DIVERSES ESPÈCES DE FOURMIS
La fourmi rousse des feuilles , et la fourmi noirâtre des racines.
Ces petites bêtes ont une singulière façon de construire leurs nids; elles affectionnent certains arbres qu'elles font périr souvent par la façon dont elles les envahissent. Ainsi, elles choisissent l’extrémité des brandies où elles trouvent de gros bouquets de feuilles ; elles collent ces feuilles l’une à l’autre par leurs bords et en font une espèce de sac de la grosseur d’une orange. Voilà leur nid. C’est un singulier spectacle que tous ces arbres, d’oii pendent à chaque branche et à chaque rameau ces fruits d’un nouveau genre; car elles couvrent tout un arbre, et le font périr en peu de temps par cette exploitation sans mesure. l.a morsure de ces fourmis est trèsdouloureuse, et leur naturel très -vindicatif, comme celui de toutes ces petites bêles qui sont toujours sur la défensive. Malheur au voyageur qui, par inadvertance, aura secoué l’arbre ou la branche où ces nids sont établis : elles tombent sur lui par masses et le mordent sans trêve ni merci.
Il y a une fourmi d'un noir roussâtre, de moyenne grosseur, qui construit son nid contre les racines de certains arbres, après lesquels elle griiiqie pour manger les bourgeons des branches. Sa morsure est cruelle; l’ingrate tue ainsi les arbres dont les bourgeons la nourrissent et dont les racines la protègent.
La fourmi noire commune des sables.
Celle-ci est, après les bashikouais, l'espèce la plus redoutable que j'aie rencontrée en Afrique. C’est une petite fourmi noire, qui se trouve surtout dans le pays de Gamma , près des villages , et «pii voyage isolément à travers les prairies sablonneuses. Heureusement, l’espèce n’en est pas nombreuse.
On ne sent pas sa morsure dans le premier moment ; mais quelque temps après, la souffrance est aussi vive et aussi cruelle que si un scorpion vous eût piqué, et elle dure, sans vous laisser de relâche, pendant plusieurs heures. Après une demi-douzaine d'expériences, j’avais fini par craindre cette petite peste plus «pie toute autre espèce de fourmi ou d’insecte venimeux. Au moins les bashikouais s’an-
noncent de loin et leur morsure ne vous fait mal que dans le premier moment ; mais ces fourmis de Gamma vous attaquent isolément et sans se montrer, si bien que vous êtes mordu avant de vous en être aperçu.
La fourmi qui bâtit son nid.
Il y a aussi une fourmi noire, ingénieuse à se bâtir un nid , qu’elle suspend à, des branches d’arbre. Ce nid a ordinairement deux pieds de long, sur un pied de diamètre. L’intérieur a toute sorte de chemins et de galeries qui se croisent; là on travaille, on emmagasine les provisions, on pond les œufs, et l’on élève les jeunes fourmis. Pour mettre leurs nids plus en sûreté, et les rendre impénétrables à l’eau pendant les saisons pluvieuses qui régnent si souvent dans ces contrées, ces petites bêtes les construisent absolument comme nos maisons, avec des toits en pente et des espèces de tuiles. Il y a seulement cette différence , c’est que les rangées de feuilles qui servent de tuiles avancent les unes au-dessus des autres sans se toucher, ménageant ainsi un excellent appareil de ventilation dans l’intérieur du nid.
La petite fourmi bashikouai souterraine.
Cette fourmi n’est pas si redoutable que la terrible bashikouai noir rougeâtre ; elle est plus petite et de couleur rousse; elle ne demeure pas dans les forêts, mais dans les villages et dans les maisons; elle ne se montre pas en grand nombre sur la surface du sol, à moins quelle ne flaire quelque chose à manger. Alors on les voit sortir d’une quantité innombrable de petits trous, qui semblent communiquer entre eux sous terre par toutes sortes de conduits. La morsure do cette fourmi, quoique moins terrible que celle des bashikouais, est encore très-douloureuse. Ce n’est pas une espèce voyageuse.
La grosse fourmi rousse.
Celle-ci, quoique ce soit la plus grosse des fourmis africaines, né s’attaque pas à l’homme. C’est une bêle de nuit. Elle ne se montre jamais au jour, et fuit même toute lumière. Elle aime beaucoup la viande cuite; elle est aussi très-friande de sucre. Elle s’établit dans les coins obscurs et dans les cabinets noirs bien clos , où la lumière ne risque pas de l’importuner.