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CHAPITRE XIV

Chasse à l'hippopotame. — Autre chasse de nuit. — La viando d'hippopotame. — Allures de cet animal. — Sa peau. — lisage qu’il fait de ses défenses. — Les bateaux chavirés. Animal paisible si ou ne l'attaque pas. — Son cri. — Combats d'hippopotames. — Aventures avec des hippopotames.

Le 20 mai , je fis cinq milles sur le fleuve , pour aller à la chasse de l’hippopotame. Il y avait par là un endroit dont le peu de profondeur permettait à ces animaux de s’y tenir et de prendre leurs ébats tout autour. Ils s’y rassemblaient pendant le jour, se jouant dans le fleuve, plongeant, ou restant immobiles sur le bas-fond, leurs hideux museaux hors de l’eau, semblables à quelques vieux troncs d'arbres ballottés par la tempête et échoués sur le sable. Nous approchâmes lentement et avec précaution, jusqu’à trente mètres de la bande, sans attirer le moins du monde l’attention de ces paresseux animaux. Là, je m’arrêtai et je tirai cinq coups de fusil, qui, autant que je pus voir, tuèrent trois hippopotames. L'oreille est chez eux le point vulnérable, et c’était là que je visais toujours. Le premier coup de feu ne leur causa pas une grande émotion ; mais les convulsions de la bête frappée, qui tourna plusieurs fois sur elle-même et qui finit par couler à fond, jeta le désordre dans le troupeau. Ils se mirent à battre l'eau et à plonger au plus profond du fleuve ; le sang de mes victimes rougissait l’eau tout autour de nous et m'empêchait de voir si les survivants de la bande nageaient dans notre direction.

Tout à coup notre bateau reçut une violente secousse ; je regardai par-dessus le bord; nous étions au beau milieu du troupeau. Ils ne venaient pas cependant nous attaquer ; je crois plutôt qu’ils cherchaient à se sauver. Nous poussâmes la pirogue le plus vite possible hors de leur atteinte, car je n’avais pas envie de chavirer. Je ne recueillis qu’un seul des animaux tués , qui fut trouvé deux jours

apres au bord d’une petite île, à l'embouchure du fleuve. Il est probable que les nègres auront pris et mangé les autres , à mesure qu’ils sont venus s’échouer, et qu’ils ne m’en ont rien dit, craignant de me voir réclamer ma part de prise.

Le divertissement avait été mince ; aussi je nie décidai, après la mort du gorille Joe, à faire une nouvelle chasse aux hippopotames, une chasse nocturne cette fois. Ces animaux viennent paître la nuit sur le rivage. J’ai déjii dit que le Femand-Yaz coule parallèlement au littoral [tendant des milles, et qu’il n’est séparé de la mer que par une étroite bande de prairie sablonneuse ; c’est dans cctlç prairie que les cheraux de rivière ont leur pâturage. Le lieu de promenade du troupeau, que l’on peut distinguer à une grande distance, fait l'effet d’un sentier battu régulier; seulement d’énormes empreintes de pieds révèlent l'animal qui les a faites. L’herbe ne croît pas sur ce chemin ; mais le sol en est ferme et bien foulé par des allées et venues continuelles. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’ils n’abandonnent jamais leur lieu de promenade, même quand on les y at laque ; ils y reviennent toujours obstinément; c’est ce qui fait l’avantage du chasseur.

Nous choisîmes un beau clair de lune; notre barque nous conduisit tout près d’un de ces lieux de promenade, oii mon chasseur Igala et moi nous descendîmes. Je m'étais barbouillé le visage avec un mélange d’huile et de suie.

Nous passâmes sous le vent des traces des hippopotames ; car ces animaux ont le flair très-délicat; la nuit, un rien les effarouche. Ils sentent probablement que lorsqu’ils sont à terre, la lenteur de leurs mouvements et la pesanteur de leur masse leur donnent beaucoup de désavantages. Nous nous mîmes en embuscade derrière un buisson. Aucun de ces animaux n’était encore sorti du fleuve; nous les entendions de loin ronfler et clapoter, et le bruit qu’ils faisaient avec leurs naseaux troublait d’une façon étrange la tranquillité de la nuit. Cependant la lune penchait déjà vers l'horizon et je commençais à m'impatienter, lorsque j’entendis un grognement. Je regardai . cl à travers la demi-obscurité je vis confusément un énorme animal que l’ombre flottante rendait encore plus monstrueux. Il était tranquillement occupé à brouter l'herbe qu'il semblait tondre de très-près.

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