‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 112 sur 247 · DESCRIPTION DE CE SINGE. ÎCI · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE CE SINGE. ÎCI

dans sa tête chauve. Le sujet avait trois pieds onze pouces; c'était un mâle adulte. Sa peau, partout oii elle est dépourvue de poils, est noire à son état naturel. I.e cou, la poitrine et le ventre sont garnis d’un poil court et rare, tirant sur le noir. A la partie inférieure de l’abdomen, ce poil devient très-peu fourni , mais ceci ne peut se distinguer qu’avec beaucoup d’attention, car le poil est de la même couleur que la peau ; sur les jambes , le poil est d'un gris sale mélangé de poils noirs.

Les épaules et le dos sont revêtus de poils noirs do deux à trois pouces de long, mélangés de quelques poils gris. Les bras, jusqu'au poignet, sont aussi couverts de longs poils noirs, plus courts cependant que ceux du gorille. En général, il a le poil beaucoup plus rare que le gorille, et la peau moins épaisse. J’ai remarqué que les places dénudées, où le poil a été usé par le frottement des objets en contact pendant le sommeil, ne sont pas les mêmes chez cet animal que chez le chimpanzée.

Les différences qu’il présente avec le gorille sont encore plus sensibles. Il n'est pas à beaucoup près aussi vigoureux que ce dernier. Sa poitrine a moins de capacité ; son développement musculaire n’atteint pas des proportions aussi énormes ; il a le bras un peu plus long proportionnellement. Les doigts du gorille non-seulement sont plus courts , mais aussi sont bien plus forts que ceux du nshiégo-mbouvé. La même dissemblance existe pour les doigts de pied. Le plus grand nshiégo que j'aie tué avait une taille de quatre pieds et quelques pouces, et ses bras étendus mesuraient presque sept pieds.

Le poil du nshiégo est plus noir, plus long et plus lustré que celui du gorille. Celui-ci a la tête couverte de poils, tandis que l’autre est chauve, le mâle comme la femelle. Le nshiégo a le nez moins proéminent que le gorille, la bouche plus fendue, les oreilles beaucoup plus grandes, le menton plus arrondi et parsemé de poils rares et courts. La partie postérieure est nue et de couleur blanche. Les sourcils du nshiégo sont noirs et longs. Les cêtés de la face sont couverts de poils rares qui commencent à la hauteur du milieu de l’oreille.

J’envoyai l'animal ii l’olako; et sur ma roule, en revenant, j’eus

la bonne fortune d’en tuer un second. Celui-ci était vieux; son poil argenté lui donnait un aspect vénérable, et ses dents étaient toutes gâtées. Il mesurait quatre pieds quatre pouces, et son poids était si considérable, que pour l’emporter nous fûmes obligés de retirer les intestins. Je ne trouvai dans son estomac que des feuilles. Il était, tellement vieux qu’il ne pouvait probablement plus mâcher ni digérer d’aliments plus durs. Revenu à l’olako, j’empaillai mes deux sujets, tout prêts pour être expédiés chez moi.

Ce singe étant une variété du chimpanzée, je l’ai classé, comme ce dernier, dans le genre troglodytes, sous le nom de troglodytes calnis, troglodyte chauve, parce que cet animal n’a pas un poil sur la tête.

Le 9, il y eut une grande chasse aux crocodiles. Tous les habitants étaient enchantés ; car ils aiment passionnément la chair de cet animal. On tue chaque jour plus ou moins de crocodiles sur ces rives, comme dans tous les autres villages du lac; mais les noirs sont si paresseux qu’ils étaient bien aises de me laisser aller sans eux et de s’épargner la peine de cette chasse. Les crocodiles n’ont pas beaucoup de chair ; on a beau en tuer tous les jours , les habitants n’en ont jamais assez.

Nous partîmes dans des pirogues de forme singulière , toutes piales, d’un tirant d’eau presque nul, de cinquante pieds de long, sur deux de large tout au plus. Les rameurs sont debout et manient très -lestement , avec des pagaies de sept pieds de long . ces embarcations vacillantes qui menacent souvent de chavirer, car le plat bord n'est qu’à quelques pouces de l'eau ; pourtant elles ne se renversent pas souvent. Ce qui me surprit le plus, ce fut de voir ces rameurs nègres manœuvrer toute la journée sans être fatigués.

Les nègres chassent le crocodile avec des fusils, et plus souvent avec une espèce de harpon , car leurs fusils sont misérables et la poudre est rare chez eux. Le point vulnérable de ces animaux est , comme je l’ai dit , l'attache des pattes de devant ; c’est là qu’on tâche de les atteindre. Quoiqu'on en détruise beaucoup, leur nombre ne paraît pas diminuer, et ce qu’il y a de singulier, c’est qu’ils n’en ont pas l’air plus effarouché. \ notre départ , nous les voyions nager dans tous. les sens, ou s’étendre au soleil sur les

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