‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 114 sur 247 · PRÉPARATIFS DE GUERRE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE GUERRE

veau avec la pauvre petite bête cjui se débattait entré ses puissantes mâchoires. I/animal s'était si lestement emparé de sa proie que, lorsque je tirai il était trop tard. Je ne crois pas que ma balle l’ait atteint, ou peut-être aura-t-elle frappé quelque partie impénétrable de sa peau cuirassée. Je n'aurais jamais cru qu'une telle masse put se mouvoir avec tant d’agilité; mais les indigènes m’ont assuré que la gazelle est souvent la proie du crocodile. Quelquefois même le léopard est surpris par cet amphibie; mais alors, il doit s’engager une lutte bien autrement terrible qu'avec celle pauvre innocente gazelle.

Dans l’après-midi, j’appris que le roi Oshoria, chef d’un village situé au confluent de l’Ancngué et de l'Ogobai. avait l’intention de m’arrêter au passage et d’exiger de moi un tribut. Le pauvre Damagondai en était tout troublé. Il dépêcha son frère chez le monarque son collègue, h qui il envoyait, pour le fléchir, une assiette , un gobelet , et un bassin de cuivre. Quant à moi , j’étais furieux et bien déterminé fi mettre il la raison M. Oshoria.

Nous fîmes l'inspection de nos fusils, je préparai mon revolver, et le lendemain matin nous partîmes sans attendre le retour du frère du roi, escortés par les terreurs de ce peuple pacifique.

Quand nous arrivâmes en vue de Guaibuiri, le village d’Oshoria, plusieurs de mes compagnons commencèrent il donner des signes de pusillanimité; sur quoi, je déclarai que je brûlerais la cervelle à quiconque refuserait de se battre jusqu'à la mort. En même temps, je leur montrai mon revolver; ils ont beaucoup de respect pour cet instrument homicide; aussi me répondirent -ils tous d’une même voix : « Nous sommes des hommes. »

Nous nous dirigeâmes donc vers le village. Sur la rive étaient rangés environ cent cinquante guerriers, armés de lances et de haches; à leur tête, dix autres portaient des fusils. Nous avançâmes à leur rencontre; je tenais mon revolver d’une main, et mon fusil à deux coups de l’autre. Devant cette attitude, mes adversaires se radoucirent sensiblement et, au lieu de tirer sur ma troupe, ils nous firent un accueil des plus conciliants.

Le frère de Damagondai s'empressa de venir me rejoindre, et m’assura qu’il n’y aurait pas de conflit. Je me fis conduire alors chez

le belliqueux Oshoria. et je lui reprochai sa conduite; je lui déclarai que s'il y avait eu du sang versé, sa tête en aurait répondu. Il allégua le mécontentement qu’il avait éprouvé en me voyant passer devant son village sans m’y arrêter, il ajouta ensuite force excuses, en rue disant : « Aoué olomé. » ce qui signifie « Tu es un homme, » expression qui s’applique indifféremment à un gaillard adroit, à un coquin ou à un brave. Je la pris naturellement dans ce dernier sens.

Il me fit quelques présents de fruits et de volailles, et nous devînmes bientôt les meilleurs amis du monde. J’ajustai devant lui un petit oiseau perché au sommet d’un très-grand arbre, et je le fis tomber à mes pieds; tout le monde déclara alurs que je devais posséder un puissant fétiche de ciiassc, et les respects s’en accrurent. Pour montrer à ces gens-là que je n’avais pas peur d’eux , je passai la nuit dans leur village.

De là nous revînmes à Biagano, sans autre accident.

La population de l’Ogobai et de l’Anengué est de la même tribu que les Commis du littoral ; tous ces noirs se marient entre eux ; leurs coutumes et leurs superstitions sont les mêmes ; ils ont les mêmes habitudes de palabres; s’ils sont plus pacifiques, ils n’en ont pas moins de dispositions au fond à être de grands coquins quand l’occasion s’en présente. Le pays qui s’étend derrière les marécages de la rivière est très-riche en produits tropicaux de toute sorte; on trouve l’ébénicr sur les collines, mais le transport de cette denrée encombrante jusque sur la rivière ou les bords du lac, à vingt milles de là, à travers un pays qui n’a pas de roules frayées, est une rude affaire pour ces paresseux indigènes; aussi, la coupe de ce bois précieux se réduit-elle à peu de chose. Là aussi se trouve l'arbre qui fournit la gomme du copal, aussi bien que la vigne du caoutchouc. Le sol produit en abondance la canne à sucre, l'igname, la pistache, la banane, le manioc et lu patate douce. Le principal article de commerce du pays est l’ivoire, dont on exporte annuellement une assez grande quantité.

Leurs idées religieuses ne diffèrent pas de celles de leurs voisins, les Commis du I-'ernand-Vaz, ni même de celles de tous les habitants de cette région. Quand j’étais au village de Damagondai , je fus assez heureux pour devenir possesseur d'une de leurs idoles, ou mbuiris.

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