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CHAPITRE XXI

Politique et gouvernement. — Superstitions et système d'esclavage de l’Afrique équatoriale.

J’ai cru nécessaire de réunir ces trois sujets dans le même chapitre; car chacun d’eux est si intimement lié aux deux autres, qu’il m’eût été presque impossible de les traiter séparément.

Chez les diverses tribus que j’ai visitées, je n’ai trouvé qu’une seule forme de gouvernement : celle qu’on peut appeler le gouvernement patriarcal. Aucune de ces tribus ne possède une unité nationale assez compacte pour permettre l’établissement d’un despotisme comparable à ce qui existe dans le Dahomey et chez d’autres nations de l’Afrique. J’ai toujours vu les tribus de l’Afrique équatoriale isolées les unes des autres ; souvent môme aucun lien 11e rattache entre elles les fractions d’une même tribu. Une tribu est divisée en de nombreux clans, et ces clans à leur tour sont répartis en une infinité de petits villages qui ont chacun leur chef indépendant. Les villages sont disséminés et se déplacent souvent, à l’occasion d’une mort ou d’un cas de sorcellerie, comme je l’ai déjà expliqué dans le cours de ce récit. Il n’est pas rare de les voir en guerre les uns contre les autres.

La souveraineté est, jusqu’à un certain point, héréditaire; le droit de succession est dévolu au frère du chef ou roi régnant. Le peuple cependant et particulièrement les anciens du village ont à leur tour un droit de veto, et peuvent, s’ils ont de justes motifs, exclure l’héritier naturel pour mettre à sa place un homme qui leur en parait plus digne. Dans ce cas, la question est soumise au vote du village, et quand il y a partage en nombre, ou plutôt en forces, il s’ensuit quelquefois de longues et violentes querelles (ou palabres) , jusqu’à ce qu’on soit tombé d’accord sur le choix. Le chef est ordinairement

un homme qui possédait une grande influence avant son élection; en général, il est assez âgé quand il arrive au pouvoir.

Son autorité, quoique plus grande qu’on ne le penserait, à voir le peu d’hommages personnels qu’il reçoit, n’est souveraine que pour les affaires de la vie courante. Dans les cas majeurs et pressants, s’il s’agit par exemple d’une guerre ou d’un déplacement, les anciens du village se rassemblent et délibèrent en présence de la population tout entière, qui prononce ensuite en dernier ressort.

Les anciens, qui possèdent l’autorité après le chef, et qui font toujours partie de ses conseils, sont les membres les plus âgés des principales familles du village. Le respect qu’on leur accorde est en raison de leur âge, et plus encore de la famille à laquelle ils appartiennent. Cette considération pour la famille est un sentiment trèspuissant chez tous les Africains que j’ai vus. Ces familles composent l’aristocratie.

Excepté dans le voisinage du Gabon, le commerce avec les blancs est encore assez insignifiant.

Il n’y a pas de propriété territoriale. Les habitants ne possèdent pus de bestiaux. Les seules richesses qui procurent de l’importance à un homme sont les esclaves et les femmes. Plus on a de femmes (et de beaux-pères), plus on a de pouvoir; plus on a d’esclaves, plus on a d’aisance et de fortune. La nature du pays et l’absence complète d’esprit national rendent impossibles ces grandes expéditions de guerre et de pillage qui désolent le Dahomey et d’autres royaumes. Néanmoins, la vie et la propriété ne sont pas là fort en sûreté. L’Africain est un être jaloux; il guette d’un œil d’envie la prospérité de son voisin ; ce n’est guère qu’au péril de sa vie qu’un homme acquiert des richesses, c’est-à-dire des femmes et des esclaves; scs parents ne peuvent s’empêcher de songer au riche héritage qui leur adviendrait, s’il n’était pas là; ses voisins le pilleraient volontiers. Aussi s’élèvet-il bientôt contre lui mille rumeurs sourdes et redoutables; on le fait passer secrètement pour un puissant sorcier, pour un être malfaisant qui possède un « maléfice. » Bientôt l’accusation se formule ; les témoins ne sont pas difliciles à trouver; l’affaire menace de tourner mal ; alors il se réfugie au sein de quelque autre tribu, se condamnant luimême à un bannissement perpétuel ; ou bien, s’il fait face aux attaques,

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