LA FIÈVRE
Dès le jour de mon arrivée , je ine mis à prendre de la quinine matin et soir, par doses de trois ou quatre grains. C’est un très-bon préservatif. Lorsque la langueur, le mal de tête ou la douleur dans les membres se manifestaient comme symptômes précurseurs de la fièvre , je portais la dose à huit ou dix grains. Ainsi , le premier mois je m'administrais des doses de quinine régulièrement tous les jours; le mois suivant, c’était, suivant les circonstances, à peu près tous les deux jours, en moyenne. Pendant mon séjour en Afrique, j’ai toujours pris de temps eu temps, même quand j’étais en parfaite santé, de la quinine ou du vin de quinine, comme remède prophylactique ou préventif. Je buvais aussi tous les jours, quand j’étais près de la côte, où l’on pouvait, quoique avec peine, se procurer de telles ressources, du vin de Porto ou de Xérès, de l’ale ou du vin de Bordeaux, de tout cela avec discrétion. Quand je me trouvais à portée de mes entrepôts, j’avais soin d’avoir toujours sous la main quelqu’un de ces articles; mais lorsque je voyageais dans l’intérieur, je ne pouvais pas m’encombrer de tant de provisions. Cependant je me suis toujours arrangé pour avoir un peu de bonne eau-de-vie, dont je prenais chaque jour au moins un petit verre. C'est un excellent remède contre les crampes d'estomac, occasionnées par la mauvaise nourriture et les indigestions ou par les influences de l’humidité et du froid; c'est aussi un précieux tonique pour ranimer un chasseur exténué par un jeûne prolongé. L’eau-de-vie et le café fort, pris tous les jours à doses modérées, sont, après les bonnes habitudes et une bonne constitution, les meilleurs préservatifs pour celui qui voyage dans l’Afrique centrale. Quelques-uns de mes bons amis les missionnaires me reprochaient quelquefois ce qu’ils regardaient comme un mauvais exemple donné aux indigènes, et je dois avouer qu’ils s’abstenaient scrupuleusement eux-mêmes de ces réconfortants, excepté dans des cas de nécessité absolue. Mais ils ont tort; et la preuve, c’est que beaucoup d’entre eux meurent victimes du climat et des fièvres , et qu’en général ils ne jouissaient pas d’une santé aussi bonne que la mienne, quoique la vie d'un voyageur aventureux soit nécessairement plus exposée que celle d’un colon sédentaire, qui n’a pas à redouter le double épuisement de la fatigue et de la faim.
3Ci L'AFRIQUE ÉQUATORIALE.
Le fait est que les missionnaires américains et bien d'autres transportent trop souvent avec eux , sous les tropiques, les habitudes de notre climat tempéré et salubre, et se font un devoir de conscience do persister dans des règles de conduite qui n’ont pas été calculées pour des circonstances si nouvelles, où la santé se trouve en jeu. Une abstinence sévère peut convenir au climat des Etats-Unis; mais je n’hésite pas à affirmer qu'un pou de vin, d’cau-dc-vie, ou d’ale, pris modérément chaque jour, est absolument nécessaire pour donner du ton à l’organisme de l’homme blanc qui s’aventure en Afrique.
I n de mes amis, personnage très-estimable, missionnaire sur le littoral, avait été, dans son pays, de la secte des légumistes. Il s’en tint scrupuleusement à son régime dans le nouveau champ de ses travaux, malgré les avis do ceux qui avaient l’expérience de ces côtes.
II ne mangeait que des fruits et des végétaux, aussi fut-il atteint d’une dyssenterie très -dangereuse. Les mœurs doivent changer avec les circonstances.
Le climat de la côte occidentale est énervant et malsain, non par suite de chaleurs excessives, mais à cause de l’humidité et de l’élévation de la température moyenne, les nuits étant presque aussi chaudes que les jours. La malaria y règne partout. ( trace à la brise de mer qui y souffle constamment, le mercure monte rarement au-dessus de 52 degrés k l'ombre, et ne descend guère au-dessous de 27 pendant neuf mois de l’année; et quant aux trois autres mois, pendant la saison sèche, il ne baisse jamais au-dessous de 18. Aussi le corps, au lieu de se retremper, s’affaiblit-il par degrés, jusqu'à ce qu’enlin la fièvre s’en empare, à la suite de quelque imprudence qui aura donné prise k la malaria.
Il faut éviter avec le plus grand soin de s’exposer aux rayons du soleil dans le milieu du jour. Toutes les fois que j’allais au soleil, le malin ou le soir, je portais une ombrelle au-dessus de ma tète et j’étendais un mouchoir sur mon chapeau. En fait, le turban, quelque chaude que paraisse cette coiffure , conviendrait parfaitement sous le soleil des tropiques. Les blancs ne peuvent guère travailler sur ces côtes; il faut qu’ils se reposent une grande partie du jour. Néanmoins un exercice régulier est une pratique d’hygiène tris-importante, et celui qui marche ou qui monte k cheval matin et soir jouit ordi-