‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 158 sur 247 · IDOLES ET FÉTICHES · texte numérisé non relu

IDOLES ET FÉTICHES

inspirent beaucoup de terreur. Il y a aussi des idoles particulières, possédées et adorées par tels ou tels individus; mais elles ont moins de puissance.

Les idoles, dont les figures sont toujours repoussantes, parlent, se promènent, boivent et mangent, à ce cpi’on prétend, et accomplissent enfin toutes ou presque toutes les fonctions de la vie humaine. Ce qui est singulier, c’est qu’il n’y ait pas de prêtres attachés à leur culte. L’ouganga , ou docteur, est le savant et le médecin du pays; il exorcise les méchants esprits et possède le pouvoir de composer des charmes; mais il n’a rien à démêler avec les idoles.

Après les idoles viennent les charmes et les talismans, ou grigris. Grigri , comme félicite, est un terme d'origine européenne, et monda est le nom qui leur est appliqué par les naturels. Ces mondas inspirent une foi aveugle. Pas un nègre, dans tout le pays, qui n’ait sur sa personne une ou plusieurs de ces amulettes. Ce sont les docteurs qui les préparent, et il leur en revient beaucoup d’honneur et de profit; ce qui ne les empêche pas d’avoir la plus grande foi dans ces objets fabriqués par eux.

On porte d’ordinaire ces mondas autour du cou ou de la taille. Ce sont des morceaux de peau d’animaux rares, des serres d'oiseaux de proie, des dents de crocodiles ou de léopards, des lambeaux de chair ou de cervelle d’animal desséchés, des plumes d’oiseaux curieux, des cendres de certaines espèces de bois, des os de serpents, etc. Chaque grigri a une vertu spéciale. L'un vous préserve de la maladie, un autre raffermit le cœur du chasseur ou du guerrier; un autre procure des succès en amour; celui-ci guérit de la stérilité, celui-là fait abonder le lait, dans le sein de la mère. Une peau de léopard enchantée, pendant à la ceinture d’un guerrier, le rend invulnérable à la lance; s’il porte une chaîne de fer autour du cou, il est à l'épreuve de la balle. Le charme vient-il à faire défaut, la foi du croyant n'en est pas ébranlée ; car il suppose alors que quelque méchant sorcier a fabriqué un contre - charme d'une puissance supérieure dont il est victime.

Il y a des talismans plus compliqués que les grigris; quelquesuns sont assez ingénieux. J’en ai vu un entre autres qui se compose d'un cornet et d’une sonnette attachés ensemble; il a pour but de

chasser le diable. Quand le porteur du talisman se croit en danger, il agite la sonnette; le son met en fuite les méchants esprits et appelle en môme temps les bons, qui entrent dans le comcl. Un de mes amis noirs, me voyant prêt à partir pour une expédition lointaine dans un pays peuplé de méchants esprits, s’émut à l'idée du danger que j’allais courir et me remit un de ces talismans. Je lui fus très-reconnaissant de cette sauvegarde et j’ai conservé ce grigri dont je donne ici l’image.

Le plus grand lléau de ces contrées, c’est la croyance il I ’aniemba, c’est-à-dire à la sorcellerie et à la magie. Le nègre croit fermement que la mort est toujours une violence contre nature; il ne peut s’imaginer qu'un homme qui se portait bien quinze jours auparavant puisse être amené par la maladie aux portes du tombeau , à moins qu'un sorcier puissant ne s’en soit mêlé et n'ait, par quelque maléfice, attaqué le principe de la vie et déchaîné le mal. Ces nègres ont de la mort une peur effroyable et honteuse.

« Êtes-vous préparé il la mort? ai-je demandé quelquefois.

— Non, non! répondait-on bien vite; ne me parlez jamais do cela! Ah! fi ! » s’écriait-on en frissonnant d’horreur.

Un sombre nuage se répandait alors sur la figure du malheureux;

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