UN GRAND GORILLE FEMELLE. Î
Etia, C.ambo, chasseur renommé, fils d'Igoumba. le chef Ashira, et quelques autres. Nous partîmes de la maison d'Etia, où le vieux noir nous montra des crânes d’éléphants, d’hippopotames, de léopards et de gorilles , rangés en cercles , comme des trophées de ses prouesses. Gambo était un homme assez laid, car il était marqué de la petite vérole; mais il avait des yeux pleins de feu, beaucoup de courage et un bon cœur, comme j’ai été il même de m’en convaincre.
Je m’amusai d’une remarque que fit Quenguéza , quand nous sortîmes tous ensemble du village. « Voyez, dit-il à quelques personnes , comme ces chasseurs s'aiment les uns les autres ; peu importe qu’ils viennent de différents pays, et qu’ils soient de nations différentes. Voyez comme mon N’tangani aime nos chasseurs noirs! »
Nous avions marché trois heures à travers bois, quand nous aperçûmes des traces toutes fraîches de gorille. Élia prit d’un côté, Gambo et moi nous avançâmes de l'autre en silence. Les gorilles se laissent si difficilement approcher, qu’il fallait, a la lettre, ramper h. travers les broussailles, quand nous soupçonnions leur voisinage. Le silence absolu qu'il est nécessaire d’observer, la lenteur extrême des mouvements, joints à la crainte que le chasseur a toujours de se trouver tout prés de son ennemi sans l’avoir aperçu, à cause de l’épaisseur des fourrés , tout cela fait de la chasse de cet animal un exercice qui met les nerfs à une rude épreuve ; car il y a une idée toujours présente à l’esprit du chasseur, c’est que, s’il manque son coup, si sa balle ne pénètre pas au point juste qu’il faut atteindre, l’animal , blessé et furieux , aura bon marché de son antagoniste.
Pendant que nous rampions avec précaution , un coup de feu retentit tout à coup dans le bois. Nous courûmes vers l’endroit d’oii il parlait, et nous trouvâmes le vieil Étia tranquillement assis sur le corps d'une femelle de gorille, la plus grande que j'eusse encore vue. Sa taille mesurait quatre pieds sept pouces *.
I . Dimensions do celte femelle — la main : sept pouces et demi de longueur; le pied y compris le talon : huit pouces et demi; le tour de la main au-dessus du pouce : neuf pouces et demi, et au-dessous, neuf pouces; longueur des doigts de la inain — le pouce : un pouce deux cinquièmes; premier doigt ; quatre pouces; second doigt: quatre pouces et demi ; lioisiéme doigt : trois pouces trois quarts ; quatrième doigt : trois pouces et
Le lendemain, je remarquai une grande agitalion sur la plantation, et j’appris qu’un vieux docteur, nommé Olanga-Condou, se préparait à boire le mboundou. Le mboundouest un poison narcotique. Ces gens-là croient que celui qui l’avale acquiert, s'il n’en meurt pas, un pouvoir de divination. On se sert du mboundou, dans toute cette partie du pays , pour éprouver les personnes accusées de sorcellerie. Lin pauvre diable est-il soupçonné d’avoir ensorcelé quelqu’un de sa tribu ou le roi, il faut, pour prouver son innocence, qu’il avale le mboundou. Si l’homme meurt, il est déclaré sorcier; s’il survit, il est déclaré innocent. Cette épreuve , comme on peut le croire , est trèsredoutée des nègres; ils s’enfuient souvent et disparaissent pour toujours plutôt que de s’y soumettre. Les docteurs ont la réputation d’être à l’abri des effets du mboundou, et je dois convenir qu’OIanga avala cette drogue sans qu'il en résultât pour lui aucun inconvénient sérieux. C’est cependant un poison mortel très-actif.
Fcuillo du mhouDdou {demi-grandeur). 1
On l’administra devant moi à un pauvre malheureux, qui tomba mort cinq minutes après. Le sang lui sortait par la bouche, par les
demi. Circonférence «les doigte de la main — pouce : deux pouces trois quarte; premier doigt : trois pouces et demi; second doigt: quatre pouces; troisième doigt : trois pouces un tiers; quatrième doigt : trois pouces. Circonférence des doigte du pied — orteil : trois pouces et demi: premier doigt : deux pouces trois quarte; second doigt : deux pouces un quart; troisième doigt : deux pouces un cinquième; quatrième doigt : un pouce trois quarts.
1. J’ai donné à analyser au professeur John Torrev, de New- York, quelques feuilles ainsi que la racine de celte plante remarquable, et j’insère ici la lettre où