LES MOUCHES VENIMEUSES
trcr à travers les vêtements les plus épais, ceux du moins que l’on peut porter sous ces chaudes latitudes. Cet aiguillon est si perçant , qu'il m’a fait souvent tressaillir de douleur, comme si l’on m’eût planté une aiguille dans les chairs; mais les piqûres de cet insecte, quoique vives, laissent moins de traces que celles d’un autre de la môme taille que l’on appelle nchotma , et dont j'ai déjà, parlé. Celui-ci ne fait pas de bruit pour vous avertir de son approche ; il insinue si doucement sa trompe dans votre peau, qu’il se retire souvent gonflé de sang avant que vous vous en soyez aperçu. Mais plus tard surviennent les démangeaisons, qui durent plusieurs heures, accompagnées d’élancements douloureux; il semble qu’un scorpion vous ait piqué. On en a souvent pour toute une journée.
Le boco, autre mouche, est de la taille d’un frelon et très-vif dans ses mouvements. Scs piqûres sont des plus cruelles; aucun vêtement n’en peut garantir. Souvent ma figure ou mon bras saignait de scs rudes attaques ; les nègres mêmes, malgré leur peau tannée, sont aussi piqués jusqu'au sang; on dirait qu’ils se sont appliqué des sangsues.
Mais le plus terrible de tous ces insectes est l’éloway, une espèce de guêpe qui se bâtit un nid ou ruche au bord des rivières et le long des branches d’arbres. C’est un vrai monstre de férocité, et les indigènes la fuient à l’égal de tout autre animal sauvage.
L’éloway est une petite mouche qui a la forme d’une abeille , un peu moins grosse et plus allongée. Ses nids sont en argile et divisés en compartiments; l’ensemble a la forme d’une grande bouteille d’environ deux pieds de longueur, criblée de trous, chacun desquels est recouvert d’un petit toit. Ces insectes choisissent une branche bien garnie de feuilles , pour dérober à la vge ce nago ou nid, qu’ils y suspendent. La terre dont il est construit est si dure, qu’une balle même, lancée d’une certaine distance, ne parvient pas à l'entamer, comme j’en ai fait plusieurs fois l'épreuve. Ces espèces de ruches sont peuplées du bas en haut; en y jetant l’alarme, j’ai fait sortir les mouches par nombreux essaims. Il en sortait même plusieurs à la fois de chaque trou.
Quand on les trouble dans leur demeure, elles deviennent furieuses et leurs attaques aveugles tiennent de la rage. Quelquefois, en ramant
le long du Rembo, une pirogue heurte par mégarde quelque arbre supportant im de ces nids d’ëloways ; aussitôt elles tombent sur les hommes avec férocité. Dans ce cas, les naturels plongent et nagent sous l’eau pendant quelque temps; mais lorsqu’un de ces petits insectes venimeux s’est acharné après un homme, il plonge avec lui sans lâcher prise. Quant à, moi, je me couvrais toujours de nattes et je m’étendais tout de mon long dans la pirogue jusqu’à ce qu’ils se fussent retirés. Heureusement, ils ne poursuivent pas leur ennemi bien loin, et dès qu'ils ne le voient plus, ils retournent tranquillement à leurs nids.
La piqûre de ces mouches est extrêmement douloureuse; elles laissent dans la blessure un venin âcre qui d’heure en heure semble prendre une nouvelle activité et produit des battements dont on souffre deux ou trois jours. Les indigènes ont très-peur des éloways et se sauvent en toute hâte lorsqu’ils ont eu le malheur de déranger un nid. Du plus loin qu’ils en voient un, ils font force de pagaies du côté opposé de la rivière. Comme ils vont toujours nus, ils sont exposés sans défense aux attaques de ces insectes, attaques si vives que môme en se précipitant par-dessus le bord, ils ne peuvent échapper à une ou deux piqûres.
Les serpents sont très -nombreux dans tout ce pays reculé. On n’en trouve guère d’inoffensifs. Quelques-uns de la grande espèce attaquent les gros animaux et les écrasent entre leurs replis. Les plus petits ont des crochets venimeux. Je m’étonne que les nègres ne possèdent aucun remède végétal ni aucune recette contre leurs morsures, qui sont d’ailleurs assez rares; car les serpents s'effarouchent aisément; au bruit que fait le chasseur, ils prennent la fuite. Souvent ils se suspendent à des branches , guettant la proie qui pourra passer au-dessous d’eux. Plusieurs fois, quand j'étais au pied d’un arbre, j’ai vu avec effroi un reptile qui pendait tomber à terre à côté de moi. Mais ils n’attaquent jamais l’homme, autant du moins que j’ai pu in'en assurer. J’ai vu et tué, en différentes circonstances, des pythons de vingt à vingt-cinq pieds de long. Le plus grand que j’aie jamais vu avait été tué par une troupe d’indigènes qui venait de l’écorcher quand je suis arrivé. C’était sur le Rembo. La peau mesurait un peu plus de trente-trois pieds.