LES FEMMES
pas de leurs travaux d’agriculture, mais elles sont responsables de sa nourriture quotidienne. L’homme «achète sa femme à prix débattu avec le père, lorsque souvent elle n’est encore qu’une enfant. Elle se marie, par exemple, à cinq ans et môme plus jeune encore. Quelquefois la petite fille est placée sous la tutelle de la principale épouse du futur mari, personne privilégiée qui a la haute main sur toutes les affaires de celui-ci, partage ses secrets et gouverne ses autres femmes. Une intrigue avec elle est une offense d’une nature spéciale et bien plus grave qu’avec toute autre. Les droits que le gendre acquiert sur son beau-père, obligé de l’assister dans son commerce et dans ses querelles, sont toujours scrupuleusement respectés; aussi la considération d’un homme s’accroît-elle en raison du nombre de ses femmes. Il est rare que les femmes ne s’accordent pas entre elles. Les mariages précoces sont pour beaucoup de femmes une cause de stérilité, et. les grigris, qui passent pour y porter remède, sont très-recherchés par tout le pays.' Les enfants, garçon ou fille, sont regardés comme un bonheur, non-seulement pour le père, mais aussi pour le village, dont l’importance augmente à chaque naissance. On ne saitguère, en général, soigner les enfants; aussi en meurt-il une grande quantité.
Les hommes se marient quand l’occasion s'en trouve, et à tout fige, jusqu’à soixante-dix ou quatre-vingts ans, aussi longtemps qu'ils peuvent acheter des femmes.
T/obéissance est le premier devoir d’une femme ; on la contraint sans pitié à le remplir. Un fouet, tel que celui qui est figuré cidessous, se trouve dans toutes les maisons. Il est fait avec de la peau d’Iiippopotiimc ou de lamentin : arme barbare, aussi dure que du fer. Ce fouet n’est pas remis à une main légère ; il faut entendre le
Fouet, ou la paix du mértige en Afrique.
digne mari s’écrier : « Ah ! coquine, crois-tu que je t’aie achetée pour rien? » Les femmes sont plus rudement traitées que les esclaves; souvent un coup de fouet leur laisse des marques pour toute la vie. J’ai très-peu vu de femmes, dans le cours de mes voy.igcs, qui n’eussent quelques traces pareilles sur le corps.
378 I.'AFRIQUE EQUATORIALE.
Les femmes de toutes les tribus sont adonnées aux intrigues, et la chasteté est par là une vertu inconnue. Comme elles ne sont pas enfermées et qu’au contraire elles vont et viennent librement pour leurs travaux agricoles, les occasions ne leur manquent jamais. Si une femme a beaucoup d'enfants, on lui pardonne aisément sa mauvaise conduite ; dans ce cas elle est l’orgueil, non-seulement de son mari, mais de tout le village.
Le fétichisme est le terme appliqué par les Européens à la religion des tribus indigènes de l’ouest cl du sud de l'Afrique; il est dérivé du mol portugais frilicao, qui signifie magie, et vient, par ricochet, du mot nigritien feilico, qui veut dire « une chose magique. » Chez les tribus avec lesquelles je me suis trouvé en contact, il n’y a pas de terme équivalent à notre mot religion, et du reste la nécessité ne s’en fait pas sentir, car ces gens-là n’ont aucune idée d’un système de croyances quelconque. Par fétichisme, on entend l'adoration des idoles, des objets animés ou inanimés, tels que des serpents, des oiseaux, des rochers, des pics de montagnes, des plumes, des dents, etc., et la croyance aux bons et aux mauvais esprits, au pouvoir des sortilèges, qu’ils appellent grigris ou mondas, et aux rêves.
Leurs idées religieuses sont du genre le plus décousu et le plus vague ; on ne trouve pas deux personnes qui s’accordent sur tel ou tel point que le voyageur aura pris pour but de sa question. Après l’enquête la plus minutieuse et la plus approfondie , il m’est impossible de présenter au lecteur un corps quelconque de doctrines sur lesquelles on puisse édifier un système théologique. La superstition individuelle semble avoir le champ libre dans ces contrées, et chaque homme croit à ce que son imagination lui représente , par une cause ou par une autre, comme funeste ou favorable.
Le seul point sur lequel j’ai acquis une conviction bien positive, c’est celui-ci : bien que ces peuples déposent des offrandes sur le cercueil de leurs amis, bien qu’ils arrosent souvent du sang des esclaves le tombeau d'un chef ou d’un père de famille, bien qu’ils redoutent les esprits des personnes récemment mortes, malgré tout cela, ils sont plongés dans le plus profond matérialisme. Non-seulement ils n’ont aucune notion définie de l'état de l’àmc après la