LIS II B II X SAISONS
Le ciel est couvert : caractère propre à cette saison. Le vent de la côte, qui soufflait de terre le matin, et de la mer pendant la nuit, se fixe et devient une brise de mer constante qui se déchaîne avec violence, surtout dans l’après-midi et le soir. C’est l'époque des maladies en Afrique; les nègres sont atteints de pleurésies et de fièvres. Il est de fait que les hommes blancs peuvent explorer les rivières avec moins de risques pour leur santé pendant la saison des pluies que pendant la saison sèche , malgré tous les charmes de celle-ci.
Celte saison sèche est pour les nègres ce que l’élé est pour nous. Ils sont plus souvent en voyage et font des tournées de commerce dans l’intérieur du pays. Les villages sont abandonnés; chacun s’en va aux plantations. On brûle les broussailles sèches, on abat les arbres, on nettoie le terrain pour les travaux de l’agriculture, et quami les rivières sont rentrées dans leurs lits, on va à la recherche de l’ivoire, que l’on trouve souvent dans les fonds desséchés des lagunes précédemment submergées et près des rives que l’eau vient d’abandonner.
A mesure que nous nous éloignons de l'Équateur pour nous rapprocher des tropiques, la saison pluvieuse devient plus courte et la saison sèche plus longue. C’est, comme je l’ai déjà expliqué, l'effet de l'action du soleil, lit non-seulement la saison pluvieuse est abrégée par la brièveté du passage du soleil dans les régions situées sous les lignes tropicales, mais comme le soleil est. pendant la moitié de l'année, dans le voisinage de l’un ou de l’autre des tropiques, ces régions n’ont pas la « petite saison sèche intercalaire » qui apporte lin peu de relâche aux longues pluies do l'Équateur. Il est à remarquer aussi que les pluies précèdent de quelque peu l’arrivée du soleil, et persistent dans chacun de ces pays, jusqu’à ce que l’astre se soit retiré assez loin pour ne plus faire sentir son influence.
Près de l’Kquateur, sur le rivage, la saison pluvieuse s’annonce par une bruine continue, mais sans grands orages pendant le premier mois. Le tonnerre commence bientôt à se faire entendre au loin dans la direction des montagnes; puis la pluie finit par tomber à torrents, avec accompagnement d’éclairs et de tonnerre. Le soleil alors est au zénith. A mesure qu'il se dirige au nord ou au sud, les pluies s’affaiblissent peu à peu; et c’est lorsqu’il arrive au tropique du Capri-
corne que survient, sous l’Équateur, cette » petite saison sèche » dont j’ai parlé.
Il est à remarquer que la grande saison sèche de l'Équateur n’est pas interrompue par une petite saison pluvieuse qui serait l’équivalent de la « petite saison sèche » intercalée au milieu des pluies pendant que le soleil visite le tropique sud. Il est à remarquer aussi que les pluies qui commencent lorsque le soleil revient du nord sont beaucoup plus persistantes pendant que le soleil est au sud que pendant qu’il est au nord. Probablement la conformation de la terre et les vents régnants contribuent à accroître les pluies dans un temps et à les modérer dans un autre.
Pendant la saison sèche il y a très-peu de rosée, et souvent il n’y en a pas de perceptible.
Le premier soin de l’homme blanc, quand il débarque sur la côte, c'est d'habituer son corps par degrés à la chaleur du climat et aux miasmes qui engendrent les lièvres, si fatales à notre économie. I-ors de mon premier voyage en Afrique, j’y arrivai à l'époque la plus chaude de l’année, au beau milieu de la saison pluvieuse. Ma plus grande préoccupation fut de me préserver de la fièvre pendant un certain temps; car ceux qui en sont atteints dès leur arrivée en souffrent plus cruellement et ont bien plus de peine à s’en remettre que ceux qui y ont échappé au commencement de leur séjour.
Pourquoi ne dirais -je pas tout de suite que les blancs qui résident sur cette côte sont tous atteints de la fièvre plus ou moins? Aucun n'y échappe complètement, et beaucoup trop en meurent. Qu'une bonne constitution et les précautions dictées par la prudeuce puissent conjurer souvent les atteintes du fléau, c’est ce que prouvent ma propre expérience et celle de bien d’autres. Pendant les quatre années qu’embrasse ce récit , je n’ai pas eu moins de cinquante accès, et j’ai bien consommé quatorze onces de quinine.
Il est bon de décrire le traitement qu’une longue expérience m’a fait reconnaître comme le plus eflicacc sous le rapport à la fois curatif et préventif. C’est en le suivant et en observant certaines précautions hygiéniques que j'ai pu m’exposer impunément aux fatigues et aux dangers dont les blancs sont si souvent victimes sur la côte d’Afrique.