‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 160 sur 247 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Comparaison des grands singes anthropoïdes de l’Afrique. — Détails particuliers sur chacun d'eux. — Le troglodytes gorilla. — Le troglodytes kooloo-kamba. — Le chimpanzé ou le troglodytes niger, et le tishiégo-mbouvé ou le troglodytes cal vus.

Je me propose dans ce chapitre de donner au lecteur un résultat de mes recherches sur la nature et les habitudes de ces grandes espèces de singes, si semblables h l'homme, que j’ai rencontrées dans les forêts de l'Afrique équatoriale.

En tète de tous est le gorille. Je suis le premier blanc qui ait fait une chasse en règle h cet animal , et qui ait pénétré dans ses profondes retraites.

Quant aux autres grands singes, le troglodytes calvus, ou nshiégombouvé, et le kooloo-kamba . j'ai eu aussi la satisfaction de les faire connaître le premier, au moyen des sujets de ma collection et des descriptions que j’ai publiées.

Je ne répéterai pas les détails qui ont déjà trouvé place dans le cours de ma narration ; ce que je prétends donner ici , c’est un aperçu général de ces animaux, de leur structure, de leurs mœurs et de leur genre de vie, travail qui aurait interrompu mal à propos mon récit, et qui aurait perdu à être morcelé.

Pendant plusieurs siècles, les naturalistes avaient entretenu de vagues notions sur l’existence d'une espèce toute particulière et trèsremarquable de singes, qui se trouve dans l’Afrique occidentale. En 1699, Tyson l’appelait homo sylrestris ou pygmy. I, innée, dans quelques-unes des éditions de son Système de la Mature, lui donne le nom à'humo troglodytes. Blumcnbach l’a appelé simia troglodytes; c’est sous ce nom que le chimpanzé a depuis lors été généralement connu. Le chimpanzé, du reste, est la première espèce de singes

anthropoïdes (ou à ressemblance humaine) qui ait été connue dans le monde scientifique.

Plus tard, les naturalistes découvrirent une nouvelle espèce, importée de Bornéo : l'orang-outang. Cet animal différait du singe africain par le poil brun-roux dont il était couvert, et par quelques autres détails. On l’appela simia salyrus.

En 1780, le squelette d’un autre grand singe fut envoyé de Batavia en Hollande par le baron Wumib, gouverneur du pays, sous le nom de pongo. Les naturalistes lui donnèrent celui de pongo Wurmbi.

En 1820, lorsque Cuvier retouchait dans son Règne animal le résumé de nos connaissances en ce genre, tout ce que nous savions des singes anthropoïdes se bornait à ces trois espèces.

D’éminents naturalistes soupçonnèrent longtemps le pongo de Wurmb de n’ètrc qu’un individu adulte du genre orang. D’un autre côté, il fut reconnu que l’angle facial du jeune orang de Bornéo et celui du jeune chimpanzé d’Afrique) par la prédominance du crâne et la petitesse relative des mâchoires et des dents, se rapprochaient plus qu’aucun autre mammifère connu de l’espèce humaine, et particulièrement du type inférieur du nègre. C’était l’opinion des anatomistes les plus distingués; quelques-uns soutenaient même que ces caractères dénotaient une espèce â part et très -avancée dont ces sujets faisaient partie, jusqu’à ce qu’en 1835 Richard O «en , l’illustre professeur anglais d’anatomie comparée, après une étude approfondie de la denture des têtes, eût établi en fait qu’elles appartenaient à de jeunes sujets d’une espèce de plus grande taille.

En 1812, Geoffroy Saint-IIilaire rangea le chimpanzé dans le genre Troglodytes, et celte classification a été adoptée par tous ceux qui sont venus après lui.

Cependant il courait de vagues rumeurs sur l’existence d’une autre espèce de singe encore plus grande, qui se trouvait, disait-on, en Afrique. Ce ne fut pourtant qu’en 18A7 que le monde scientifique fut mis en émoi par la preuve inattendue de cette vérité. Le hasard fit que vers la fin de l’année 18/iC un crâne fut découvert par mon excellent ami le révérend docteur J. l,eigton Wilson, de New-York, alors missionnaire au Gabon. Il se procura plus tard un second crâne

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