crée, et Ton va ainsi en construire juaqu^au Guebbé, défrichant et peuplant toutes les r^oiu désertés et inoccupées. Il 7 a id des révoltes de Gallas» comme notu avons en Algérie des révoltes d^ Arabes ; on les réprime par les mêmes mesures : razzias, confiscations de territoire. Ici la guerre est aussi sauvage, mais pas plus sauvage qu'ailleurs. ^

ï, ij janvier. — A 7 h. i5', notis partons dans la direction du nord-nord-est, accompagné de nos hôtes qui viennent nous e sc orte r }tisqu'au bas de la butie.

A 7 h. 3 5', nous tournons à Test et nous entrons dans une forêt dont les arbres sont très élevés mais clairsemés. Nous voyons des traces nombreusel d'éléphants. Avec la ft>rêt commence le pays de Damù.

A 8 h* 1 3', nous traversoiM la rivière de Damé. Les eaux coulent de gauche à droite, sur des quartiers de rocs ; le lit a de vingt à trente mètres de largeur. Après quelques minutes de route au milieu d^un bois, où nous remarquons des traces nombreuses d'éléphants, nous rencontroiu un nouveau bras du Damé^ mais de petite dimension, dnq à six mètres aii plus de largeur. La ferét devient de plus en pltis épaisse et les traces d*éléphants de plus en plus ix>mbtetises.

A 9 h. 20^, nous traversoiu ime dairière, dans un vallon * rempli . du

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mpLomATiONS éTHiommiis

flaques d*eta et d'herbes marécageuses, au milieu desquelles paissent des bœufe sous la garde de plusieurs pâtres vêtus de peaux, armés de lanœa et de boucliers. Nous traversons ensuite une petite prairie qui vient d^être incendiée et nous arrivons à la petite rivière Arkis6« que nous traversons, et sur Pautre rive de laquelle nous retrouvons la forêt touffue.

A 9 h. 45\ nous traversons un ruisseau nommé Kéttiyo ; il coule de gauche à droite sur des quartiers de roches.

A lo heures, nous inclinons au sud-est. La forêt est remplie de traces d'éléphants. Il paraît que c^est un indice ceruin que nous sommes sur la lisière ; ces animaux aimant à aller en troupeau pflmrer hors des bois, se tiendraient surtout sur les bords des forêts. - "

A lo h. 04', nous sommes sur le plateau de Marron, qui est cultivé et habité, couvert de beaux pâturages, dans lesquels paissent des bœufii et des chevaux.

A 10 h. 46', nous nous arrêtons devant une habiution. Une belle et puissante femme, de race oromon, à longs cheveux oints de pommade verte, vêtue d*un jupon de peau brodé, retenu par des lacs de perles, et d^une écharpe de coton à couleurs voyantes qu^elle porte drapée comme un plaid écossais, vient, accompagnée d^une négresse, sa suivante, m^apponer un siège et une calebasse pleine de lait. L'habitation est entourée it beaux arbres^ ainsi que les tombeaux de famille qui sont à côté.

A 1 1 heures nous nous remettons en route. Nous voyons un village amara en construction sur une butte, devant nous : c'est le village de Mar* rou oti nous arrivons à i x h. 20^ et où nous sommes cordialement reçus par le schoum et ses gens.

Vendredi, 1 2 janvier. ^ A 2 h. 1 5', nous nous mettons en route au nord-est ; nous descendons la butte sur laquelle se construit le village de Marron et nous avançons au milieu de défrichements et de pâturages.

A 7 h. 45', nous toumoiu à Test. Une haie en arbres épineux et un ^ fossé que nous franchissons sur un pont nous avertissent que nous entions dans le pays de Toutou. La r^on est formée par un plateau mamelonné, oti croissent des graminées sauvages et quelques arbres en bouquet. Sur les croupes il y a quelques habitatioiu. J^estime que la culture s*étend à peu près sur un septième du terrain.

A 8 h. 04', nous bisons route à rest*est-sud. Nous traversons la rivière de Karsa, laige de cinq mètres et coulant de gauche à droite, sur jnencs.

