CHAPITRE XXIII
Charpente osseuse du gorille et des autres singes anthropoïdes de l'Afrique.
Nous en venons maintenant à l’étude anatomique des grands singes de l’Afrique, et je me propose d’examiner plus particulièrement les points par où la structure de ces animaux se rapproche de celle de l’homme. Jusqu'ici les naturalistes ne se sont pas accordés sur cette question. Quelques-uns ont attribué au gorille l’honneur de présenter l’appareil osseux le plus rapproché de celui de l’homme; d’autres réclament pour le chimpanzé. Le docteur JelTries YVyman, ce professeur distingué d’anatomie comparée k l’Université de Harvard, est le premier qui ait donné, en 1847, une analyse scientifique du crâne et de quelques parties du squelette du gorille. A lui l’honneur d’avoir fait connaître au monde savant cet être extraordinaire, lin 1 849, il a publié une nouvelle description de deux autres crânes de gorille. Dans ses mémoires, il classe cet animal dans le genre troglodytes.
F.n 1848, le professeur Richard Owen, le savant directeur de la division d’histoire naturelle au Muséum Britannique, a publié un travail sur le gorille, dans les Transactions de la Société zoologir/ue de Londres, et il s’accorde avec le docteur JelTries Wyman, en ce qu’il maintient le gorille dans le genre troglodytes. Depuis 1848, cet illustre anatomiste a écrit divers mémoires qui donnent des définitions minutieuses de la structure anatomique du gorille.
Les célèbres professeurs Duvernoy et Geoffroy Saint-Hilaire, de Paris, ont publié de longs mémoires sur l’anatomie comparée et sur l’organisation relative de cet animal si étrange; et tous deux, après une description scientifique approfondie, considèrent les différences d’ostéologie, de dentition et de forme extérieure, comme suffisamment
importantes pour créer le genre gorille, en donnant à cel animal le nom de ngina.
[.es professeurs Duvernnv et Saint-Hilaire et le docteur Jelfries Wyman s'accordent en ce qu'ils pincent le gorille après le chimpanzé dans l’ordre de la ressemblance avec l’homme, tandis que le professeur Owen est d'avis que le gorille se rapproche plus de l’homme que le troglodytes niger ou chimpanzé. Il ne croit pas non plus qup les particularités anatomiques de cet animal suffisent pour autoriser la création d’un genre distinct. Sur ce dernier point, il est d’accord avec le docteur Wyman.
Les caractères anthropoïdes (c’est-à-dire semblables à l'homme) les plus notables du gorille, signalés par le professeur Owen dans son premier mémoire, sont les suivants :
« Ie Les bords médianes des os nasaux se touchent sur la ligne médiane, font saillie en avant, et offrent quelque chose qui rappelle à certains égards un caractère de la structure de l'homme, qui est faiblement indiqué, si toutefois il l’est, chez le troglodytes niger (chimpanzé).
u 2° La partie alvéolaire nu inférieure des prémaxillaires, d’un autre côté, est plus courte et moins proéminente dans le gorille que dans le troglodytes niger , et, sous ce rapport, la plus grande de ces deux espèces est celle qui s’éloigne le moins de l'homme.
u 3” Le trait qui, après ceux-là, a un caractère plus anthropoïde, quoiqu’il s’explique par le poids du crâne qui pèse davantage sur l’atlas, est la plus grande proéminence des apophyses mastoïdes dans le gorille, lesquelles ne sont représentées dans le troglodytes niger que par une arête rudimentaire.
u 4" La saillie qui s'étend de l'ccto-ptérygoide le long du bord interne du trou ovale se termine chez le gorille par un angle ou process, rappelant celui que dans l’homme on appelle apophyse épineuse ou styliforme, ce dont il n’y a aucune trace dans le troglodytes niger.
« 5” La voûte palatine est plus étroite en proportion de sa longueur chez le gorille; mais la portion prémaxillaire est relativement plus longue chez le troglodytes niger L »
I. Ouvrage cilé : Transactions rie la Société géologique , vol. III, 18i8.