MOÛT DE TOM Y
l’eau-de-vie est aussi indispensable que le quinine. En môme temps j’aperçus M. Tomy accroupi sur le plancher à côté des fragments de verre, dans un état d’ivresse complète. Dès qu’il me vit, il se leva tout chancelant et essaya de venir à moi ; mais ses jambes vacillaient, et il retomba plusieurs fois. Ses yeux brillants, ses bras étendus pour m’attraper et ne saisissant que le vide, sa langue épaissie, tout m’offrait l’image à la fois dégoûtante et bouffonne d'un homme ivre; c'en était du moins la parodie. Je lui administrai une sévère correction qui dégrisa quelque peu mon ivrogne ; mais rien ne put le guérir de son amour pour les liqueurs.
Il était doué d’une forte dose d’intelligence; je crois que si j’en avais eu le loisir, j’aurais pu l’amener à se bien conduire, quoique son penchant pour le vol fût de nature à me désespérer. Il avait déjà vécu si longtemps avec nous, et il s’habituait si bien à la vie civilisée, que j’avais grand espoir de l’amener vivant en Amérique. Rien ne lui plaisait tant que de manger avec les nègres. Quand ils étaient assis en rond pour dîner, il mettait la main au plat en même temps qu’eux. A mesure aussi que la saison sèche s’avançait, et que les nuits devenaient plus fraîches, il trouvait un extrême plaisir à s’étendre autour du feu le soir, avec mes hommes. Mous Tomy semblait jouir de cette récréation comme un être humain. De temps en temps il regardait les camarades qui l’entouraient, comme pour leur dire : « Ne me renvoyez pas! » Et la couleur blanche de sa figure contrastait singulièrement avec tous ces nègres. Son regard était intelligent; mais quand on le laissait à lui-même, il y avait dans toute sa physionomie quelque chose de triste, qui faisait peine à voir. Plusieurs fois j'essayai de pénétrer et de lire au fond des sentiments de ce pauvre petit être, qui excitait la curiosité des indigènes aussi bien que la mienne; car Tomy avait dans le pays tout autant de réputation que moi. Hélas! pauvre Tomy! un jour il refusa de manger; il semblait tout abattu; il voulait se faire caresser, se faire tenir dans les bras. J’allai chercher pour lui toutes sortes de fruits de la forêt, mais il ne voulut rien prendre. Il n'avait pas l’air de souffrir, mais il ne mangeait rien. Le lendemain, tout doucement et sans agonie, il mourut. Pauvre petit! Cette perte me causa un véritable chagrin; car je le voyais grandir près de moi, comme un petit compagnon. Les nègres mêmes.
quoif[u’il les eût souvent importunés, le regrettèrent beaucoup. Je l'avais gardé cinq mois.
La mère de Tomy était une femelle adulte, âgée même, si j'en juge par ses dents qui étaient déjà très-usées. Elle avait la face et les mains tout à fait noires. Elle était de la variété chauve des nshiégos, — le nshiégo-mbouvé des Bakalais. Elle avait les sourcils peu fournis, longs d’un demi-pouce à trois quarts de pouce, les paupières minces, les lèvres supérieure et inférieure parsemées de poils gris et courts, le col velu, quelques poils rares sur les joues, commençant aux tempes; les oreilles grandes, la tète entièrement chauve, à partir d’une ligne tirée en arrière du milieu des oreilles ; cette peau nue était toute noire. I.e dos était couvert d’un beau pelage noir. Le croupion était en partie dépourvu de poil, et les places nues étaient tout à fait blanches. Le poil, peu fourni et d'un gris noir sur la poitrine, s’épaississait sur l’abdomen, et devenait plus gris sur les jambes. Sa taille était de trois pieds neuf pouces. Celte femelle différait trèssensiblement de celle du gorille ou du chimpanzé.
Tomy brunissait en avançant en âge. Quand il mourut, il était plutôt jaune que blanc.
Le nsltiégo-mbuavé j jeune ).