RECHERCHE D’UN SORCIER
chaque épaule sur scs mains, et l’une des mains était aussi peinte en blanc. Pour compléter cette hideuse mascarade, il portait pour ceinture de petites sonnettes suspendues b. une corde.
Il s’assit sur un escabeau, puis déposa devant lui un nouveau coffret, rempli de talismans et surmonté d’un miroir, à côté d’une corne de buffle, pleine d’une certaine poudre noire qui devait, disait-il, receler plusieurs esprits. Il avait encore un petit panier rempli d’os de serpents, qu'il secouait avec force pendant ses conjurations, ainsi que de certaines peaux auxquelles de petites sonnettes étaient attachées. Près île lui se tenait un autre gaillard qui battait sur un morceau de bois avec deux baguettes. Tout le village s'était rassemblé autour de ce digne couple qui, après avoir prolongé quelque temps les conjurations, les couronnèrent par une dernière cérémonie. Jambuai fut invité à nommer successivement et à haute voix tous les habitants; à chaque nom, le devin consultait son miroir, pour savoir si la personne nommée n’était pas le sorcier qu’il cherchait.
.Pendant toute cette scène, je me tenais près de l'opérateur; ce qui parut le gêner beaucoup. A la fin, quand tous les noms eurent été prononcés , il déclara qu'il ne pouvait trouver le coupable , mais qu’un malin esprit s’était établi dans le village, et qu’une foule de gens mourraient encore s’il continuait à y résider. Je crus voir dans cette conclusion une odieuse insinuation contre moi. Quoi qu’il en fût, je n’avais encore aucune idée de l’extrême importance que ces nègres attachent aux paroles de ces docteurs ou ouganga.i.
Le lendemain matin, l’agitation régnait partout; les habitants étaient terrifiés. Ils disaient que leur mbuiri ne voulait pas les voir demeurer lit plus longtemps, qu’il les tuerait, etc. Ils se mirent alors à déménager tous leurs effets, puis à démolir leurs maisons, et quand vint la nuit, ils me laissèrent seuls avec mon compagnon mpongivé et mon petit, garçon de l'Ügobai, Makondai, qui tous deux auraient voulu, je crois, être bien loin avec les autres.
Le vieux Hainpano vint s’excuser en me priant de ne pas m’offenser de cet abandon ; il n’osait pas rester, mais il ne s’éloignerait pas beaucoup; il y avait un méchant esprit dans le village; il me conseillait, en ami. de me déplacer aussi ; personne ne me voulait de mal; seulement, on était bien obligé de partir, etc.
LA FRIQUI-: ÊQUATO II I ALE.
Je ne me souciais pas de quitter un établissement qui m’avait coûté beaucoup d’argent et de peines , et oii je me trouvais plus commodément que je n'avais jamais été en Afrique. Je rassemblai donc les déserteurs pour les exhorter à revenir près de moi ; mais j’eus beau faire; malgré leur amour pour le tabac, malgré leur culte pour le commerce, malgré tous les attraits que pouvait leur offrir le voisinage de « leur homme blanc, » comme ils m’appelaient, je ne réussis qu’avec la plus grande difficulté à détacher d’eux quelques hommes, qui avaient déjà travaillé pour moi, et qui consentirent à s’établir sur mon terrain. Ils se mirent tout de suite à se construire des cabanes, et le 8 octobre, dès que le petit village fut bâti, ils eurent l’idée, à ma grande surprise, de m’en offrir la souveraineté. Mais je me rappelai la manière dont on faisait un roi au Gabon, et quoiqu’il me parut piquant de devenir le chef d’un village africain, la pensée des outrages qui précèdent le couronnement me détourna d’accepter cet honneur. En définitive, mes hommes me prirent pour second chef, comme le vice-roi de Rampano, et cet expédient satisfit mon ambition.
I.e 1" novembre, je partis sur une pirogue, avec mes fusils et des provisions, pour le village d’Irendé, situé à quarante milles à peu près, en remontant le Femand-Yaz. Les environs devaient m’offrir de belles chasses; du moins on me l’avait assuré, et dans le fait nous tuâmes beaucoup de sangliers roux et des gazelles très-farouches. Une circonstance curieuse, et dont j’ai acquis la certitude, c’est que le gorille ne se trouve que sur la rive gauche du fleuve, et le chimpanzée sur la droite, jusqu’il la hauteur du Rembo.
I.e 9, je me rendis au village de mon ancien ami Makaga, qui me fit l’accueil le plus cordial. Nous allâmes, le 10, à la chasse du gorille, mais j’avais emmené trop de monde, et sans doute nous fîmes trop de bruit, car je ne vis rien, et nous en fûmes pour nos peines. Le 13, j’y retournai avec un seul chasseur, qui me conduisit dans une partie du bois couverte d’ananas sauvages. Le gorille est très-friand des feuilles de cette plante dont il mange la partie blanche. Nous vîmes beaucoup de feuilles ainsi rongées; ce qui nous donna l’espoir de rencontrer bientôt les rongeurs eux-mêmes.
