‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 167 sur 247 · MEMBRES DU GORILLE · texte numérisé non relu

MEMBRES DU GORILLE

des doigts, et ceux-ci, comme chez l’homme, sont parsemés de petits poils. La paume de la main est nue, calleuse et très-noire. Les ongles sont noirs, de même forme que ceux de l’homme, plus petits seulement en proportion, et ne dépassent que de très-peu l’extrémité des doigts. Ils sont épais et forts, et paraissent toujours très-usés. La main du gorille est presque aussi large que longue; en cela encore, il se rapproche de l’homme plus que les autres singes.

Le pied est proportionnellement plus large que chez l’homme. La plante en est calleuse et très-noire. Ce pied ressemble assez à une main de géant, d’une puissance incalculable. Des plis transversaux témoignent du jeu répété et libre des deux jointures du gros orteil, et de son aptitude à saisir les objels à sa portée. Le doigt du milieu, ou le troisième, est plus long que le second et le quatrième, et le cinquième est plus court; c’est comme chez l’homme.

Les doigts sont divisés en trois groupes, pour ainsi dire : en dedans, le gros orteil ; en dehors, le petit doigt ; au milieu, les trois autres, réunis en partie par une membrane. Les deux jointures du gros orteil mesuraient, dans un de mes sujets, six pouces et demi de circonférence. En somme, le pied du gorille offre une grande ressemblance avec le pied de l’homme, bien plus que chez toute autre espèce de singes. Dans aucun animal le pied n’est si bien adapté pour maintenir le corps en équilibre dans l’altitude verticale. Aussi le gorille est-il, de tous les singes anthropoïdes, celui qui monte le moins sur les arbres. Le pied, chez le gorille, est plus long que la main, comme chez l’homme, tandis que les autres singes ont au contraire le pied un peu plus court que la main. Le pied est recouvert de poils jusqu'à la naissance des doigts. A l’exception du gros orteil, les doigts présentent une grande ressemblance avec ceux de l'homme, en ce que leurs articulations ne jouent librement qu’à partir de la seconde phalange; ils sont parsemés d’un poil très-léger.

Quant au chimpanzé, animal connu depuis longtemps, quoique imparfaitement, par les naturalistes, je regrette de n’avoir rien de nouveau à en dire. Bien qu'on le rencontre dans chacune des régions mie j’ai visitées, il est rare partout, excepté dans les environs du Danger, du Gabon et du cap Lopez. Lors de mon excursion au cap, j'en ai tué un, et j’en ai vu un autre; et pendant les premiers jours

que j’ai passés en Afrique, j’ai possédé deux jeunes sujets vivants; mais tous les deux moururent avant que j’eusse été à môme de faire mes observations. Les jardins zoologiques et les ménageries d’Europe ont eu plusieurs fois des échantillons de celte espèce de singes, mais toujours de très-jeunes.

Le chimpanzé diffère principalement du gorille par les points suivants : il aime à grimper sur les arbres et y passe presque tout son temps au milieu des branches des grands arbres de l’Afrique tropicale. Quoiqu'on rie puisse l’apprivoiser quand il est parvenu à un certain âge, il n’est pas farouche, ni méchant comme le gorille. On n’a jamais dit qu’il eut attaqué l’homme, et lorsqu'il est encore jeune on le dresse et on l’apprivoise facilement. Tandis que le gorille résiste en face à l’homme, le chimpanzé s’enfuit dans les bois. La chasse du chimpanzé offre donc encore plus de difficultés que celle du gorille.

Pareil à son grand congénère , le chimpanzé ne se réunit pas en troupe. Los jeunes singes se rencontrent quelquefois plusieurs ensemble, mais les adultes ne vont que par couples ou isolément. La face du petit chimpanzé est jaune; elle devient d'un noir foncé â mesure qu’il avance en âge. On a bien de la peine à le garder en captivité; il meurt presque toujours de consomption ou de dyssenterie.

Je ne connais pas d'exemple de chimpanzé adulte qui ait été pris vivant. A ce propos je ferai observer que, malgré l’habileté ingénieuse des nègres à fabriquer toute sorte de trappes pour prendre presque tous les grands animaux, tels que l’éléphant, l'hippopotame, l’antilope, et même le léopard, je n’ai jamais entendu dire qu’un grand singe eût été pris de cette manière. On tue la mère pour s’emparer du petit.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est l’étendue peu ordinaire des limites géographiques entre lesquelles habite le chimpanzé. Il est répandu depuis la rivière Gambie, sous presque tous les degrés de latitude, jusqu’il Sainl-l’hilippe-Bcnguela. La plus grande partie de cette vaste région est couverte de bois épais, condition nécessaire & l'existence de cet animal. Mais on y trouve, selon les latitudes, des diversités de température dont les autres singes ne pourraient, je crois , s’accommoder.

