‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 15 sur 247 · LES REQUINS · texte numérisé non relu

LES REQUINS

leur dangereuse. Ils offraient aussi de me prendre sur leur dos; ce que je refusai, dans la crainte que les requins ne fissent exception en ma faveur à leur règle générale. Ces poissons sont regardas sur celle rivière comme sacrés, probablement à cause de leurs allures inoffensives. Les naturels croient que s’ils en tuaient un seul, ils ne seraient plus préservés contre les attaques de ces animaux ; et de fait, il est fort singulier que les requins n’attaquent pas l’homme dans cette rivière, tandis que sur les autres points fort nombreux de la côte, oii ils abondent, un homme qui s’aventurerait au milieu d'eux serait leur victime à l’instant même.

Je ne pus atteindre Sangatanga qu’un pou avant la nuit, après un voyage de seize heures, en comptant une heure de repos en route. Je ne fus jamais si fatigué et je n’eus jamais les pieds si endoloris; tout le monde s’extasia sur cette longue marche qui, en effet, avait bien son mérite, sous le soleil de l’Afrique, le long des sables de la côte, et sur un parcours de quarante milles.

Les prairies s’élargissent et prennent plus d’importance à mesure que le voyageur approche de Sangatanga ; dans l'intérieur elles occupent encore une plus grande étendue. Le changement est très-curieux et très-tranché. Au nord du Gabon, un terrain découvert est chose presque inconnue; tout n'est que forêts vastes, épaisses, impénétrables. Mais depuis le Gabon jusqu'à Sangatanga et la rivière de Nazareth, le pays est accidenté, ondulé, et contient d'immenses prairies, domaines du buffle, qui y trouve ses pâturages. Chaque clairière est bordée de forêts touffues et vertes, où le buffle passe le jour; il ne les quitte que la nuit, pour aller pnître. Elles abritent aussi l’éléphant, le léopard, et toute la faune si variée de cette contrée, où le gibier est bien plus abondant que dans le nord du Gabon.

Les collines au-dessus de Sangatanga affectent des formes tout à fait bizarres ; quelques-unes sont très-escarpées. Leurs pentes, partout où ce n’est pas boisé, sont couvertes de milliers de petits monticules, retraites des fourmis blanches qui abondent de ce côté-là. Ces monticules ou nids ont environ deux pieds de haut, et leur forme aplatie au sommet ressemble à ces champignons qui pullulent dans nos prairies après la pluie, si bien qu’on dirait, à les voir, une vaste agglomération de champignons gigantesques.

L'A K RI QU R ÉQUATORIALE

Mes hommes me trouvèrent un gîte pour la nuit, et je ne vis rien du village ni de ses habitants jusqu'au lendemain matin.

Sangatanga est situé sur une assez haute colline qui regarde la mer. Entre la côte et le village, sur un espace d’à peu près deux milles, s’étend une jolie prairie, autour de laquelle sont disséminés un grand nombre de petits hameaux. La vue est charmante; en élevant vos regards du paysage qui s’étend à vos pieds, vous contemplez l'immensité de l’Océan, dont les flots semblent envahir et submerger |c rivage, .le ne me suis jamais fatigué de ce beau spectacle ; c’était pour moi un double délassement après mes longs et ennuyeux voyages dans les régions si peu pittoresques du nord, où la côte est presque partout un marécage pestilentiel, et l’intérieur un désert presque privé de vie.

Au sommet de la colline où je m’arrêtai était la résidence royale; là demeurait le roi de cette tribu des Oroungous que les blancs appellent les habitants du cap Lopez. C’est un chef puissant, et sa tribu, qu’il gouverne presque despotiquement par ses moyens d'influence personnelle, compose une population aisée et nombreuse.

I,e cap Lopez proprement dit est au degré 0"36'10' de latitude sud, et nu degré 8*40' de longitude est de Greenwich. Il a reçu son nom des Portugais, qui l’ont appelé autrefois le cap Lope Gonsalvcz. Il consiste principalement en une longue pointe de sable qui s’avance dans la mer et qui gagne toujours un peu sur elle chaque année. Ce cap, vu de la mer. fait l’effet de quelque terre submergée. La pointe en est si basse que. du côté de la mer. à une certaine distance, les buissons et les arbres ont l’air de sortir de l’eau.

La baie a environ quatorze milles de profondeur; quelques petites rivières déchargent leurs eaux au fond de cette baie ou tout près de là. Le Nazareth, cours d’eau plus important, y a également ses embouchures, aussi bien que la rivière fétiche, une de scs branches, ainsi nommée à cause du cap Fétiche qui prend naissance à l’endroit où elle débouche. La baie est semée de bancs et de bas-fonds; mais l’eau est très-profonde près du cap même, et les bâtiments de grande dimension peuvent s’y avancer assez près ou même tout près de la terre, sans danger. Il n’y a pas de ressac dans la baie; mais en dehors du cap, le long du rivage, au sud, la mer bat avec tant de violence

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