ALLURES DU GORILLE
genre d’émotions qui plaisait tant aux Romains, tout ce qu'ils ont jamais imaginé de plus récréatif.
Ces animaux seraient- ils, comme les hommes, sujets à de cruels maux de dents? J’ai trouvé, dans les tètes de plusieurs individus que j’ai tués, des dents trouées par la carie dans toute leur longueur, depuis l’extrémité jusqu’à la racine, au point même qu’un ulcère était creusé dans la mâchoire. J’ai observé le môme fait sur des chimpanzés. Il faudrait dans ce cas plaindre ces malheureux qui seraient encore plus martyrisés que nous , quoiqu'ils n'aient pas de dentistes.
On ne peut douter que le gorille ne garde la position verticale plus facilement et plus longtemps que le chimpanzé et les autres singes anthropoïdes, quoique ce ne soit pas sans une grande difficulté. Quand il est debout, ses genoux sont ployés en dehors et son dos est courbé. S’il court à quatre pattes, les traces de son passage ont quelque chose de singulier : ses pieds de derrière ne laissent pas l’empreinte des doigts sur le sol ; la plante du pied et le pouce qui correspond chez nous au grand orteil paraissent seuls toucher à terre. Il n’y a que les doigts des pieds de devant qui soient marqués sur le sol.
Les naturels de l’intérieur aiment beaucoup la chair du gorille, aussi bien que celle des autres grands singes; elle est d’un rouge foncé et très-coriace. Les tribus de la côte n’en mangent pas , et se tiennent pour offensées si on leur en offre, à cause de l’affinité qu’elles croient trouver entre la nature de cet animal et la leur. Dans l’intérieur, quelques familles refusent de toucher à ce mets, par suite de croyances superstitieuses que j’ai exposées ailleurs; ainsi, elles croient qu'à une certaine époque la femme d'un de leurs ancêtres est accouchée d'un gorille. La peau a l’épaisseur du cuir de boeuf, mais, quoique bien plus épaisse que celle des autres singes, elle est cependant bien plus tendre, et se fend aisément quand elle est desséchée, surtout sous les bras et aux aines; l’épiderme alors s'enlève trèsfacilement, à la différence de celui des autres singes.
Je ne m'étendrai point ici sur les mille superstitions des nègres en ce qui concerne les gorilles; je les ai exposées en détail dans diverses parties de ce livre.
L'AFRI<jüE EQUATORIALE.
La taille des gorilles adultes varie comme celle des hommes. Les mâles de ma collection mesurent depuis cinq pieds deux pouces jusqu’à cinq pieds huit pouces. Les parties de squelette recueillies par mon ami le professeur Jciïries Wyman ont des proportions hicn plus grandes encore que tout ce que j’ai en ma possession, et j’ai lieu de croire qu’elles ont dû appartenir à un animal qui avait au moins six pieds deux pouces. Mais comme le gorille ne peut pas se redresser complètement, car ses jambes sont toujours quelque peu ployées et le corps porté en avant, le sujet le plus grand n’aura jamais l’air d’avoir plus de cinq pieds neuf pouces. La femelle est beaucoup plus petite, moins forte et d’une membrure plus délicate, line femelle adulte de ma collection mesurait quatre pieds six pouces.
La couleur de la peau du gorille, jeune aussi bien qu’adulte, est du noir le plus foncé. Cette couleur ne se montre à nu que sur la face, à la paume des mains et à la poitrine. Le poil d’un sujet parvenu à sa croissance , sans être âgé , est d’une couleur gris de fer. Chaque poil est rayé circulairement de bandes alternatives noires et grisâtres, qui donnent celte teinte à l’ensemble. Sur les bras-, le poil est plus foncé et aussi beaucoup plus long; il a quelquefois plus de deux pouces. Sur l’avant-bras il est couché de bas en haut, et sur le bras, de haut en bas. Kn vieillissant, les gorilles, au dire des nègres, deviennent tout à fait gris. J’ai dans ma collection un mâle dont les dents usées attestent le grand âge, et dont la couleur en effet est d’un gris sale, k l’exception du long poil noir qui couvre scs bras. La tête est garnie de poils d’un brun roux, courts, qui s’étendent quelquefois jusqu’à la naissance du cou. ou du moins jusqu’à la place où le cou devrait naître.
