‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 16 sur 247 · LE CAI’ LO PE Z · texte numérisé non relu

LE CAI’ LO PE Z

que. dans certains endroits, les marins même les plus expérimentés ne peuvent aborder qu’à certains jours du mois.

Le fond de la baie est marécageux et tout couvert de mangliers qui descendent de la côte en masses sombres et impénétrables. L'eau y est saumâtre, par le mélange de la grande quantité d’eau douce apportée dans la baie par le Nazareth et les autres rivières, toutes bordées de palétuviers jusqu’à une grande distance.

Cette partie du pays est d’un aspect sombre, sale, malingre; des courants d’eau noirâtre se jettent dans la mer. des terrains bas et remplis de mangliers répandent des émanations malsaines et remplissent l’air de cette odeur âcre et désagréable d'une végétation qui se décompose.

La baie est remplie de toutes sortes de poissons délicieux, et le cap même est un endroit renommé pour les tortues. Près de la rive droite de l’embouchure du Nazareth, il y a un petit village que les blancs appellent Fish-Town, où l’on pêche chaque année une grande quantité de poissons.

La région généralement connue sous le nom de pays du cap Lopez englobe toutes les côtes de la baie et l’intérieur des terres, jusqu'à trente ou quarante milles. Elle possède un beau territoire, et le roi Bango, s’il n’était pas un vagabond ivrogne, pourrait être un heureux monarque. En arrière du littoral, le terrain s’élève et se couvre de collines. Les mangliers font place aux forêts de palmiers et d'autres bois utiles, tandis que de belles prairies tranchent çà et là sur une végétation très-épaisse. Ce district, dans toute son étendue, est consacré à la traite. Il produit en petites quantités de l’ivoire, de l'ébène, de la cire, etc.; mais le marché d’esclaves est le principal établissement commercial, et l’achat, la vente et le transport des noirs aux baracnns du cap est le genre d’affaires le plus lucratif.

Sur les dix heures du matin, le lendemain de mon arrivée, le roi envoya son mafouga (son majordome, son chambellan, son héraut d’armes et son secrétaire d'État) au village où je m'étais arrêté, pour savoir quel était l’homme blanc qui était arrivé, et ce qu’il venait faire.

La langue des Oroungous étant presque la même que celle des

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Mpongwés, je me trouvai en étal de répondre au mafouga, et je le prévins que j’étais trop fatigué pour causer avec lui ou pour voir qui que ce fût, mais que le lendemain j’irais rendre ma visite au roi ; sur quoi il se retira satisfait, en exprimant sa surprise de ce qu’un homme blanc eut pu faire à pied tout le chemin que j’avais parcouru la veille.

Le jour suivant, à huit heures, je me préparai donc à faire ma visite au roi Bango, ou Pascal (ce dernier nom est celui que lui donnent les négociants). Sa Majesté demeure en haut de. la montagne, et le palais royal est entouré d’un petit village de cabanes habitées par les femmes du roi, qui sont en très-grand nombre (plus de trois cents).

Le roi met son orgueil à posséder le plus grand harem qui se trouve sur cette partie de la côte.

Lorsque j'entrai dans le village, le mafouga vint à ma rencontre, tenant la canne du roi en l’air : il me demanda officiellement ce que je venais faire, et si je désirais voir le roi.

Je répondis oui, un peu impatienté de tant de cérémonie, quoique la foule de loyaux sujets qui m'avait suivi parût y prendre beaucoup de plaisir.

On me pria d’attendre un peu, et bientôt (quand les femmes du roi, sans doute, eurent donné la dernière main à leur toilette) je fus admis au palais.

C’était un vilain trou de maison, élevé sur des piliers, et A deux étages. L’étage inférieur consistait en une salle obscure, flanquée de chaque côté d'une rangée de petites chambres sombres, isolées les unes des autres, comme des cellules. Au fond de la salle était un escalier roide et malpropre, le long duquel le mafouga me pilota. Quand j’arrivai en haut, je me trouvai dans une grande chambre à l’extrémité de laquelle était assis le roi Bango. entouré d’une centaine de ses femmes, et ayant près de lui son interprète et quelques-uns de ses principaux officiers.

Le roi, nègre de moyenne taille, pas des plus propres, au regard un peu hébété, très-légèrement vêtu d’une chemise et d’un pantalon usé, portait sur sa tète une couronne dont lui avait fait présent quelqu'un de ses amis les trafiquants d’esclaves portugais, et sur ses épaules une flamboyante casaque jaune, brodée d’or sur toutes les

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