‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 141 sur 247 · ÉCUREUIL FASCINÉ PAR UN SERPENT · texte numérisé non relu

ÉCUREUIL FASCINÉ PAR UN SERPENT

Les petits serpents se nourrissent d’oiseaux, d’écureuils et de rats. J’ai pu m’assurer, par des observations répétées, que leur regard fascine certains animaux. J’avais toujours douté de celte puissance d’attraction ; mais j'en ai eu la preuve un jour, en observant un serpent noir venimeux, long de plus de quatre pieds, qui magnétisait et attirail à lui un écureuil assis sur la branche la plus basse d’un arbre. C’était dans les derniers temps de mon séjour chez Obimlji. J’étais allé chasser des oiseaux, quand mon attention fut détournée par les cris singuliers et incessants d’un écureuil. En le voyant, je ne sus que penser de son agitation. Il semblait cloué à sa branche, et en même temps son angoisse bien visible témoignait de son désir de fuir. Sa tête était tendue en avant, ses yeux fixes et brillants, tout son corps tremblait et se balançait à droite et h gauche , il criait sans relâche de la manière la plus lamentable. En suivant la direction de ses regards, je découvris la cause de sa terreur. Un serpent noir rampait lentement sur la même branche, tenant les yeux fixés sur sa victime. Cette étrange lutte qui avait lieu devant moi dura au moins dix ou douze minutes, pendant lesquelles le serpent sembla forcer le regard de l’écureuil à rester attaché sur le sien. Le petit animal s’approcha peu à peu, peu à peu, jusqu'à ce qu'il se trouvât à portée du reptile, qui se détendit comme un ressort, saisit sa proie avec sa gueule, et l’étouffa dans ses replis.

J'ai vu se répéter la même fascination, tantôt sur des oiseaux, tantôt sur des écureuils. Quelquefois il m’est arrivé de rompre le charme en tirant un coup de fusil ; je détournais par là le regard du serpent.

Quoique les serpents soient des animaux très-dangereux, ils rendent pourtant de grands services. Ils détruisent un grand nombre de rats et de souris et d’autres petits quadrupèdes qui endommagent les récoltes des indigènes. Il est juste d’ajouter que, s’ils se glissent souvent dans les maisons, s’ils se plaisent à ramper le long des toits ou à grimper après les poteaux de bambou qui soutiennent les cabanes, ils ont cependant des inclinations assez pacifiques et ne mordent jamais l’homme, à moins qu’on ne marche sur eux ; ils s’écartent volontiers de son passage. Le plus redouté des serpents que j’aie vus en Afrique, Yechidna nasicurnis, est très-lent dans ses mouvements;

c’est pour cela qu’on est mordu par lui plus souvent que par d’autres, car il ne s’écarte pas de votre chemin assez vite. Quoique les serpents abondent dans cette partie du pays, j’ai voyagé tout un mois sans en voir un seul, à cause de la nature du terrain, qui est tout couvert de broussailles.

Le pays qui avoisine la rivière, quoique assez élevé, n’est pas très-salubre pour les blancs. J’ai eu plusieurs accès de fièvre dus à l’humidité du sol fangeux que les basses eaux laissent à découvert. Pourtant ils étaient toujours assez légers; je présume que si on venait s’établir là tout à fait, on pourrait, à la longue, en prenant quelques précautions, y vivre sans avoir rien à craindre. Couchant souvent en pleine forêt, je prends nécessairement fort peu de soins de ma santé, et je ne puis guère me flatter d’échapper à la fièvre, si elle règne quelque part dans le pays. Les naturels sont en général assez bien portants. J'ai vu quelques cas d’une affection qui m’a paru être la lèpre; mais il y a peu de fièvres chez les nègres; on n’y connaît guère non plus de maladies dangereuses.

Gambo et moi, nous retournâmes pendant une semaine à la chasse du gorille. Les indigènes disaient qu’un monstrueux animal avait été vu plusieurs fois dans la forêt, à dix milles à l’est. C’était justement un pareil sujet qu’il me fallait pour compléter la série de ma collection. Je me décidai donc à l’aller chercher. Lutin, le 10 juin, nous eûmes le bonheur de le rencontrer. Nous chassions depuis plusieurs heures, quand nous tombâmes sur les traces encore fraîches d’un animal que je jugeai de très-grande taille. Nous suivîmes ces traces avec précaution et enfin, dans un fourré, au fond d’un obscur ravin, nous nous trouvâmes tout à coup en présence de la bête que nous cherchions. Ils étaient deux gorilles, le mâle et la femelle. Grâce à l’épaisseur de la jungle dans un coin de laquelle ils étaient cachés, ils nous aperçurent les premiers. La femelle jeta un cri d’alarme et s’enfuit à travers bois, avant que nous pussions tirer sur elle ; en un moment nous la perdîmes de vue. Cependant le mâle, à qui j’en voulais surtout, ne montrait aucune envie de fuir. Il se leva lentement, regarda en face ceux qui venaient le troubler dans sa retraite et poussa un rugissement de rage. Nous n’avions avec nous qu’un seul chasseur et un enfant Ashira qui portait un fusil de rechange. L'en-

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