LE NSIIIfiGO-MBOl VÉ.

.Sa nourriture se compose de fruits, de feuilles, de noix, etc. Dans le Gabon, on appelle le chimpanzé nshiêgo. Dans l’intérieur, on le connaît sous le nom de nhèko, qui ressemble beaucoup à celui du léopard, ngigo.

!.c nshiégo-mbouvé vil dans une étendue de pays plus resserrée c|ue le chimpanzé, et même que le gorille. Je ne l’ai trouvé que sur les plateaux de l'intérieur et dans les bois les plus épais au sud de l’Équateur. Il habite indifféremment le même pays que le gorille, et j’ai lieu de croire que les deux espèces y vivent en paix. Il diffère du gorille en ce qu'il est plus petit, plus doux, beaucoup plus docile, moins fort; il en diffère surtout par l'instinct particulier (pii le porte à se construire un nid, ou abri de feuillage, au milieu des branches d'arbre. J’ai guetté plus d'une fois ce singe quand il s’y retirait pour la nuit. Je l’ai vu grimper à sa demeure, et s’asseoir commodément sur une branche, la tête abritée sous son toit, et l’un de scs bras passé autour de l’arbre. Le nid se compose de feuilles serrées et bien tassées de manière à laisser écouler la pluie. Les branchages de l’abri sont attachés au tronc de l’arbre par des lianes qui se trouvent en abondance dans ces forêts. Le toit a généralement de six k huit pieds de diamètre ; sa forme est absolument celle d'un parapluie déployé. Il y a ordinairement deux de ces abris sur deux arbres voisins; d’où je conclus que le mâle et la femelle vivent ensemble toute l'année. Probablement le petit se lient auprès de ses parents jusqu’à ce qu’il soit assez grand pour se construire un abri à son tour. L’habileté et l’intelligence que déploient ces animaux clans ces constructions ingénieuses m’ont toujours frappé comme quelque chose de merveilleux. Voilà certainement ce que le gorille serait incapable de faire.

Les caractères distinctifs du troglodytes calnut, ceux qui prouvent que c’est une variété bien marquée du chimpanzé, sont les suivants : sa tète est chauve et d’un noir luisant; la tête est presque ronde, en forme de boulet ; le nez très-aplati ; l’oreille plus grande que celle du gorille, mais plus petite que celles du kooloo-kamba et du chimpanzé; l’œil est renfoncé; les dents et' les canines petites, comparativement à celles du gorille; les bras descendent un peu audessous des genoux; les mains sont longues et effilées; le pied est

L'AFRIQITE ÉQUATOIIIALE.

plus court que la main; le jeu des doigts est libre; les callosités du dessus des doigts de la main prouvent que cet animal marche ordinairement à quatre pattes, et qu’il s’appuie sur ses poings fermés; son poil, de couleur uniforme, est d’un noir roussâtre; le mâle est plus grand que la femelle. J’ai tué un vieux mâle dont la charpente osseuse dénote plus de force que je n’en ai trouvé chez aucun gorille femelle; mais je suppose que c’était un sujet d’une taille exceptionnelle. car il était en effet plus grand que tous mes autres échantillons d'adultes.

Je ne puis dire si cet animal atlaquerait l’homme dans le cas où il serait blessé, mais j’en doute. Ceux que j’ai vus s’enfuyaient du plus loin qu’ils m’avaient aperçu.

Nous arrivons enfin au kooloo-kamba. Ce singe, qui se distingue d’abord de ses congénères par un cri tout particulier, est remarquable en ce qu’il offre une ressemblance générale avec l’homme et qu'il s’en rapproche peut-être plus, sous certains rapports, que tous les autres singes connus. Il est très-rare, et je n’ai pu me procurer qu’un seul sujet. Il est plus petit que le gorille mâle, et généralement

Téta du kooloo-kanilMt.

plus fort que le gorille femelle, niais la tête de cette dernière est plus grosse. La tête du kooloo-kamba est la partie la plus remarquable de son individu. Elle m’a frappé tout d’abord comme présentant une analogie curieuse avec la figure de l’Esquimau ou du Chinois *. La face

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