‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 126 sur 247 · AFFLUENCE DES VISITEURS · texte numérisé non relu

AFFLUENCE DES VISITEURS

aussi s’occupe-t-on de nous y bâtir des maisons. Nos hommes vont dans la forôt chercher des écorces, des feuilles et des pieux. Cependant, comme le 28, était un dimanche, je priai Quenguéza de faire reposer son monde ce jour-là, en lui expliquant que c’était chez nous un jour consacré.

Le digne homme parut un moment embarrassé; puis il dit ; « C’est que nous sommes bien pressés. Supposons que nous remettions ces dimanches-là à trois ou quatre semaines : nous prendrons alors autant de dimanches que nous voudrons. »

Je ressentis une légère attaque de fièvre, occasionnée sans aucun doute par la chaleur dont nous avions souffert sur le fleuve. Quelquesuns de mes hommes et le frère de Quenguéza éprouvèrent aussi quelques accès. Je leur administrai comme à moi du quinine; ils furent guéris, et je me trouvai soulagé.

Les chefs du fleuve supérieur continuent d’arriver avec leurs femmes, leurs esclaves et leurs sujets, tous curieux au dernier point de voir l’homme qui fait des fusils, des perles, des chaudrons de cuivre, du fer, etc. Ils paraissent trouver entre eux et moi plus de contrastes que je n’en vois moi- môme. La plupart d’entre eux me regardent comme un esprit d’une haute puissance; ils s'extasient sur le bonheur de Quenguéza qui m’a sous sa garde, et dont je suis l’ami. Beaucoup de ces chefs sont des gaillards de bonne mine, armés de lances et de flèches. Ils paraissent vaillants et belliqueux. Plusieurs d’entre eux portent des bonnets et des pagnes faits avec une espèce de plante et fort bien fabriqués. Plus je les vois, plus je suis curieux d’aller chez les Ashiras, qui me semblent être les plus ingénieux de tous ces Africains. Mes visiteurs avaient tous entendu parler des avances que j’avais faites à Quenguéza, et venaient lui demander des denrées , en échange desquelles ils offraient de l’aider à couper de l’ébène.

Le 30, ma maison était achevée. J’y plaçai mon lit et le reste de mon mobilier. J’avais une pendule américaine, qui était un objet d’admiration générale et de frayeur superstitieuse. Je ne pouvais ôter de la tète de tous ces gens-là que c'était un esprit, un esprit très-puissant, qui veillait attentivement sur moi. Ce même jour, un chef bakalai, qui doit venir à la chasse avec moi, m’apporta une femelle de gorille qu’il

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avait tuée dans les bois. Elle n’était pas parvenue à toute sa croissance, et mesurait trois pieds onze pouces. Ses dents canines n'étaient pas entièrement poussées. La face était d’un noir très-foncé, aussi bien que les mains et les pieds. Au sommet de la tête le poil était rougeâtre, mais d’une nuance plus claire que je ne l’avais trouvé chez des femelles plus âgées. Sur tout le corps, le poil était d’un roux noirâtre, et pas plus long sur les bras que partout ailleurs. La poitrine n’était couverte que d’un léger duvet.

La chaleur est toujours excessive. 11 pleut toutes les nuits, ce qui rafraîchit un peu l’air; mais, dans l’après-midi, mon thermomètre, placé à l’ombre, varie de 37 à Al degrés. La brise est très-faible ; un air lourd oppresse la poitrine.

Le 2 avril, je fus témoin d’une nouvelle épreuve judiciaire. Un petit garçon, le fils d’Aquailai, ce docteur qui avait chassé le sorcier de la grande rue de Goumbi, dénonça un des hommes de Quenguéza, comme coupable d’avoir endommagé une pirogue bakalaise. Le propriétaire demanda une indemnité. L’homme de Goumbi nia le fait, et réclama l’épreuve. On fit venir un docteur ashira, qui déclara qu’en effet le seul moyen de faire éclater la vérité, c’était de recourir h l'épreuve de l’anneau chauffé à l’huile. Là-dessus, on mit en présence le liakalai et les hommes de Goumbi , et l’on procéda tout de suite à l’expérience.

Le docteur ashira posa par terre trois bûches de bois rouge, qui se touchaient par leurs extrémités; puis il entassa du menu bois entre elles jusqu’à leur niveau. Un pot à moitié plein d’huile de palmier fut placé ensuite sur ce bûcher, auquel on mit le feu; l’huile aussi s'enflamma. Pendant qu’elle brûlait, le docteur jeta dans le pot un anneau de cuivre. Il resta ensuite debout, à côté, tenant à la main une tasse pleine d'herbes trempées dans l’eau; il en jetait de temps en temps quelques brins dans l'huile bouillante, dont la flamme alors se ravivait. A la fin tout fut brûlé. C’était le moment de l’épreuve. On dit à l’accusateur, le petit garçon, de retirer la bague du pot. Il hésitait ; mais son père le poussa, pendant que le peuple s’écriait s « Voyons s’il a menti ou s’il a dit la vérité. »

Enfin , l’enfant se décida à mettre la main dans le pot ; il saisit l’anneau rougi ; mais il le laissa retomber bien vite , après s'ètro

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