— JL*

Noos entrons dans le bob de Mongnio; notre route passe sor nne ligne de fîdte, entre denx vallées. Dans les fends, la forSt a omune essence dominanie des bamboos gigantesques; à mi-cfttey des acadas, et, sur les sommets» difeis espèces d^arbres, notamment des koossos et des olimis. .

A 9 h. 25^ notre route étant sud-est, nous attdgnons la rivière de Kakak^, qui coule de gauche à droite sor un lit de gravier de vingt mètres de laig^ur ; nous la passons et nous allons boire du lait dansdes habitations qui se trouvent au sommet de o&ies qui la sur|dombent et auprès desquelles se trouvent des culmresy de beaux arbres et de gru pfttursges, daiu lesquels pâturent de beaux troupeaux de boeuft.

A lo heures, nous tournons au nord-nord-est et nous traversons la rivière Ousarbi, qui coule de gauche i droite, dans un ftmd. Bien que son lit n*ait en ce moment qu\ine laigeur de cinq mètres, il parait qu^il passe id, pendant la saison des pluies, des quantités d^eau oonsidénbles.

Après la rivière, nous entrons dans TAbagy, r^ion nue et désolée, couverte de chardons. . '

A lo h. 35', nous tournons à Fest-est-nord et nous firandiissoiu sur une passerelle formée de bambous, Tun servant de pont et l'autre de gardefou, la riviire de Kotié, large de cinq mètres, coulant de droite à gauche, sur fond de vase. Nous entrons alors dans le pays de Toukour^meder (terre noire), nom bien mérité par la couleur du sol, qui serait excellent pour la culture des céréales, ce qui justifieialt notre proverbe provençal : terre noire porte bon blé. Nous nous arrêtons pour d^eûner.

Un schoum du Fittorari Garado passe avec une nombreuse escorte et vient me saluer pendant que je déjeûne ; il est superbement vêtu d^unè cote d^armes en lampas et d*une toge blanche en tissus de coton extn-fin« avec un large linteau broché en soie de couleur, mais ridiculement coiffé d^un casque anglo-indien en modle de sureau.

A II h. o/, nous nous remettons en route à Test, à travers un plateau ondulé, sur lequel nous trouvons un second bras de la rivière Kotié. Le plateau est nu, sans arbres, couvert de stippées qui rappdlent Talfii des pla-^ teaux du Sahara algérien. Les hauteurs environnantes sont boisées.

A midi lo', inclinant à Pest-est-sud, on trouve sur le plateau des bon* quets d^arbres, des cyprès et autres conifères; sur les croupes des ondulations; dans les fonds, des oliviers et des bambous. Nous nous croisoru avec toute une troupe de gens qui noarchent à la file indienne en diantant. Ik sont au moins dnq cents. Une jeune fille à cheval les précède e^parslt les guider.

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EXPLORATIONS ÊTBWnmSVEM

y A 1 h. 25\ nous traversons un plateau couvert de mimoMS. Un très grand nombre de travailleurs sont occupés à les déoordquer, car Pécoroe du mimosa sen à fiiire les liens qui attachent entre eux les piquets et le dayonnage des murs en torchis des habitations éthiopiennes.

D^autres travailleurs abattent des arbres ; d^autres font des transports. Ces gens composent une corvée, qui a rem[dacé celle qui était formée des gens que nous avons croisés il y a une heure.

A h. 1 ^, marchant au nord*nord-est, nous rencontrons la rivière d^lntchini qui coule de droite à gauche, daiu un lit terreux de sept mètres de ' largeur. Nous la traversons sur une passerelle formée de deux perches de bambous; -

Nous avons devant nous un village amara en construction» On lui a donné le nom de la rivièxê Intchini.

A 2 heures» nous arrivons au village. Le schoum Atto Daigné vient au-devant de nous et nous reçoit avec une grande urbanité.

Samedi, t3 janvier. — Atto Dargué me presse de passer la journée chez lui. ^accepte d^autant plus volontiers que nous trouvons ici Chilpéric, Tun des écuyers du Fittorari Garado, qui partira demain avec nous. . .

