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CHAPITRE XIX

Les fourmis de l’Afrique équatoriale. — La fourmi ba«hikouai. — La fourmi rousse. — La nchellelai. — La petite fourmi. — La fourmi rousse des feuilles. — La fourmi qui bâtit son nid.

Dans les forêts de cette partie de l’Afrique on trouve un nombre immense de fourmis. Plusieurs de leurs tribus se montrent si redoutables pour l’homme et pour tous les animaux des bois, par leurs morsures venimeuses, leur naturel féroce et leur voracité, qu’on leur a complètement abandonné la place et qu’on peut les appeler les maîtresses de la forêt.

Je connais dix espèces bien tranchées de fourmis, particulières h cette région, qui toutes diffèrent par le choix de leur nourriture, par la nature de leur venin, par leur genre d'attaque ou par leurs travaux. Les plus remarquables et les plus terribles sont les basliikuuais.

La fourmi baahikouai, grume «lu doub.o

Cette fourmi, appelée aussi nchounou par les Mpongwés, est très-répandue dans toute la partie de l’Afrique que j’ai visitée. C’est la créature la plus vorace que j’aie jamais vue , objet de crainte

pour tous les animaux vivants, depuis le léopard jusqu’au plus petit insecte.

Je ne crois pas qu’elles se construisent un nid , ni aucune sorte de demeure. Jamais elles n’emportent rien ; elles mangent tout sur place. Leur habitude est de marcher à travers les forêts sur une longue file régulière ; cette ligne mouvante qui se présente sur deux pouces de large a souvent plusieurs milles de long. Sur les flancs de cette file sont des fourmis plus grosses, qui se comportent comme des officiers , se tenant hors des rangs et maintenant le bon ordre dans cette singulière armée. Si elles arrivent à un endroit où il n’y a pas d'arbres pour les abriter contre le soleil dont l’ardeur leur est insupportable , elles creusent tout de suite un chemin souterrain par où toute l’armée passe en colonnes et va rejoindre la forêt. Ces tunnels sont percés à quatre ou cinq pieds sous terre; elles ne s’en servent que pendant la chaleur du jour, ou lorsqu’il survient quelque orage.

Sont-elles affamées, la longue file change tout à coup son ordre, fait un changement de front, absolument comme un bataillon et se déploie dans la forêt en une large masse qui attaque et dévore tout ce qu’elle rencontre avec un acharnement furieux, auquel rien ne peut résister. L’éléphant et le gorille fuient eux-mêmes devant cette poursuite redoutable. Les noirs se sauvent à toutes jambes, car il y va de la vie à rester en place. Tout animal qui se trouve sur leur passage est pourchassé à. outrance. 11 semble qu’elles dirigent et exécutent leurs manœuvres d'après la tactique de Napoléon, en concentrant avec rapidité leurs forces vives sur le point d'attaque. En un rien de temps, l’animal, souris, chien, léopard ou gazelle, est envahi, tué, dévoré, sans qu’il en reste rien que la carcasse toute nue.

Elles voyagent nuit et jour. Plusieurs fois, réveillé en sursaut, j’ai dû me précipiter hors de ma cabane et de là dans l’eau , pour sauver ma vie. Je n’en souffrais pas moins des cruelles morsures de leurs éclaireurs d'avant-garde, qui avaient déjà pénétré dans mes vêtements. Quand elles entrent dans une maison , elles la nettoient de tout être vivant. Les cancrelats sont dévorés en un instant. Les rats et les souris ont beau courir autour de la chambre.

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