‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 188 sur 247 · I .'A F R I (J U li ft Q l’ A T 0 B I A I. li · texte numérisé non relu

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vaincus que si je le voulais, je possédais les moyens «le le guérir. On inc suivit jusque clic/, moi, en me demandant un remède. Pour lie pas paraître insensible, je lui envoyai un cordial qui devait, du moins, adoucir ses derniers moments. En même temps, j'eus soin d’avertir que le malade succomberait infailliblement et qu'il ne fallait pas me rendre responsable de sa mort. Celte précaution était nécessaire, car l'ignorance de ces gens-là les rend très-soupçonneux.

En m’éveillant le lendemain matin , j’entendis les lamentations funèbres qui annonçaient que le pauvre Mpomo avait cessé de vivre. Ces chants de deuil sont les plus tristes que j’aie jamais entendus. Le refrain est toujours à peu près celui-ci : « Tout est fini; plus d'espérance; nous l’aimions, nous ne le reverrons plus. » C’est vraiment le cri du désespoir.

Quand un Commis est à l’article do la mort, sa première femme vient se jeter sur son lit; elle l’entoure de ses bras, lui chante des chansons d’amour, et lui prodigue les caresses et les expressions les plus tendres, en présence de tous les habitants qui se lamentent et versent des larmes. I)e pareilles scènes m'ont toujours beaucoup touché.

Quand je me rendis à la maison de Mpomo. je trouvai ses pauvres femmes éplorées, assises par terre, se couvrant le corps de cendres. se rasant la tète et déchirant leurs vêtements.

Dans l'après-midi, j'entendis parler de sorcellerie.

Le deuil dura deux jours. Le 17, le cadavre, déjà en étal de décomposition, fut placé dans une pirogue et transporté au cimetière des habitants de Goumbi. à cinquante milles environ au-dessous du village. La douleur des malheureuses veuves faisait pitié. Elles semblaient avoir réellement adoré leur mari, et, maintenant qu'il était mort, elles témoignaient autant de désespoir qu'elles avaient déployé de soins et de tendresse pendant sa maladie. Je les avais vues, la nuit de sa mort, pleurer à son chevet et le prendre dans leurs bras l’une après l’autre. Chose singulière! dans ces cruels moments, aucun signe de jalousie ne se révélait entre ces femmes. Elles semblaient réunies par leur amour autour du même être souffrant.

Malheureusement, ceux qui ont étudié le caractère des Africains et qui connaissent leur dissimulation ne peuvent jamais savoir si la tendresse qu'ils témoignent est sincère, ou si ce n’est qu’une comédie.

RECHERCHE IVUN SORCIER. 4M

Ainsi il fallait bien, en tout cas, que chacune de ces femmes montrât une extrême désolation, sous peine d'être accusée d'avoir par ses maléfices hâté la mort de son mari. N’ai -je pas vu une mère suppliciée pour avoir, disait-on, ensorcelé et fait périr son enfant?

Le jour même de l’enterrement de \l porno, on s’occupa de rechercher ceux qui l’avaient ensorcelé. Personne ne pouvait croire qu’un homme jeune, vigoureux et bien portant quelques semaines auparavant eut été enlevé par des causes naturelles. On fit venir un grand docteur des pays du fleuve Supérieur, et, pendant deux jours et deux nuits, je vis se renouveler les scènes de jongleries grossières que j'ai déjà rapportées.

Le troisième jour enfin, quand l’opérateur vit les esprits montés au plus haut degré d’effervescence, quand tout le monde, jeune ou vieux, homme ou femme, ne respira plus que vengeance contre les sorciers inconnus, il rassembla les habitants sur la grande place du village et accomplit les dernières conjurations qui devaient amener la révélation du nom des coupables.

Les hommes et les jeunes garçons étaient tous armés, les uns de lances, les autres de coutelas, d’autres enfin de fusils ou de haches, et sur chaque figure éclatait le désir furibond de tirer une sanglante vengeance des criminels qui allaient être désignés. Toute la population montrait une rage inexprimable et une horrible soif de sang humain. Pour la première fois, ma voix fut méconnue; je ne trouvai pas une oreille pour m’entendre; c’était comme si je n’eusse pas parlé, le m'avisai, pour dernière menace, en voyant le train dont marchaient les choses, de leur dire que je ferais punir par Quenguéza tous les meurtres commis en son absence; mais, hélas! ils m’avaient prévenu. Le jour même de la mort de Mpomo, ils avaient envoyé secrètement demander à Quenguéza s’il leur serait permis de tuer les sorciers, elle malheureux homme, malade lui-même, craignant toujours les maléfices, et ne m’ayant pas près de lui pour le conseiller, avait répondu sur-le-champ qu’il fallait se défaire d’eux sans pitié. Aussi tout ce monde là me riait-il au nez.

Voyant que tous mes efforts seraient inutiles et (pie l’œuvre de sang devait s’accomplir jusqu’au bout, je me résignai à rester spectateur désolé des scènes qui allaient suivre.

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A un signe du docteur, la foule frémissante devint tout h coup immobile et muette. Ce profond silence dura à peu près une minute, et ne fut rompu que par la voix stridente de l'opérateur.

« Il y a ici, dit-il, une femme très-noire, qui vit dans une maison... (ici une description détaillée de la maison et de son emplacement); elle a ensorcelé Mpomo. »

A peine eut-il fini que la foule, rugissant et hurlant comme autant de bêtes féroces, se rua avec fureur vers l’endroit indiqué. On se saisit d'une pauvre fille, nommée Okandaga, la sœur d’Adouina, mon ami et mon guide. Toutes les armes furent dirigées contre elle; on l'entraîna au bord de l’eau, on la garrotta étroitement, puis on revint en masse près du docteur.

Pendant que la pauvre Okandaga passait devant moi, tramée par cette horde furieuse, elle m’aperçut malgré mes efforts pour me dérober à sa vue ; je détournai la tôle, car je ne pouvais rien pour elle. Hélas ! j’entends encore son cri de détresse : « Chally, Chally, ne me laissez pas mourir ! »

Terrible moment d’angoisse! lin instant j’eus l’idée de me jeter en travers de cette foule stupide pour lui arracher sa victime ; mais à quoi m’eût servi cet aveugle élan? Ces masses étaient trop fanatisées, trop en délire, pour faire seulement attention à moi. Je n’aurais fait (pie me sacrifier sans profit pour elle. Je me retirai à l’écart, derrière un arbre, et, le dirai-je? je répandis des larmes amères sur mon impuissance.

Le silence se fit de nouveau dans la foule, puis la voix rauque de l’infernal docteur se lit encore entendre. C’était le croassement d’un corbeau qui présage la mort.

u 11 y a une vieille femme dans une maison... (ici description de la maison); elle a aussi ensorcelé Mpomo. »

Et de nouveau la foule se précipita; cette fois elle s’empara d’une nièce du roi Quenguéza, une digne et vénérable vieille femme. Comme ces forcenés l’entouraient, la menace à la bouche et dans les yeux, elle se leva fièrement, les regarda en face sans s’émouvoir, et leur défendant par un geste de porter la main sur clic : « Je boirai le mboundou, dit-elle ; mais si je n’en meurs pas, malheur h ceux qui m’accusent ! »

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