L'A K II 1 Q U R Ê O U A TO III A L E
nourriture des esclaves. Dans chaque cour, plusieurs inspecteurs portugais. charges de maintenir le hon ordre, veillaient à la propreté de l’enclos entretenu chaque jour par les esclaves eux-mêmes. De temps en temps aussi , ces inspecteurs menaient les esclaves à la mer et les faisaient baigner.
Je remarquai qu’un grand nombre de ces nègres ôtaient fort gais, et semblaient satisfaits de leur sort. D’autres, au contraire, étaient tristes, et comme alarmés sur leur avenir; car, pour ajouter encore ii l’horreur de leur situation, ces pauvres créatures croyaient fermement que nous autres blancs, nous les achetions pour les manger. Ils ne pouvaient pas concevoir qu’on voulût faire d'eux un autre usage. Dans tous les pays de l’intérieur oii la traite est connue, on croit que les hommes blancs d'outre-mer sont de grands cannibales qui importent les noirs pour la boucherie.
Les esclaves paraissaient être de différentes tribus, et peu d’entre eux se comprenaient mutuellement. Le trafic des noirs (et par là j’entends celui de l’extérieur comme celui du pays) a pris de telles proportions qu’il s’étend depuis celte côte jusqu’au centre du continent. J’ai rencontré sur le littoral des esclaves amenés du fond de certaines contrées situées bien au delà du point où j’ai pu pénétrer. Les Shekianis, les Bakalais et d'autres tribus de l’intérieur vendent leurs compagnons sous divers prétextes (celui de sorcellerie surtout), et c’est ainsi qu’ils fournissent d’esclaves les baracons de Sangatanga. Les larges rivières qui , en se joignant , forment le Nazareth, facilitent l'accès de la côte et procurent au cap Lopez le grand avantage de pouvoir s’approvisionner régulièrement d'esclaves, tandis que les criques, multipliées aux alentours, offrent aux bâtiments négriers les chances les plus favorables pour s’abriter contre la vigilance des croiseurs.
J'errai autour de la ville le reste du jour, en observant la paresse des nègres , et je ne revins chez moi qu’à la nuit. Je pris une allumette et j'allumai une torche pour me mettre au lit ; mais en jetant les yeux autour de moi, pour voir si rien n’avait été dérangé, j’avisai quelque chose de brillant et de miroitant sous mon akoko, ou couchette basse de bambou. Je ne faisais pas d’abord grande attention à cet objet qui ne ressortait guère à la clarté douteuse de ma torche.