‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 155 sur 247 · ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

ESCLAVAGE

continuellement. Mais il est juste d’ajouter que dans tous ces pays, où heureusement encore un homme a assez de valeur pour qu’on aime mieux le vendre que de le tuer, si les demandes d'esclaves s’arrêtaient, tous les hommes accusés de sorcellerie pourraient être impitoyablement mis à mort.

Interrogez les membres d’une tribu quelconque ; ils vous répondront qu’ils ne vendent aucun des leurs et qu’ils sont tous des hommes libres. Néanmoins, un observateur découvrira que les débiteurs sont souvent vendus par leurs créanciers, que les sorciers, les adultères, les fripons, sont également vendus, s'ils ne sont pas tués ; et dans tous les palabres, de quelque nature qu’ils soient, ceux qui succombent sont bien sûrs d'être mis en vente au dehors. En effet, on ne les conserve pas dans la tribu, niais on les vend dans la tribu voisine, comme j’en ai déjà fait la remarque. Chez les tribus dont la population décroît rapidement, les enfants nés esclaves ne sont pas vendus, mais ils forment une classe à part.

Bien ne fait mieux voir combien le système de l’esclavage s’est greffé sur la vie et les mœurs de ces tribus que ce fait caractéristique : c’est que depuis le littoral jusqu’aux points les plus reculés de l’intérieur où j’ai pu pénétrer, l’unité de monnaie c’est l’esclave; les Français comptent par francs, les Américains par dollars, les Anglais par livres sterling, les Africains par esclaves. Si un homme est puni pour quelque offense, il est condamné à une amende de tant d’esclaves. S'il prend femme, le prix qu’il paye au beau-père est stipulé en esclaves. Peut-être n’a-t-il pas d’esclaves, mais il a l’équivalent en ivoire ou autres denrées, c’est-à-dire qu’il donne tant d’ivoire, tant d’ébène, tant de bois rouge, enfin une somme de denrées quelconques suffisante pour acheter le nombre d’esclaves stipulé. 11 ne faut pas oublier que la valeur des esclaves diminue à mesure que l’on s’avance dans l’intérieur; ainsi, chez les Apingis un esclave ne vaut guère qu’un septième du prix qu’on en donne au cap Lopez. Cette dépréciation cependant est balancée par la hausse des articles de commerce, pour lesquels la demande excède la quantité disponible et dont la rareté pèse sur le marché, suivant les lois économiques.

Si un homme est condamné à une amende de tant d’esclaves, il peut s’acquitter en denrées, n’importe de quelle espèce. S’il n’a ni

esclaves ni marchandises, on le vend lui -même, et le prix qu’on retire de. lui est partagé entre ceux b. qui l'amende doit profiter.

C’est une erreur de supposer que le trafic des esclaves soit la cause et le but unique de toutes les guerres et de toutes les querelles des tribus et des nations africaines. Quand il y joue un rôle, c'est sans doute pour les aggraver ; mais l’absence complète de lois, autres que celle du plus fort, l’ignorance presque absolue du droit do propriété, jointes à d’innombrables superstitions, sont une source fertile de discordes et de guerres.

Un développement plus étendu des pratiques du commerce civilisé serait un grand bienfait pour ces peuples. Beaucoup d’articles, tels que les fusils, la poudre, le tabac, le cuivre et le fer, sous toutes sortes de formes, etc., sont devenus des besoins pour les tribus qui se trouvent b portée du commerce des blancs; mais on ne peut jamais se les procurer en quantité suffisante, et par conséquent ils se tiennent b des prix élevés. Or ces hauts prix sont une grande tentation offerte b la cupidité de l’Africain qui, armé d’un pouvoir de vie et de mort sur ses enfants, n’hésite pas b les vendre en échange des objets qui lui manquent. Il croit s’apercevoir que son enfant n’est pas beau, ou qu'il manque d’esprit, ou qu'il a l'intention d'ensorceler son père; dès lors il se concerte avec les parents de la mère ; il leur promet une part dans le produit de la vente, car ceux-ci ont aussi des droits sur l’enfant , et quand il les a amenés b y consentir, le pauvre petit est vendu.

C’est le progrès du commerce régulier qui peut seul triompher des tentations de ce genre. Jusque-lb, je suis convaincu que l’introduction de l’industrie agricole et la plantation du coton et de la canne b sucre, pour l’exportation, ne serviront qu’b river les chaînes de l’esclave, dont la valeur s’accroîtra d’autant. Aujourd’hui l'esclave ajoute seulement b l’aisance et b l’importance de son maître; alors il offrira une prime b sa cupidité. Faites voir b un maître qu'il peut retirer un grand prix du travail de ses esclaves, jamais il ne consentira b les affranchir.

La polygamie existe partout. La suprême ambition d’un homme, c’est d'avoir un grand nombre de femmes. Elles cultivent la terre pour lui et leur devoir est de lui fournir des aliments. Il ne se môle

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