‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 157 sur 247 · INCRÉDULITÉ ET SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

INCRÉDULITÉ ET SUPERSTITIONS

mort, mais ils ne croient même pas que ccttc âme survive longtemps au corps qu’elle habitait.

Ils craignent l’esprit d’un homme qui vient de mourir ; ils mettent des meubles, des vêtements, des vivres sur son cercueil, et reviennent de temps en temps pour renouveler les provisions ; quand on a immolé des hommes et des femmes sur un tombeau, ils croient (pie les esprits de ces victimes vont rejoindre celui du personnage en l’honneur de qui on les a tués; pendant le temps marqué pour le deuil, ils se souviennent du défunt et ils ont peur de lui; mais une fois que sa mémoire commence & s’effacer, ils cessent de croire à l’existence de l'esprit.

Demandez à un nègre où est l’esprit du grand-père ou du bisaïeul qu’il n’a pas connu, il vous répondra avec assurance qu’il n’est plus, « qu’il s’est en allé, » rien de plus. Où est allé cet esprit? Il n’en sait rien, et ne s’en embarrasse pas.

J’ai eu souvent avec eux un dialogue comme celui-ci :

« Croyez-vous qu'il y ait un dieu ?

— Oui.

— Croyez-vous que vous verrez ce dieu quand vous mourrez ?

— Non. »

« Api'ès la mort, tout est fini. « C’est un proverbe qu’ils ont sans cesse à la bouche. S’ils craignent l’esprit d'un homme mort, on dirait que c’est seulement par instinct. Ils ne cherchent pas à se rendre compte de cette frayeur et ne la justifient par aucune raison. Ils croient que cet esprit est près d’eux, autour d’eux, qu’il demande des aliments ou des objets précieux, qu’il a le pouvoir et quelquefois l’intention de leur nuire; ils le regardent comme quelque chose de vindicatif qu’il faut redouter et apaiser; mais avec le souvenir du défunt, leur terreur s’évanouit. Questionnez un nègre sur l’esprit de son frère qui est mort hier, vous le remplirez d’épouvante; questionnez-le sur les esprits des gens qui sont morts depuis longtemps, il vous répondra tranquillement : « C’est fini; » ce qui veut dire que ces esprits n'existent plus.

Cette absence complète, chez les nègres, de croyances générales et d’idées abstraites, est un fait très-curieux qui sc fait jour au travers même de leurs superstitions individuelles. Ainsi, un nègre me disait

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un jour que l'âine d’un homme qu'il avait connu était allée dans les bois et s’était logée dans le corps d’un oiseau, qui depuis lors était devenu sacré. Mais quand je lui demandai s’il croyait à la transmigration des âmes , il me répondit non avec aplomb. Il croyait au cas particulier dont il parlait, et cela pour je ne sais quelle raison à lui, mais voilà tout. I.'ouganga ou le docteur le lui avait dit, ou il l’avait rôvé, ou c’était l’opinion reçue; mais au delà de ce fait il ne pensait rien.

Chez toutes les tribus que j’ai visitées , j’ai constaté la croyance au pouvoir de deux grands esprits appelés , l’un Abambou ou Ocoucou , et l’autre Mbuirri. On les honore ailleurs sous d’autres noms, mais partout où j’ai été j’ai retrouvé la môme foi à deux esprits. Tous les deux paraissent être d’assez mauvais esprits , quoique parfois ils fassent quelque bien. On ne les adore pas sous forme d'idoles ; ils ont pourtant des maisons qu’on leur a construites pour s’y reposer quand ils sont las de leur vie errante; on leur offre des aliments, on les redoute , et on les implore pour qu’ils ne fassent pas de mal. L’un est regardé généralement comme moins méchant que l’autre, si bien qu’on peut en certains cas l’appeler un bon esprit, par comparaison. Quelques tribus croient qu’ils sont mariés tous deux à des esprits femelles. On dit qu’ils se promènent quelquefois la nuit dans les villages et qu’ils font entendre leur voix. Ces deux esprits sont des êtres puissants, ils paraissent même plus puissants que tous les autres. On les invoque toujours dans les maladies et dans d’autres circonstances critiques.

Le nom d ’anambié remplace, je crois, celui de dieu. Ces nègres n’ont cependant aucune idée d’un être suprême et tout-puissant, créateur et conservateur de son œuvre. Le mot aniemba, qui sonne à peu près comme le précédent et qui est probablement dérivé de la même racine, signifie « possédé par un sorcier. »

La grande idole du clan se garde dans une maison faite exprès; c'est là que viennent ses adorateurs avant de partir pour la chasse ou pour quelque autre expédition importante. Ils lui offrent des aliments et invoquent sa proleelion; ils chaulent et dansent aussi devant elle.

Ces idoles sont transmises de génération en génération ; elles

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