Vers midi, mon chasseur, Mbèle, était en avant, à quelque dis—
CHASSE AUX GORILLES. *7i
lance, lorsque j’entendis un coup de feu. Je m’élançai, et je vis qu’il avait tué un gorille femelle, parvenu à peu près à la moitié de sa croissance.
En revenant, nous entendîmes des cris de gorille à quelque distance, sur notre droite. Nous allâmes de ce cûlé, mais nous fûmes découverts; car j’arrivai juste à temps pour voir quatre jeunes gorilles s’enfuir à quatre pattes dans l’épaisseur du bois.
Avant de regagner le village, je tirai un mboyo, un animal trèsfarouche , une espèce de loup , avec de longs poils jaunâtres et des oreilles droites. J’ai souvent observé la manière dont ces animaux chassent le menu gibier, en l’entourant. Leur troupe s’élance toute à la fois, et comme leur tactique est de courir toujours en rond, ils étourdissent leur proie, la harcèlent, la fatiguent, et finissent par la saisir.
Je reconnus que le pays était plein de gorilles ; ces animaux s’avancaient même jusqu’au village, le matin, de bonne heure. 11 ne fallait donc pas aller bien loin pour trouver un bon terrain de chasse; mais il est difficile de les approcher; le moindre bruit leur donne l’éveil et les fait fuir. Vous pouvez par hasard vous trouver face à face avec un mâle ; mais alors une lutte avec lui est inévitable.
Le 25, je me procurai un second jeune gorille. Mais cette fois, je pris une part personnelle à sa capture. Nous marchions en silence, lorsque j’entendis un cri, et tout à coup je vis devant moi une femelle, avec un tout petit gorille suspendu à son sein, et qu'elle allaitait. La mère caressait le petit, et le couvait tendrement des yeux. Ce tableau était à la fois si gracieux et si touchant que je demeurai en suspens, me demandant avec quelque émotion si je ne ferais pas mieux de les laisser en paix. Mais avant que j’eusse pris un parti, mon chasseur fit feu, et tua la mère qui tomba sur le coup.
La mère était tombée, mais le petit restait attaché après elle, et tâchait, par ses cris pitoyables, d’exciter son attention. Je m’avançai, et quand il me vit, le pauvre petit animal cacha sa tête dans le sein maternel. 11 ne pouvait encore ni marcher ni mordre ; aussi n’eus-je pas de peine â m’en rendre maître. Je l’emportai, tandis que mes hommes se chargeaient de la mère , qu’ils suspendirent à un bâton. Arrivés au village , nous fûmes témoins d'une nouvelle scène. On déposa le corps à terre, et je mis le petit à côté. Dès qu’il aperçut sa
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mère, il se traîna vers elle, et se jeta sur son sein; mais il ne trouva pas sa nourriture accoutumée, et je vis qu’il commençait à soupçonner la vérité. Il se roula sur le corps et le flaira , en laissant échapper de temps en temps un cri plaintif « hoo, hoo, hoo, » qui m’attendrissait malgré moi.
Je cherchai inutilement du lait pour ce pauvre petit qui ne pouvait pas encore manger, et qui par conséquent mourut trois jours après avoir été pris. Il paraissait d’une nature plus docile que le premier, car il reconnaissait déjà ma voix, et il essayait de se mouvoir de mon côté, quand il me voyait. Je mis son petit corps dans de l’alcool, et je l’envoyai au docteur Wyman, de Boston, pour le faire disséquer.
Quand je vins à examiner la mère, je lui trouvai un caractère assez tranché; elle avait la tête plus petite que les gorilles que j’avais vus jusqu’alors, et la partie postérieure de son corps était d’une couleur brun rougeâtre. Ces particularités en faisaient un sujet tout différent de ceux que j’avais étudiés. Je l’appelai en conséquence le gorille au dos rouge.
Le 29 et le 30 novembre curent lieu mes dernières chasses, aux environs du village de Makaga. Les gorilles commençaient à devenir rares ; j’avais mis trop d’acharnement à les poursuivre. Je me déterminai donc à retourner à Biagano, pour me disposer à faire une nouvelle excursion sur le Rembo.
Je trouvai tout en bon état, et je commençai sur le champ mes préparatifs; mais ils furent tout à coup interrompus par un de ces accidents auxquels il faut s'attendre dans ces contrées barbares. Le 5 décembre, je fus empoisonné par mon cuisinier. C’était un noir de Sangatanga; on me l’avait envoyé du Gabon, parce que je ne pouvais pas souffrir la cuisine de mes amis de Biagano. il avait servi dans les factoreries d’esclaves du cap Lopez, et c’est là qu’il avait appris la fourberie et le vol. D’abord, il se conduisit bien ; mais de temps en temps il me manquait quelques effets; enfin, je m’assurai, en surveillant de près mes Commis, que l'auteur de ces larcins ne pouvait être que lui.
Ce jour là, je m'occupais avec igala, mon chasseur, de préparer la peau d’un léopard qu'il avait tué la nuit précédente , et j'avais envoyé mon cuisinier chercher quelque chose dans mon magasin ; il