Chez l’adulte mâle la poitrine est nue. Chez les jeunes sujets que j’avais pris, elle était légèrement couverte de poils. Chez la femelle, les mamelles n’ont que peu de développement et le sein est nu; sauf un très-léger duvet, le poil de la femelle est noir, avec une teinte rougeâtre bien prononcée; il n’est pas rayé comme celui du mâle. Celui des bras est un peu plus long que celui du corps et de la même couleur. La couronne rousse qui recouvre la tète du mâle ne se voit pas chez la femelle, jusqu’à ce que celle-ci ait presque acquis toute sa croissance, mais on la distingue très-bien chez les jeunes mâles.
TÊTK IU: (ii)IIII.I.K.
Chez le mêle le poil du dus est usé; celte particularité ne se retrouve dans les femelles que lorsqu’elles sont très-vieilles; cela provient sans doute de ce que n'ayant plus de petit ii aller abriter dans les branches, elles dorment, comme les mâles, le dos appuyé contre un arbre.
Les yeux du gorille sont très-enfoncés, particulièrement chez le mâle, et l’énorme saillie de l’arcade sourcilière donne <i la face un caractère constamment sauvage et sinistre. La bouche est large; leslèvres, coupées droit, n’ont pas de rebords rouges comme celles de l’homme ; les mâchoires sont d’une ampleur et d'une puissance formidables. Les grosses dents canines du mâle, qui ressortent en crochets lorsque dans sa rage il desserre ses lèvres et laisse voir l'énorme cavité rouge de sa gueule, ajoutent encore à la férocité de son aspect. Chez la femelle ces canines sont plus petites.
L’absence presque complète de cou. qui fait que la tête a l’air d’être enfoncée entre les épaules, est due au renversement en arrière des condyles occipitaux au moyen desquels le crâne est soudé au tronc. Le cerveau est bas et déprimé, et la crête qui s’élève audessus fait que l'occiput vu de profil décrit une ligne presque droite
Tét# de gorilK
avec l’arcade orbitaire. L’immense développement des muscles temporaux qui partent de cette crête et qui s’attachent aux mâchoires.
et la dimension correspondante de ces mâchoires, témoignent de la grande force de l'animal.
Les sourcils, peu fournis et mal dessinés, se perdent presque dans les poils de la tète ; les cils aussi sont rares; les yeux sont trèsécartés l'un de l'autre; les oreilles, plus petites que celles de l'homme, ont & peu près la même forme; elles sont presque sur une ligne parallèle avec les yeux. Vu de face le nez est plat, et cependant un peu plus proéminent que celui des autres singes; ce qui s’explique par la saillie de l’os du nez. Le gorille est le seul singe chez qui l’on rencontre cette saillie, et sous ce rapport il se rapproche plus de l'homme que tous les autres grands singes.
Le profil du tronc présente une légère convexité; la poitrine est d'une capacité très-vaste; les épaules sont extrêmement larges, les clavicules saillantes et apparentes comme chez les autres singes et chez les hommes ; l'abdomen est d’une dimension énorme , trèsproéminent et arrondi de chaque côté. Les bras , d'un prodigieux développement musculaire, sont très-longs et descendent jusqu'aux genoux. L'avant-bras est presque partout de la même grosseur depuis le poignet jusqu’au coude. L’extrême longueur des bras et le peu de hauteur des jambes constituent une des plus grandes divergences avec l’espèce humaine. Les bras ne sont pas trop longs comparativement au tronc ; mais ils le sont trop comparativement aux jambes. Celles-ci sont courtes, et diminuent de grosseur depuis le dessous des genoux jusqu'à la cheville, car elles n'ont pas de mollet. La longueur relative du bras et de l'avant-bras donne au gorille, sous ce rapport, plus d’analogie avec la structure du corps humain qu’on n’en trouve chez toute autre espèce de singes.
Les mains de cet animal, surtout du mâle, sont d’une dimension énorme, vigoureuses, ramassées et épaisses. Les doigts sont courts et très-gros ; la circonférence du doigt du milieu, à la première jointure, a chez quelques gorilles plus de six pouces. Sur le dos des doigts, près de la phalange du milieu, la peau est calleuse et très-épaisse, ce qui prouve incontestablement que l'allure la plus naturelle à cet animal, c’est de marcher à quatre pattes, en se posant sur ses poings fermés. Le pouce est plus court que celui de l’homme, et moins gros de moitié que le doigt du milieu. La main est velue jusqu'à la naissance