I-ÊTE DE LA ISOLA IYOGA. SCO
mystiques, et que dès lors elles étaient relevées de leurs devoirs envers le défunt. Ces dames profilèrent bien vite de la permission pour reprendre leurs bracelets, leurs anneaux et leurs plus belles cotonnades. Vers neuf heures, tous les invités s’assirent sur des nattes devant la maison mortuaire, dans la grande rue. Ils se partagèrent en petits groupes, devant chacun desquels était servie une énorme cruche de mimbo. On se mit alors h causer, jusqu'à ce qu'une grande décharge d’environ cent coups de fusil donnât le signal de l’orgie générale. A dater de ce moment, hommes, femmes, enfants, tout le monde se mit à boire jusqu'au lendemain matin, sans interruption. Ils avalaient rasade sur rasade, et ils chantaient, et ils tiraient des coups de fusil, et dans leur ivresse ils maniaient leurs vieilles armes de pacotille si gauchement que je m’étonne qu’elles n’aient pas éclaté entre leurs mains. Ils frappaient en même temps sur tout ce qu’ils trouvaient, en faisant le plus de bruit possible; ils criaient, et les femmes dansaient. Quelles danses! on n’en voit nulle part de pareilles. Les pas les plus honnêtes étaient déjà de l’indécence. Le lecteur peut se figurer ce que devaient être en pleine ivresse ces bacchantes enragées, pour qui c'était un point d’honneur de se surpasser les unes les autres en licence.
Le lendemain, au lever du soleil, Jombuai vint me prier d’assister au dénomment de cette solennité. La maison de son frère devait être détruite et brûlée. En effet , à un nouveau signal d’armes à feu , on se mit à la démolir pièce à pièce à coups de hache et de coutelas, et la fêle se termina quand tout fut réduit en cendres. C’est ainsi qu’on célèbre la fin d’un deuil chez les Commis.
Ces divertissements sauvages étaient à peine achevés, que le pauvre Ishungui, l’homme à qui j’avais confié ma maison pendant mon absence , se trouva tout à coup à l'article de la mort. Ayant accompagné Jombuai dans sa grande partie de pêche, il avait pris froid et gagné une pleurésie. Dès que je le vis, je reconnus qu’il n’y avait plus de ressources et. j’essayai de le préparer à sa fin prochaine ; mais ses amis ne voulurent pas l’abandonner ainsi ; ils envoyèrent chercher un célèbre docteur-fétiche, et s'autorisèrent de son avis pour commencer un tintamarre qui devait, suivant eux, rendre la santé au malade.
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La théorie médicale des Commis consiste à croire qu'Obambou (le méchant esprit) a pris possession du corps du malade, et que cet esprit n'en peut être délogé qu’à force de tapage; ils partent de là pour obséder le pauvre patient, et frapper à tour de bras, tout près de sa tète, sur des tams-tams et des chaudrons; ils tirent des coups de fusil à ses oreilles, ils chantent, ils crient, ils dansent; ils font enfin tout le bruit imaginable. Cela dure ainsi jusqu’à ce que le pauvre diable meure ou se rétablisse, à moins que ces infirmiers d'un nouveau genre ne soient épuisés de fatigue auparavant. C’est ainsi que ces docteurs de Commis tuent le malade quand ils ne le guérissent pas.
Ishungui mourut. Il ne laissait aucune fortune. Son frère le fit enterrer, mais sans cercueil et dans une fosse si peu profonde, que peu de temps après, passant par là, je vis que les bêtes féroces avaient dévoré son corps. Le deuil ne dura que six jours; et comme il n’y avait ni veuves ni biens, il n’y eut pas non plus de fêle. Les parents du défunt, pour unique marque de respect, passèrent une nuit dans sa demeure. 11 ne resta plus ensuite qu’à découvrir le sorcier dont les maléfices avaient fait périr ce malheureux ; car supposer qu’un homme jeune, dans toute sa force, eût pu être emporté si vite par des circonstances naturelles, c’est ce qui ne pouvait entrer dans la tète de ces gens-là.
On dépêcha un canot sur le lac pour aller à la recherche d’un grand docteur, et l’on ramena un des fils de Damagondai, un drôle qui avait été le premier à me vendre l’idole, et que je connaissais pour un fripon fieiïé. Quand tout fut prêt pour scs expériences, je vins voir le personnage; il ressemblait littéralement à un diable. Jamais je ne vis figure si repoussante. Il avait sur la tôle un panache de plumes noires; scs paupières étaient peintes en rouges; une raie rouge, partant du sommet de son nez, lui partageait le front par la moitié; une autre ligne rouge faisait le tour de sa tête; le reste du visage était peint en blanc, avec un point rouge de chaque côté de la bouche, lin collier d’herbes, terminé par une corde, laissait pendre sur sa poitrine une boîte mystérieuse, qui renfermait des esprits. Des morceaux de peaux de léopard et des bandes d’autres peaux couvraient son corps et pendaient autour de lui ; à chaque pièce de ce sauvage attirail était attaché uu charme, üue grande raie blanche descendait de