‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 122 sur 247 · L'ÉPREUVE DU POISON · texte numérisé non relu

L'ÉPREUVE DU POISON

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yeux et par le nez. Un des indigènes m’avoua que si, par malheur, l’homme condamné à boire le poison était l’objet d'une haine personnelle, on renforçait secrètement la dose; c’était le cas, je suppose, où s’étaient trouvées la plupart des victimes. Les nègres m’ont également assuré que souvent les veines de la personne empoisonnée éclatent et se rompent.

Cette fois-ci, je voulus surveiller toute l’opération. Quelques nègres prirent la racine et la râpèrent dans une grande tasse; puis ils y versèrent un demi-litre d’eau. La fermentation se manifesta au bout d’une minute par une ébullition qui ressemblait beaucoup à celle du vin de Champagne. L’eau prit bientôt une teinte rougeâtre, due à l’épiderme de la racine du mboundou, qui en est la seule partie vénéneuse. Quand cette effervescence se fut apaisée, les amis d'OIonga l’appelèrent; car il n’est pas permis à celui qui doit boire le poison d’assister lui-même à la préparation du breuvage, mais il peut envoyer deux de ses amis chargés de voir si tout se passe dans les règles.

Quand Olonga fut venu, il prit la tasse et la vida tout d’un trait. Au bout de cinq minutes, le poison produisait déjà son effet. L’homme commença à chanceler, ses yeux s’injectèrent de sang, ses membres

il mo communique son avis sur les propriétés et les affinités chimiques de co végétal :

v 90 , place Saint-Marc , & New-York , 97 novembre 1800.

« Mon cher monsieur, la feuille cl la racine du mboundou que vous m'avez remises à examiner no fournissent pas d'éléments suffisants pour déterminer avec certitude à quelle plante elles appartiennent. L’intensité do la propriété vénéneuse do la racine, et les symptômes qui se développent quand le poison est administré, ne permettent pas de douter que ce principe actif ne soit un alcali végétal appartenant au genre strychnine. Soumise à un puissant microscope, l’écorce ne m’a laissé découvrir aucune parcelle de sel cristallisablc. La saveur de l'infusion est extrêmement amère. La portion ligneuse de P écorce est beaucoup moins active, très-dure; et, d'après le nombre de ses cercles concentriques annuels, sa croissance doit être très-lente.

« Le mboundou appartient certainement à une famille qui contient beaucoup do plantes vénéneuses. V. les Logamacéba. D'après la disposition des veines de la feuille, ccst probablement une espèce de strychnos, appartenant à cette section du genre qui comprend la noix vomique.

a Bien à vous,

a M. Paul B. du Chaillu. a John Torhey. »

se contractèrent convulsivement, sa langue s’épaissit; mais il se manifesta en même temps d'autres symptômes qui firent pressentir que le poison ne serait pas mortel*. Tous les mouvements d'OIonga étaient ceux d’un homme ivre, et il se mit à tenir les propos les plus désordonnés; si bien qu’on s’imagina que l’inspiration lui arrivait. On lui demanda alors s’il n’y avait pas un homme qui eût tenté d’ensorceler Quenguéza; à cette question plusieurs fois répétée, il répondit: "Oui, quelqu’un a voulu ensorceler le roi. » On en vint ensuite à lui demander « qui? « Mais en ce moment, par bonheur, le pauvre diable, dans un état d'ivresse complète, était incapable d’articuler une parole raisonnable; il balbutia je ne sais quel jargon inintelligible, et tout de suite après la cérémonie fut terminée.

Pendant tout le temps de l'interrogatoire, une centaine de nègres étaient assis en rond, avec des bétons dans leurs mains. Ils frappaient la terre en cadence et chantaient d’une voix monotone :

Si c'est un sorcier, que lo mboundou le tue t

Si ce n'est pas un sorcier, que le mboundou t’en aille.

Toute cette scène avait duré h peu près deux heures, après quoi la foule se dispersa. Quant à Olonga, qui s’était un peu remis, il tomba dans un profond sommeil. On m’a dit que ce vieux docteur pouvait avaler du poison à doses considérables et à des intervalles rapprochés, sans en ressentir d’autre effet que cette pesante ivresse. Ce privilège l'a mis naturellement en grande réputation auprès d'un peuple superstitieux.

Après cette affaire du mboundou , nous retournâmes à Goumbi. Dès le lendemain, 10, j’entrepris de me rendre à une distance assez éloignée, dans un endroit ou Étia m’avait fait espérer que nous pourrions prendre un jeune gorille vivant. C’était là ma grande préoccupation. J’aurais bravé bien des fatigues et bien des périls pour

t. Lo signe le plus ccrlain de l'innocuité (lu poison, c'ost une émission d’urioo fréquente cl involontaire; il y parut bien dans le cas actuel. Autrement, la mort survient presque toujours. Les mots mêmes employés |«r les assistants, lorsque quelqu’un avale ce poison, semblent indiquer quelles en sont les conséquences habituelles.

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