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I.A FAINR DE LA SAISON SECHE. 15t

Des canards de toute espèce faisaient leurs nids dans les criques et sur les nouveaux îlots qui apparaissaient au fur et à mesure de la décroissance des eaux. J'allais habituellement lès chasser, si bien que je me lassai de leur chair, toute bonne qu’elle est. Des grues aussi, et toutes sortes d’oiseaux aquatiques s’attroupaient là; et chaque jour amenait de nouvelles espèces, qui venaient, poussées par un merveilleux instinct, se repaître des vastes bancs de poissons qui encombrent la rivière.

Sur le rivage, je pris plusieurs fois un singulier oiseau, le sula capensis, qui est apporté là par les vagues perfides auxquelles il se confie, et qui, je ne sais pour quelle raison, ne peut plus s’en retourner.

Enfin, chaque banc de sable était couvert de mouettes, qui faisaient entendre leurs cris perçants du matin au soir, tout en volant avec une ardeur gloutonne autour de leur proie écaillée. C’est une magnifique saison pour les chasseurs. Je pensais à quelques-uns de mes amis de New-York et à leur joie, s’ils avaient pu voir la profusion de gibier que j’avais là à discrétion.

Les oiseaux terrestres sont également très-nombreux, mais je n’ai le temps d’en décrire qu’une seule espèce fort curieuse: c'est le guêpier. dont j’ai découvert deux nouvelles variétés. La plus commune est le méropicus bicolor, un magnifique petit être, dont la poitrine d’un rose éclatant fait l’effet d’un charbon de feu qui voltige. Les guêpiers se nourrissent d’abeilles et d’autres mouches. Ils sont remarquables par la manière dont ils construisent leurs nids: ce sont des trous pratiqués en terre, toujours sur le bord d’une éminence ou d’une pente, à une profondeur de trois ou quatre pieds. On trouve un grand nombre de ces nids sur le flanc des collines; cet oiseau vient y dormir la nuit.

Les serpents ne sont pas si communs à celte époque que pendant la saison des pluies; cependant ils ne disparaissent pas entièrement, comme j’eus l’occasion de m’en convaincre une certaine nuit. J’étais déjà couché, lorsqu’un grand tumulte sc fit entendre dans le poulailler; je sautai à bas du lit. croyant surprendre quelque voleur, mais je ne vis personne; pas d'effraction d’ailleurs, tout était bien clos. Je revins dans ma chambre, persuadé que c’était une fausse

alarme; mais à peine y étais-je, que je reculai précipitamment. Dans la demi-obscurité qui y régnait, j’avais failli marcher sur un gros serpent noir qui était entré là pendant que j'étais sorti. Heureusement, j’avais mon fusil à la main, et sans perdre de temps je lui mis la télé en pièces. Il déroula dix pieds de long; il était d’une espèce dont la morsure, au dire des nègres, est toujours mortelle. La hideuse bête, quand je la tuai, était en train d’avaler un de mes poulets; elle s’était glissée dans le poulailler; de là le vacarme que j’y avais entendu. Les nègres accoururent au bruit de l’arme à feu, et tout joyeux, ils coupèrent la tète du serpent ; ils la jetèrent ensuite dans la rivière , mais ils firent cuire le corps et le mangèrent.

Ne pouvant rendre visite à Qucngueza avant le retour de la saison pluvieuse, je résolus de faire un second voyage du côté de l'Ânengué. Un autre motif me le conseillait: je désirais m’assurer des chances plus ou moins favorables que la navigation à vapeur pouvait rencontrer par là, pendant la saison sèche, quand les eaux étaient tout à fait basses. Je savais que dans le temps des hautes eaux , la profondeur était suffisante.

En conséquence, je partis le l"aoùt, mes pirogues chargées d’une troupe d’hommes bien armés, car je craignais d'être arrêté en route par des gens du pays, qui se rendaient alors à leurs plantations et qui auraient peut-être voulu nous empêcher de passer. J’étais décidé à ne pas souffrir que personne me barrât le chemin. Je trouvai la Npoulounay plus basse, mais encore assez navigable pour un steamer d’un léger tirant d'eau. L’Ogobay, où nous entrâmes ensuite avait plus de profondeur, car c’était, sous tous les rapports, une rivière plus importante que l’autre; cependant il y avait dans la hauteur de l’Ogobay, aux deux saisons, une différence d’une quinzaine de pieds. Actuellement la rivière était parsemée de petites îles fangeuses, abandonnées par l'eau et couvertes de roseaux, parmi lesquels se jouait le fiamant, oiseau qu on ne voit pas là pendant la saison humide; tous ces îlots étaient submergés quand j’avais passé par là au mois de mai précédent.

Il n’y a que très-peu de villages entre Biagano et l'Anengué. Je n’en comptai pas plus de sept, et pourtant le pays semble fort habitable. J'étais frappé de l’immense hauteur des palmiers qui bor-

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