Dans Paprès-midi, Atto Dargué me parle des moyens employés par les Amaras pour coloniser les pays gaUas. Ces moyens sont nmples, pratiques, intelligents. Un schoum, comme Atto Dargué, reçoit la mission de fonder un village ; il part aviec toute sa fomille, ses clienu et tâche d^attirer auprès de lui le plus grand nombre possible de colons. N^ayant pas d'autre traite* ment que la part d'impôt qu^il peut prélever sur les colons, sa prospérité est liée au dévdoppement même de la colonie. Les vexations sont rares; les colons venant librement et s^en allant de même, ils ont i^te fiût d*abandohner un administrateur qui veut les pressurer.

Dimanche f 14 janvier. — Nous partons i 8 heures, dans la direcdon du nord-est. Atto Daigué veut me fiûre la conduite et marche pendant plus de vingt minutes à pied, à côté de ma mule. Il est suivi de ses gens portant ses armes et menant par le licol son destrier, magnifique animal au pcMl gris de fer, qui piaffe en fiûsant tinter les plaques d^aigent dont son harnais est garni.

Après les comjdiments d^usage, Atto Daigué monte sur ton cheval et le met au galop dans la direction de son manoir, séparé de nous par une pente douce et gaaonnéie. Les hommes d*armes qui forment resoone du

KXPLORATION8 ÉTHIOPIBNIlBt

schoum, au nombre d^'une trentaine environ, se lancent derrière lui, et, luttant de vitesse entre eux, tout en s^interpellant, forment une troupe des plus pittoresques. : • . j ... » .: ^

A 8 b. 2&^ au moment où Atto Dargué nous quitte, nous prenons au nord. Nous nous trouvons alors devant un petit marécage boueux que noiu traversons. • • / ..i.-f

A 9 heures, nous inclinons au nord-est. Devant nous la rivière de Nanoftou coule sinueusement dans un lit terreux. Nous la suivons en la remontant. Elle coule au milieu d'une vallée, où se trouve un grand nombre de ballons gazonnés. Devant nous s^élèvent des montagnes boisées. .

A. lo heures, nous prenons à Test-est-nord par un plateau mamelonné, couvert de stippées et d^épines. jSur notre droite se trouve la montagne de Tchobô. ^

A I o h. 1 5', nous entrons dans le pays de Ouallâ, par un plateau iden* tique au précédent,, dont les hauteurs sont couvertes d^habiutions, de cultures, de cyprès, d^oliviers et de myrthes. ' ^,

A I f h. lo', tournant à Test-est-nord, nous traversons la petite rivière de Bittéy qui coule de droite à gauche, sur des rochers, et nous entrons dans le pays de Dogomma. '

A 1 1 h. 2&^ nous avons à gauche la rivière de Bitte, qui coule dans un lit très encaissé ; ses rives sont couvertes de fourrés de verdure. Sur la droite s^étend un plateau limité par des montagnes,

A midi, nous nous arrêtons au milieu d'une plaine tout à fait ronde, entourée d^un cercle de montagnes. Je suis assis sous un arbre, fumant ma pipe après déjeuner. Un vieillard passe, conduisant, avec Taide d'une jeune fille, trois ânes chargés. Il s^arréte auprès de moi, se met à plaisanter, à rire, i chanter, même à danser une gigue. Ce n'est point un mendiant, mais un paysan facétieux.

A midi 35', nous nous remettons en route au nord. ^ •

A I h. o5', nous prenons au nord-est et nous traversons la rivière d^lndris. Elle coule de gauche à droite, au milieu de quartiers de roche; la largeur de son lit est ici à peu près de seize mètres et la hauteur de ses eaux de dnqtiante centimètres.

' A I h. 2&, marchant à Test, nous atteignons la rivière de Tollé (c^esi Ken, en langue Oromon) ; nous la passons ; elle coule de gauche à droite sur pierres ; la hauteur de ses eaux est de quarante centimètres. La rivière traversée, nous gravissons une pente rocheuse donnant accès à un plateau.

EXPLORATIONS ^THIOPISmiBS

A I h. 25', Qous sommes sur ud plateau dont le sol dur résonne sous le sabot de nos montures; il est entouré de hauteurs en partie cultivées; il y pousse des mimosas, qui se rapprochent de plus en plus et forment un vériuble bois à rextrémité du plateau.-

A 1 h. So', nous traversons un ruisseau dont les rives sont garnies de beaux arbres, desquels, à notre approche, des vols de pigeons s^enfuient dans la direction des montagnes.

