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très-ingénieusement tissé. Mais ces étoffes, dont quelques-unes sont vraiment belles, ne se fabriquent pas chez eux; ils les reçoivent des Ashiras, peuple qui habite dans l’intérieur des terres, ou de quelques autres tribus dont nous aurons à parler plus loin.
li faut bien avouer qu’en général leurs habitudes sont très-malpropres. I.es peuples de l’intérieur savent à peine ce que c’est que de se laver. Ils se frottent souvent d’huile , mais quand l’huile dépose sur leur laine et devient rance, leur odeur et leur aspect sont dégoûtants et nauséabonds.
Tout grands chasseurs qu’ils sont, comme le gibier est rare dans cette partie du pays, la gouamba est leur état naturel. Ils font tout au monde pour se procurer de la viande. Il faut voir avec quelle voracité ils se précipitent tous sur un morceau de viande , si l’on en introduit dans le camp. Quoique leurs cabris et leurs poulets domestiques ne suffisent pas à leur consommation, ils ne paraissent pas avoir l’idée de les élever avec plus de soin ni de les faire multiplier. Ceux qui vivent sur le bord des rivières font souvent de grandes parties de pêche qui les approvisionnent d'une partie de leur subsistance. Quand les rivières baissent aux approches de la saison sèche, une partie des eaux restent dans les terres, où elles forment des étangs. Un de ces étangs se trouve-t-il dans le voisinage d’un village bakalai, hommes, femmes, enfants , tout le monde s’y rend ; puis avec des cruches et des vases de terre on se met à vider l’étang. Les pauvres poissons qui ne trouvent pas d’issue se débattent vainement contre leur ennemi, qui, à la fin, ayant presque mis l’étang à sec, se jette sur eux pêle-mêle et les prend sans difficulté. On les tue, et ceux qu’on ne mange pas sur place sont fumés et mis en réserve ; on en fait de grandes provisions pour les temps nécessiteux.
A la chasse, presque tous ces Bakalais, ou même d’autres tribus qui habitent des pays où les blancs n’ont pas encore pénétré, se servent de fusils et de poudre. Ce sont là les principaux articles de commerce; partout les indigènes en achètent. Quant aux femmes, c’est aux perles qu’elles attachent le plus de prix, et les hommes mêmes ne dédaignent pas les ornements.
Ce sont de grands commerçants, comme toutes les tribus de ces contrées; et si une fois les fleuves s’ouvraient librement aux spécula-
LES BAKALAIS PHYSIONOMISTES. 4M
lions (les blancs, la passion des indigènes pour le commerce aurait bientôt développé les abondantes ressources du pays.
Je mets en fait que les Bakalais sont les gens les plus habiles que j'aie jamais connus pour surprendre les secrets de la conscience humaine; par exemple, le mensonge est considéré dans toutes leurs tribus comme un acte méritoire, et jamais je n'ai vu de menteries plus complètes et plus assurées que celles auxquelles ils ont recours; eh bien, un homme ne croit jamais aux paroles d’un autre ; il observe l’expression du visage, et se forme une opinion d’après le regard de celui qui parle. Dans cette espèce de jugement par intuition, les Bakalais n’ont pas leurs pareils. Quelquefois des gens sont venus chez Obindji, et lui ont conté de longues histoires sur des sujets d’une certaine importance. Le vieux chef les écoutait gravement sans les interrompre , puis il venait à moi et me disait :
« Cet homme ment.
— Comment le savez-vous? lui demandais-je. voyant que l’histoire racontée avec un aplomb parfait avait tous les caractères de la vraisemblance.
— J'observais sa figure , me répondait-il ; les Bakalais regardent en face; les mots ne sont rien, la figure dit tout. »
En effet, ce sont de merveilleux physionomistes, avantage qui n’est pas mince chez une nation de commerçants.
De toutes leurs maladies, outre les fièvres auxquelles ils sont sujets en de certaines saisons, les principales sont une espèce de lèpre, la syphilis, et une sorte d’ulcères virulents. Ceux-ci creusent le bras ou la jambe, et, quand ils ont gagné les os’, le malade meurt. Dans la lèpre, les parties attaquées blanchissent graduellement, la peau se dessèche et s’écaille, la suppuration s’établit sur les points malades , les extrémités des pieds et des mains se carient et se détachent, et à la fin le patient succombe. De fait, il semble que le corps soit mort et presque entièrement décomposé avant que le souille de la vie l’ait quitté. Les lépreux, qui sont assez communs dans quelques pays, sont séquestrés dans une chambre de la maison, sans que l’on paraisse s'en effrayer beaucoup. La maladie est héréditaire dans certaines familles ; mais quelquefois elle ne se montre pas avant que l’individu ait atteint toute sa croissance. Les
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malheureux languissent souvent pétulant des années dans l’attente de la mort. Les indigènes ne connaissent aucun moyen de guérir la lèpre. Du reste, ils n’ont guère de remèdes pour aucune maladie. Quand un homme est malade , ils l'abandonnent à la nature : s’il meurt, c’est l’effet de la sorcellerie; alors on fait venir un docteur pour découvrir le sorcier. J’ai vu quelques cas, peu nombreux, de la maladie appelée iléphanliasis. Les scrofules sont aussi assez répandues chez ce peuple, comme dans plusieurs autres tribus. On doit imputer beaucoup de ces maladies à l'insuffisance de leur nourriture et li la saleté de leurs habitudes.
Ils aiment la musique de certains instruments. Le tam-tam, étant celui qui fait le plus de bruit, est adopté pour les danses et dans les grandes solennités. Ils ont aussi une espèce de guitare et une harpe à huit cordes, ingénieux instrument dont quelques hommes jouent avec une grande habileté. Plusieurs de leurs airs sont vraiment jolis , quoique tristes et monotones. L'omit, comme ils l’appellent, est pour eux une source de plaisir extrême. Maintes fois j’en ai entendu jouer toute la nuit, pendant que la foule des auditeurs était assise en silence autour du feu. Si le tam-tam éveille leur ardeur et les jette dans des transports frénétiques, l’ombi leur inspire des sentiments empreints de douceur et de mollesse.
Il y a deux instruments que l’on appelle ombi : l’un est en forme de guitare et n’a que quatre cordes ; l’autre, qui en a huit, est une harpe. Ils sont fabriqués avec les lames minces d’un bois sonore, et recouverts quelquefois d’une peau de serpent, de gazelle ou de chèvre. I^es cordes, faites de racines d’arbre longues, délicates et filandreuses, répondent parfaitement au but qu’on se propose. Le son de l’ombi îi huit cordes est doux et mélodieux ; il accompagne ordinairement la voix, et, en pareil cas, les airs sont presque toujours plaintifs.