‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 14 sur 247 · INK PERFIDIE · texte numérisé non relu

INK PERFIDIE

voyage par mer à Sangatanga, quoiqu’un peu plus long, était iiiliniment plus commode que la roule sur le sable si peu résistant du rivage. Mes effets devaient donc être portés dans la pirogue, où moi el une partie de mon inonde nous devions les suivre.

Je m’endormis sur un sola. — autre trace du passage du Portugais, — ayant près de moi un petit nègre pour m’éventer, et une torche dont la fumée écartait les moustiques. Comme les indigènes qui étaient là, y compris Olouga lui-mômc, étaient de fieffés voleurs, mes effets avaient été placés dans une chambre voisine de la mienne, où mes hommes étaient couchés.

A une heure à peu près, je m’éveillai, je lis lever mon inonde, et nous nous rendîmes au rivage. Nous nous trouvâmes alors dans une situation qui se reproduit si souvent chez ces gens-là et qui les caractérise si bien que je ne puis la passer sous silence.

J’avais fait marché pour une pirogue et je l’avais payée, pcnsanl. bien entendu, qu’elle devait être en état de servir.

Mais voilà que nous 11e trouvons pas de rames. Je vais me plaindre à Ogoula; il me répond qu’il fallait qu'on nous les eût dérobées; mais il offre de nous en procurer d’autres, moyennant un nouveau marché de quatre mètres de cotonnade et deux bouteilles de rhum.

Je refusai, ne voulant, sous aucun prétexte, être sa dupe.

Ogoula fronça le sourcil, prit un air plus noir que jamais, el s’abstint de nous aider à sortir d’embarras.

Il s’éleva alors un palabre des plus tumultueux; enfin, un de mes hommes donna son propre vêtement en échange des rames nécessaires. J'étais fort mécontent, mais que pouvais-je faire? Rien. Heureusement Ogoula était dans la même situation : il trouvait que j’en avais mal usé envers lui, parce que je 11c lui avais pas offert de rhum (je n’en donnais jamais aux indigènes); mais que pouvait-il faire? Rien, — que me duper. Si je n’avais pas été escorté par les hommes de Rompochombo, nul doute que je n’eusse été molesté et volé.

Nous pûmes dès lors placer nos effets à bord, nous embarquer nous-mêmes, et partir. La lame était forte, le bateau chargé à l’excès, et nous allâmes donner contre une montagne de brisants, qui nous culbuta en un instant à quelques toises du rivage et nous jeta tous à l’eau. Par bonheur, celte eau n élait pas profonde.

C’était bien un autre événement. Nous regagnâmes le rivage, nous allumâmes un grand l'eu; puis mes hommes qui, comme tous les nègres de la côte, étaient bons à mille choses, allèrent, avec une promptitude dont je fus étonné, repêcher tous les objets (pie nous avions perdus, sauf deux ou trois petits paquets. Je fus bien content de retrouver mes armes, sans lesquelles j’aurais été dans un cruel embarras. La poudre, heureusement, avait été si bien empaquetée qu’elle n’avait pas souffert d’avarie, et, quant au reste, je me tirai d'affaire le mieux du monde.

En dernier lieu, on alla à la recherche des rames; elles avaient été emportées à une grande distance sur le rivage. Puis, nous nous étendîmes devant le feu jusqu’au matin, pour nous sécher complètement, et quand parut l'aube du jour, j’eus bientôt fait remettre tous mes effets dans le bateau et j’y envoyai mes hommes, tandis que j’étais décidé moi-môme h prendre la route de terre.

Pendant que nous étions couchés autour du feu, je cherchai attentivement de l’œil mon ami Ogoula, et j’aperçus sa face de coquin qui nous lorgnait dans l’ombre ; quand il se vit découvert, il vint à nous et m’exprima sa vive sympathie; mais je suis bien certain que si le désordre se fût mis parmi nous, j’aurais été complètement pillé. On dirait que les mains de ces nègres leur brûlent, quand le bien d’autrui est jeté sur leurs côtes, n'importe par quel accident. ,

Je partis avec un homme chargé de porter mon fusil et de me montrer le chemin. Vers midi, nous arrivions à un village où heureusement nous trouvâmes quelque chose à manger, car je mourais de faim. Quelques heures après, nous parvînmes à la rivière des Requins, qu’il fallait traverser et où mes hommes m’attendaient; rivière trop bien nommée, car son embouchure était pleine d’énormes requins qui nageaient autour de notre frêle pirogue, et qui nous témoignaient une familiarité si fâcheuse, (pie je m’estimai fort heureux d’être sorti de leur société sain et sauf.

Les nègres se vantent de pouvoir nager dans la rivière sans danger, pourvu qu'ils n’aient rien de rouge après eux ; et de fait, tous mes hommes traversaient le courant à la nage sans qu’il leur arrivât malheur. après avoir pris, toutefois, la précaution de cacher toutes les parties de leur léger vêtement qui pouvaient se rapprocher de la cou-

Page 1