‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 152 sur 247 · FIÈVRE MALIGNE · texte numérisé non relu

FIÈVRE MALIGNE

d'une attaque très-violente, je n'hésiterais pas h prendre en un seul jour 150 grains.

Si l'accès revient, c'est avec un redoublement de violence, et la troisième attaque est ordinairement mortelle. Avant de mourir, le malade devient insensible. De forts vomissements se déclarent, le pouls est désordonné, la respiration haletante; enfin le patient succombe, dans un état d’atonie complète et sans convulsions.

L’accès prend quelquefois une autre forme qui amène encore plus vite le terrible dénoûment. Cette fois, il n’y a pas de jaunisse. La peau est froide au toucher; pourtant le malade ne se plaint pas du froid. Toute la surface du corps est presque insensible à l’action des stimulants. Dans les derniers moments, il y a quelquefois cécité et surdité. En certains cas, il y a non-seulement prostration complète de l’intelligence, mais encore délire furieux; il faut retenir de force le patient sur son lit. Ces violences se terminent bientôt par la stupeur et par la mort.

Les indigènes sont quelquefois atteints de la fièvre, mais bien moins fréquemment que les blancs. Chez eux, les accès reviennent tous les trois jours, ou tous les sept jours pendant quelques semaines, et finissent par s’user d’eux-mêmes. J’ai vu quelques exemples, quatre ou cinq peut-être, de naturels enlevés par la fièvre maligne; mais dans ces cas-là, j’ai reconnu qu’ils avaient eu d’abord des accès de fièvre ordinaire, qui avaient dégénéré en fièvre maligne.

Quand la fièvre a été coupée par les médicaments, elle est susceptible de revenir plus tard, après un intervalle régulier de sept, quatorze ou vingt et un jours. Il faut employer des précautions contre ce retour. Il est bon de prendre du quinine douze ou vingt-quatre heures avant la période attendue.

Les personnes qui résident d'une manière permanente dans un pays enfiévré sont plus sujettes aux atteintes du fléau que celles qui vont et viennent. Sous ce rapport j’avais beaucoup d’avantages. Pourtant, dans plusieurs circonstances, mon retour de l’intérieur sur la côte m’a valu des accès de fièvre que j’aurais sans doute évités si j’étais resté sur le littoral. Quand la fièvre résiste aux médicaments, il est prudent de changer d’air pendant un certain temps.

Je terminerai ce chapitre en rendant compte du traitement dont

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je faisais usage, lorsque j’étais atteint de la fièvre. Pendant le frisson, je me couvrais chaudement pour provoquer la transpiration. Je me frictionnais rudement les extrémités avec du piment ou de la moutarde pour y ramener la chaleur normale. J’étanchais la soif de la fièvre avec de la limonade froide. J'employais en même temps des purgatifs. Je combattais le mal de tête par l’eau fraîche, et si ce moyen ne réussissait pas, j’avais recours aux sangsues, qui sont fort abondantes dans ce pays. Le foie était-il attaqué, je prenais du calomel, et j'appliquais en même temps des sangsues. Pendant tout ce temps, je prenais de la quinine, par doses de k il 12 grains et par quantités de 12 h CO grains par jour, suivant la violence des accès. Quand la fièvre était coupée, je continuais à prendre des doses de h ou 5 grains par jour, pendant quelques semaines, comme préservatif.

Le traitement doit être très-énergique. Tout délai est dangereux. J'ai même reconnu qu’il était bon de combattre, autant que possible, chaque symptôme particulier par un remède approprié. Dans les fièvres intermittentes, où d’ordinaire les accès reviennent à des intervalles de sept jours, j'avais bien soin de prendre de la quinine la veille du jour prévu, et, le jour même, quelques heures avant l’attaque. Les malades ne doivent pas s’effrayer de la légère surdité et du bourdonnement d’oreilles, qui sont les effets immédiats de la quinine. Ces effets disparaissent vite, et servent du moins à prouver la force d'action du médicament.

Pendant ma résidence en Afrique, j’ai donné une attention soutenue aux diverses phases de la fièvre ; mais ce n'est qu'après avoir étudié plusieurs années ses symptômes sur moi-même, que je suis parvenu à signaler, avec quelque certitude, la marche insidieuse de ses attaques, et à les déjouer en employant à propos les préservatifs et les soins.

Pour être juste envers moi-même, envers mes lecteurs et l’honorable corporation médicale, je dois avouer, en finissant, que je n'ai jamais étudié la médecine, et que je ne connais des maladies et de leurs remèdes que ce que les exigences de mon métier de voyageur, dans un pays barbare et malsain, m'ont bien forcé d’apprendre par expérience. La nécessité a de grands enseignements.

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