A a h., nous avons en face de nous des buttes sur lesquelles des Ama^ ras construisent des habitations.

A 2 h. 25', notre route est à Test. Nous JMissons au milieu de buttes' sur lesquelles on construit et nous entrons dans le pays de KouIIou- Dimptoo.

A 2 h. 36^, marchant à Test-est-nord, nous traversons la rivière de Baudjé, dont le lit a dix mètres de largeur. La hauteur des eaux est de quelques centimètres seulement. Le courant est de droite à gauche. Le fond est de galets. Les rives sont garnies de quelques arbres et arbustes. Une fois dépassée, on se trouve sur un plateau aride de terre noire et dure et Ton n^aperçoit que des herbes sèches et des épines sans feuilles.

A 3 h. i5', nous passons la rivière de Tenullé. Son cours estde droite à gauche. Le lit, sur roc, a quinze mètres de largeur. La hauteur des eaux est de quarante centimètres. La Tentallé forme, sur notre gauche, des cascaielles.

Après avoir traversé la rivière^ nous montons une pente rocheuse au milieu de beaux oliviers et autres arbres. •

A 3 h. 20^, nous arrivons au plateau de Gaussô et nous nous arrêtons devant une belle habitation galla«

Bien que ces gens ne soient que de simples propriétaires, nous sommes généreusement et gracieusement hospitalisés.

Lundis iS Janvier. — Nous panons à 7 h. /, à Fest-^st-sud et à 7 h. So' nous traversons la rivière de KouUouk, qui coule de droite à gauche, au milieu de quartiers de roches, dans un lit très encaissé, d^une dizaine de mètres de largeur. Nous entrons dans le pays d^AsuarAh, bassin dont le sol est formé de terre noire couverte de petits cailloux. Il y a du gazon par places et des bouquets de mimosas. Ce bassin, de forme elliptique très régulière, est entouré de hauteurs cultivées et habitées. Ce doit être un ancien lac. Dans la saison des pluies, il forme un marécage. Nous passons auprès

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des mattons. On tntfbiilerkblé aux bœofcrar des aires; les gens qui ne sont point occopés à ce tnvafl se tiennent pdoionnés, exposés an soleil^ devant lears maisons, car il souffle on ment rioleni do nofd-onest et Ton ^ifOOTe une i^ive sensation de finoid«

A 9 beoies, noos passons do basnn sur on plateao nommé llatti où se trouvent des giaminées sauvages, des cuhnres et des haUtations. Le sol est fimné d'un humus ncnr mélangé de petits nnlinn¥,

A ri heures, rouie est; le pays prend un aspea d'herbag e alpestre, plateau gazonné à grandes ondulations, ballons gasmnés disséminés à giuche et à droite, avec qudques habitatioos sur les sommets. Des ctihivafeufs sont occupés, dans les guérets, à brûler des herbes et de la terre; c'est à peu près le seul engrûs connu en Ethiofne, mais il est univcndlement employé*. Les Gounigués sont, je crois, les seuk Ethiopieiis qui emploient le fumier dans kun cultures.

A II h. 3/, nous arrirons à h Kéninse, rivière qui couk de drohe à gauche sur un lit de pierres, et laige d^une dizaine de mètres. Nous k.tia* venons et nous nous arrêtons i côté, dans un petit vallon, pour d^eûner.

A midi 35', départ. Nous reprenons notre roQie i resMst-sud, par un pkieau gazonoé, à grandes onduktions, oùse rencontrent des affleurements de roches noires; ce pkteau se nomme Abébj.

A f h. 35^, nous traveraons k rivière Abéby. Elle couk de droite à giuche sur pierres, dans un lit de vingt mètres de krgeur.

A s heures, nous tournons au sud et à a h. \V nous arrivons à Ouadisso, k ville du Flttorsri Garado, que nous avions quitté le 26 novembre dernier. Nous sommes reçus i bras ouvens, et après quatre joun de repos chex ces hospitaliers et chers amis, je reprenak k route d'Ankobèr,oùfar> rivais le 3i janvier, à deux heures après midi.

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